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Lettre à Alain Finkielkraut

Voici en préambule la note de l’auteur de la lettre, Dominique Eddé, romancière et essayiste, dont le dernier ouvrage paru est Edward Said. Le roman de sa pensée (La Fabrique, 2017).

 

 

Rédigée le 23 février dernier, cette lettre à Alain Finkielkraut a été acceptée par le journal Le Monde qui demandait qu’elle lui soit « réservée », puis elle a été recalée, sans préavis, 9 jours plus tard alors qu’elle était en route pour l’impression.

L’article qui, en revanche, sera publié sans contrepoids ce même jour, le 5 mars, était signé par le sociologue Pierre-André Taguieff. Survol historique de la question du sionisme, de l’antisionisme et de « la diabolisation de l’État juif », il accomplit le tour de force de vider le passé et le présent de toute référence à la Palestine et aux Palestiniens. N’existe à ses yeux qu’un État juif innocent mis en péril par le Hamas. Quelques mois plus tôt, un article du sociologue Dany Trom (publié dans la revue en ligne AOC) dressait, lui aussi, un long bilan des 70 ans d’Israël, sans qu’y soient cités une seule fois, pas même par erreur, les Palestiniens.

Lire la suite de la note sur lorientlejour.com

 


 

Cher Alain Finkielkraut,

Permettez-moi de commencer par vous dire « salamtak », le mot qui s’emploie en arabe pour souhaiter le meilleur à qui échappe à un accident ou, dans votre cas, une agression. La violence et la haine qui vous ont été infligées ne m’ont pas seulement indignée, elles m’ont fait mal. Parviendrais-je, dans cette situation, à trouver les mots qui vous diront simultanément ma solidarité et le fond de ma pensée ? Je vais essayer. Car, en m’adressant à vous, je m’adresse aussi, à travers vous, à ceux qui ont envie de paix.

Peut-être vous souvenez-vous. Nous nous sommes connus au début des années 1980 à Paris, aux éditions du Seuil, et soigneusement évités depuis. Lors de l’invasion du Liban par Israël, vous n’aviez pas supporté de m’entendre dire qu’un immeuble s’était effondré comme un château de cartes sous le coup d’une bombe à fragmentation israélienne. Cette vérité-là blessait trop la vôtre pour se frayer un chemin. C’est l’arrivée impromptue dans le bureau où nous nous trouvions, de l’historien israélien Saul Friedländer, qui permit de rétablir la vérité. Il connaissait les faits. J’ai respiré. Vous êtes parti sans faire de place à ma colère. Il n’y avait de place, en vous, que pour la vôtre. Durant les décennies qui ont suivi, le syndrome s’est accentué. Vous aviez beau aimer Levinas, penseur par excellence de l’altérité, il vous devenait de plus en plus difficile, voire impossible, de céder le moindre pouce de territoire à celle ou celui que vous ressentiez comme une menace. Cette mesure d’étanchéité, parfaitement compréhensible compte tenu de l’histoire qui est la vôtre, n’eût posé aucun problème si elle ne s’était transformée en croisade intellectuelle. Cette façon que vous avez de vous mettre dans tous vos états pour peu que survienne un désaccord n’a cessé de m’inspirer, chaque fois que je vous écoute, l’empathie et l’exaspération. L’empathie, car je vous sais sincère, l’exaspération, car votre intelligence est décidément mieux disposée à se faire entendre qu’à entendre l’autre.

