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Les femmes face au capitalisme

Les conditions de travail intolérables des femmes dans la grande distribution ont fait de nouveau couler beaucoup d’encre. Les médias font mine de découvrir à chaque nouvelle affaire la réalité de l’exploitation des travailleuses de ce secteur.

 

La situation des femmes dans l’entreprise est complexe. Le travail féminin a cette particularité d’avoir été le champ d’expérimentation de nombreuses techniques de management et de flexibilité de l’ultra-libéralisme. En effet, les diverses démarches de précarisation furent d’abord appliquées dans de nombreux secteurs aux femmes pour être ensuite généralisées à l’ensemble du salariat. Le capitalisme prend appui sur l’ancienne position sociale des femmes pour les utiliser comme champ d’application de sa logique néo-libérale.

Le but du capital est de briser la révolte populaire en divisant encore d’avantage les classes laborieuses. L’émancipation des femmes passe donc par une prise de conscience de la logique du capital, par le dépassement des faux clivages et une lutte commune et complémentaire avec les hommes contre le système.

 

Et le capitalisme créa le « travail féminin »

C’est durant la période d’industrialisation de l’Europe que les femmes des classes populaires commencèrent à quitter le monde domestique pour celui de la manufacture. Jusque-là, les femmes assumaient déjà la gestion du foyer, des travaux dans les champs ou les ateliers d’artisans et participaient activement à la vie de la communauté. La production artisanale féminine servait de revenu complémentaire aux familles paysannes.

La mécanisation a rendu les travaux les plus pénibles accessibles aux femmes ainsi, d’ailleurs, qu’aux enfants. Le regroupement au sein des fabriques de la main-d’œuvre féminine permit une concentration de la production. Mais surtout le coût peu élevé du travail des femmes et des enfants (la moitié du salaire d’un homme) permit au patronat de dégager un plus grand profit. Au milieu du 19ème siècle, on vit ainsi se dessiner une division du travail entre les sexes, renforcée par la tendance du capitalisme à remplacer la main-d’œuvre masculine dotée d’un fort savoir-faire et d’une organisation par des femmes jugées dociles et sans formation professionnelle.

La Première Guerre mondiale accéléra le processus d’intégration des femmes au marché du travail. Mais c’est avec le développement des activités tertiaires et la salarisation que les femmes participeront à la mise en place d’une division des tâches par sexe, qui aboutira à la constitution de secteurs quasiment réservés au travail féminin. Les « Trente Glorieuses » continuent le processus en l’amplifiant. Il ne sera remis en cause qu’avec la crise économique des années 1980. La dégradation du marché du travail, a créé des inégalités nouvelles entre les sexes : en termes d’accès au marché du travail et de type d’emploi. La flexibilité du travail s’est imposée (emplois « aidés » par l’État, intérim, CDD, temps partiel forcé). Les femmes, et en particulier les moins formées, sont touchées de plein fouet par le chômage, l’instabilité et le sous-emploi.

Selon la sociologue Chantal Nicole-Drancourt, « la féminisation des emplois atypiques (emplois précaires) apparaît comme le moyen efficace du passage progressif, et surtout sans obstacle, d’une économie industrielle de croissance basée sur le plein emploi à une économie tertiaire avec emploi flexible et chômage de croissance ». Comme l’analyse, très justement, Françoise Battagliola, le capitalisme en transformation utilise comme au 19ème siècle la main-d’œuvre féminine comme champ d’application de nouvelles modalités d’emploi. Il utilise le chantage au licenciement pour dominer une main-d’œuvre très peu syndiquée. Il en résulte une dégradation croissante des conditions des travailleurs et des travailleuses. On retrouve quoi qu’il en soit, le discours hypocrite du capitalisme. Ainsi l’aménagement du temps de travail des femmes par le développement du travail à mi-temps. Bien loin d’être un choix individuel qui pourrait bénéficier à l’épanouissement de la personne et de sa famille, il est la mesure imposée qui développe un sous-emploi féminin.

 

Les conditions de travail des femmes

Si l’on observe les statistiques sur le marché du travail on constate une distribution inégale des emplois et des salaires, avec une division entre secteurs principalement masculin ou féminin.

