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Macron face à Plenel & Bourdin : un peu de brutalité dans un monde de lèche-cul

 

 

La Ve République est émaillée de ces rendez-vous qui confinaient au léchage de cul présidentiel. Ce n’était pas le léchage de cul qui était indécent mais la soumission du médiatique au politique. Peu de grands (par le salaire, pas forcément par le professionnalisme) journalistes en poste – et souvent proches du pouvoir – avaient le courage de mettre leur confortable fauteuil en danger pour une question dérangeante. Quand on gagnait 70 000 euros comme PPDA par mois sur TF1, avec le PDG de la chaîne copain de Sarkozy, on ne pouvait pas se permettre plus d’une vanne sur le président. C’était le maximum autorisé. D’ailleurs Sarkozy ne lui pardonnera jamais de l’avoir traité de « petit garçon ».

 

 

 

Plenel & Bourdin ne sont pas des présentateurs télé, ce sont des journalistes. L’un en radio, l’autre en presse écrite puis en ligne. Ils ont chacun leur franc-parler, leurs convictions, ils n’avancent pas masqués. On peut dire que Plenel est un pur gauchiste, auteur de gros coups journalistiques quand il tenait fermement la barre de la rédaction du Monde. Bourdin, lui, serait plutôt à ranger chez les populistes, il incarne parfaitement la nouvelle ligne de RMC, la radio qui n’arrête pas de monter et qui a bouffé Europe 1. Ces deux personnalités ont donc été choisies par Macron – qui l’avait promis il y a un an à Plenel sur Mediapart – pour l’interroger et le malmener. Et il a été malmené, si l’on prend comme point de repère l’obséquiosité française habituelle en la matière.

 

 

Mais il s’est bien repris, rendant coup pour coup, parfois en balançant de bonnes contre-vérités mais ça, c’est le lot des dirigeants.

 

 

Aux journalistes de sauter sur les mensonges et d’évacuer le brouillard communicationnel qui entoure l’homme en charge de l’exécutif.

Pour ceux qui n’ont pas soutenu les presque trois heures d’échanges, en voici la synthèse. On peut comprendre qu’un exercice de pur « com » flatteur pour le pouvoir et « ses » journalistes n’intéresse pas les Français avides de concret.

 

 

Eh bien justement, du concret, malgré les frappes échangées, il n’y en a pas eu beaucoup. Bourdin et Plenel sont plus perfides que Pernaut ou Ferrari, mais un Macron ne lâche pas des vérités aussi facilement. Pourtant, le corbeau a lâché quelques camemberts de bonne facture. Il a fallu le pousser dans ses retranchements sur la question sociale, les grèves en cours et leur raison, et sur l’international, c’est-à-dire la Syrie et la place de la France dans la paire anglo-américaine.

En une réplique, Bourdin a énervé Macron :

 

 

Être le président des riches quand tout va mal pour de nombreuses catégories de Français, ça fait mauvais genre, ça fait mauvais roi. Si le roi n’est pas aimé des pauvres, s’il ne distribue pas quelques piécettes, le règne peut mal finir. On a tous – et Macron le premier – en tête la fin lamentable du président Hollande, symbole de ce mélange écœurant entre socialisme de trahison et République communautarisée. Macron aura un mot malheureux sur son objectif principal :

 

 

Les deux dossiers sur lesquels Macron a dû se justifier, et c’est son boulot, c’est la crise sociale et la crise internationale. L’agression contre le service public et le statut de fonctionnaire, puis la justification du bombardement de la Syrie, qui place la France objectivement dans le camp des djihadistes. Sur le sujet intérieur, et plus précisément sur la lourde ponction des retraités (qui ont bêtement voté pour lui), Macron en a sorti une cinglante :

 

 

Que signifie la « solidarité intergénérationnelle » ? Que les retraités prétendument nantis doivent payer un peu plus pour ceux qui ont moins. C’est faire porter aux Français pas encore trop pauvres le poids des Français appauvris par le libéralisme, pardon, la crise !

