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À quoi ressemblait l’appartement parisien de Jeffrey Epstein ?

"Des nombreuses photos de jeunes filles... Pédophilie ? C’était limite, borderline..."

Que s’est-il passé derrière la façade haussmannienne de l’immeuble du 22, avenue Foch, à Paris ? Jeffrey Epstein, accusé de trafic sexuel aux États-Unis, a-t-il aussi sévi dans son appartement de l’Ouest parisien, avant d’être arrêté et de se donner la mort le 10 août dans une prison fédérale à Manhattan ?

 

Les témoignages recueillis par la cellule investigation de Radio France décrivent un lieu aussi luxueux qu’inquiétant, avec ses espaces de réception, sa salle de sport et sa salle de massage, qui rappelle celle de sa résidence new-yorkaise. D’après les plaignantes américaines, c’est dans une telle pièce qu’à New York, Epstein les aurait agressées sexuellement. Et une des principales plaignantes, affirme avoir été abusée sexuellement dans cet appartement parisien.

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Un pied-à-terre parisien de 800 m²

C’est en 1996 que le Boeing 727 de Jeffrey Epstein se pose pour la première fois à Paris. L’examen du registre des vols de 1995 à 2013, que la cellule investigation de Radio France a passé au peigne fin, révèle qu’il y reviendra épisodiquement : trois fois en 1997 et en 2000. Epstein prend alors ses habitudes dans la capitale à l’hôtel Bristol et fait occasionnellement appel à des masseuses. Il fréquente aussi le Sud de la France (son avion atterrit et décolle des aéroports de Nice et Marseille). À cette période, il entretient une relation avec une Française de 26 ans, qu’il emmène partout dans le monde.

À Paris, Epstein veut un très grand appartement. À partir de 2001, Jeffrey Epstein vient plus régulièrement dans la capitale et il embauche un majordome, un franco-brésilien, qui a déjà travaillé auprès de riches personnalités, comme François Dalle, ex-patron de L’Oréal, ou l’actrice Jacqueline Delubac, ex-femme de Sacha Guitry.

À cette période, au tout début des années 2000, le milliardaire loue un appartement au deuxième étage du 22, avenue Foch, à deux pas des Champs-Élysées, propriété des Assurances générales de France (AGF) puis de la société Fochal. En juin 2002, il en devient propriétaire – via sa société JEP – et débourse pour l’acquérir plus de 3,5 millions d’euros. Après quelques travaux, Epstein bénéficie ainsi d’un « pied-à-terre » de 800 m², aujourd’hui estimé dans son testament à 7,8 millions d’euros.

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Que s’est-il passé dans l’appartement du 22, avenue Foch ? Certains faits posent question, comme cette description, faite par un artisan qui y a travaillé entre 2002 et 2005. Il affirme avoir été marqué par « les nombreuses photos de jeunes filles » dans l’appartement. « Elles étaient disposées dans des cadres, un peu comme des photos de famille, se souvient-il. Les filles semblaient très jeunes. Mineures ? Difficile à dire. Pas beaucoup plus que 18 ans, en tout cas… En voyant les photos, on ne pensait pas à la pédophilie, mais c’était limite, borderline… » L’épouse du majordome de Jeffrey Epstein confirme l’existence de ces photos mais préfère évoquer des clichés « artistiques », notamment une « magnifique femme nue et cambrée dans la salle de massage ».

Cette salle de massage est loin d’être anecdotique : d’après les plaignantes américaines, c’est dans la « salle de massage » new-yorkaise qu’Epstein les aurait agressées sexuellement, avant de leur verser plusieurs centaines de dollars. Le majordome parisien confirme qu’Epstein faisait venir des femmes à Paris, qu’il payait, et se faisait masser « parfois trois ou quatre fois par jour ». « On peut parler de relations tarifiées, les massages n’étaient pas tous accompagnés de relations sexuelles », selon lui.

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Dans son luxueux appartement, Jeffrey Epstein reçoit également. L’ancien ministre Jack Lang se souvient y avoir été invité à dîner. C’est aussi le cas de Steve Bannon. L’ex-conseiller de Donald Trump aurait séjourné à Paris, chez Epstein en octobre 2018. C’est durant ce séjour en France qu’il a rencontré Marine Le Pen, le 11 octobre.

Selon la femme du majordome, Steve Bannon est venu chez Epstein, « et pas qu’une seule fois ! » D’après ses souvenirs, « à chaque fois qu’il venait, c’était pour des meetings de Marine Le Pen, relève-t-elle. Je ne connais pas la vie de ce monsieur mais ils doivent être du même parti ou avoir les mêmes idées. Moi, je sais que je l’ai vu là-bas [en octobre 2018] et que mon mari m’a dit qu’il l’avait conduit. Deux jours après, je l’ai vu aux informations. » Contactée, la porte-parole de Steve Bannon dément et assure qu’à Paris, son patron séjourne systématiquement à l’hôtel Bristol.

Bill et Melinda Gates seraient également venus au 22, avenue Foch. Le majordome de Jeffrey Epstein raconte s’être occupé d’eux et leur avoir fait à manger – un soufflé aux œufs pochés précisément. Une des porte-parole du fondateur de Microsoft soutient que « toute allusion à une relation d’affaires ou personnelle entre Jeffrey Epstein et Bill et Melinda Gates serait totalement fausse ». Le nom de Bill Gates est pourtant inscrit à plusieurs reprises dans le registre des vols d’Epstein.

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D’après Bradley Edwards, avocat américain de plusieurs victimes présumées de Jeffrey Epstein, ce dernier « avait dans chacune de ses résidences des employés, des associés, dont le seul travail était de recruter pour lui des lycéennes et des jeunes femmes vulnérables. Les messages pour faire venir les filles étaient : ’Tu peux te faire 200 dollars en faisant un massage à un type riche’, ou bien ’Tu peux devenir mannequin, j’ai des relations dans le milieu’. Mais une fois chez lui, Jeffrey Epstein utilisait la table de massage pour convertir une situation en apparence normale et légitime en agression sexuelle, en manipulation et brutalité. »

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