Le plus clair de vos raisonnements est de manière récurrente rattrapé en chemin par votre allergie à ce qui est de nature à le ralentir, à lui faire de l’ombre. Ainsi, l’islam salafiste, notre ennemi commun et, pour des raisons d’expérience, le mien avant d’être le vôtre, vous a-t-il fait plus d’une fois confondre deux milliards de musulmans et une culture millénaire avec un livre, un verset, un slogan. Pour vous, le temps s’est arrêté au moment où le nazisme a décapité l’humanité. Il n’y avait plus d’avenir et de chemin possible que dans l’antériorité. Dans le retour à une civilisation telle qu’un Européen pouvait la rêver avant la catastrophe. Cela, j’ai d’autant moins de mal à le comprendre que j’ai la même nostalgie que vous des chantiers intellectuels du début du siècle dernier. Mais vous vous êtes autorisé cette fusion de la nostalgie et de la pensée qui, au prix de la lucidité, met la seconde au service de la première. Plus inquiétant, vous avez renoncé dans ce « monde d’hier » à ce qu’il avait de plus réjouissant : son cosmopolitisme, son mélange. Les couleurs, les langues, les visages, les mémoires qui, venues d’ailleurs, polluent le monde que vous regrettez, sont assignées par vous à disparaître ou à se faire oublier. Vous dites que deux menaces pèsent sur la France : la judéophobie et la francophobie. Pourquoi refusez-vous obstinément d’inscrire l’islamophobie dans la liste de vos inquiétudes ? Ce n’est pas faire de la place à l’islamisme que d’en faire aux musulmans. C’est même le contraire. À ne vouloir, à ne pouvoir partager votre malaise avec celui d’un nombre considérable de musulmans français, vous faites ce que le sionisme a fait à ses débuts, lorsqu’il a prétendu que la terre d’Israël était « une terre sans peuple pour un peuple sans terre ». Vous niez une partie de la réalité pour en faire exister une autre. Sans prendre la peine de vous représenter, au passage, la frustration, la rage muette de ceux qui, dans vos propos, passent à la trappe.

Vous avez cédé à ce contre quoi Canetti nous avait brillamment mis en garde avec Masse et puissance. Vous avez développé la « phobie du contact » à partir de laquelle une communauté, repliée comme un poing fermé, se met en position de défense aveugle, n’a plus d’yeux pour voir hors d’elle-même. Cette posture typique d’une certaine politique israélienne, et non de la pensée juive, constitue, entre autre et au-delà de votre cas, la crispation qui rend impossible l’invention de la paix. C’est d’autant plus dommage qu’il y a fort à parier que le monde dont vous portez le deuil est très proche de celui d’un nombre considérable de gens qui vivent en pays arabes sous la coupe de régimes mafieux et/ou islamistes. Pourquoi ceux-là comptent-ils si peu pour vous ? Pourquoi préférez-vous mettre le paquet sur vos ennemis déclarés que donner leur chance à de potentiels amis ? Le renoncement à l’idéal, dont j’évoque longuement la nécessité dans mon dernier livre sur Edward Saïd, est un pas que vous ne voulez pas franchir. J’entends par idéal la projection de soi promue au rang de projet collectif. Or, le seul rêve politique qui vaille, on peut aussi l’appeler utopie, c’est celui qui prend acte de la réalité et se propose d’en tirer le meilleur et non de la mettre au pas d’un fantasme. C’est précisément le contraire de l’idéal en circuit fermé qui fonctionne sur le mode d’une fixation infantile et nous fait brusquement découvrir, à la faveur d’une mauvaise rencontre, qu’il nourrit la haine de ceux qui n’ont pas les moyens de ne pas haïr. Cet homme qui vous a injurié a tout injurié d’un coup : votre personne, les Juifs et ceux que cette ignominie écœure. Il ne suffit toutefois pas de le dire pour le combattre et moins encore pour épuiser le sujet. À cet égard, je vous remercie d’avoir précisé à la radio que l’antisémitisme et l’antisionisme ne pouvaient être confondus d’un trait.

Lire la lettre entière sur lorientlejour.com

Le sioniste raciste Finkielkraut, sur E&R :

 



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17 Commentaires

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  • #2158274
    le 11/03/2019 par Nuit blanche
    Lettre à Alain Finkielkraut

    Cet extrait dit tout :
    "Plus inquiétant, vous avez renoncé dans ce « monde d’hier » à ce qu’il avait de plus réjouissant : son cosmopolitisme, son mélange. Les couleurs, les langues, les visages, les mémoires qui, venues d’ailleurs, polluent le monde que vous regrettez, sont assignées par vous à disparaître ou à se faire oublier. Vous dites que deux menaces pèsent sur la France : la judéophobie et la francophobie. Pourquoi refusez-vous obstinément d’inscrire l’islamophobie dans la liste de vos inquiétudes ?"

