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La relation franco-russe, de François Hollande à Gérard Depardieu

Le président François Hollande est donc venu à Moscou pour y consolider une relation franco-russe qui, bien qu’ancienne, est toujours ambigüe. La Russie et la France ont une histoire commune forte et très souvent ces deux pays se sont du reste retrouvés du même coté de la barricade, dans l’histoire moderne.

Pendant le siècle de l’unilatéralisme anglo-saxon britannique, français et russe ont militairement tenté de résister à cette dominance britannique, que ce soit en Amérique du Nord pour les français et en Asie centrale pour les russes. L’épisode napoléonien n’a quand a lui finalement laissé que peu de blessures profondes dans l’histoire des relations franco-russes, au contraire de l’épisode hitlérien.

Durant le siècle dernier, France et Russie étaient également du même coté, pendant la Deuxième Guerre mondiale, bien que la fin de la guerre ait laissé France et Russie chacune d’un côté du rideau de fer, dans une Europe meurtrie sous domination américaine à l’ouest, et soviétique à l’est. À l’ouest, c’est la France du général de Gaulle qui a la première brandi l’étendard souverainiste, s’émancipant du joug américain post-guerre froide, pour tenter dès 1966 de rebâtir un pont continental vers une Union soviétique qu’il n’a du reste jamais cessé de nommer Russie. Mais ce printemps français prendra fin avec le départ du Général. Progressivement, la France perdra sa superbe, sa politique d’indépendance, et finalement une bonne partie de sa souveraineté, acquise si difficilement.

La France d’après De Gaulle modifiera ainsi quelque peu sa destinée historique. Comme le rappelait Nikolaï Dolgopolov : « Les dirigeants français qui lui ont succédé n’étaient pas d’honnêtes patriotes et n’avaient sans doute pas la carrure de présidents, mais plutôt de simples ministres. » Une assertion brutale mais avec la quelle il est assez difficile d’être en désaccord. En moins d’un demi siècle la France n’est plus que l’ombre d’elle-même : le pays est devenu une hyper-province sans souveraineté, dirigée par les managers de cette hyper-structure qu’est aujourd’hui l’Europe de Bruxelles, enfoncée dans une crise politique et économique dont on imagine mal comment sortir.

Pendant ce temps, la Russie s’est remise de la fin du Soviétisme et connaît un rétablissement phénoménal. Ce printemps russe s’accompagne d’ambitions politiques fortes, et la Russie a repris à son compte l’étendard souverainiste pour devenir en quelque sorte le porteur de flambeau des pays qui refusent l’unilatéralisme anglo-saxon 2.0, cette fois américain. Il est d’ailleurs intéressant de rappeler que les grands messages géopolitiques du général de Gaulle se sont adressés à l’Amérique du Sud et à la Chine, deux parties du monde qui sont aujourd’hui l’objet des attentions prioritaires de la Russie.

La Russie, comme l’a très bien rappelé Jean-Pierre Chevènement, n’est pas un pays émergeant mais un pays qui ré-émerge. Les attentes russes envers la France semblent cependant stables et la Russie a patiemment et intelligemment stabilisé ses relations bilatérales avec les gros pays européens : Allemagne, Italie et France en tête. Le besoin français de Russie est lui croissant aujourd’hui, pour des raisons principalement économiques. La relation France-Russie devrait d’ailleurs dans les prochaines années sans doute principalement se cantonner à ce domaine et à ce titre 80 % des Français trouvent du reste normal que la France signe des contrats avec la Russie.

Sur le plan extérieur, le président français a fait avaliser par Hubert Védrine l’intérêt et la nécessité pour la France de rester dans l’Otan. Celui-ci, se conformant aux logiques américaines en Syrie, ne fait donc que prolonger la politique étrangère française décidée à Washington, qui avait vu son prédécesseur agir dans ce sens en Libye. Alors que le changement c’est soi-disant maintenant, rien n’a en fait changé depuis 2008 et la décision de Nicolas Sarkozy de réintégrer le commandement unifié de l’Otan. La Syrie reste donc évidemment un point de désaccord fondamental entre la diplomatie russe (qui pense aux conséquences régionales d’un changement anarchique de pouvoir) et la diplomatie Française dont l’objectif est visiblement uniquement la chute d’Assad.

Sur le plan bilatéral, la relation franco-russe a connu récemment quelques risques de grincements, que l’on pense à l’hystérie qui pousse, en France, certains membres minoritaires de la majorité politique actuelle à vouloir littéralement canoniser les Pussy Riot, ou bien à souhaiter l’établissement d’une liste Magnitski européenne, vulgaire copie d’un projet américain sans doute totalement inutile. Conséquence ou pas de ces nouvelles et récentes incompréhensions pourtant minimes, un gros dossier des relations franco-russes semble a ce jour un peu vaciller : les Russes ne souhaiteraient désormais acheter que deux navires Mistral et non pas quatre ; c’est cependant une rumeur récente et qui reste à confirmer.

Pourtant l’atmosphère de la rencontre de François Hollande avec le président russe a été finalement plutôt positive et la diplomatie économique semble avoir définitivement pris le dessus sur l’idéologie, ce qui est finalement la meilleure chose pour la relation franco-russe.

À titre personnel, François Hollande n’est pourtant pas épargné. Après son déplacement en Inde, autre pays émergent, la presse indienne qui ne manque pas d’humour avait relevé que « sa cravate est souvent de travers et qu’une manche de son costume est parfois plus longue que l’autre » ou encore que « comme son prédécesseur, il écorche les noms indiens ». C’est la presse française qui cette fois a été comme à son habitude la plus critique sur la visite de François Hollande en Russie, lui reprochant de ne pas avoir défendu assez les droits de l’homme et d’être même passé pour faible. La presse russe se contentant elle de rappeler que François Hollande était le président français le plus impopulaire depuis 1981, et le dernier président socialiste, pendant que les militants des droits de l’homme russes affirmaient eux que le président français « n’a pas répondu à leur demande d’une condamnation claire par l’Europe des violations des droits de l’homme en Russie ».

Heureusement, et ce malgré l’obsession de certains journalistes français, l’image de la France reste globalement très bonne en Russie et à ce titre le phénomène Depardieu le prouve chaque jour un peu plus. Celui-ci projette d’ouvrir en Mordovie une boulangerie et un restaurant, de faire un film sur la Tchétchénie et aussi d’animer une émission culturelle à la télévision russe, projet qui a déjà reçu l’aval du jeune et brillant ministre de la culture : Vladimir Medinski. Avec ou sans passeport français, Depardieu donne finalement une bonne leçon de patriotisme économique et culturel en contribuant à l’essor de la culture française dans des régions ou celle-ci n’est pas très présente. Après avoir été domicilié rue de la démocratie à Saransk, il vient également d’hériter d’un appartement dans la capitale Tchétchène. Il reste à savoir si l’appartement se situe bien Prospekt Poutina (Avenue Poutine) afin de pouvoir tirer la conclusion qui s’impose et qui est que les russes ont bien un sens de l’humour à l’image de leur pays : démesuré.

Comprendre la vision russe du monde, avec Kontre Kulture :

 
 






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