Les travailleuses se retrouvent dans la plupart des cas dans des emplois qui sont censés exiger peu de qualification et qui sont de bas prestige. Les salaires sont inférieurs, les conditions de travail plus pénibles et précaires en comparaison avec les hommes. Ces emplois typiquement féminins, nous les connaissons tous : caissière, assistante maternelle, femme de ménage, vendeuse, serveuse… Jugés ennuyeux par les intéressées elles-mêmes, ils sont extrêmement contrôlés et structurés par la hiérarchie patronale.

Le cas le plus concret est celui des caissières de supermarché. Considérées comme des machines vivantes par les directions, placées sous la surveillance constante des caméras, on leur « conseille » de passer plus de 20 articles à la minute, avec pour corollaire, pour les moins productives, la culpabilisation, le harcèlement moral des petits chefs et le licenciement pour faute. La grande distribution a logiquement développé la précarité des emplois dans sa guerre commerciale entre enseignes. Et ce sont ces employées qui paient l’addition. Selon une enquête sur la « santé mentale dans la grande distribution », menée par des médecins du travail dans l’Indre-et-Loire en 2000-2001, 92 % des caissières se plaignent de « souffrance mentale ». Les auteurs précisent que « ce métier est souvent une impasse, elles ne s’y épanouissent pas et n’ont aucune perspective de carrière ». Les médecins révèlent que 61 % des femmes interrogées n’ont pas choisi ce métier, 71 % ont un contrat à temps partiel imposé et 7 % gagnent moins de 760 euros par mois.

Dans le domaine du discours sur les risques du travail, on rencontre une certaine réticence à reconnaître les exigences propres aux femmes. Le travail des femmes est le plus souvent considéré comme exigeant peu d’efforts et, comme extension du travail domestique, ne présentant pas de risques pour la santé. La représentation sociale du travail dangereux s’est calquée sur l’image du travail masculin (taux élevé d’accidents aux effets immédiats et aux séquelles physiques visibles). Dans le cas des femmes travaillant dans les secteurs liés au tertiaire, on tend à ignorer les effets à long terme des contraintes psychologiques et morales. Or, la dépression est une des pathologies liées aux conditions du travail féminin.

Ces conditions de travail peuvent perdurer à cause d’une autre spécificité du travail féminin : le fort taux de chômage et de précarité. Dès la sortie de leurs études, les jeunes femmes rencontrent plus de difficulté d’insertion dans le monde du travail que les hommes du même âge. Le taux de chômage des femmes est toujours plus élevé, que l’on considère l’âge, le diplôme ou la catégorie professionnelle. Leurs emplois sont souvent menacés par les délocalisations dans l’industrie ou par l’automatisation (comme les caisses informatisés des supermarchés).

L’instabilité professionnelle des femmes des classes populaires renforcent leur fragilité sociale liée à l’éclatement du modèle familial. Elles élèvent seule leurs enfants et se retrouvent à avoir des retraites incomplètes. Le taux de pauvreté féminin était de 8,2 % en 2011, tous âges confondus, contre 7,7 % pour les hommes. Après 75 ans, il y a deux fois plus de femmes pauvres que d’hommes.

 

La perspective socialiste révolutionnaire d’émancipation de la femme

L’objectif du socialisme européen est de créer une société harmonieuse et juste qui garantisse l’épanouissement de chaque individu dans l’intérêt général de la communauté. Pour cela, les justes revendications des femmes ne doivent pas être enfermées dans le ghetto féministe, ni dédaigneusement traitées par certains éléments machistes. Elles devront être prises en compte, intégrées au programme d’un mouvement révolutionnaire large qui transcende les artificiels clivages du Capital (homme/femme, vieux/jeune…). La participation des femmes à l’élaboration d’une société socialiste est indispensable, leur approche différente de certains problèmes étant enrichissante pour tous.

Comme le rappelle justement Alain De Benoist, la complémentarité des sexes est fondamentale, l’homme a besoin de la femme autant que la femme a besoin de l’homme, non seulement d’un point de vue sexuel, mais aussi d’un point de vue psychologique et spirituel, pour se bâtir par antagonisme, en se confrontant à la différence élémentaire, qui est le signe le plus visible de la division universelle. C’est cette complémentarité dialectique fructueuse, dont l’enfant est le produit, qui fonde affectivement le besoin de la différence mutuelle.