Débrouillez-vous entre vous, c’est le mot d’ordre bien libéral du président. Les riches augmentent leur richesse, les pauvres doivent être solidaires entre eux. Quant à la fronde sociale, celle des luttes qui « coagulent », elle n’existe pas, c’est-à-dire que le ras-le-bol n’est pas général :

 

 

Certes, il y a un monde entre les divagations des étudiants de Tolbiac et la défense de leur statut par les cheminots. Les uns sont des apprentis révolutionnaires qui rêvent d’un nouveau Mai 68 qui leur mettrait le pain et la brioche gratuitement dans la bouche sans se fatiguer, les autres sont le symbole d’une France qui ne doit pas céder aux injonctions du mondialisme. C’est un combat qu’il ne faut pas perdre, sur lequel il ne faut pas céder un pouce de terrain. Il n’y a donc pas coagulation entre la colère des employés du service public et les petites manips de Besancenot et consorts dans les facs BQ (de basse qualité), mais il y a un empilement des mécontentements manifeste !

« Le mécontentement des cheminots ou des étudiants n’est pas celui des hôpitaux, celui-là est lié à une situation installée depuis des années. »

Du côté extérieur, l’alignement de la France sur les intérêts anglo-américains, et donc israéliens, est une catastrophe morale, diplomatique et, à terme, économique. Qu’on se souvienne seulement des conséquences des sanctions antirusses décidées par les Américains et imposées aux pays européens, un coup indirect porté contre nos agriculteurs, dont certains ne se sont pas remis. Alors que les Russes, eux, courageusement, ont réorienté leur économie et leurs achats.

Interrogé sur sa panoplie de « gendarme du monde », ou plutôt de gendarmette, Macron a cru bon de se justifier en reprenant la substance du tweet délirant de Jakubowicz :

« De là où je suis, on ne peut pas se contenter de faire des leçons de morale en regardant un peuple se faire gazer. »

 

L’exercice entier aura duré 2h38. Le jeune Macron, 40 berges au compteur, aura mieux résisté en seconde mi-temps à ses deux juges soixantenaires. On ne peut pas imaginer un instant qu’il n’ait pas compté sur une victoire à l’usure.

 

Les deux fronts d’Emmanuel Macron,
à lire sur Kontre Kulture

 

Macron, la guerre contre le social, voir sur E&R :

 






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52 Commentaires

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  • #1944945

    Un trotskiste (Plennel) qui est le revers de médaille du Macronisme, qui une fois que les plus riches auront tout siphonner, viendra porter le coup de grâce sur les classes moyennes dépouillées en proférant l’égalitarisme et un social-traître (Bourdin) qui fait semblant de récupérer la souffrance du peuple pour désamorcer les luttes. En fait selon moi cet interview est purement rodée.

     

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  • Cet homme est d’une habileté diabolique, je dirais qu’il est "malin" !
    Les deux roquets ont bien essayé de le saisir aux mollets, mais se sont fait renvoyer à la niche ... Allez, coucouche panier !
    Science sans "Conscience" n’est que ruine de l’âme, et c’est la même chose pour l’intelligence !
    L’usage excessif et exclusif de l’intelligence n’est rien d’autre qu’une sorte de masturbation de l’égo ;
    Dans monde ou tout ne serait que marchandise, il serait un dieu ... mais est ce que tout est marchandise ?

     

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    • quelqu’un qui ne peut pas aller jusqu’au bout de ses analyses comme A.S ne peut peut pas argumenter contre Macron . car Macron est cohérent dans ses affirmation (parfois ils sont à décrypter ) , le débat doit être devant quelqu’un cohérent aussi .

       
    • On est surtout dans le spectacle, dans du clash organisé et dont Macron est un pur produit d’appel.
      Les presque 4 millions qui ont maté le show sont des voyeurs biberonnés par les réseaux sociaux et leur polémique à deux balles, l’affiche promettait du cassage en live, ils sont venus voir, ils ont aimé, surtout Macron qui a répondu à leurs attentes.

      C’est le niveau zéro de la politique, Bourdin et Plenel ont servi de punching ball et Macron a cogné avec délectation.