    Toujours la même rengaine du politiquement correct : le cosmopolitisme et le mélange, et les pauvres musulmans (faut dénoncer l’islamophobie, Monsieur Finkielkraut !), et les méchants nazis qui ont "décapité l’humanité".

    Cette dame et le monsieur auquel elle s’adresse, je les renvoie dos à dos : de la pleurniche dont je n’ai rien à cirer.

     

    • #2158556
      le 11/03/2019 par Sedetiam
      Lettre à Alain Finkielkraut

      Pour saisir le cosmopolitisme d’ont elle parle, il faut en revenir aux origines des terres que leurs peuples, avec mille autres, ont foulée, depuis la nuit des temps.
      L’exacerbation des ces (deux) peuples ayant franchi les frontières françaises, et par l’ancestralité de leur implantation, et par l’immigration contemporaine, vous ne pouvez échapper à leurs voix.
      À l’inverse de n’en avoir rien à cirer, faut-il capter pour mieux « maîtriser ».

      Vous avez tellement l’habitude de voir coexister l’Alsace et l’Aquitaine, la Bretagne et la Provence, Kallístê et la Kanaky que vous négligez que la France est une « construction » cosmopolite... au fil des siècles.

      Cette femme, qui métait inconnu, fait du judo avec les mots : voilà ce qu’il faut lire. Elle a chopé une folle guêpe par le miel.


  • #2158306
    le 11/03/2019 par René
    Lettre à Alain Finkielkraut

    Je ne vois pas bien pourquoi lui écrire, en tant que quoi ? C’est un agent de l’armée d’occupation, au même titre qu’elle qui fait la promotion du mélange de "cultures", mais les quelles ? La culture occidentale a depuis 3 siècles dominé le monde et ne sera jamais remplacée. Quel apport peuvent avoir dans la science, la connaissance, des pays dominés, sinon l’imitation la plus plate (voir la Chine ou la Corée du sud au XXIe s. et même au XXe, le Japon dès le XIXe, les exemples abondent) ?

     

    • #2158354
      le 11/03/2019 par Joseph Hallenbeck Lebowski
      Lettre à Alain Finkielkraut

      Encore une taupe qui n’est jamais sortie de son trou.

      Dis, combien de "plates imitations" utilises-tu pour nous adresser tes lumières artificielles ?

      Tu as mangé des pâtes à midi ?

      Les impôts que tu aimes payer à la culture occidentale, tu les mesures comment ?

      Etc etc...

      Yippikaye.


    • #2158629
      le 12/03/2019 par Nuit blanche
      Lettre à Alain Finkielkraut

      René,
      Bien dit, et de manière claire et brève. Nous sommes tout à fait d’accord : l’Occident peut disparaître, mais il ne sera jamais remplacé. En son lieu, on ne trouvera tout au plus que de l’Ersatz.


    • #2159148
      le 13/03/2019 par François Desvignes
      Lettre à Alain Finkielkraut

      Depuis 496 pour être exact.
      Ce qui fait de Marianne une faussaire


  • #2158377
    le 11/03/2019 par labelette
    Lettre à Alain Finkielkraut

    C’est marrant quand même tous ces gens d’origine étrangère (dont certains nés en France certes mais) qui s’accaparent le débat sur ce que doit être la France, mais tout en étant délibérément allié d’un Etat étranger.
    Et ce, sans jamais autoriser le peuple originel (les gaulois, qui deviennent des Palestiniens dans leur propre pays) à s’exprimer.
    Ca devient franchement énervant.