Cette complémentarité doit se retrouver dès maintenant dans le combat pour le socialisme révolutionnaire européen. L’émancipation des travailleuses passe par la lutte commune, la solidarité avec les travailleurs contre les exploiteurs. Le féminisme est né dans les marges de la bourgeoisie progressiste et bien-pensante, avec la propension du pouvoir économique à mettre en place des leurres pour contrer la lutte des classes ; une lutte des sexes, fantasmatique comme l’a clairement montré Alain Soral. Combattre les inégalités de statut et de salaire entre femmes et hommes répond à un évident objectif de justice sociale, en accord avec le principe « à travail égal, salaire égal ».

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12 Commentaires

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  • #1641183
    le 11/01/2017 par Louis Delga
    Les femmes face au capitalisme

    Déjà pour les caissières en supermarchés, plus trop d’inquiétude dans les prochaines années. Elles seront remplacées inévitablement par un modèle Amazon Go. Ces magasins prendront la place des autres petit à petit, avec quelques heurts évidemment dans la grande distribution "traditionnelle", mais qui s’y mettra aussi par obligation. Toujours plus de robotisation pour toujours plus d’individus cherchant à travailler pour consommer... Cherchez l’erreur...

     

    • #1641261
      le 11/01/2017 par Victor
      Les femmes face au capitalisme

      Et les "drives" automatisés...

      "Inverser la courbe su chômage"... blablabla M. Le Président Hollande devrait changer de lunettes et prendre des lunettes pour myopie parce qu’il ne voit pas bien de loin...


  • #1641197
    le 11/01/2017 par dixi
    Les femmes face au capitalisme

    Travailler dans la grande distribution c’est pire que tout !!


  • #1641201
    le 11/01/2017 par suspicieux
    Les femmes face au capitalisme

    N’importe quelle femme sans aucune qualification peut être vendeuse ou caissière, et c’est moins pénible que de monter des parpaings . Pourquoi les vendeuses et les caissières seraient-elles "bien" payées ?

     

    • #1641256
      le 11/01/2017 par dixi
      Les femmes face au capitalisme

      Parce que c’est moins pénible ,mais tout aussi merdique que de monter des parpaings.Cela veut ,que les maçons sont très mal payé pour le travail qu’ils fournissent et pour les vendeuses et caissières ,le travail est moins pénible ,mais à proportion tout aussi mal payé.


    • #1641269
      le 11/01/2017 par anonyme
      Les femmes face au capitalisme

      Exact, de plus, quand on voit comment les choses se passent vraiment aux caisses de supermarchés la plupart du temps (quelle corvée), et tout ce que cela a de vraiment désagréable...


    • #1641287
      le 11/01/2017 par relativiste
      Les femmes face au capitalisme

      Il est, je pense, de bon aloi de prendre en compte le maximum de point de vue possible sur un sujet afin de pouvoir le jauger le plus justement possible et ainsi éventuellement agir le plus en adéquation possible avec la situation.

      Mais je te rejoins sur le point de vue de la pénibilité du travail (en rapport aux conditions de force physique), je suis entièrement d’accord avec toi que les femmes se voient dans l’obligation d’accepter d’être moins payées que les hommes par rapport à ce fait.


    • #1641301
      le 11/01/2017 par Noume
      Les femmes face au capitalisme

      Parce que ce n’est pas du tout moins pénible que de monter des parpaings.
      En tant qu’homme, perso, je préfère largement construire un mur et le voir se réaliser physiquement, que de passer ma journée à passer des articles devant ma gueule.

      J’ai déjà vécu ça entre le travail manuel et mon boulot actuel d’ingénieur : c’est infiniment moins excitant du fait de l’immobilité.


  • #1641335
    le 11/01/2017 par mik ezdanitoff
    Les femmes face au capitalisme

    Le plus chiant en étant caissière, c’est de supporter les vieux et leur météo, leurs blagues à deux sous, et leur avarice sur la petite monnaie. Rien que pour ça, elles méritent une prime. J’ai une ex qui avait viré gérontophobe dans ces conditions.


  • #1641581
    le 12/01/2017 par rsimonet
    Les femmes face au capitalisme

    Déjà le socialisme révolutionnaire européen, juste le nom déjà ça pue.