      Du pain et des jeux, une fois de plus.

       
    • C’est certain que tout cela pourrait être une mise en scène. Quel intérêt journalistique l’agressivité de Bourdin et Plenel ??

      Dans le cadre circonscrit de leur questionnement, Macron a tout à fait raison, et ils ne le prennent jamais en défaut, pourquoi sinon parce que leur logique est la même que la sienne .

      La nature humaine ne peut pas se circonscrire par les calculs ... la dignité ne se quantifie pas, non plus que le respect .

       
    • petithous, Macron est quasi imbattable dans le clash avec vocabulaire éthéré, même Mélenchon se ferait claquer le beignet, comme Philippot s’est fait claquer par Macron aujourd’hui et au parlement Européen.

      Ce que je veux dire, c’est bien qu’étant énorme en terme de rhétorique, Macron ne fait pas grandir la politique en important le clash dans le débat public.

       
  • Contrairement à certains, je ne lui trouve aucun talent, même avec son oreillette. Il a eu la liste des "questions" (rien qui fâche, bien sûr) longtemps à l’avance, a appris ses répliques par coeur et c’est fini. Des problèmes insolubles, beaucoup d’intervenants ici pourraient lui en poser, genre quelles sont les perspectives de l’U.E. pour l’économie du pays, le déficit du commerce extérieur, la vente des entreprises publiques appartenant donc au contribuable, la raison du non-prélèvement de tout impôt à la source pour éviter l’évasion fiscale, la non-taxation des plus-values boursières, le paiement des intérêts de la dette publique, le million de personnes (au bas mot) vivant de la politique, les chiffres du chômage passant de 9-9,4 millions avant l’élection à 3 (!) après, les 40 milliards annuels de subventions à des associations politiques, etc etc

     

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  • Bourdin : C’est de la puissance que d’aller bombarder une heure un centre où l’on ne sait même pas s’il y a des armes chimiques ?
    Macron : Je vous rassure : on le sait.
    Bourdin : On le sait ?
    Macron : On le sait. Sinon on n’aurait pas frappé ces 3 centres.
    Voilà le JOURNALISTE Bourdin enfin informé et rassuré.

     

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  • Au même titre que Mac-euron aura fait exploser la classe politique, s’ il faut retenir une chose de cette petite séance de catch, c’est que " le petit garçon " aura définitivement mis ko le milieu merdiatique, il suffit de voir les commentaires plein de fiel et d’amertume d’icelui et rien que pour cela, ne boudons pas notre plaisir...

     

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  • Ce qui est certain c’est qu’avec Macron on est loin du niveau d’un Poutine. Attaquer un journaliste sur sa déclaration fiscale... Au lieu de "monsieur" Macron, ils auraient du interviewer directement le President Jacques Attali.

     

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  • #1945210
    Le 17 avril à 01:05 par Alderic-dit-le-microbe
    Macron face à Plenel & Bourdin : un peu de brutalité dans un monde de (...)

    Heureusement que je n’ai pas de TV, j’aurais mis des coups de savattes dedans.
    C’est répugnant. Les trois sont répugnants. Leurs mots, leurs phrases, leur réthorique, leur esprit, tout est répugant et tout est à jeter aux ordures, seul environnement qui s’accorde bien avec eux.

     

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  • Je vous ai bien lu (mais n’ai rien voulu visionner).

    Faut-il vraiment commenter ce théâtre ? ? ?

    Se fatiguer pour ces parvenus qui ne foulent même plus le sol - ils glissent ? Rappeler le pedigree des trois bonhommes, chacun, qui en ont un assez salé ?

    Un petit deal gagnant-gagnant, à trois. Et coupette de champ’s dans les backstages.

     

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  • On tape sur le président une fois qu’il est élu pour cinq ans puis on renouvelle. Le pouvoir n’est pas là de toute façon. La politique est du théâtre sans intérêt.

     

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  • Marron a écrasé ces 2 petits journalistes de seconde zone.
    Bourdin n’a pas le niveau , Plenel est insupportable.
    C’est pour ces 2 raisons que Macron les a choisi.

     

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