     

    • #2158630
      le 12/03/2019 par anonyme
      Lettre à Alain Finkielkraut

      C’est marrant mais tu ne te poses pas la question quand c’est la France qui impose sa vision de ce que devrait être tel ou tel pays ...pire elle l’impose aussi à ces concitoyens sa vision du monde pour produire des personnes comme toi qui finissent par se croire ou plutôt se prendre pour des élus prompt à donner des leçons aux autres mais refusant les leurs ..
      Bref l’histoire de la chatte qui se mange la queue ..
      Salam ..


  • #2158390
    le 11/03/2019 par Karim
    Lettre à Alain Finkielkraut

    Pourquoi ce type a t-il une importance quelconque ?
    En quel honneur ?

     

  • #2158406
    le 11/03/2019 par Martin
    Lettre à Alain Finkielkraut

    Pourquoi E&R fait-il autant de cas de ce raciste haineux ? Il est donc si intéressant ?

     

    • #2158694
      le 12/03/2019 par anne onyme
      Lettre à Alain Finkielkraut

      Parce que c’est un comique hors pair ! Il imite les fous à la perfection !


  • #2158444
    le 11/03/2019 par Jopal
    Lettre à Alain Finkielkraut

    La pleurniche interchangeable. Eternel cirage de pompes de l’entre-soi. On sent qu’il y quelque chose qui ne passe plus.


  • #2158462
    le 11/03/2019 par Cocorico
    Lettre à Alain Finkielkraut

    Intéressant de voir nombres de commentaires qui se demande le pourquoi du comment de cet article et de la lettre qu’elle relaye.

    Merci tonton Alain de permettre à toujours plus de personnes de ne pas se laisser prendre au piège du débat sans désaccord profond, entre socialo-sionisme et national-sionisme.

    Un "débat" qui revient à blablater sur laquelle de l’huile chaude ou de l’huile froide est la mieux pour éteindre le feu ; pendant que la maison, elle, continue de brûler !
    Ici on (re)comprend que c’est avec de l’eau qu’on éteint un feu !
    Et le GJ, sans forcément le savoir, en appelent au retour des pompiers à la place des oléiculteurs de tout bord.

    Merci encore Alain et E&R


  • #2158483
    le 11/03/2019 par La Boétie
    Lettre à Alain Finkielkraut

    C’est une mise au point qui a le mérite de montrer bien des limites de l’Immortel. On se délecte des baffes distribuées avec délicatesse et subtilité. Ce sont des soufflets.

    Il y a une approche moins littéraire, plus dans le ton de la réalité vécue : Interview de Norman Finkelstein sur Democracy Now, le 4 mars 2019, au sujet de la publication d’un rapport du Conseil des droits de l’homme de l’ONU accusant Israël de crimes de guerre et crimes contre l’humanité à Gaza. http://lesakerfrancophone.fr/norman...

    Dieudonné, dans le sketch du MIF :
    Krimkontrelumanité !
    Krimkontrelumanité !!


  • #2158492
    le 11/03/2019 par St Fromentin
    Lettre à Alain Finkielkraut

    Sans parler du fond, la forme relève visiblement de la masturbation intellectuelle, et pourrait même être un modèle du genre, un morceau d’anthologie, en la matière.

    Madame, Eddé au talent épistolaire indéniable, rédige en 115 lignes ce qui pourrait se concentrer en cinq fois moins, en allant à l’essentiel. Bon, ce n’était sans doute pas son but, ou son style. Toujours est-il que sa lettre ferait un excellent sujet, pour un "résumé de texte", dans un concours administratif.

    Une règle à connaître, éviter de faire des lettres trop longues, car elles risquent de ne pas être lues. Privilégier l’esprit de synthèse.


  • #2158558
    le 11/03/2019 par Sedetiam
    Lettre à Alain Finkielkraut

    « Vous avez développé la « phobie du contact » à partir de laquelle une communauté, repliée comme un poing fermé, se met en position de défense aveugle, n’a plus d’yeux pour voir hors d’elle-même. »



    Belle métaphore : en dédicace à la mémoire de la 420DSL et de ceux qui, sur place, continuent de subir.