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La décadence de l’opéra au XIXe siècle

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Article initialement publié dans l'atelier E&R

Résumé :

« Dans la frénésie qui a saisi l’esprit humain et qui a conduit à l’éviction du beau et du grand par le fantastique et l’extravagant, la musique, pas plus que les autres arts, n’a été épargnée. »

Lettre de Gaspare Spontini à Wilhelm Dorow, 1836

 

Le grand art lyrique français fut fondé par Lully sous Louis XIV et Rameau sous Louis XV, avant d’être élevé à des sommets par Gluck, Sacchini, Piccinni ou Grétry sous Louis XVI.

Il culmine sous la Révolution et l’Empire, avec de grands compositeurs comme Lesueur, Cherubini, Méhul, Catel, Spontini, ou Boieldieu : « La musique s’était élevée à une hauteur qui en fit, à défaut de la littérature découragée, une des gloires de ces temps [1] », nous dit Baudelaire.

 

Spontini, l’Olympe de l’Art lyrique (années 1800-années 1820)

Dans les remous artistiques du XIXe siècle, Gaspare Spontini se veut le disciple de Gluck et le dernier grand représentant de cet opéra classique, jusqu’à la passion – comme Ingres pour la peinture néo-classique par ailleurs.

Venu d’Italie, il connaît le succès dans la France napoléonienne qui l’adopte, puis sous Louis XVIII avant d’aller diriger la musique du roi de Prusse (1820-1842). Il domine alors le monde de l’opéra par une musique noble, grandiose et pathétique, qui est largement admirée en Europe.

À Berlin, il dirige en chef napoléonien, avec une foi sincère dans son art, au point de se raidir dans une attitude de fier isolement [2] face aux nouveautés musicales (rossinisme et romantisme) qu’il mettait en parallèle des bouleversements politiques de l’époque [3].

Se sentant exilé à Berlin et persécuté par la critique allemande [4], se plaignant de « l’influence des juifs [5] », à savoir Mendelssohn et surtout Meyerbeer, Spontini est finalement évincé de son poste auprès du roi de Prusse en 1842 puis revient en France avant de mourir en Italie en 1851.

 

L’ouverture de La Vestale, de Spontini :

 

 

Rossini, le Triomphe de la Vulgarité (années 1810-années 1820)

Dans la France post-napoléonienne, Gioacchino Rossini remporte un succès fulgurant, par une musique sensuelle et distractive, où c’est désormais le public qui donne le ton [6].

Beethoven a vu sa musique comme celle d’un « bousilleur [7] », Ingres et Berlioz comme celle « d’un malhonnête homme » méprisant l’expression dramatique à l’inverse de Gluck et de Spontini [8]. Berlioz, qui adorait ces deux maîtres, confie même avoir envisagé, dans sa jeunesse, de faire sauter le Théâtre italien un soir de représentation rossinienne [9].

La musique de Rossini a une influence considérable sur tout le XIXe siècle, mais, dès 1830, Rossini se retire précocement de la vie musicale devant les succès de l’Allemand Meyerbeer et du Français Halévy, tous deux juifs, ce qui lui fit dire au directeur de l’Opéra de Paris qu’il y reviendrait « quand les Juifs auront fini leur sabbat [10] ». Et il ne revint pas jusqu’à sa mort en 1868, car il était dépassé par son élève Meyerbeer, encore plus habile « à exploiter la nullité artistique du public [11] ». Celui-ci peut alors remplir un vide accentué par la mort précoce de compositeurs talentueux comme Weber (1826), Kuhlau (1832), Hérold (1833) et Bellini (1835).

 

L’ouverture de l’opéra Le Siège de Corinthe, de Rossini :

 

 

Meyerbeer, la Victoire de l’Aloi (années 1830-années 1860)

 

Giacomo Meyerbeer (né Jakob Liebmann Meyer Beer), issu d’une des plus riches familles berlinoises, s’impose à Paris, puis à Berlin, d’où il chasse Spontini de son poste en 1842. Spontini et ses disciples identifient alors en lui la bassesse et la marchandisation croissantes de la musique.

