Egalité et Réconciliation
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Quand Thierry Lévy encensait Gabriel Matzneff

Note de la rédaction

Un texte extrait du 39e numéro de La Revue littéraire publié en mai 2009 aux éditions Léo Scheer.

Gabriel le Magnifique

 

La mer, en se retirant, découvre des cailloux polis par le flux. Ils ont une drôle de forme. Parfois ils sont transparents. On a envie de les sucer. Ils ne ressemblent pas aux autres galets et les enfants les ramassent. Si l’un de ces cailloux avait été d’une matière assez dure pour résister aux assauts de la mer pendant deux mille ans, il ressemblerait à Matzneff, dur, fragile et transparent.

Matzneff a survécu à deux cultures qui l’ont marqué, la grecque et la juive. Avec son moi divisé, il les maîtrise. Comme le caillou sur le sable, il est joli, pâle, et il laisse la lumière jouer à travers sa forme. Je me suis longtemps demandé pourquoi cet écrivain si élégant, cet homme si gracieux et courtois, ce compagnon si léger suscite tant d’agacement et parfois d’antipathie haineuse. La jalousie devrait céder devant la grâce. Avec Un galop d’enfer, on découvre la véritable explication. Ce qui n’est pas supportable chez Matzneff, c’est son innocence. Tout bêtement.

Il fait les choses que les gens ont envie de faire et n’osent pas faire. Puis, il raconte ce qui s’est passé sans omettre le plaisir et la peine, le succès et l’échec, la joie et la faute. S’il se contentait de mettre en vedette, comme on peut le voir dans les revues de la mode et du spectacle, un moi avantageux, il provoquerait le désir et l’envie et il aurait la paix. Montrer la face obscure des choses, surtout celle qu’on porte en soi-même et qu’on cache, être idiot même s’il le faut, c’est plus difficile.

Si l’on pouvait aimer les êtres qui vous plaisent et les aimer à en mourir, ce serait l’idéal et il n’y aurait plus grand-chose à en dire. Ceux qui meurent d’amour (combien sont-ils ?) ne sont pas ceux qui jettent la pierre au visage du séducteur et qui lui reprochent de vivre avec cette vérité cruelle qu’on va rarement au bout de son amour. Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup d’écrivains aujourd’hui capables de publier sous leur nom, sans les déguiser, les histoires qui leur sont arrivées, et d’exprimer, avec la même franchise, leurs idées et leurs sentiments. Que la peur du narcissisme ne les arrête pas. Narcisse n’est ennuyeux que s’il fait la moitié du chemin. Matzneff, lui, ne s’arrête pas en route. Il ne fait pas le beau. Tant pis s’il déplaît. Il s’expose à tous les coups et c’est un service qu’il nous rend.

On a envie d’extraire du livre certains passages, comme celui qui a été mis sur la couverture, où il dit que l’écriture « délivre de l’horreur d’être », mais cela n’a pas beaucoup de sens car la félicité de la lecture vient de la suite des jours (Un galop d’enfer est un journal) et de la révélation instantanée d’une déchirure dans le tissu des anecdotes. Homme couvert de femmes, Matzneff se montre surtout à découvert, lui qui admet que la femme est « le symbole de l’absence  » et exprime, sans rechercher l’effet, cette vérité la plus simple : « Je ne m’habitue pas à l’absence des êtres que j’ai aimés. Pourtant, la vie, c’est cela : s’habituer aux absences. » Il est bon de se souvenir de ce défaut d’origine pour apprécier ensuite le comportement du séducteur, ce « têtard métaphysique » qui met la drague au-dessus de la vie de couple. Grâce à une sorte d’alchimie merveilleuse et incompréhensible dont il est conscient, Matzneff a autant de corps que d’esprit. C’est invivable. Les jolies femmes le savent bien, elles qui cherchent à faire croire qu’elles sont stupides. Matzneff, lui, s’efforce de guider l’attelage des deux bêtes et de les faire marcher d’un même pas.

J’ai parlé d’innocence. C’est tout à fait mon opinion à son sujet. C’était un petit prince qui pouvait devenir rusé et mettre ses talents au service de n’importe quel Machiavel, qui avait de quoi fabriquer des empires et précipiter des ruines. Il s’est dépouillé de tout cela. Il ne possède rien qu’un moi haï qu’il protège de toutes ses forces pour s’empêcher, et chacun d’entre nous avec lui, de sombrer. Il n’est pas de ces innocents qui plaident non coupables et font douter de la réalité. Chez lui l’innocence se confond avec l’existence au grand jour. On peut venir l’arrêter à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, il a toujours quelque chose à se reprocher qu’il avoue et dont il nous délivre. C’est en cela qu’il est, selon la formule d’un de ses amis, un « écrivain naturel », non pas « quelqu’un qui achète une concession, mais quelqu’un qui découvre en lui un puits, et qui y puisera sa vie durant ».

