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"Petit frère" d’Eric Zemmour ou le récit d’une France en lambeaux

Eric Zemmour ne fait pas dans le politiquement correct. Dans ses chroniques, ses essais ou ses interventions télé, il s’illustre toujours par des idées et des analyses en décalage avec la pensée de l’époque. Il y dénonce régulièrement la mondialisation libérale, la perte de souveraineté, l’affaiblissement du politique, l’héritage de mai 68, la libération des mœurs, la féminisation de la société, le droit de l’hommisme, l’antiracisme, le communautarisme et l’immigration de masse. C’est un réac assumé, le représentant le plus abouti de la droite anti-libérale.

Son dernier essai « Le premier sexe » où il tirait à boulets rouges sur les dérives du féminisme, ou plus exactement, sur le renoncement des hommes à défendre leur masculinité, avait déjà fait polémique. Son bouquin était pourtant réjouissant et brillant. Il y rappelait quelques vérités salutaires sur la dualité des sexes et proposait une grille d’interprétation assez puissante des grands maux de notre époque, de la crise des banlieues à celle la représentation, jusqu’aux problèmes de couple.

Pour son dernier essai, Eric Zemmour a choisi la forme du récit romancé. « Le Petit frère » n’est ni un roman, ni une enquête sociologique, ni un récit de l’évolution idéologique de la génération soixante huit, ni un essai proprement dit. Il est tout cela à la fois. On y retrouve tous les combats d’Eric Zemmour, avec le thème de la désagrégation de la nation française comme fil directeur.

Le choix d’incarner sa thèse dans des personnages donne une force incroyable à son propos, surtout lorsque l’on sait que son roman est inspiré de faits réels. On ne ressort pas de cette lecture indemne, même lorsqu’on est familiarisé avec le discours d’Eric Zemmour et qu’on en partage les thèses. La peinture qu’il fait de l’histoire récente et de la société française d’aujourd’hui est d’une noirceur extrême, d’un pessimisme radical et d’un fatalisme angoissant.

Le décor est planté par une citation introductive de Finkelkraut « l’antiracisme est le communisme du XXIème siècle » La société serait en train de sombrer, doucement mais sûrement, dans la barbarie à force de bons sentiments. A trop avoir célébré le droit à la différence, la tolérance, la générosité pour les défavorisés, le respect de la diversité ou le droit au bonheur individuel. A force d’avoir détruit la Nation par tous les cotés, de l’avoir accablé de tous les maux de l’histoire, de l’avoir présenté comme un contre modèle absolu qui porterait en elle les germes du racisme, de l’autoritarisme ou de la guerre.

Le récit raconte le parcours de personnages situés aux deux extrêmes de la société, les uns dans un quartier populaire, les autres dans la haute bourgeoisie parisienne. L’histoire débute sur un fait d’hiver tragique. Un jeune arabe, fraichement endoctriné par un imam qui lui a injecté le poison de la haine dans son cerveau en jachère, défigure et tue son ami d’enfance. Parce qu’il était juif. Parce qu’on lui avait appris que le Juif est "l’ennemi de race".

Un journaliste cathodique, militant de la gauche morale et compagnon de route de SOS Racisme, troublé par ce fait divers que les autorités veulent étouffer, mène l’enquête parmi les résidents de l’immeuble, principalement des familles juives et arabes. Il constate qu’au fil des ans, de part et d’autre, le sentiment d’appartenance à la communauté nationale, encore très présent dans la première génération venue d’Afrique du nord, s’est totalement estompé chez les jeunes au profit de leur identité ethnique et religieuse. Il observe le fossé se creuser entre les communautés, la tension monter, les destins se construire, dans le succès pour l’un, dans la descente aux enfers pour l’autre. Jusqu’au drame final.

Le journaliste, lui-même d’origine juive se sent responsable de cette tragédie. Il a le sentiment de récolter ce qu’il a semé pendant toute sa vie militante. Son combat contre l’antiracisme a conduit chacun à s’affirmer dans sa différence tout en empêchant l’Etat de réguler l’immigration au moment où c’était encore possible. Son entreprise de ringardisation du sentiment national et son apologie du cosmopolitisme ont finit par détruire ce qui permettait à des gens différents de vivre ensemble. L’homme se remet d’autant plus en question, qu’il vit un divorce cataclysmique et qu’il est lui-même une victime de la libération des mœurs, dont il a été un ardent défenseur et un partisan actif.

Le récit est impitoyable. Rares sont les personnages qui s’en sortent honorablement. La génération des primo-arrivants est décrite avec une certaine tendresse. Certaines jeunes femmes magrébines apparaissent comme une source d’espoir. Pour le reste, c’est un jeu de massacre. Même si l’on a de la bienveillance pour la lucidité du narrateur, il apparaît comme l’un des fossoyeurs de la paix civile. Son ami, un député de droite anciennement gaulliste, s’il n’a jamais partagé les mêmes illusions, a désormais capitulé face à tous les communautarismes dans sa circonscription. Les jeunes de banlieues apparaissent comme des êtres à peine sorti du stade animal, vivant en tribu et fonctionnant à la haine sur un mode sécessionniste. Quand aux religieux, ils sont la figure du mal absolu, professant la haine de l’autre et l’enfermezemmourment identitaire.

