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Syrie : pivot géopolitique mondial

Note de la rédaction

Texte lu le 20 janvier 2019 lors de la conférence « La Syrie au cœur du monde ».

Lors de mon voyage en Syrie, en 2015, je disais aux Syriens que leur pays était devenu le pivot géopolitique mondial. C’est-à-dire la miniaturisation et le lieu de cristallisation de la guerre mondiale latente où s’affrontent, par armées interposées, les deux plus grandes puissances nucléaires de la planète.

 

J’expliquais alors que, de l’avenir du monde dépendait l’issue de la guerre en Syrie. Du moins, ce conflit devait à terme déterminer la future géopolitique mondiale.

 

Plan israélien

La Grande Syrie (bilad al-cham) est au croisement de trois continents et trois mers. Les empires, depuis l’Antiquité, ont envahi ou tenté d’envahir cette région.

Mais si l’histoire se répète, ce n’est pas de la même façon. La Syrie, depuis 2011, ne fait pas face à un empire au sens classique du terme. L’agression que les puissances occidentales ont lancé contre la Syrie, la Libye, et précédemment l’Irak, fait partie d’un seul et même plan, élaboré par des individus et des groupes identifiables.

La guerre contre l’Irak en 2003, et le « Printemps arabe » qui a débouché sur l’hiver terroriste, suivaient un plan de remodelage du monde musulman, du Maroc au Pakistan : le Plan Oded Yinon, « a strategy for Israel in the Nineteen Eighties », établi en 1982 par les Israéliens, repris et actualisé en 2002, sous le nom de « Greater Middle East initiative », par les néoconservateurs américains. Ce plan a été mis en application par l’administration Bush, au lendemain du 11 septembre 2001, sous l’impulsion et la pression du lobby pro-israélien.

Les réseaux d’influence israéliens ont fait des États-Unis et de leurs vassaux d’Europe de l’Ouest les outils de destruction des pays du Maghreb et du Proche-Orient. Destruction nécessaire à l’accomplissement du projet originel du sionisme : l’établissement du Grand Israël, du Nil à l’Euphrate.

Or, la résistance de la Syrie, du Hezbollah, de l’Iran, et surtout l’intervention russe, a mis un coup d’arrêt net au projet israélien.

 

Choc idéologique mondial

Bien que déterminant, l’aspect militaire est la surface et l’effet du conflit. La dimension idéologique, au fond religieuse, de cette guerre, est fondamentale.

Il s’agit d’une confrontation géopolitique et militaire traduisant ce que j’ai appelé un « choc idéologique mondial ». En d’autres termes, une guerre menée contre l’humanité par le monde anglo-américain judéo-wahhabo-protestant ; un ensemble géopolitique sous pilotage israélo-américain rassemblant les pays de l’OTAN et les pétromonarchies d’obédience wahhabite. Une alliance impériale composée de WASP calvinistes et de messianistes juifs ayant rallié à leur vision du monde les anciens pays catholiques du continent européen, des wahhabites et de l’État hébreu.

Tous partageant la même idéologie inégalitaire, autrement dit, tous appartenant au camp de l’Ancien Testament qui détermine leur vision du monde.

Pour justifier ses guerres, cet ensemble impérial s’est appuyé sur une stratégie géopolitique rabbinique, élaborée au Moyen Âge et visant à envoyer les mondes chrétien et musulman dans une guerre mutuellement destructrice, en vue du rétablissement du royaume d’Israël. Cette stratégie a été actualisée, laïcisée et baptisée « Choc des civilisations » en 1957 par l’historien juif britannique Bernard Lewis.

Ce projet religieux, messianique et politique, fallacieusement érigée en théorie scientifique, a amalgamé successivement le judaïsme et le christianisme, le protestantisme et le catholicisme, l’Europe continentale et le monde anglo-américain, pour l’opposer au monde musulman, puis à la Russie et à la Chine.

Or, il faut bien distinguer l’Europe et l’Occident. L’Occident est une construction liée à cette fabrication idéologique qu’est le judéo-christianisme, et qui a absorbé peu à peu l’ancien monde catholique, gréco-latin et germanique, pour en faire le prolongement de l’espace anglo-américain, moderniste et matérialiste. L’Angleterre, et l’Amérique à sa suite, ayant été utilisé par les messianistes, à partir du XVIIe siècle, comme sièges de l’impérialisme globaliste que nous combattons.

L’Europe, définitivement vassalisée à l’occasion des deux guerres mondiales, est depuis, prise en tenaille par l’Union européenne et son pendant militaire, l’OTAN, bras armé des États-Unis.

 

Nouvelle donne géopolitique et idéologique

La victoire militaire de l’Axe de la résistance sur les brigades internationales terroristes a révélé et aggravé la fracture dans le système impérial.

