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Gazoduc Nord Stream 2 : une course contre la montre

Forcing de Berlin et Moscou contre Washington ?

Le projet North Stream, déjà bien avancé, pour reprendre une expression célèbre de Charles de Gaulle, c’est l’Europe de l’Atlantique à l’Oural, ce que les Américains veulent éviter comme la peste.

C’est pourquoi ils freinent la construction de ce gazoduc, véritable lien organique entre la Russie et l’Europe, à coups de provocations militaires et de destabilisations politiques. Pour l’instant, l’Allemagne, qui met (pour une fois) son intérêt économique avant sa soumission à l’Amérique, résiste.

Pour combien de temps ? Quant à Paris, diplomatiquement sinistré, le pauvre Macron n’a même plus voix au chapitre. Il suffit de pas grand-chose, ou d’un pas grand-chose, pour sortir de l’Histoire...

Bienvenue dans la géopolitique énergétique.

– La Rédaction d’E&R –

 


 

Alors que l’achèvement du gazoduc Nord Stream 2 semble plus proche mais aussi plus incertain que jamais, ce projet controversé depuis ses prémices continue de nuire aux relations transatlantiques, russo-européennes, intra-européennes et à alimenter le débat politique en Allemagne. S’il ne reste que quelques kilomètres de tube à poser au fond de la mer Baltique, la pression ne faiblit pas, bien au contraire.

 

Pour l’Allemagne, ce gazoduc qui va la relier à la Russie par un tube sous-marin qui doit venir longer Nord Stream 1 en doublant ses capacités (55 mds de m3 de gaz par an) vise à l’aider à accomplir la transition énergétique radicale dans laquelle le pays s’est engagé. Il doit également lui permettre d’asseoir son rôle de hub gazier en Europe puisque, avec une potentialité de 110 Mds de m3 de gaz russe par an arrivant sur les côtes près de Greifswald, le pays va s’arroger un pouvoir considérable en termes de redistribution en Europe. Pour la Russie, Nord Stream 2 serait avant tout une affaire de prestige.

C’est du moins ce qu’affirme l’expert russe Mikhaïl Kroutikhine, qui estime que l’objectif initial de Vladimir Poutine – permettre à la Russie d’éliminer totalement l’Ukraine du jeu du transit gazier russo-européen – a été fortement entamé par la pression américaine : par leurs sanctions, les États-Unis ont en effet forcé Moscou, fin 2019, à négocier avec Kiev un nouveau contrat de transit pour les cinq années suivantes.

 

Les derniers kilomètres

Alors que près de 40 % du gaz naturel importé par les pays de l’Union européenne (en provenance de pays hors-UE) en 2019 comme en 2020 sont provenus de Russie, le calcul des capacités des tubes traversant le continent européen pour acheminer ce gaz montre l’inutilité de Nord Stream 2 : à supposer que tous les tubes reliant la Russie à l’Europe soient en service, leur capacité cumulée excède les besoins d’une Europe par ailleurs en pleine transition énergétique (montée en puissance des énergies renouvelables, accès au gaz naturel liquéfié par bateau, potentialités de l’hydrogène, etc.)

Pourtant, dans la zone économique exclusive (ZEE) danoise, les navires russes Fortuna et Akademik Tcherski s’affairent ces jours-ci de manière à gagner du temps. Le 31 mars, un total de 2 339 km de tube avait été immergé sur les 2 460 prévus, soit 95 % du gazoduc sous-marin. Il reste à installer 93 km de tube dans les eaux danoises et 28 dans les eaux allemandes. À ce rythme, la pose devrait s’achever fin 2021.

[...]

Personne, en revanche, ne s’aventurerait aujourd’hui à parier sur la date, très incertaine, de mise en service du gazoduc : certains experts, prudents, évoquent une vaste plage située entre l’hiver prochain et celui de 2023-2024. En réalité, la question reste encore à ce jour celle de l’achèvement du gazoduc.

