Egalité et Réconciliation
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La fournée bien fade de La Bougie du Sapeur

Le journal paraissant tous les 29 février

L’idée d’un journal qui ne paraît que les 29 février est à tel point incongrue et résonne comme une initiative tellement aussi stupide que potache, qu’elle ne pouvait qu’attirer toute notre sympathie. C’est pourquoi nous le lisons avec une régularité toute suisse depuis 20 ans – certes, nous aurions pu dire depuis 6 numéros, mais cela fait tout de suite davantage petit bras. Or, nous ne savons pas si c’est nous qui vieillissons et notre exigence qui grandit (après 13 années d’E&R cela se comprendrait aisément) ou bien si c’est la qualité du journal quasi-quadriennal qui baisse, mais il semble que même munis de la plus grande indulgence, cette feuille de chou nous a encore une fois déçu.

 

Ca y est, à peine sorti de l’imprimerie, un des 200.000 exemplaires (tout de même !) parvient entre nos mains. Attendu depuis 4 ans, il s’était fait désirer et, comme tout désir qui tarde à connaître sa réalisation, il multipliait aussi les risques de déception. C’est ainsi que l’équipe rédactionnelle du journal fait face à un grand défi, mais dispose de quatre pleines années pour le réaliser. Avec 3 ou 4 articles maison par jour, nous produisons davantage à E&R. Mais produisons-nous mieux ? C’est ce que nous allons voir.

Notre exemplaire, déjà bien lu et manipulé

 

Pour débuter, l’éditorial promet beaucoup, au risque de décevoir :

Jamais le politiquement correct et la langue de bois n’ont été autant à l’ordre (moral) du jour. [...] La Bougie du Sapeur le proclame haut et fort : le politiquement correct, c’est ce discours du bien qui nous cause tellement de mal.

Puisque nous allions voir ce que nous allions voir, nous feuilletons alors le journal avec gourmandise, assurés que nous aurons notre dose de politiquement incorrect, d’humour risqué, de gags dissidents et de dessins interdits (et en la matière nous nous y connaissons comme nous le rappelle régulièrement la XIIIe chambre correctionnelle et ses nombreuses condamnations).

Commençons dès la page 2 avec l’interview (imaginaire, bien sûr) de Thierry Le Luron. Que ne va-t-on parler des zones devenues interdites de l’humour ? Des condamnations de Dieudonné ? Absolument pas. Seulement 5 petites questions mièvres entraînant des réponses du même acabit. On y convoque comme toujours Coluche – sans bien sûr rappeler les mois précédant sa mort, ses nouveaux sketches brûlants en préparation et son rapprochement avec le poujadiste Gérard Nicoud. Extraits :

BdS : Mais, pour les élections municipales, on nous annonce Marcel Campion, le roi des forains, et Jean-Marie Bigard. Ça devrait vous plaire ?
TLL : Bof. Je préférerais même Giscard. Avec lui, c’était brillant. Campion, il croit qu’en faisant la roue à la Concorde, il va gagner ! Il va y laisser des plumes. Et Bigard, évidemment, s’il peut avoir le pape dans son comité de soutien, ça peut le faire.

D’une pauvreté créative (il y avait de quoi s’amuser à faire parler Thierry Le Luron) et d’un contenu lénifiant, cette interview imaginaire en devient consternante d’inintérêt.

Puisque le sujet est sur la table, pour tout savoir sur la véritable affaire Coluche, et comprendre dans la pratique ce qu’est l’humour réellement dangereux pour le système, revisionnez avec urgence cet extrait culte d’Alain Soral sur le sujet :

 

Plus loin, un article sur l’histoire d’un coq (attention, pas celui du Rav Ron Chaya, ouhlala beaucoup trop subversif) qui perturbait le repos de citadins en vacances s’avère plus cocasse (sans jeu de mot) : les fermiers voisins se virent assigner en justice, mais le juge stoppa net les prétentions des plaignants urbains en rédigeant des attendus assez comiques. Malheureusement pour le journal, cette partie rigolote n’est pas de leur fait. Cherchons d’autres articles qui nourriront notre soif d’humour caustique.

