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Yémen : les victimes dont vous n’entendrez jamais parler

Aucune attention ne sera accordée aux victimes civiles d’aujourd’hui au Yémen parce que les États-Unis et leurs alliés sont les coupables.

Ce matin, à Fayoush au Yemen, à la périphérie d’Aden, une frappe aérienne gigantesque a ciblé une place de marché tuant au moins 45 civils, et en blessant 50 autres. Des responsables ont dit à l’AP « qu’après l’attaque des corps étaient éparpillés un peu partout ». Le bombardement a été perpétré par ce que l’on appelle généralement la « coalition saoudienne » Il est rarement fait mention dans les reportages des médias occidentaux que les États-Unis apportent un soutien très substantiel à cette guerre « menée par les Saoudiens » au Yémen, maintenant dans son cinquième mois, qui tue régulièrement et sans pitié des civils yéménites.

Étant donné que la mort de ces innocents est le fait du gouvernement états-unien et de ses alliés despotiques, on peut tout à fait prédire la manière dont elle sera couverte aux États-Unis. Aucune des victimes n’aura son portrait dans les médias américains ; il serait très surprenant que le nom même de l’une d’entre elles soit mentionné. Aucune des grandes chaînes de télévision n’interviewera les familles en deuil. Les Américains n’entendront jamais parler de leurs objectifs personnels dans la vie, auxquels il a été brutalement mis fin, ni des enfants dont on a fait des orphelins, ni des parents qui vont maintenant enterrer leurs petits. Le hashtag #FayousStrong ne fera pas le buzz sur Twitter aux États-Unis. Comme si cela n’avait pas eu lieu : bienheureuse ignorance.

C’est le schéma qui se répète encore et encore. Il suffit de se souvenir du silence assourdissant des médias lorsque, quelques semaines après avoir reçu le prix Nobel de la paix, le Président Obama a ordonné une frappe de missiles de croisière porteurs de bombes à fragmentation sur le Yémen, qui a coûté la vie à 35 femmes et enfants. Pratiquement aucun reportage dans les médias occidentaux n’a évoqué la dimension humaine des victimes.

Tout ceci contraste totalement avec l’attention intense accordée à la victime chaque fois qu’un américain ou un occidental est tué par un musulman. Ainsi, les Américains viennent de passer une semaine bombardés de « mises en garde » mélodramatiques en provenance du gouvernement états-uniens – amplifiées à outrance par leurs médias comme d’habitude – les prévenant qu’il y avait des risques d’attentats graves par des monstres de l’État islamique le jour le plus sacré des États-Unis ; « menace » qui s’avéra inexistante comme d’habitude.

Ce déséquilibre médiatique est un outil de propagande vital. Sur la planète des médias états-uniens, les Américains sont toujours les victimes de violence et de terrorisme, toujours la cible des menaces de sauvages musulmans violents, mais jamais pour une raison quelconque, si ce n’est la barbarie islamique primitive. Ce mythe est entretenu en faisant littéralement disparaître les propres victimes de l’Amérique, prétendant qu’elles n’existent pas, niant leur importance en répétant régulièrement les clichés que l’on nous a appris à débiter (dégâts collatéraux) et, le plus important de tout, en ne jamais leur accordant le statut d’être humain, sous aucun prétexte.

Voici comment la perception qu’ont les Américains d’eux-mêmes comme victimes perpétuelles du terrorisme se perpétue. C’est aussi le moyen d’entretenir la croyance qu’Ils sont manipulés mais que Nous ne le sommes pas. Tandis que ces morts vont être dissimulées à la population américaine, les gens dans cette partie du monde vont beaucoup en entendre parler ; ainsi les Américains n’entendirent presque pas parler du journaliste d’Al-Jazeera, Sami al-Hajj emprisonné pendant des années à Guantanamo sans chef d’accusation, ce qui leur fait croire que seuls les Mauvais Pays, mais jamais Nous, emprisonnent les journalistes. Du traitement de ce dernier bombardement et de beaucoup d’autres semblables découlent les différentes visions et perspectives mondiales, non pas parce qu‘« ils » sont manipulés, mais parce que « nous » le sommes.

Glenn Greenwald, 6 juillet 2015

Source : firstlook.org/theintercept

 
 



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