Les États-Unis étaient déjà en déclin dans les années 1990. Et leur agressivité témoignait d’une faiblesse grandissante. Une faiblesse économique et militaire, dans un monde de plus en plus difficile à dominer, surtout depuis la réémergence de la Russie et de ses alliés.

Dans ce contexte, l’Amérique avait, durant l’élection de 2016, deux voies qui s’offraient à elle : poursuivre leur course de destruction du monde et d’autodestruction, en choisissant la représentante de l’impérialisme néoconservateur, Hillary Clinton ; ou, avec le vote Trump, se recentrer sur elle-même, dans une logique isolationniste afin de se régénérer, notamment sur le plan économique, et renoncer à l’empire global.

Quoi qu’on dise de la politique de Donald Trump, sa victoire électorale, sur les thèmes du protectionnisme économique et de l’isolationnisme géopolitique est un tournant historique significatif.

En somme, il symbolisait le rejet du globalisme au profit de la nation, et il a par conséquent ouvert une brèche dans le système impérial, car la remise en question de son idéologie devait entraîner l’accélération de l’affaiblissement de ses structures.

Cette faille qui, à l’intérieur de l’appareil d’État américain, oppose les nationalistes isolationnistes et les impérialistes globalistes, traverse aussi le monde judéo-sioniste. En effet, la défaite cuisante d’Israël face à la Syrie et ses alliés, et la politique d’épuration ethnique menée par l’État hébreu, fait de lui un boulet et un danger pour la diaspora juive internationale qui craint l’hostilité des peuples au milieu desquelles elle vit.

Raison pour laquelle Israël, qui est de plus en plus isolé diplomatiquement et au pied du mur militairement, a élaboré une nouvelle stratégie, consistant désormais à tenter d’accompagner et de récupérer la vague souverainiste en Occident.

Telle est la nouvelle donne géopolitique et idéologique de la séquence historique qui s’ouvre.

Youssef Hindi

 

*

Bonus : petit récapitulatif à propos de l’implication d’Israël contre l’État syrien

 

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7 Commentaires

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  • #2143369
    Le 12 février à 17:17 par Syzygy
    Syrie : pivot géopolitique mondial

    Merci pour ce brillant résumé !

     

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  • #2143427
    Le 12 février à 19:28 par culturovore
    Syrie : pivot géopolitique mondial

    Pour Hindi, l’initiative du remodelage du Moyen-Orient vient des israéliens qui auraient donc poussé Bush à faire leur jeu. Mais alors pourquoi les sionistes pousseraient-ils le Pentagone à faire la guerre au Venezuela pour déstructurer la région ?!

    Pour Meyssan, cela s’inscrit dans une vision plus globale : l’empire américain doit être seul à contrôler l’accès aux ressources naturelles pour décider qui pourra y accéder. Il tente donc de contrôler le Moyen Orient et le Venezuela. Pour Meyssan cela s’appelle la doctrine de l’amiral Cebrowski mis en place avec Rumsfeld.

    Si je peux me permettre une hypothèse, les deux sont dans le vrai, mais la vision ne peut être elle plus globale ?

    La mise en place de la gouvernance mondiale sous la férule de l’état profond américain exige une condition nécessaire : la suppression des états, des nations, des frontières et des gouvernants populaires déjà en place, élus par leur peuple afin d’y mettre leurs propres gauleiters. Comme l’Union Européenne, des gens non élus. C’est ainsi que doit se constituer le Nouvel Ordre Mondial.

    Dans cette hypothèse, l’état profond américain agresse tous les pays non encore "mondialisés". Ce qui n’empêche pas les conditions Hindi et Meyssan, mais dans ce cas ces conditions son naturelles mais pas l’objectif premier.

    Car :
    - contrôler l’accès aux ressources va de soi lorsque le gouvernement mondial sera en place.
    - la construction du grand israel est bien entendu l’objectif des sionistes et des chrétiens sionistes de l’état profond américain. Cela ne se fera pas sans douleur si les autres parties du gouvernement mondial, les russes et les chinois s’y opposent.

    Je pense donc que les sionistes voient dans le NOM et la gouvernance mondiale une possibilité de reconstruite le temple de Salomon. Ils jouent donc cette carte. Mais elle n’est q’un des éléments du jeu, car le NOM veut le contrôle de la planète et pas seulement une acquisition de territoires ou de ressources. L’objectif final est plus grand et je pense que les sionistes alliés aux chrétiens sionistes travaillent ensemble à cet objectif final et non pas les sionistes manipulant pour leur cause.

    9/11 fut un travail conjoint de ces deux têtes de l’hydre de l’état profond. Et le NOM utilise ses ramifications en Europe et en Israel pour y arriver.