Spontini dénonce « ce juif aussi riche qu’intrigant [12] », ce « Cartouche de la musique », « dénué de tout sentiment pour le vrai et le sublime » et qui n’hésite pas à voler des morceaux aux autres [13]. Il pointe l’achat des applaudissements et des principaux théâtres d’Europe par des « spéculateurs mercenaires » flattant le goût de la multitude par amour du gain [14].

Berlioz reconnaît un certain talent à Meyerbeer mais critique aussi les intrigues de celui-ci pour promouvoir ses opéras (dîners, énormes dépenses...) [15], et parle même de « banque Meyerbeer [16] » à l’influence délétère sur tout le monde musical [17].

C’est pourquoi Wagner, à la même époque, fulmine contre la « judaïsation de l’art moderne », qu’il caractérise par la marchandisation du goût artistique et l’impossible création du beau [18].

Car Meyerbeer triomphe en Europe jusqu’à sa mort (1864), et aurait même payé pour faire valoir ses opéras au-delà [19] ; ses opéras sont désormais considérés comme caractéristiques du « grand opéra français », alors que Spontini, qui, lui, avait légué sa fortune à des œuvres charitables, est aujourd’hui largement ignoré.

 

L’ouverture de Robert le Diable, de Meyerbeer :

 

 

Malgré quelques fulgurances chez Auber, Berlioz ou Gounod, l’art lyrique ne s’en remettra pas en France, où la musique vulgaire d’Offenbach pourra s’imposer des années 1850 aux années 1870, et les compositeurs de fin de siècle (Saint-Saëns, Bizet, Massenet, Debussy) ne suffiront pas à le relever. Inutile de parler des massacres scéniques contemporains...

Le constat de Spontini, datant de 1836, s’applique plus que jamais : « Ma ferme et inaltérable conviction est que le drame lyrique a dégénéré en une corruption proche de la barbarie [20]. »

Notes

[1] Charles BAUDELAIRE, Richard Wagner et Tannhäuser à Paris, 1861.

[2] Richard WAGNER, « Mes souvenirs sur Spontini », dans le recueil Souvenirs, 1884.

[3] Gaspare SPONTINI, Lettre à Wilhelm Dorow, 1836.

[4] Heinrich HEINE, Lutèce : lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France, 1854.

[5] Richard WAGNER, ibid.

[6] Richard WAGNER, ibid.

[7] Ludwig van BEETHOVEN, Cahiers de conversations, 1825.

[8] Hector BERLIOZ, Mémoires, 1870.

[9] Hector BERLIOZ, ibid.

[10] CASTIL-BLAZE, dans « La France musicale » du 2 janvier 1842.

[11] Richard WAGNER, Opéra et drame, 1851.

[12] Gaspare SPONTINI, Lettre aux frères Escudier, 1832.

[13] Heinrich HEINE, ibid.

[14] Gaspare SPONTINI, Lettre à Wilhelm Dorow, 1836.

[15] Hector BERLIOZ, Lettre à sa sœur Nancy Berlioz, 1849.

[16] Hector BERLIOZ, Lettre à son fils Louis Berlioz, 1864.

[17] Hector BERLIOZ, Mémoires, 1870.

[18] Richard WAGNER, Le Judaïsme dans la musique, 1850.

[19] Hector BERLIOZ, Mémoires, 1870.

[20] Gaspare SPONTINI, Lettre à Wilhelm Dorow, 1836.

Voir aussi, sur E&R :

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49 Commentaires

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  • #1804267
    Le 20 septembre à 00:24 par alias
    La décadence de l’opéra au XIXe siècle

    Le XIX ème fut le très grand siècle de l’Opéra . Décadent Fidelio ? Décadente Carmen ? Décadent Le Vaisseau Fantôme ? Et tant d’autres chefs d’œuvres ! L’article a dû être rédigé par un schizophrène provincial monomaniaque de "Spontini" qui ne mérite pas plus de 4 lignes de commentaire .