On aimerait croire qu’il s’agit de caricatures et que la réalité des quartiers où s’opposent des communautés n’est pas celle là. On prie pour que les jeunes des cités n’aient pas atteint ce stade de bêtise crasse, d’ignorance et ne soient pas des proies si faciles pour l’endoctrinement et le fanatisme religieux. On espère que le système politico-médiatique n’ait pas sacrifié tout sens du bien public sur l’autel de la carrière, optant toujours pour ce qui marche de préférence à ce à quoi ils croient.

Pourtant Zemmour, qui a semble t-il réellement enquêté dans cet immeuble affirme que la réalité est plus caricaturale encore …

Cette noirceur conjuguée à l’hyperréalisme du récit suscite le malaise. Nombreux seront ceux qui, pour évacuer cette représentation dérangeante de notre époque, accuseront Eric Zemmour de faire dire à ses personnages ce qu’il n’ose pas dire lui-même , d’être un islamophobe qui s’ignore, un raciste qui croit à la malédiction des gênes, un xénophobe qui voudrait éradiquer toute différence dans un moule totalitaire de l’identité nationale, un antisioniste qui considère que l’existence de l’Etat d’Israël constitue un foyer de tensions interethniques dont on a pas fini de payer le prix, un lépéniste cathodique nostalgique d’une France ethniquement pure gouvernée par un pouvoir à poigne.

Il serait facile, trop facile, de discréditer l’auteur sous l’anathème. Même si le portrait qu’il fait de la France et de son histoire récente comporte des traits un peu appuyés, la réalité qu’il décrit est peut-être pour bientôt. Le récit invite à la réflexion sur cette page de l’histoire qui a commencé à s’écrire lorsque la France a décidé d’ouvrir en grand ses portes à l’immigration tout en glorifiant la figure de l’étranger et en se dénigrant elle-même.

C’est à cela que nous invite Eric Zemmour dans son dernier essai qui se lit comme un Roman. Espérons seulement qu’il s’agisse bien d’un roman.

Source : http://horizons.typepad.fr


On achève bien les juifs, par jean robin

Voici ma critique du dernier livre d’Eric Zemmour, critique qui vient de paraître dans le dernier B.I (ex Balkans-Info), auquel je vous invite à vous abonner pour sa très grande qualité.

Comment faire croire, dans un pays où l’antisémitisme est combattu plus que toute autre phénomène, qu’il n’est pas combattu du tout ? Cette question, le brillant journaliste du Figaro Eric Zemmour se l’est peut-être posée avant d’écrire son roman qui vient de sortir chez Denoël, et qu’il a intitulé Petit frère.

Le problème est le suivant : la réalité ne convient pas, donc il convient d’en créer une autre. Vous êtes un journaliste de presse écrite, qui a ses entrées dans plusieurs émissions de télévision, donc vous disposez d’une surface médiatique que vous allez pouvoir utiliser en ce sens. Mais cela ne va pas suffire, il vous faut un prétexte, une histoire vraie, terrible si possible, pour que tout raisonnement soit immédiatement annihilé par l’horreur des faits.

Une bonne manipulation, pour qu’elle passe inaperçue, se doit de mélanger le vrai et le faux, c’est un classique. En l’occurrence, le vrai dans Petit frère, c’est l’effet délétère d’une immigration massive, engendrée par la mondialisation et la doxa antiraciste. C’est aussi la montée du communautarisme entre juifs et arabes français à cause du conflit israélo-palestinien. Dans ce paquet-cadeau de vrai, une bombe informationnelle y est placée le plus tranquillement du monde, avec un détonateur réglé pour qu’elle explose à chaque fois que le livre sera lu ou qu’on en parlera dans les médias. C’est-à-dire des millions de fois, grâce à la surface médiatique déjà évoquée du brillant auteur.

En guise de bombe informationnelle, un fait divers, atroce donc, mais choisi de telle manière qu’il ne puisse en aucun cas être représentatif de la réalité. La première astuce réside précisément là. Vous voyez au 20h un pan entier de glace s’effondrer au pôle nord, c’est une preuve du réchauffement climatique. Même si en réalité les pôles se contractent et se dilatent comme les feuilles poussent et tombent des branches d’un arbre en fonction des saisons.

