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Pierre Barouh, le promeneur de la chanson, est mort

"J’ai toujours l’obsession de la disponibilité"

Pierre Barouh, c’est une époque, l’après-guerre, les années 60, mais une mentalité, toujours présente. Petit juif planqué chez les ploucs, dans le « terroir » comme il disait, il sort de la guerre avec l’envie de ne rien faire « jusqu’à 30 ans », et tombe amoureux, lui qui n’a même pas le certificat d’études, d’un poème de Prévert.

 

 

Dès lors, il poursuivra les mots, les textes, les chansons, les pièces, et créera ce qu’on n’appelait pas encore son propre label. Un foutoir de rencontres qui débouchera sur des choix anti-marketing au possible, mais durables. De Saravah (bénédiction, en africain) sortiront Brigitte Fontaine, Jacques Higelin, Areski Belkacem et un tas d’artistes du monde. Car Pierre Barouh, c’est le Paul Simon français. Celui qui sent le mélange des musiques, qui colle du free jazz sur du gavroche parisien, qui tombe amoureux du Japon, qui part au Chili faire un documentaire pour l’émission Résistances, avec la dernière chanson de Montand à la fin, qui va chercher un tube mondial au Brésil (en fricotant avec Baden Powell), tout seul, juste par inspiration, pour transfigurer avec trois notes célèbres un film de Claude Lelouch.

 

« La vie, c’est l’art des rencontres »

Barouh, c’est la possibilité de faire ce qu’on aime, sans demander l’autorisation à personne, et en n’agressant personne. C’est l’émerveillement enfantin jamais tari, le plaisir artistique à l’état pur. Pour la petite histoire, personne n’a voulu des chansons d’Un Homme et une femme, il montera alors sa maison de disques tout seul. Il inspirera les plus grands auteurs compositeurs nationaux, de Francis Lai à Michel Legrand en passant par Georges Moustaki, devenu une légende de la chanson française dans le monde. On est loin, très loin des chanteurs fabriqués d’aujourd’hui, mais tout n’est pas fichu. La preuve, au milieu des produits du show-biz, parfois, sort un Allain Leprest, que Barouh n’a évidemment pas loupé.

 

 

Barouh, c’est le mariage réussi de l’exigence artistique et du grand public, ce qu’on appelle communément la culture populaire. Loin, très loin des délires spéculatifs de l’industrie du disque ou de l’art contemporain. C’est la victoire de l’instinct sur le calcul, de la vision imaginaire sur la financiarisation du secteur culturel.

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21 Commentaires

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  • #1637687

    Être un artiste ,ça ne s’invente pas,c’est inné .Je me rappel de Pierre Barouh ,et de ses chansons inoubliables ,et intemporelles ,ça ne rajeuni pas tout çà .


  • #1637709
    le 06/01/2017 par Mec sous pseudo
    Pierre Barouh, le promeneur de la chanson, est mort

    Je ne le connaissais pas du tout. J’ai dévoré ces 25 minutes. Passionnant et gorgé d’ondes positives. Merci pour cet article.

    (très bon interviewer au passage)

     

    • #1638075

      je trouve au contraire que l’interviewer est très mauvais :

      - déjà on sent qu’il veut dérouler son interview selon le plan qu’il s’était fixé et non selon les réponses de Barouh... plutôt que de le suivre il le ramène sans cesse à ses questions pré-écrites.

      - et du coup vient l’erreur : quand Barouh lui conte l’histoire de la Samba Saravah, le connard se trompe avec la "da ba da ba da"...


  • #1637741

    Je connaissais la chanson mais pas l’auteur.
    Un homme humble et sincère. Bref un français des années 60 comme on les aime.
    L’histoire du soldat allemand à la fin est bouleversante.
    On est loin d’un Bruel ou d’un Amir en tout cas !

    Paix à son âme.

     

  • #1637763

    On est triste. Quel homme merveilleux.
    Saravah Pierre ! ....


  • #1637810

    Mes condoléances à sa famille, tout particulièrement à son fils, Benjamin, qui a repris le label Saravah.
    Et bien sûr bravo à E et R de mettre en avant, en diverses occasions, les chanteurs français, dont Alain Leprest.
    Le fils Barouh avait publié sur Saravah (nouvelle mouture du label historique) un album de Thierry Lecoq, mort il y a un an. Un chouette chanteur folk en français descendant de Nick Drake.. Gardons les oreilles aux aguets ! Et rencontrons les créateurs quand ils sont vivants. Barouh et Thierry... je les ai connu. Ils étaient gentils, intelligents, éveillés, modestes et j’en passe. Tiens, je vais m’écouter A Bicyclette, une chanson de Barouh...


  • #1637951

    Très beau moment que cette interview de Pierre Barouh. Un être lumineux qui doit désormais brille dans le ciel pour l’éternité.


  • #1637973

    On a 18 ans , premier flirt, premiers 33t. on se lasse très vite de Chabadabada mais pas de La samba Saravah sans tristesse ou A l’ombre de nous...des caresses sur nos coeurs tourmentés.
    Merci Pierrot. Salut l’artiste.on s’en souviendra.


  • #1638008

    Si « La vie, c’est l’art des rencontres »...Pour moi, votre article, en est une bien belle...


  • #1638018

    article dithyrambique sur pierre Barouh à mon avis musicien très moyen (j’ai 73 ans)
    et pas une ligne sur le décès de georges PRETRE un des plus grands chefs d’orchestre français de musique classique que les symphoniques du monde entier
    s’arrachaient,c’est vrai qu’il n’était pas new wave (lelouch,lai,barouh,montand) et pas
    assez jazzie.
    Décidément Henry Ford avait raison.