    Par contre je pense qu’il faut revenir un peu à la réalité c’est à dire que devenir caissière ou femme de ménage est selon moi un non choix car il faut bien gagner sa vie mais je mets un bémol aux postes dans l’administration ou dans le secteur des enfants. Je ne dis pas que ce n’est pas pénible mais ya t’il beaucoup de travail peu qualifié non pénible. Je dis qu’il faut aussi se rendre compte que beaucoup de femmes sont très satisfaites d’un emploi certe peu intellectuel mais qui leurs permettent d’avoir des heures de bureau sans souvent surcharge de travail. Je parle de l’administration.

    Parler des femmes comme un monolithique qui souhaite améliorer son sort est une erreur car connaissons nous vraiment combien de personnes préfère aujourd’hui un petit travail simple peu rémunérateur mais sur plutôt que de se lancer dans la compétition et les objectifs toujours plus dure à atteindre ?

    Moi qui travaille dans un pays dit pauvre j’ai pris une sacrée claque lorsque je me suis rendu compte que de proposer des emplois payé avec une part variable qui permet de gagner bien plus que le salaire moyen et qu’au final beaucoup de mes anciennes vendeuses postule pour des postes où il s’agit d’attendre le client payé 230 euros par mois à tchater sur le smartphone plutôt que d’aller chercher le client et multiplier le salaire par 3.

    Mon rapport à la pauvreté à été durablement bouleversé.


  • #1642197
    le 13/01/2017 par Victor
    Les femmes face au capitalisme

    Et le phénomène "Desperate housewives"... qui met dans la tête des femmes qu’elles ne valent rien si elle ne vendent pas leur force de travail (et leur santé) aux capitalistes qui, pendant se temps, s’occupent bien de leurs enfants qu’elles ont délaissées... pour nourrir encore plus les capitalistes...


  • #1643251
    le 14/01/2017 par kasiar
    Les femmes face au capitalisme

    Mouais, à part le fait que je suis d’accord pour dire que la mécanisation des travaux manuels a permis aux femmes et accessoirement d’accéder dans le monde du travail, je ne vois pas en quoi celà est une tare qu’il y ai des métiers "féminins" et "masculins".
    Puis je ne vois pas en quoi les femmes ont été forcées, et surtout pas qui pour accéder à ces dits-métiers. Depuis la nuit des temps la femme enfante et allaite, rien que celà c’est un « métier imposé » à la femme par sa condition naturelle, à part les apprentis sorciers modernes qui pourrait prétendre qu’il s’agit là d’une discrimination « patriarcale » ou « capitaliste » ?
    C’était peut-être vrai à cette époque. Plus depuis la dernière crise en 2008, où le seuil du chômage des hommes passe au dessus de celui des femmes. Donc le fait de dire qu’elles ont du mal à s’insérer professionnellement me fait doucement marrer, surtout que c’est de plus en plus le contraire à cause de la féminisation de la société et du politiquement correct et des quotas de femmes.
    Ensuite les femmes élèvent un enfant seules, mais si les femmes étaient moins dans la défensive pour tout et n’importe quoi envers leur mari parce que la société leur donne beaucoup de droits y compris celui de tuer un mari « violent », normal que les hommes les abandonnent enfin pour une grande majorité.
    En attendant je vois plus d’hommes dormir dehors par des températures négatives que de femmes, donc bon.
    Et enfin le meilleur pour la fin. Les métiers sous-payés cités dans l’article sont exercés majoritairement par des femmes ressortissantes d’un pays étranger ou des étudiantes. Donc à partir de là on peut également extrapoler et affirmer de façon péremptoire que le capital est « raciste » ou « antijeune ».
    Ensuite oui, monter dans des pylônes à haute tension, combattre au front et avoir une hernie à 45 ans, c’est tout même plus éprouvante qu’un petit bobo psychologique
    Cet article ressemble à une véritable intox, qui en le lisant au départ donne l’impression que l’auteur va avoir une vision quelque peu objective, mais en fait non, c’est encore la bonne vieille propagande soixante-huitarde recyclée en vain. Dommage qu’il y ait quelques paragraphes qui gâche l’intérêt de cet article.