Ce fait divers, c’est un Français juif qui est assassiné par un Français arabo-musulman, en France, à Paris, en 2003. C’est d’autant plus effrayant que personne n’en a parlé : aucun média, aucun politique, pas même une instance communautaire, pourtant si prompte à dénoncer d’habitude la moindre éraflure sur une kippa. Tout le monde, justice, CRIF etc., a conclu en 2003 à la folie du meurtrier, qui avait d’ailleurs séjourné à plusieurs reprises dans un hôpital psychiatrique avant de commettre ce meurtre. Peu importe : l’auteur plaide le complot, il a le droit, c’est (soi-disant) pour défendre la mémoire d’un juif. La presse aux ordres, les politiques silencieux, jusqu’aux instances communautaires juives, cette conspiration du silence vient d’en haut, c’est un journaliste très informé du Figaro qui l’écrit, on ne peut donc que le croire : « Le ministre, inquiet du retentissement médiatique d’un meurtre d’un Juif par un Arabe en plein Paris prie le narrateur, ancien journaliste, de se rendre sur place pour étudier et étouffer l’affaire. » Cette phrase apparaît dans la présentation du livre par l’attachée de presse, c’est plus sûr (il paraît que les journalistes ne lisent plus les livres dont ils parlent).

Cette nouvelle réalité créée de toutes pièces, il ne faut pas qu’elle soit trop vraie quand même, car on pourrait opposer le fait qu’elle ne l’est pas. Une autre astuce s’impose, et elle a déjà fait ses preuves, sur le même sujet qui plus est : c’est la technique du romanquête. L’inénarrable BHL en avait fait la recette de son plus grand succès, sur l’assassinat d’un journaliste juif par des intégristes islamistes au Pakistan : plus de 200 000 exemplaires vendus. Très critiqué, y compris par la veuve de Daniel Pearl, pour cette forme qui permet de dire tout et n’importe quoi, le mari d’Arielle Dombasle s’en était très bien sorti, et pouvait donc légitimement espérer faire des émules. Il ne doit pas être déçu s’il a lu Petit frère.

Impossible de savoir ce qui est vrai et ce qui est inventé dans ce livre. C’est une « fiction librement inspirée d’un fait divers réel », dixit l’attachée de presse et son fameux papier pour journalistes-qui-ne-liraient-plus-les-livres. Idéal pour faire dire ce qu’on veut aux protagonistes, sans avoir à avancer la moindre preuve. Bref, ce n’est pas du journalisme, c’est du BHL. Du BHL sur la forme, et du Finkielkraut sur le fond.

On en arrive en effet à la finalité du livre, à sa raison d’être, à sa mission : démontrer qu’on achève bien les juifs, en France, de nos jours, dans le silence le plus complet. Le jeune Simon a été sauvagement assassiné par le jeune Yazid parce que le premier était juif, et le second arabe. Et les médias et les politiques ont étouffé l’affaire pour cette même raison.

En fait ce n’est pas la France dans son ensemble qui est la victime de l’immigration massive due à la mondialisation et à l’antiracisme. Ce sont les juifs. Uniquement les juifs. La preuve. Et ce que les juifs ont permis ces trente dernières années leur revient comme un boomerang en pleine figure. L’antiracisme génère de l’antisémitisme. Voilà la thèse du livre. Sauf que…

Sauf que l’arme de manipulation massive consiste à extraire de la critique de l’antiracisme celle de l’anti-antisémitisme. Zemmour se place, dès l’introduction du livre, sous l’égide d’Alain Finkielkraut, et sa phrase géniale : « L’antiracisme est le communisme du 21ème siècle. ». Mais Finkielkraut n’intègre pas l’anti-antisémitisme extrême (ou judéomanie ) dans cet antiracisme-là. Peut-être parce qu’il est lui-même, parfois, un anti-antisémite extrême . Ainsi, l’anti-arabophobie alliée à l’anti-négrophobie a fini par nuire aux juifs, mais pas l’anti-antisémitisme. La distinction est subtile, et pourtant essentielle : non seulement elle ne remet pas en cause la manière dont on dit lutter contre l’antisémitisme dans notre pays depuis 30 ans, mais elle la justifie.

Les personnages que fera parler Eric Zemmour ne diront pas un mot de la politique de plus en plus judéomane menée dans notre pays depuis 30 ans, de la participation du gouvernement (et bientôt du Président de la République himself) au dîner annuel du CRIF, de la loi (d’exception) Gayssot, de la reconnaissance de la participation de la France dans la Shoah, de la discrimination lors de l’indemnisation des orphelins de déportés (selon qu’ils étaient juifs ou pas ), de la surmédiatisation des agressions antisémites (réelles ou pas) et la sous-médiatisation des agressions par des juifs, etc.

C’est tout le contraire : un juif est sauvagement assassiné en France, et personne n’en parle. Voilà la réalité française actuelle, ne vous en déplaise. Et si vous n’y croyez pas, si vous préférez croire à la réalité plutôt qu’à un romanquête, tant pis pour vous.

On achève bien les juifs, mais en niant une des causes principales de l’antisémitisme, la judéomanie, donc en encourageant à en faire toujours plus contre l’antisémitisme, sans limite, sans raison, sans scrupule.

Jean Robin

Source : http://judeomanie.blogspot.com