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Incroyable : Le Monde revoit sa position sur Kim Jong-un et la Corée du Nord

Le Monde du 7 février 2018, à l’occasion des JO d’hiver et du rapprochement (sportif) des deux Corées, a enquêté sur la « dictature » de Kim Jong-un, « la dynastie Kim qui a mis le pays en coupe réglée depuis 1948 ». Une enquête à charge qui se délite page après page... Le Monde serait-il devenu enfin réaliste ?

« Kim Jong-un avait moins de 30 ans lorsqu’il fut propulsé à la tête de la Corée du Nord à la suite de la mort soudaine de son père, en décembre 2011. Bien qu’héritier en titre depuis 2009, il était loin d’avoir en main les leviers du pouvoir dans ce régime monolithique. Bien sûr, les analystes étrangers voyaient en lui un symbole de la continuité de la lignée des Kim – son grand-père, Kim Il-sung, fondateur du pays en 1948, puis son père, Kim Jong-il, qui lui succéda en 1994 –, mais tous pensaient qu’il serait vite manipulé par la vieille garde. Certains reprenaient volontiers les antiennes sur l’effondrement annoncé du régime, jugé “inévitable” voire “imminent” depuis vingt ans.

Six ans plus tard, non seulement celui-ci est toujours en place, mais le jeune dirigeant y a consolidé sa position. Après avoir éliminé avec force toute dissidence potentielle, il s’est même mué en chef de guerre, n’hésitant pas à défier les États-Unis. Dernière preuve en date : en dépit de la participation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) aux Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang, en Corée du Sud, il organise une parade militaire le 8 février – veille de l’ouverture des JO –, jour anniversaire de la création de l’armée populaire. Une parade perçue à Washington comme une manifestation supplémentaire de ses intentions belliqueuses. »

 

« Qui est vraiment Kim Jong-un ? Donald Trump, qui se dit prêt à mener contre son pays une attaque préventive, voire à le “réduire en cendres”, voit en lui un “rocket man” lunatique. Son homologue russe, Vladimir Poutine, le perçoit plutôt comme “un acteur sagace” de la scène internationale, un leader capable de poursuivre une stratégie lancée il y a plus de vingt ans par ses aïeux pour se doter d’une force de dissuasion crédible. Aux yeux du président russe, il ne fait aucun doute que le leadeur nord-coréen a “objectivement gagné” ce pari en 2017. »

La mort dans l’âme – le régime de Kim est toujours debout et les Américains n’ont toujours pas aplati la Corée du Nord sous les bombes atomiques – le journaliste du Monde est obligé de reconnaitre que s’il paraît « aventureux » et « brutal », Kim montre des qualités d’habile « stratège ». Il n’y aurait pas une petite contradiction, là ? C’est comme l’image de Poutine dans la presse occidentale en général et française en particulier : présenté comme brutal et à moitié fou, il participe pourtant à l’équilibre du monde au Proche-Orient, a éradiqué Daech du théâtre syrien, a remis le peuple russe en selle. Ce qui n’empêche pas Le Monde et ses suiveurs d’assimiler le président russe à un dictateur et le poutinisme à un néostalinisme.

Peut-être préfèrent-ils un fabricant de moulinets du type Sarkozy ou un mollusque géopolitique du genre d’Hollande, deux présidents qui ont rabaissé, humilié et déconsidéré la France sur la scène internationale en moins de 10 ans. Le Monde persiste à dessiner Kim en dictateur irrationnel alors que tous les observateurs géopolitiques sérieux considèrent que la nucléarisation de la défense nord-coréenne est la seule voie de salut possible devant une Amérique ultra-agressive. L’agressivité présumée de Kim n’étant que la réponse à l’agressivité américaine permanente en mer de Chine et en Corée du Sud.

Par la suite, Le Monde se désole du manque d’informations sur Kim et sur la pauvreté des renseignements des services sur un régime et un pays qu’ils n’arrivent pas à pénétrer :

« “La RPDC est le plus grand échec des services américains”, constatait déjà il y a plusieurs années Donald Gregg, ancien membre de la CIA et ex-ambassadeur des États-Unis en Corée du Sud (1989-1993). »

Pourtant, il suffit de regarder ce que la Corée du Nord a réussi depuis le passage de témoin du père au fils à la fin 2011. Des informations existent sur le relèvement du pays, que la presse occidentale ne veut pas toujours voir. Elle revient inlassablement sur la famine qui a fait un million de morts sur les 24 que le pays comptait à la fin des années 1990. C’est une vérité, mais la moitié de la vérité.

« “Plutôt que de se focaliser sur sa personnalité à partir d’éléments pour le moins aléatoires et sur ses déclarations incendiaires, il vaut mieux regarder ce qu’il a fait au cours de ces six années”, estime Cheong Seong-chang, chercheur à l’Institut Sejong de Séoul, qui travaille actuellement à une biographie du jeune dirigeant. “Après six ans, il s’avère que son père a fait le bon choix, analyse pour sa part Andreï Lankov. Kim Jong-un s’est avéré habile, brutal si nécessaire, et même parfois plus que nécessaire, calculateur, plus pragmatique qu’idéologue en ce qui concerne l’économie, et plutôt bon stratège avec les cartes qu’il a en main.” »

Les crimes de Kim

« La détermination dont Kim Jong-un a su faire preuve sous une apparente jovialité a tenu un rôle déterminant dans la consolidation de son pouvoir : il a écarté sans états d’âme les personnes susceptibles de lui résister ou de lui faire de l’ombre.

