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La Russie a-t-elle gagné la guerre des sanctions ?

Avant d’entrer dans le détail des conséquences inattendues des sanctions occidentales, le point sur l’économie russe par Alexandre Latsa :

 

 

Les sanctions étaient censées punir l’élite moscovite, mais elles ont au contraire stimulé le développement économique et le patriotisme.

 

Le débat actuel sur les sanctions contre la Russie porte sur leurs cibles et leur portée. Punissons-nous les gens dont nous voulons changer le comportement ? Infligeons-nous des souffrances aux bonnes personnes, aux responsables du chaos en Ukraine et en Crimée, des attaques contre Sergei Skripal et autres, de l’ingérence dans les élections occidentales ? Pouvons-nous nuire aux élites russes suffisamment pour faire bouger Poutine ? En avons-nous fait assez ?

Mais dans au moins un secteur les sanctions sont un cas d’école de conséquences imprévues : grâce aux sanctions, les agriculteurs russes sont on ne peut plus prospères. Les contre-sanctions ciblant les importations de produits alimentaires occidentaux – entrées en vigueur quelques jours seulement après les sanctions occidentales à l’été 2014 – ont d’abord grandement perturbés les consommateurs russes attachés aux délicieux fromages européens et aux plats préparés. Mais leur palais s’est rapidement ajusté, et la nécessité de pallier la privation des produits importés a propulsé la Russie, en 2016, au premier rang des exportateurs de blé au monde. La part étasunienne du marché mondial de l’agroalimentaire s’étiole à cause des tarifs douaniers de l’ère Trump et des guerres commerciales, et la Russie s’emploie activement et énergiquement à combler le vide.

 

Les sanctions

Début 2014, suite à l’annexion illégale de la Crimée par la Russie et à sa participation aux soulèvements séparatistes de l’est de l’Ukraine, les États-Unis, l’Union européenne et plusieurs autres pays occidentaux lui ont imposé des sanctions. En 2014, les mesures ont d’abord été diplomatiques (réduction des réunions et des pourparlers prévus) puis on est passé à des restrictions visant certaines personnes et organisations (refus de visas et gel des avoirs), et enfin, en juillet et septembre, à des restrictions visant les secteurs financier, militaire et énergétique de la Russie. Ces dernières sanctions restreignent l’accès de la Russie aux marchés des capitaux et aux prêts à faible taux d’intérêt, imposent un embargo sur les armes et interdisent l’exportation de biens à double usage à des clients militaires, ainsi que l’exportation de technologies extractives novatrices (et une autorisation spéciale est requise pour toute autre exportation liée à l’énergie). Depuis 2014, ces sanctions sont maintenues et renforcées, tout en restant dans les mêmes domaines.

En août 2014, la Russie a pris des contre-sanctions interdisant l’importation de certaines denrées alimentaires des États-Unis et de l’UE, comme le bœuf, la volaille, le poisson et les fruits de mer, les fruits et légumes, les noix, le lait et les produits laitiers, le fromage et une vaste gamme d’aliments transformés et préparés. L’interdiction était considérable et couvrait à la fois des produits de base et des articles de luxe. Elle concernait de nombreux produits alimentaires importés dont la Russie était très dépendante, et il était impossible de compenser ces pénuries en important des produits d’autres pays du fait de la vaste étendue du territoire de la Russie (et de la variété de ses régions).

 

L’impact

Les sanctions ont eu trois effets immédiats sur la Russie : une volatilité accrue des marchés des changes, ce qui a entraîné une forte dépréciation du rouble et partant des pressions inflationnistes ; un accès restreint aux marchés financiers ; un effondrement de la consommation et des investissements. Les importations ont chuté au troisième trimestre de 2014. La chute brutale des cours mondiaux du pétrole au quatrième trimestre de 2014 a probablement eu des effets encore plus profonds sur l’économie russe que les sanctions et les contre-sanctions. Fin 2014 et début 2015, les prix du pétrole ont tellement chuté (de 100 dollars le baril au deuxième trimestre 2014 à moins de 60 dollars à la fin de 2014, et encore moins au second semestre 2015) que les recettes d’exportation de la Russie ont diminué d’un tiers. Et les sanctions financières interdisaient à la Russie d’atténuer la chute du prix du pétrole en empruntant de l’argent.

D’emblée, les contre-sanctions ont eu un impact négatif annuel de 9,5 milliards de dollars en produits alimentaires, soit presque le dixième de la consommation alimentaire totale de la Russie et le quart des importations alimentaires. Avant les contre-sanctions, la production nationale couvrait moins de 40 % de la consommation russe de fruits, 80 % du lait et des produits laitiers et 90 % des légumes ; la Russie était déjà un exportateur net de céréales, pommes de terre et plantes oléagineuses. Les contre-sanctions ont supprimé 60 % des importations de viande et de poisson, et la moitié des importations de produits laitiers, de fruits et de légumes. Au total, la part des importations dans la consommation alimentaire totale s’est effondrée, passant de plus d’un tiers en 2014 à un peu plus de 20 % au deuxième trimestre de 2017.