     

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    • #2143555
      Le 13 février à 00:35 par Pierre Loup
      Syrie : pivot géopolitique mondial

      Les deux Hindi et Meyssan sont de loin les deux meilleurs sources d’analyses en ce qui concerne la géopolitique, ça ne fait aucun doute et je suis d’accord avec le fait que Meyssan à une vision plus global de la chose et à clairement exposé le véritable plan qui s’est mit en marche depuis le 9/11 et où tout ce qui est religions et idéologies passent à la trappe.
      Le seul but c’est de maintenir dans un état de délabrement toute les régions centre/sud américaines, africaines, moyen-orientale, sous-continent indien(excepté l’Inde) et asie du sud est.
      Et tout les moyens sont bons, soutenir des néo-nazis en Ukraine, des anarchistes ou des marxistes-léninistes chez les kurdes, des islamistes, des dictatures militaire(Égypte, Pakistan), des monarchistes(pays du golfe) ou des ’’démocrates’’ au moyen-orient, idem en Afrique et toute sortes de groupes de gauches ou de droites en Amérique centrale et du Sud sans compter tout les groupes paramilitaires, milices en tout genre, cartels de drogue etc...

       
    • #2143556
      Le 13 février à 00:39 par Pierre Loup
      Syrie : pivot géopolitique mondial

      Par contre oui en dernière instance, ce projet dont parle Meyssan et qui se fous clairement des idéologies et religions peu servir voir sert probablement un potentiel projet messianique de domination du monde dont Hindi et Hillard sont les spécialistes.

       
    • #2143632
      Le 13 février à 09:40 par culturovore
      Syrie : pivot géopolitique mondial

      @ Pierre Loup

      Vous validez donc mon hypothèse.
      Néanmoins je suis en désaccord avec Hillard qui rejoint Hindi sur la théorie du projet messianique d’initiative sioniste se servant des USA pour arriver à ses fins.
      Je ne pense pas pour ma part que le NOM soit un projet messianique de l’état profond qui serait dirigé par les sionistes.

      Je vois le NOM comme un projet de domination globale d’une élite financière, militaire, scientifique, domination par la digitalisation monétaire (la banque comme outil de domination) et technologique, en s’appuyant sur le complexe militaro industriel et sur les transnationales dont ils sont les propriétaires via les banques.

      C’est une domination matérielle dans son ensemble, goût du pouvoir et de l’argent d’une élite convaincue qu’elle est légitime pour dominer les hommes. L’élément messianique n’est qu’un point de jonction au sein de cette élite entre des chrétiens évangéliques sionistes et les sionistes purs. Le messianisme des sionistes est une des conditions du NOM mais pas sa finalité.

      La finalité est la domination, et dans le cadre de cette domination, les sionistes arriveront aussi à leurs objectifs messianiques. L’objectif messianique est un corollaire de la domination, pas sa finalité. Sauf peut être pour quelques fanatiques sionistes purs.

      Je pense qu’un Bush, un Cheney et un Rumsfeld n’ont que faire du troisième temple de salomon. Mais ils arrivent à s’accorder avec des sionistes messianiques pour lesquels le temple est la finalité parce qu’ils ont l’objectif commun d’une gouvernance mondiale ou les sionistes feront partie du peuple prêtre dans le cadre du grand israel. Les uns dirigeront et les autres auront leur temple, seront les prêtres et auront leur grand israel, voici l’accord. Et dans ce cadre je pense que seulement les juifs sionistes durs et politiques sont conscients. Le peuple juif sera aussi victime du NOM et n’a aucune prétention ni de domination ni de grand israel.

       
  • #2143447
    Le 12 février à 20:16 par le moine vengeur
    Syrie : pivot géopolitique mondial

    Youssef,il y a des distinctions à faire:par ex. le fait de dire que l’Occident est une construction judéo-christianique,c’est surtout vrai dans le monde protestant (Angleterre,Amérique,)c’est vrai aussi pour les dirigeants de l’Hexagone depuis un certain temps,(et qui entrainent notre pays contre son gré)mais non pour la mentalité des peuples catholiques(français,italiens,espagnols.en partie allemands....)ni des slaves,qui restent fondamentalement différents d’une mentalité anglo-saxonne et qui n’approuvent pas du tout la politique sioniste.
    Par ailleurs que dire des très nombreuses factions musulmanes qui consciemment font le jeu d’Israël ?Alors qu’une solidarité musulmane empêcherait tout débordement sioniste...

     

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    • #2143478
      Le 12 février à 21:14 par Pitchou
      Syrie : pivot géopolitique mondial

      La corruption généralisée, la mise sous contrôle du monde est devenue beaucoup plus simple qu’aux 17ème siècle. Les gouvernants occidentaux ou arabo musulmans n’échappent pas à cette pression de manière sournoise ; les frères musulmans, les wahhabites et autres soumis au sionistes du même calibre y contribuent amplement. Tous les leaders populistes européens se sont prosternés en israel, vérifiez par vous même, d’ou l’analyse de Hindi. Il ne parle pas des peuples dans ce cas, mais bien des salopards gouvernants ou aspirants à le devenir, les peuples sont occupés à survivre, une partie du plan du NOM.