     

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    • #1804318
      Le 20 septembre à 07:23 par Berrichon
      La décadence de l’opéra au XIXe siècle

      Vous n’avez pas tout à fait tort @alias , les idées ou même les goûts ne forgent pas forcément l’oreille musicale .
      Vrai aussi pour Spontini qui n’est pas beaucoup plus connu que Meyerbeer .

       
    • #1805673
      Le 22 septembre à 08:09 par Alucard
      La décadence de l’opéra au XIXe siècle

      Le "provincial" au milieu de ta petite charge émue, là... Ça traduit quoi précisément ?

       
  • #1804279
    Le 20 septembre à 01:08 par edo tensei
    La décadence de l’opéra au XIXe siècle

    Bonsoir,

    finalement le débat de savoir si un morceau ou un groupe n’ est pas trop " commercial" ne date pas d’ hier.

     

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  • #1804304
    Le 20 septembre à 06:01 par prout
    La décadence de l’opéra au XIXe siècle

    La dernière fois que je suis allé écouter un concert d’orgue dans une Cathédrale, ma connaissance (qui n’y connait rien) s’est plaint que la musique était bizarre, que le son n’était pas assez fort, pour finalement dire que la musique de game of thrones ça passerait vachement mieux avec cet instrument.

     

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  • #1804351
    Le 20 septembre à 09:49 par vergilius
    La décadence de l’opéra au XIXe siècle

    Si on parle encore aujourd’hui de Meyerbeer, c’est à cause de Wagner qui en a bien trop parlé.

     

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  • #1804368
    Le 20 septembre à 11:03 par Nouvel an pas foiré
    La décadence de l’opéra au XIXe siècle

    Meyerbeer s’est fait appeler Giacomo en hommage à son public le plus fervent, plus latin que les Germains que César qualifiait, forcément de barbares.
    Question point de vue, sans être booléen, je considère que la culture des pays méditerranéens vaut bien celle des peuples hyperboréens.
    Rossini, le Mozart des grands boulevards, ce n’est pas rien malgré tout !

    Quant à Meyerbeer, il était très admiré de Verdi (qui l’a carrément copié à mon avis), de Chopin (qui a composé des variations sur le thème de Robert le Diable) et de Wagner en personne, avec des "variations"
    https://youtu.be/hA1r_ff85_Y?t=7210

     

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  • #1804382
    Le 20 septembre à 11:40 par prodome
    La décadence de l’opéra au XIXe siècle

    Ceux qui font les puristes en disant qu’à part Bach et Mozart le reste part en décadence me font bien rire. Ça n’a juste pas de sens de comparer des époques différentes comme cela, à la limite on peut comparer deux musiciens d’un même époque...
    Mais dire qu’à partir du romantisme c’est la décadence c’est juste de l’ignorance, mais pour les connaisseurs l’ignorance ne s’apprend pas, on ne peut pas faire comme si ’il n’y avait pas eu le XIX et ses révolutions musicales, tout comme on ne peut plus faire comme si la terre est le centre de l’univers depuis Copernic...

     

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  • #1804417
    Le 20 septembre à 13:02 par noel
    La décadence de l’opéra au XIXe siècle

    J’estime que la musique comme tous les arts, doit voit élever et non vous distraire, vous divertir, vous plaire ou vous séduire afin de vous faire oublier, anesthésier votre âme au point d’éteindre les joies de l’ici & maintenant et vous faire accroire à un devenir toujours meilleur jamais accessible, attendre un messie .... etc, etc ....

    L’Évangile selon Thomas très révélateur de nos crédulités ! À quel point et comment la mafia du mensonge a obéré nos vies (de l’âme) & nos existences terrestres !

    L’art, c’est la religion. La musique aussi. Un musicien véritable entre en religion dès qu’il a franchi les premières années de Conservatoire.

    La musique baroque élève l’âme parce qu’inspirée par le Nombre d’Or et les harmonies célestes ! Musique vient de Muses ! Qui sont-elles ???

    La décadence vient toujours de l’orgueil et de l’économie jalouse de la Puissance du Verbe que les vibrations sonores épousent. Vous voyez où je veux en venir avec l’économie de l’Art ! ....