Les prix ont tout de suite augmenté. En février 2015, l’inflation alimentaire (en glissement annuel) dépassait 23 %. Les ménages ont modifié leurs habitudes d’achat et leurs habitudes alimentaires, passant d’aliments plus chers, autrefois importés (fruits, lait/lait, bœuf), à des produits moins chers, d’origine nationale (pommes de terre, pain, poulet), et ont adopté des stratégies « d’achats astucieux » en s’intéressant davantage au rapport qualité-prix (notamment en se détournant des marques de prestige au profit des marques de distributeurs fiables). En peu de temps, la consommation s’est ajustée et redressée. En 2018, la hausse des prix des denrées alimentaires était nettement inférieure à l’inflation globale.

 

 

Certains produits alimentaires de l’UE, interdits par les contre-sanctions, ont été réexportés en Russie par d’autres pays. Au dernier trimestre de 2014, par exemple, les exportations de produits laitiers de l’UE vers la Biélorussie ont décuplé par rapport à l’année précédente, et les exportations de fruits et de poisson ont doublé, ce qui ne correspond bien sûr pas à une augmentation de la consommation intérieure biélorusse. Bien qu’elles ne représentent pas un pourcentage important du commerce alimentaire global de la Russie, ces importations secondaires ont exacerbé les tensions commerciales entre la Russie et la Biélorussie, et provoqué le rétablissement des contrôles douaniers entre les deux pays en décembre 2014, ainsi que la menace de restrictions aux importations de produits laitiers du Biélorussie dont la dernière a été proférée au printemps 2018. Probablement à juste titre, la Russie accuse la Biélorussie de servir de canal à des aliments interdits, contrefaits, de mauvaise qualité ou mal étiquetés.

 

L’industrie

Les contre-sanctions ont été une véritable manne pour l’industrie agroalimentaire russe. Elles ont légitimé et catalysé une stratégie de substitution aux importations qui avait été mise en place à la fin des années 2000 : l’objectif était d’atteindre l’autosuffisance alimentaire. En d’autres termes, les sanctions ont permis à Poutine de résoudre un problème remontant à l’effondrement du secteur alimentaire dans les années 1990. Le calendrier des contre-sanctions – annoncées quelques jours seulement après les sanctions – a amené de nombreux observateurs à se demander si les listes des produits interdits n’avaient pas été élaborées bien avant, dans le cadre d’une stratégie de stimulation de la production intérieure.

Lire l’article entier sur legrandsoir.info

La Russie, modèle d’indépendance, sur E&R :

 






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19 Commentaires

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  • #2180223

    Oui, moi aussi j’adore le rempotage... ça va 2 minutes ! mdr

    Non, ce qu’il faut savoir pour comprendre l’essor de l’économie russe depuis 2000, c’est qu’en 2001 la Chine a officiellement activé sa collaboration avec l’UE en intégrant la World Trade Organisation, et que la Russie, qui sert logiquement de liaison, a reçu des investissement directs sans précédent en provenance des principaux pays européens ( France en tête, comme en Chine). Que depuis qu’elle a elle-même intégré cette nébuleuse Organisation en 2012, elle développe les relations chinoises avec son "Far East," et s’implique militairement sur la fameuse "Route de la Soie" historique d’Orient, une région bombardée d’est en ouest, qui relie la Chine à l’Europe, et que c’est d’ailleurs précisément pour ce faire que, des Viking à Poutine en passant par Nobel ou les moudjahidines, l’impérialisme européen l’a créée il y a 1000 ans et la contrôle toujours intégralement aujourd’hui, comme les 192 autres nations de l’ONU, Voilà, c’est tout, en fait..

    Bref, pas besoin de tenir la chandelle durant un quart d’heure sur l’économie ;)

     

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  • #2180273
    Le 17 avril à 15:43 par De passage
    La Russie a-t-elle gagné la guerre des sanctions ?

    Depuis quand des yankees décérébrés peuvent battre des joueurs d’échecs ?

    Le pire c’est qu’ils en redemandent !

    Les Russes devraient être reconnaissants envers Dieu pour avoir des adversaires aussi stupides !

     

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  • #2180324
    Le 17 avril à 16:51 par Zeubi la mouche
    La Russie a-t-elle gagné la guerre des sanctions ?

    Elle est plus jolie que Elisabeth Lévy ou Christine Angot cette journaliste,du coup j’ai plus de mal a écouter Alexandre !
    Mille excuses

     

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    • #2180547
      Le 17 avril à 21:04 par MPNF
      La Russie a-t-elle gagné la guerre des sanctions ?

      Côté russe, un ange (Diana) vs en France, nos démones histrioniques (Levy, Angot) aussi laides que bêtes. J’ai mal aux mirettes et la langue pendante comme Blitz le loup devant cette beauté. Quelle jolie russe au regard félin !!