Inévitablement nous tombons sur Donald Trump. La Bougie du Sapeur va-t-elle céder aux facilités du Trump-bashing ou bien, choisissant avec intelligence et subtilité un angle plus incisif, invitant davantage à la réflexion plutôt qu’à l’acharnement gratuit, le journal va-t-il proposer un humour sagace et original ? Avec quatre années pour y réflechir, Donald Trump ayant été élu une année bissextile, on aurait pu s’attendre à beaucoup mieux.

Donald Trump, twitto émérite : un jour, une connerie. La rédaction était, sur ce cas très spécial, assez partagée. Non pas sur le fait qu’on le déteste. Mais sur le fait qu’on aime le détester. Et ce n’est pas pareil. En un signe comme en 280 caractères, à La Bougie du Sapeur, on ne l’aime pas !

Vlan, ça c’est balancé ! Quel courage ! Et quel humour ! On n’en revient pas. Quand En Bref vous pond 10 vannes en quelques heures d’écriture, nous proposer une telle indigence en quatre années, c’est presque un record. Et lorsque l’on se remémore l’édito qui s’indignait du politiquement correct, les bras nous en tombent.

A-t-on envie de prolonger cette pénible recension ? On trouvera un article pertinent sur l’insupportable disparition du ticket de métro à Paris (vers la dématérialisation totale et le flicage intégral des voyageurs) et son pendant... féminin. Le jeu de mot est facile (on reste au niveau du canard) mais on reconnaîtra que les deux disparitions sont autant inquiétantes l’une que l’autre – chacun dans son domaine, quoique tout est dans tout et qu’une bonne connaissance de notre monde éclaire la compréhension de l’un comme de l’autre des deux sujets.

S’ensuit un papier sur le mariage des prêtres, où l’on apprend sans surprise que l’ordination des prêtres, c’est le sens de l’histoire et que le Vatican finira bien par assouplir sa position sur le sujet. Comme si la théologie et le droit canon ressortissait des doctes avis et des conseils éclairés de La Bougie du Sapeur ! Bref, continuons notre lecture.

Inévitablement le sujet des Gilets jaunes arrive sur la table. Et là encore, c’est le drame rédactionnel :

On est bien d’accord, le concept du gilet jaune est une idée géniale en matière de communication. Ce jugement ici exprimé se limite à la communication, sans préjuger (mais peut-on préjuger a posteriori ?) de son succès politique, auquel je souscris beaucoup moins. Car pour tout dire, les gilets jaunes me foutent plutôt une trouille... bleue.

Finalement c’est un peu sur ce jeu de mot pourri à la hauteur de l’analyse presque dégueulasse d’un mouvement social sincère et profond que nous avons refermé le journal. Quel gâchis que cette gazette originale qui pourrait faire un tabac en s’arrachant de son contenu fade et en proposant un vrai humour incisif, réellement politiquement incorrect, au risque de poursuites judiciaires peut-être, et alors ? Paraissant tous les 4 ans, les risques sont assez faibles puisque quadriennaux, là où nous sommes à E&R exposés chaque jour aux foudres iniques des associations, des ligues de vertus idéologiques et aux décisions de tribunaux illégitimes.

Vendant leur journal 4,80 euros, le diffusant à 200.000 exemplaires (combien sont réellement vendus ?), alors que l’équipe rédactionnelle est entièrement bénévole, on peut aisément imaginer que les bénéfices avoisinent plusieurs dizaines de milliers d’euros. Avec ce magot on peut prendre des risques judiciaires sans problème. Et que les tribunaux interdisent un journal papier avec une telle notoriété semble extrêmement peu probable. La pusillanimité de l’équipe de La Bougie du Sapeur n’a alors définitivement plus aucune excuse !

 

Quelle alternative ?