 

La menace venue de Washington

Durant son mandat, Donald Trump a porté de sérieux coups au projet, menaçant à plusieurs reprises de sanctions les entreprises impliquées dans sa réalisation (financement, construction mais aussi certification…). Ces ultimatums répétés se sont, un temps, révélés suffisants pour faire reculer lesdites entreprises, qu’il s’agisse des sociétés initialement parties prenantes au projet (et qui sont finalement devenues simples partenaires financiers), de celles possédant les navires aptes à poser le tube au fond de la mer (et qui se sont retirées), ou de la société norvégienne de certification (qui a discrètement renoncé à remplir son contrat).

[...]

Sous l’impulsion de Joe Biden, la nouvelle administration n’a pas changé de discours, le gazoduc germano-russe réussissant à souder la classe politique américaine dans une rare unanimité bipartisane. En mars, le secrétaire d’État Antony Blinken a qualifié le projet de « mauvais accord » et prévenu que toute entité impliquée devait abandonner les travaux sous peine de sanctions immédiates, tandis que deux sénateurs républicains publiaient un appel exhortant le nouveau président à cesser de « traîner les pieds » et à passer à l’action.

Ces rodomontades semblent toutefois avoir atteint leurs limites. Aujourd’hui, le temps est compté, pour chacun : le sprint final oppose la compagnie Nord Stream 2 – qui tente d’accélérer les travaux – et l’administration américaine – qui est consciente que chaque jour passé rend ses menaces plus inopérantes.

 

La diplomatie en action

Dénoncées avec véhémence par l’UE, les sanctions extra-territoriales américaines sont en effet préjudiciables à tous, y compris aux États-Unis qui ont besoin d’entretenir une relation commerciale équilibrée avec l’Europe.

[...]

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Si le projet n’était qu’économique, comme le soutient Berlin depuis des années, la menace des sanctions aurait fait bien plus que le retarder. Or, son caractère géopolitique lui a permis de résister à ce chantage, grâce au soutien indéfectible de Moscou et de Berlin.

Aujourd’hui, le temps est maître du destin de Nord Stream 2 et son devenir a toutes les chances de se jouer à l’automne prochain. L’Allemagne connaîtra en effet en septembre des élections décisives, qui vont mettre fin au règne d’une Angela Merkel qui, de fait, n’a jamais tenté d’entraver le tube...

[...]

Les Verts allemands, en revanche, y sont très opposés et leur possible entrée dans la prochaine coalition gouvernementale pourrait bouleverser l’engagement de Berlin vis-à-vis du tube. Washington serait donc avisé d’attendre ce scrutin qui pourrait porter le coup fatal à Nord Stream 2 sans besoin d’une intervention extérieure radicale ; et de continuer à retarder son achèvement. Si le tube est posé d’ici l’automne, il est en effet peu probable que même une opposition verte puisse empêcher le gaz de couler, à terme.

Lire l’article entier sur theconversation.com

Le dossier North Stream, sur E&R

 






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11 Commentaires

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  • #2705404
    Le 13 avril à 12:30 par Paul
    Gazoduc Nord Stream 2 : une course contre la montre

    Les US veulent vendre à l’Europe leur gaz de schiste liquéfié . Israël va peut-être aussi devenir un exportateur de gaz... D’ailleurs si les US empêchent le North Stream d’entrer en fonction rien n’empêche la Russie de nous vendre son gaz sibérien liquéfié .

     

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    • #2705453
      Le 13 avril à 14:14 par Eau dans le gaz
      Gazoduc Nord Stream 2 : une course contre la montre

      et comment ils vont faire popaul si y’a pas de gazoduc ? dans des jerricanes ?

       
    • #2705495
      Le 13 avril à 15:01 par francky
      Gazoduc Nord Stream 2 : une course contre la montre

      Pour "eau dans le gaz" : Ben mon gars tu dois pas savoir ce que le mot liquéfier signifie...
      Cela veut dire que l’on passe d’un etat gazeux à un etat liquide, donc il peu etre transporté par train dans des citernes, c est ce que propose les US via leur navire citerne...