     

    • #1638120

      Je te fiche mon billet que Michel Legrand ne sera pas mieux traité ...


    • #1638203

      Chez Pierre Barouh, J’ai cru comprendre que c’était l’aspect compositeur de musique/textes populaires de qualités, qui était surtout mis en avant...Ce qui n’enlève rien bien sur, à la maîtrise de ce grand chef d’orchestre qu’était George Pretre. mais dont la musique était réservée à un public, peut être plus connaisseur...


    • #1638386

      Pierre Barouh n’était pas un musicien mais un parolier.

      Il avait surtout "l’art des rencontres" comme disait V. De Moraes, et le talent de jeter des ponts entre les cultures, de découvrir les artistes.

      Il a notamment beaucoup fait pour faire découvrir la bossa nova en France. C’est lui qui a organisé la venue de Baden Powell à l’olympia. Baden Powell travaillera avec Claude Nougaro qui fera plusieurs chansons phares de son répertoire sur inspiration de la musique brésilienne ("Ah tu verras tu verras", "Brésilien", "Bidon-ville", ...)

      Il y avait dans sa démarche de petit entrepreneur de la musique de l’authenticité. Ce genre de personnes a son importance dans l’écosystème artistique, et il me semble que c’est plutôt en voie de disparition de nos jours.


    • #1638550

      Hahaha, est-ce le terme "populaire" que vous n’avez pas tout à fait compris dans cet hommage ? À moins qu’il ne s’agisse simplement de considérations plus "personnelles"... Quoi qu’il en soit Boulez était un très grand musicien, mais côté composition faudrait voir tout de même... Et que dire de l’accès à ses "œuvres" pour le populo moyen... Alors vous voyez, tout est relatif !

      @boule&bill : voudrais-tu laisser à Michel Legrand le temps de finir sa vie ici bas ? Ceci dit parfaitement d’accord pour le classer au niveau des très grands de la musique classique (même si dans mon Panthéon c’est François de Roubaix le maître en musique de films)


    • #1638796

      @Calentica
      Il me semble que le message qu’a voulu passer E&R dans l’extrait de P. Barouh, c’est qu’un cancre, s’il se prend la peine de lire, peut s’en sortir et devenir, en autre, un artiste de talent. L’émotion de P. Barouh en écoutant du Prévert lui a donné la boulimie de LIRE, lire TOUT dans le désordre mais SURTOUT LIRE. Le message se trouve-là dans cet extrait ; ce que nous disent en permanence les intervenants d’E&R. Après, il n’est pas nécessaire de gonfler votre propos en créant des polémiques artificielles, G. Pretre, musicien de génie oh oui. La mort d’un artiste nous permet de le redécouvrir aussi.


  • #1638229

    Les années 60-70, de très belles années d’insouciance où l’on croquait la vie à pleine dent, des années heureuses en créativité artistique où l’on donnait sa chance à ceux qui avait du talent sans être forcément diplômé. Nombreux pouvaient y arriver puis à partir des années 80 une longue descente vers les enfers s’amorcent avec les socialos au pouvoir, copains du plus grand escroc que les citoyens français ont placé à la tête du pays : Mitterrand. A partir de 1981, tout s’est dégradé, le capitalisme mondialisé effréné du pognon facile pointait son nez.

    On peut les rêver ces années-là sur un accord du cabaret de la dernière chance, où vous trouviez des troubadours immensément talentueux, des mouloudji, ferrat, brel, brassens, reggiani, la pointe, tant d’artistes ayant le verbe haut et la chaleur au coeur embrasait le public connaisseur.


  • #1638467

    Et voilà ! Une si belle époque. Tout ça a disparu ou presque.
    Des artistes indépendants existaient encore.
    Bravo Monsieur Barouh, nous vous regretterons.
    Condoléances à votre famille.
    Amitié


  • #1639563

    Pierre Barouh , j’te connaissait pas mais maintenant c’est fait ; j’aurai aimé parler avec toi de cette "disponobilité" que tu revendique plusieurs fois dans cet interview , cette disponibilité est pour moi l’expression du naturel humain perdu avec la modernité , tu te disait aussi promeneur , belle expression qui rejoint la mienne : flâneur ... qui contient les deux tiennent ! tu aurai surement apprécié ceci : L’humain " moderne" (Adam chassé du paradis) est son propre dictateur qui commande son cœur avec son cerveau ... Tchao belle âme libertaire !


  • #1639575

    Les français sont champions dans l’écriture de textes simples et vrais servis par de jolis mélodies agréables à entendre et à fredonner, qui constituent la variété française de qualité.
    cela donne parfois de petits bijoux comme savait en proposer cet homme dont les paroles sonnent justes dans ses chansons comme dans ses propos.


  • #1650062
    le 24/01/2017 par Rançon Alain
    Pierre Barouh, le promeneur de la chanson, est mort

    Ceux qui ont eu la chance du partage avec Pierre Barouh savent qu’ils perdent plus qu’un ami. Humble, généreux, humaniste, je ne l’ai jamais entendu dire du mal de quelqu’un en 35 ans d’amitié. Il a semé tant de pollen en nos cœurs que son œuvre est immortelle. Lui qui a consacré davantage de son temps au talent des autres, je sais que ses créations intemporelles sont aussi intergénérationnelles. Je l’ai accompagné au bord de l’autre rive et suis inconsolable. SARAVAH !


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