    Balzac avait tout mais vraiment tout compris du monde dit moderne en fait constamment à la mode, toujours en fuite pour échapper au Divin qui le lui rend bien en se retirant du monde et en laissant le marché de l’art aux marchands du Temple .... dont les pestilences atteignent des sommets en ce début de XXIe siècle :)

    Résumé : une musique qui vous élève comme un Père porte son nouveau-né dans ses bras vers le Ciel et l’élève vers le Haut pour le faire bénir par ses ancêtres, et le Dieu Vivant chaque jour de son existence afin qu’il éprouve son âme !

    Luigi Cherubini (1760-1842) - Requiem in do mineur pour choeur mixte composé à la mémoire de Louis XVI en 1816.

    https://www.youtube.com/watch?v=laO...

     

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  • #1804440
    Le 20 septembre à 13:30 par pépé
    La décadence de l’opéra au XIXe siècle

    L’Opéra fut inventé par Monteverdi . Le XIXème siècle l’a enfin sorti de la mythologie .

     

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  • #1804645
    Le 20 septembre à 20:22 par Un ptit passant
    La décadence de l’opéra au XIXe siècle

    Je profite d’un sujet sur la musique classique (enfin !) pour vous parler d’un chef-d’œuvremusical du XXème siècle : La symphonie 10 de Dmitri SHOSTAKOVICH, composée pour célébrer la victoire de l’homme sur la dictature (victoire de Shostakovich sur Staline, mort la même année) =
    https://www.youtube.com/watch?v=D2M...

     

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  • #1804991
    Le 21 septembre à 10:11 par noel
    La décadence de l’opéra au XIXe siècle

    @ Rivarol #1804417
    La décadence de l’opéra au XIXe siècle

    L’Église n’est pas encore née de nouveau ! Actuellement, Elle est au Tombeau.

    Les Mystères chrétiens sont révélés mais la Révélation est consubtantielle au niveau d’éveil spirituel et d’accueil du Peuple ! De ce fait, il rejette aveugle, y compris ses fausses élites gouvernantes, elles-même aveugles et sourdes, à ce qui ne leur conviennent pas du message christique lequel attend son Heure pour s’incarner dans une génération susceptible de lui faire un place dans son coeur et de le manifester sur Terre.

    « L’Évangile selon Thomas » n’a pas été reconnu mais pourtant bien retrouvé en 1945 après la fin de la seconde guerre mondiale, signe des Temps s’il en est !

    Les Paroles gnostiques de Jésus et donc son Message et politique sous-jacent sont bien trop granitique, inaccessible, complexe et pourtant d’une simplicité enfantine que le commun des mortels en éprouverait un tel éblouissement et vertige qu’il ne pourrait le supporter !

    L’Église a donc adapté son Message en expurgeant ce qui ne pouvait être compris voire bouleverser ! Mais chaque naissance à son Heure dans le continuum historique.

    La génération actuelle éprouve d’autres besoins désormais. Une Nouvelle Naissance approche. Elle a lieu. Rien ne pourra l’arrêter tel un ouragan. Les Paroles de Jésus sont sans équivoques à ce sujet. « N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais bien le glaive.  » Matthieu 10 :34.

    Le glaive dont il s’agit, n’est pas destiné à tuer bien évidemment mais à séparer comme un couteau sur un gâteau trois « profils » !

    L’humanité est divisée en trois substances ou qualités.

    Ceux qui se sentent (donc, se savent) pourvus d’une perfection innée dont la nature est esprit : les pneumatiques ; pneuma veut effectivement dire « esprit ». En grec sont les spirituels, ils sont dans le pneuma divin.

    Ceux qui n’ont qu’une âme et point d’esprit, mais chez qui le Salut peut encore être introduit par instruction : les psychiques, ceux qui possèdent une âme et peuvent être sauvés au prix d’un effort personnel et d’une conversion

    Enfin, les êtres dépourvus d’esprit et d’âme, uniquement constitués d’éléments charnels voués à la destruction : les hyliques, (matérialistes)

    Il va sans dire que sur le plan terrestre, ces êtres collaborent mais se tiennent à distance tout en se respectant ou se haïssant !

    Le Trinitaire est observé.

     

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