       
    • #2705538
      Le 13 avril à 16:37 par choc à pic
      Gazoduc Nord Stream 2 : une course contre la montre

      Rien n’empêche la Russie de vendre son gaz liquéfié... Comme rien n’empêche la Russie de construire ses gazoduc, comme rien n’empêche les entreprises européennes de vendre en Russie, comme rien n’empêche à la Russie de vendre son vaccin à l’Europe...
      Vous ne voyez pas qu’on est dans une sorte de guerre froide, on sanctionne la Russie sans arrêt, on traite Poutine de tueur, de dictateur, on le traite de menace pour les pays libres. Les USA ne veulent pas d’un rapprochement Europe Russie, ils créent même une guerre en Ukraine pour ça... Donc au contraire tout empêche la Russie de vendre son gaz.

       
  • #2705415
    Le 13 avril à 12:49 par zézé
    Gazoduc Nord Stream 2 : une course contre la montre

    Rien de plus facile que de saboter un gazoduc sous marin .

     

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  • #2705436
    Le 13 avril à 13:42 par Gaspard
    Gazoduc Nord Stream 2 : une course contre la montre

    Et nous on continuera à acheter du gaz trois fois plus cher à l’Algérie !

     

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  • #2705594
    Le 13 avril à 18:51 par max
    Gazoduc Nord Stream 2 : une course contre la montre

    Trump , Biden où bien tartampion l’état profond sionisto-imperialiste garde toujours le même discours pour entraver tous rapprochement entre ses soumises européennes et les deux grandes puissances Russie et Chine , puissances qui se foutent des sanctions de l’empire du mal !
    Et l’histoire prouve tous les jours , que les gesticulations occidentales, loin d’affaiblir ces deux nations , les renforcent dans leurs indépendances économiques, militaires et dans leurs relations avec le reste des pays qui sont quand même l’ immense majorité de la planète !
    Continuez messieurs les imperialos-sioniste à clouer le couvercle votre cercueil car il est terminé le bon temps des colonies !!
    Le petit moujik et le petit bridé ont aussi maîtrisé l’atome et sa dissuasion et sauront défendre leurs nations !

     

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  • #2705601
    Le 13 avril à 19:00 par Paul82
    Gazoduc Nord Stream 2 : une course contre la montre

    L’industrie allemande a besoin du gaz russe, pas du blabla atlantiste.

     

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  • #2705613
    Le 13 avril à 19:30 par wax
    Gazoduc Nord Stream 2 : une course contre la montre

    Qui se risquera à un pronostic ? c ’est un test en tout cas ; concernant l ’Akkemagne qui si

    Qui risquera son pronostic ? c ’est un test en tout cas ; concernant tout d ’abord l ’Allemagne qui si le North stream 2 , 3 se réalise prendra complètement la direction de l ’Europe et pourra prétendre faire monter les enchères entre les US et la Russie ( le rôle dévolu à la France si ses dirigeants n ’ étaient pas des laquais à la solde de l ’étranger ) à l ’instar de De Gaulle entre les EU et L ’URSS ; concernant aussi les Etats Unis qui connaissent un telle passe de faiblesse et doute que ne pas pouvoir bloquer la volonté germano -russe serait comme une confirmation que le vent de l ’histoire a tourné pour eux . Quant à la Russie elle semble tellement habitée par la confiance , que semble - il l ’échec final du North stream n ’entamerait en rien sa stratégie et que même elle saurait transformer la déconvenue en avantage ( les fameux coup d ’avance de Poutine ) . Quoiqu ’il en sera , on dirait bien que quelque chose affecte l ’Amérique qui ressemble au déclin , lequel déclin s ’il a bel et bien lieu pourrait devenir très rapide .Dans cette perspective la défaite de Trump pourrait avoir été au final une bonne chose .

     

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  • #2705755
    Le 14 avril à 04:07 par Kal
    Gazoduc Nord Stream 2 : une course contre la montre

    Preuve que le libéralisme (laisser faire, laisser passer) est un mythe !

     

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