Tous les dons accumulés sont jetés au vent, gaspillés dans un brouillon de vie et rassemblés par l’écriture avec l’éclat du diamant. Il faut être orfèvre pour oser écrire cela : « Les infidélités des autres me gênent. Pas les miennes », ou cela : « publier un livre, c’est se tirer une balle dans la tête, et se rater » ou ceci encore : « En amour, je n’aime que l’aventure, c’est-à-dire la drague, la passion et le plaisir. Sinon, je préfère être seul. Plutôt le désespoir que l’ennui du couple. »

Matzneff est avec nous, mais il revient de loin, puisant dans le fonds des siècles l’art cruel de savoir vivre, citant Hippocrate oublié : « Naître et mourir est la même chose. Croître et décroître est la même chose. »

Thierry Lévy

 

À revoir :
Thierry Lévy regrette la criminalisation de la pédophilie

 

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24 Commentaires

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  • #2363460

    Est-ce là, la déclaration d’amour de Me Levy à l’autre pervers ?

     

  • #2363475

    Tu mets en perspective cette lettre et le propos tenu à Dieudonne : « ... et puis après, il y a les coups » et tu saisis pour cet artisant de la liberté- jusque celle des taulards - à qui cette dernière s’adresse. Et lesquels ne seront jamais affranchis.
    Sauf...
    Il me semble qu’il faille convenir avec eux : oui Matzneff et même Lévy ont une jolie plume ; comme celle d’Adolf. Cependant, l’on essaiera de se trouver en accord sur les concepts des uns et des autres ; ou pas. Si ces gens-là le veulent bien...


  • #2363487
    le 13/01/2020 par Le Malicieux
    Quand Thierry Lévy encensait Gabriel Matzneff

    Qui se ressemblent,s’assemblent.
    Communautée ...d’intérêts, bien sûr.


  • #2363493

    Et oui, E&R, même si je comprends un peu l’idée qui vous porte, en défendant Matzneff depuis plusieurs jours vous vous asseyez donc près de Lévy et ses "boucles blondes".
    Alors question : pourquoi Matzneff peut et pas Levy à vos yeux ? Les deux sont exécrables (pipe à 11 ou 13 ans !!! tout de même...)

     

  • #2363508
    le 13/01/2020 par Aiguiseur de guillotines
    Quand Thierry Lévy encensait Gabriel Matzneff

    Qu’il crame en enfer.. !


  • #2363524

    Dire que c’est lui qui menaçait de coups de bâton. Il en mériterait quelques uns sur le bout des doigts...

     

    • #2363554

      Il en aurait mérités, dirons-nou : car depuis quelques temps, ce sont les gardiens de la Géhenne céleste qui s’occupent de son cas : et pour le coup, l’avocat du Diable doit se trouver occupé à un point, qu’il ne peut gérer les prêtres d’en bas... d’autant que c’est son Taulier qui gère l’office, en ce lieu, tout feu tout flamme. Et, à mon sens, le Gaillard ne va pas s’en laisser conter des plagiaires et autres usurpateurs de rituélies à deux balles (le sacrifice).
      Ici, ce n’est pas comme en Egypte ou en Mésopotamie : le vice, on connaît... (et puis il y a Copy Comic, désormais)


    • #2363841
      le 14/01/2020 par VIVACHAVEZ
      Quand Thierry Lévy encensait Gabriel Matzneff

      "Dire que c’est lui qui menaçait de coups de bâton."

      Normal, il était bâtonnier.........


  • #2363577

    Il y d’abord la Loi, les coups ensuite puis la Justice à nous..


  • #2363627

    Le même Thierry Levy ce défenseur de la pédophilie , qui réclamait des "coups" pour Dieudonné , uniquement parce qu’il fait des sketchs humoristiques qui ne lui plaisaient pas.
    De la tolérance et de la compréhension pour les pédophiles, et des coups pour un humoriste.
    Je pense qu’Il doit avoir bien chaud en enfer.


  • #2363652

    cette raclure aimait les garçons à tout âge on dirait . juste envie de vomir quand je lis des saloperies pareilles


  • #2363695

    Origine du nom

    Matzneff est un nom russe Мацнев dérivé du mot Маца́ hébreu ‏מַצָּה‏‎ matsa, et au pluriel ‏מַצּוֹת‏‎, matsot, « exprimé », « dessiqué » ; dans la tradition juive : galette azyme, utilisée et consommée pendant la Pâque.
    Causalité du nom
    Il est assez probable que Matzneff fasse partie des noms de famille juifs imposés comme un peu partout en Europe aux Juifs par dérision envers leur religion ou envers le port de la kippa. On ne peut exclure cependant qu’il ait pu être volontairement pris par les Juifs également, par dérision envers l’ignorance des non-juifs quant aux traditions juives et à la langue de la Torah.

