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Retraites : près de 2 millions de manifestants, selon les syndicats

Les syndicats français estiment avoir nettement amplifié l’opposition à la réforme des retraites en mobilisant, jeudi 24 juin, environ deux millions de personnes dans la rue, selon leurs chiffres.

Il s’agit de la plus grosse manifestation en France depuis le début de l’année, contre le projet gouvernemental de relever l’âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans. Au vu de cette montée en puissance, Bernard Thibault a estimé qu’il serait "sage" que le président Nicolas Sarkozy "renonce à soumettre le projet de loi" dans sa version actuelle au conseil des ministres du 13 juillet. François Chérèque a souligné qu’il s’agissait de "la plus forte manifestation de l’année : cela montre que le sentiment d’injustice face à cette réforme brutale monte très fort dans le pays".

Du nord au sud du pays, la participation à la quasi-totalité des défilés dépassait celle de la dernière journée intersyndicale CGT-CFDT-CFTC-FSU-UNSA-Solidaires, le 27 mai (un million selon les syndicats, 395 000 selon la police). C’était le cas à Marseille, avec 14 500 (police) à 120 000 manifestants (syndicats), à Bordeaux (25 000 à 70 000) ou à Lyon (11 000 à 25 000). A Rennes, le cortège a été six fois plus important que le 27 mai, selon la police. Dans des villes moyennes, les manifestants étaient souvent deux fois plus nombreux que le 27 mai, comme au Mans, à Boulogne-sur-Mer, Limoges ou Angoulême. A Pamiers (Ariège), le cortège était le plus gros depuis 1995.

A Paris, les manifestants étaient 130 000 selon les organisateurs, 47 000 d’après la police. Cependant, la mobilisation globale est restée moins forte que celle du pic des manifestations de 2009 contre la crise (entre 1,2 et 3 millions).

Les salariés du privé, où les appels à la grève étaient nombreux, gonflaient les rangs. A Nice, Olivier Pallano, employé dans le BTP, réclamait un départ anticipé pour les ouvriers du secteur dont "très peu arrivent à la fin de leur carrière". Clin d’œil au Mondial de football, des vuvuzelas résonnaient dans plusieurs cortèges. Le rendez-vous jeudi à l’Elysée de Thierry Henry a aussi alimenté slogans et critiques, les syndicats épinglant un président qui "passe son temps à écouter les états d’âme d’un footballeur qui gagne 15 millions par an" au lieu d’écouter la rue.

Dans le primaire, avec 31,9 % d’enseignants grévistes selon le ministère, la journée de jeudi a connu le mouvement le plus fort de l’année scolaire. Dans la fonction publique, les taux étaient aussi en hausse par rapport au 27 mai, mais inférieurs à ceux de 2003 contre la précédente réforme des retraites, a souligné le gouvernement. A la SNCF, la direction a compté 39,8 % de grévistes, pic dans une journée interprofessionnelle depuis 2003. Pour la FSU, "on entre dans une nouvelle période de rapport de forces", et pour Solidaires, "si vraiment le gouvernement ne comprend pas, à la rentrée on sera dans la rue".

L’intersyndicale CGT-CFDT-CFTC-FSU-UNSA-Solidaires avait fixé comme objectif de faire naître un mouvement d’opposition suffisant pour infléchir, voire obtenir la réécriture du projet de loi qui sera présenté en septembre au Parlement. Les syndicats feront le bilan sur cette journée d’action le 29 juin.

Le gouvernement avait pour sa part affirmé ne pas "redouter" la journée. Le premier ministre, François Fillon, jusque-là en retrait, fera vendredi un "point d’étape" sur une réforme phare du quinquennat. A gauche, le PS a appelé au retrait de la réforme dès "maintenant". Les syndicats s’opposent au relèvement de 60 à 62 ans de l’âge légal de départ, principal levier choisi par l’exécutif pour juguler les déficits croissants des régimes de retraite. Tous se disent prêts à redescendre plus nombreux dans la rue à l’automne.