Dans son entourage familial d’abord, avec l’exécution de son oncle par alliance puis l’assassinat de son demi-frère. Du côté de l’armée, ensuite, où il a limogé, banni ou fait exécuter des officiers suspectés d’être déloyaux, à commencer par le chef d’état-major, le général Ri Yong-ho (limogé en 2012), puis le général Hyon Yong-chol (limogé en 2014). Que sont-ils devenus ? Personne ne peut l’affirmer avec certitude. Les chefs d’état-major et les ministres de la Défense se sont ensuite succédé à un rythme jamais vu en RPDC, afin d’assurer au dirigeant une loyauté sans faille de la part d’une armée soudain privée d’une partie des privilèges économiques obtenus du temps de son père et de redonner la primauté au parti. »

D’un côté on évoque un tyran sanguinaire qui élimine ses opposants, de l’autre un leader malgré tout charismatique (il imite son grand-père) qui sait déléguer et qui manœuvre habilement depuis sa prise de pouvoir en 2012. Les purges successives des chefs militaires le renforceraient donc. Et « après avoir épuré la hiérarchie militaire, il a rajeuni la structure sclérosée du parti ». Le biographe sud-coréen, peu suspect de kimophilie, conclut :

« Plus confiant dans l’appareil, il délègue davantage : toutes les décisions importantes sont discutées dans les plus hautes instances du parti alors que père avait le goût du secret et décidait avec ses plus proches collaborateurs ».

Mieux, le centralisme bureaucratique et économique s’est desserré depuis la période Kim et les réformes qu’il a entreprises depuis 2012 ont donné d’indéniables résultats : l’initiative privée n’est plus interdite et Kim a su habilement lui lâcher la bride. Une nouvelle bourgeoisie nord-coréenne est née, si l’on peut dire, qui a raffermi encore la position du leader, de son leader. Une évolution à la chinoise qui n’est pas sans rappeler les principes de Deng, repris aujourd’hui sans se cacher par Xi (Jinping).

Traduction : Kim, qui a vécu à l’étranger, ne craint pas une libéralisation (contrôlée) du régime. Elle lui apporte une double assise économique et politique, lui assure le respect d’une nouvelle classe moyenne montante, et limite le pouvoir des apparatchiks héritiers du régime plus autocratique de son père. Un double coup de maître, dont on a pu voir les effets tangibles dans les documentaires d’E&R rapportés de Pyongyang, même si nos camarades n’ont pas arpenté le pays profond. La capitale est certes un modèle, une vitrine pour le socialisme local, mais le retour des biens de consommation est une réalité.

 

 

Last but not least, le choix de la défense nucléaire par Kim a permis de limiter les investissements, plus lourds, en défense classique. Ce que précise Cheong :

« L’arme nucléaire coûte moins cher que l’armement conventionnel, et Kim Jong-un a reconverti des usines travaillant pour l’armée en unités de production de biens de consommation qui se substituent peu à peu aux importations de la Chine ».

Même le très atlanto-sioniste Monde est obligé de reconnaître l’habileté politique :

« Dans le même temps, il a mobilisé la fierté nationale par ses avancées nucléaires et balistiques, présentées à la population comme une garantie contre les attaques : un discours porteur dans ce pays à la mentalité d’assiégé, où le rappel des horreurs de la guerre est incessant. »

Et les sanctions ? Elles pleuvent sur le pays depuis des lustres, mais chacun sait qu’elles ont un effet limité. L’Iran peut en dire autant : l’axe du Mal cher à l’ancien président Bush Jr finit par se renforcer en augmentant les liens de solidarité des pays « punis ». Ce n’est pas un hasard si la Chine insiste pour serrer les rangs des BRICS et pour les ouvrir à d’autres pays, qui serait éventuellement intéressés à s’affranchir du dollar et de l’Empire, par exemple... La Corée du Nord, dans cette perspective, fait figure de résistant numéro un, intransigeant et droit.

Un ancien diplomate sud-coréen reconnaît les avancées du régime « Kim » :

« Force est de constater que Kim Jong-un a redonné espoir à la population, que ses réformes économiques ont été un succès et qu’il tient le cap de sa politique d’avancée simultanée dans le domaine économique et défensif ».

Le Monde ne l’écrira jamais – il laisse les autres le dire – mais le régime du « dictateur » n’est pas si incohérent et négatif que cela. Il reste au Monde et à ses suiveurs dans la presse française à faire leur aggiornamento sur la Corée du Nord, sa résistance et son modèle original.
Une petite mise à jour qui leur éviterait de raconter les mêmes âneries depuis des années et qui contribue à leur perte de crédibilité devant les lecteurs. L’article du Monde du 7 février 2018 est, à cet égard, une nouveauté. Pourvu que ça dure...

 

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