     

    • #2364528
      le 14/01/2020 par Marion Sigaut
      Quand Thierry Lévy encensait Gabriel Matzneff

      En tout cas Matzneff se réclame de la religion orthodoxe et pas de la juive. C’est un fait.


    • #2365054
      le 15/01/2020 par Dictionnaire de V. Dahl
      Quand Thierry Lévy encensait Gabriel Matzneff

      Popol,

      Le dictionnaire de la langue russe (Tolkovyi Slovar’) en quatre tomes du grand linguiste Vladimir Dahl (édition 1955) donne au mot russe "matsa", outre le sens de galette azyme juive, une signification technique pour une petite pièce utilisée dans l’imprimerie en relation avec l’encre.

      Ce dictionnaire mentionne aussi les verbes "matsat’ " ("chtchioupat’ " ou "ochtchioupyvat’ roukamy", soit "tâter", "tâter avec les mains") et "matsovat’ " ("bit’ " "outomliat’ ", soit "battre", "épuiser", équivalents russes indiqués avec un point d’interrogation).

      Il serait intéressant de vérifier si la racine "mats" ou "matsn" a une signification en slavon ou en ukrainien ou en polonais.

      Pour les paroisses orthodoxes russes en France du temps de la jeunesse de Matzneff, c’est très compliqué, certaines dépendant du Patriarcat de Moscou, d’autres du Patriarcat de Constantinople. Matzneff s’est aussi occupé un temps d’une émission sur l’orthodoxie à la TV française mais là encore il faudrait demander l’avis d’un spécialiste pour connaître l’orientation exacte de cette émission.

      Gabriel Matzneff a sans doute laissé dans ses romans quelques petits cailloux pour ceux qui seraient intéressés à suivre ses traces, même sans aucune complaisance.
      Il a parlé dans une interview télé relativement récente (mais j’ai oublié laquelle) de la "génération perdue" des émigrés russes arrivés en France alors qu’ils étaient adolescents et qui n’avaient jamais pu s’adapter, faisant les beaux jours des cafés de Montparnasse. Il est possible de supposer qu’il parlait de la génération de ses parents, étant donné qu’il est né en 1936.

      S’il a effectivement été élevé dans un milieu proche de Leon Chestov et de Nicolas Berdiaiev, comme l’écrit Wiki, ce devait être la génération de ses grands parents.


  • #2363703

    Normal de se défendre entre gens partageant la même passion, l’amour de l’enfance...

    Par contre je plaint ce cher maître levy, en ce moment ça doit pas être la joie tous les jours le concernant...


  • #2363741

    « Que l’on condamne la pédophilie
    Et le Levy tique. »
    Abraham in Pif Gadget n° 2


  • #2363780
    le 13/01/2020 par mesencephale
    Quand Thierry Lévy encensait Gabriel Matzneff

    ’Système autoritaire au service de la liberté"

    Cet infâme personnage brûle actuellement même dans les affres de la gehenne.

    Dieu Merci.

    Libre de brûler et de souffrir éternellement le pédophile.

    Que la justice Divine soit.


  • #2363836
    le 14/01/2020 par Brindavoine
    Quand Thierry Lévy encensait Gabriel Matzneff

    En avril 2018, dans "Le Point", Matzneff trouvait choquant que l’on puisse assimiler l’antisionisme à de l’antisémitisme : c’est peut-être la raison secrète des attaques qui lui sont portées aujourd’hui .


  • #2363885

    Dans l’extrait proposé, on n’entend à aucun instant une apologie de la pédophilie par Me Levy. A-t-il dit autre chose dans d’autres occasions ? Je serais très curieux d’avoir des citations précises et non susceptibles d’interprétation.


  • #2364065

    Si vous saviez,à ce stade de ma vie, combien je me félicite, d’avoir boycotté ou ignoré tous ces ouvrages "littéraires" fussent-ils primés, nominés, recommandés etc... Toutes ces "œuvres" cinématographiques, dont les radios (que j"écoutais à l’époque) nous assuraient trois cents fois par jour, le "génie" qu’elles n’étaient pas. Tous ces artistes (surtout de la propagande) qui à longueur de journées tentaient (déjà) d’éduquer nos pensées. Si vous saviez comme je suis heureux de n’être pas tombé dans ce pièges mille fois tendus, avant de découvrir, présentement, que la plupart de ces "génies" de ces "philosophes" ne sont majoritairement que de sombres pervers, déjantés, dégénérés. Dieu ou la Nature m’a doté d’une sorte d’instinct, rarement pris en défaut. À terme ça vous rend cabochard, voire même un peu parano, tant on finit par se méfier de tout. Voilà la bonne attitude : se méfier de tout ! Mieux vaut se tromper soi-même, que laisser à d’autres, ce triste privilège.


  • #2364419

    Dégueu...


  • #2364778
    le 15/01/2020 par Pierre Albert Espénel
    Quand Thierry Lévy encensait Gabriel Matzneff

    Morts et enterrés. Pourquoi agiter des fantômes. ?


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