       
  • #2180415
    Le 17 avril à 18:25 par nicolasjaisson
    La Russie a-t-elle gagné la guerre des sanctions ?

    83% de la population russe dépend de l’Etat pour ses revenus et donc de la manne pétrolière qui alimente les caisses de sa Trésorerie. Dans le contexte actuel de l’économie post-carbone c’est de la pure folie. L’Etat contrôle donc étroitement la masse salariale soumise à une forte inflation des prix à la consommation, quoi qu’en dise l’auteur. Il eut été plus judicieux de favoriser le retour à la campagne plutôt que de concentrer la population dans des mégapoles où la population doit s’alimenter dans les grandes surfaces. L’économie privée étant réduite à la portion congrue, il est naturellement hors de question de s’installer au vert du fait de la désertification industrielle qui touche de nombreuses régions, alors que les services dans les nouvelles technologies sont contrôlés par les fonds publics qui financent des parcs d’innovation dans la banlieue des mégapoles. On aurait aimé quelques chiffres à propos d’un pouvoir d’achat en chute libre dans une économie atone pompée par les dépenses militaires et la corruption budgétaire depuis une bonne dizaine d’années. Peine perdue, l’auteur ignorant superbement les sources russes comme rosstat.ru, gazeta.ru ; svpressa.ru ; Tsargrad.tv,ou les innombrables samizdat sur internet où la population essaie péniblement de se faire entendre, malgré les nouvelles lois réprimant la critique de l’Etat.

     

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  • #2180464
    Le 17 avril à 19:14 par sundance
    La Russie a-t-elle gagné la guerre des sanctions ?

    A si seulement on avait un Poutine à la tête de la France !

     

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  • #2180527
    Le 17 avril à 20:24 par pivert
    La Russie a-t-elle gagné la guerre des sanctions ?

    Certains font croire que ce sont les investissements européens (la France en particulier) qui ont fait décoller économiquement la Russie...
    Je crois plutôt que le facteur primaire c’est le peuple russe qui possède en général un haut niveau de formation et l’entrain nécessaire, deuxièmement il y a les matières premières qui sont des ressources, troisièmement il y a la façon de gouverner le pays sous la direction d’une équipe de gens très compétents autant á l’échelle politique qu’économique, comme sécuritaire et militaire.
    En plus, les russes sont relativement discret, et á moins de suivre en permanence les nouvelles russes, ou de personnes ou pays amis, il n’y a aucune chance de savoir avec profondeur ce qui se passe sur du long terme.

     

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  • #2180627
    Le 17 avril à 23:17 par pivert
    La Russie a-t-elle gagné la guerre des sanctions ?

    J’ai l’habitude d’écouter les commentaires de Stéphane Stéfanesco, que je trouve compétent et très bien informé (il vit en Russie) sur ce qui se passe dans la patrie de Pouchkine.
    Concernant la collaboratrice, je l’ai trouvé intelligente et jolie. J’ai l’impression qu’elle gagnerait á être plus décontractée en préservant précision et spontanéité.
    Donc un bon avenir pour l’entreprise ATSAL HR Solutions, qui est une entreprise conseil pour des investisseurs étrangers qui ne connaissent pas le marché russe.

     

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  • #2180722
    Le 18 avril à 04:49 par Olivier_8
    La Russie a-t-elle gagné la guerre des sanctions ?

    Toute société est tiraillée entre tradition et novation.

    Si elle se défie trop de la novation et s’enferme dans la tradition, elle devient arriérée.

    Si elle se jette dans la novation comme on se jette dans le vide et renie la tradition, elle devient dégénérée. (ex. USA, France, ...)

    Il semble que les Russes aient trouvé le juste milieu.

    Je crois que de cet équilibre, de cette prudence, découle la réussite russe.

     

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  • #2181053
    Le 18 avril à 18:04 par esote
    La Russie a-t-elle gagné la guerre des sanctions ?

    Ce commentaire ne concerne que l’article de Judy Twigg qui a été proposé par le site Le Grand Soir. Si je suis d’accord sur l’analyse factuelle que constitue l’article, en revanche le paragraphe d’introduction me fait beaucoup "tiquer" car il semble prendre pour acquis toutes les accusations otaniennes contre la Russie de Poutine sorties ces dernières années : Crimée, Skripal, élections US, etc... En gros toute cette introduction est un ramassis d’affirmations sans preuves qui ne tiennent encore et toujours que parce qu’elles sont sans cesse reprises sans vérification par les agents habituels des médias mainstream.
    Du coup, je m’attendais au moins à un petit avertissement de la part du Grand Soir, visant à se démarquer de cette intro peu conforme à la ligne éditoriale de ce site d’information alternative d’ordinaire de grande qualité. Sniff... Déçu.

     

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  • #2181099

    Reconnaissons cette volonté d’indépendance nationale de la Russie.Elle est presque en voie d’y arrriver.Bravo à eux.

     

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