Devant cet échec éditorial, devrions-nous rester les bras croisés ? Le présent article est déjà cent fois plus subversif par son simple titre que ne l’est l’ensemble de La Bougie du Sapeur ! Un simple mot peut en dire beaucoup. Nous pensons au mot fade, bien sûr. Courageux mais point gratuitement téméraire.

C’est ainsi que nous avons ressenti presque physiquement l’urgence de mettre en place le magazine que la Rédaction gamberge depuis de nombreux mois désormais. Nous attendions l’envol de notre Financement participatif, mais celui-ci fut stoppé net par nos déboires bancaires (et parfois humains : effectifs, maquettistes de qualité, etc.). Désormais tout est revenu dans l’ordre, la Rédaction a même recruté un adjoint, mais il nous manque à peine 2 ou 300 euros pour pouvoir boucler le journal sereinement (soit 20 ou 30 nouveaux financeurs à 10 euros mensuels, un projet réaliste !).

Mais peut-être n’êtes-vous pas au courant de ce projet de journal papier (oui, un vrai journal, comme La Bougie du Sapeur, mais qui parviendra dans votre boîte aux lettres) ? Il s’agit de La Fachosphère s’amuse. Rien que le titre vous aura fait sourire, nous en sommes convaincus. Et sa simple couverture vous pliera davantage de rire que les vingt pages de La Bougie, jugez-en par vous-même :

Subversif et rigolo, et encore c’est un simple prototype !

 

Nous comptons sur vous pour participer à ce grand projet d’un journal papier réellement subversif, vraiment drôle, mais intelligemment lucide et perspicace. Chaque financeur à partir de 10 euros par mois recevra chez lui tous les deux mois ce magazine qui promet déjà d’être collector pour les années futures.

Devant la déconfiture de La Bougie du Sapeur, devant les compromissions de Charlie Hebdo, la disparition de l’éphémère Flash ou du regretté Idiot international, mobilisons-nous pour faire naître puis vivre un authentique journal de la résistance, qui doit désormais s’envisager comme une véritable mission de service public. Ce journal doit devenir le samizdat que nous pourrons faire circuler physiquement de la main à la main, déposer négligemment vers la machine à café du bureau ou la salle d’attente du médecin. C’est aussi ça le retour concret du Réel.

 

La Rédaction d’E&R au travail, tous les jours sur E&R :

 



Article ancien.
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6 Commentaires

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  • #2400202

    Un journal de bénévoles ? Enchanté pour eux parce que le rédac-chef, habitué des mondanités de Deauville, est un chef de société, entre autres dans la location et l’immobilier, qui pèse lourd et avec un carnet d’adresses bien garni.

     

    • #2400285

      Oui, y en a qui ont les moyens de s’amuser à faire un journal :

      https://www.gettyimages.fr/photos/j...

      Un loisirs de riche, pas de passionné ni de dissident. On voit le résultat.
      La Fachosphère s’amuse, c’est radicalement l’inverse !


    • #2400458

      @ Jacqo

      C’est à dire que les collaborateurs sont bien payés et le rédac-chef est bénévole ?


    • #2400539

      « C’est à dire que les collaborateurs sont bien payés et le rédac-chef est bénévole ? »
      À tort ou à raison, ce que dit le comm initial c’est que 1 ) les collaborateurs seraient bénévoles et 2 ) Le rédac-chef ne serait pas dans le besoin. Sous-entendu tous les bénévolats ne se valent pas. Du coup, et dans la mesure où ça pouvait paraître assez clair, je ne comprends pas trop le sens de votre interrogation qui déforme les propos en question ou qui feint de s’interroger.


    • #2400587

      Oui, c’est encore du mauvais esprit de la part d’un commentateur (Inmates) qui doit avoir du temps à perdre.


  • #2400711

    Je reve d’une association er comme un réseau... les membres se connaissent, entraide, rapprochement, capacité de mobilisation pour un fait précis... quelquechose comme ça...