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"Le Rendez-vous de Béziers" ou l’illusion d’une "union des droites"

Les 27, 28 et 29 mai 2016 se tenait « Le Rendez-vous de Béziers » organisé par son célèbre maire, Robert Ménard. Pour l’occasion, l’ancien président de Reporters sans frontières avait quelques jours auparavant fondé une association à l’orthographe très vallaud-belkacemesque : Oz ta droite.

 

Au terme de ces trois journées de débats ponctuées par le psychodrame du départ précipité dès samedi midi, des élus frontistes, Marion Maréchal-Le Pen en tête (une vraie tempête dans un verre d’eau peu rempli), les quelque deux mille participants entérinèrent une cinquantaine de mesures qui devraient inspirer, voire être reprises, par les prochains candidats dits de droite à la présidentielle. Ces propositions dont la majorité est salutaire (abolition des lois attentatoires à la libre d’expression, moratoire sur l’ouverture de grandes surfaces, dénonciation de l’adhésion de la France aux articles de la Convention européenne des droits de l’homme, net refus du Traité transatlantique…) ne doivent cependant pas cacher les défauts de cette manifestation : un libéralisme assumé, un conservatisme chrétien ankylosé et moralisateur ainsi qu’un souverainisme quelque peu étriqué.

Oz ta droite aurait l’intention folle de regrouper ce que Patrick Buisson, ancien responsable de Minute et ex-conseiller informel de Sarközy, appelle la « droite hors les murs », c’est-à-dire cette mouvance droitière sortie un temps de sa torpeur habituelle et de sa paresse conceptuelle par La Manif pour Tous et qui se trouverait à mi-chemin entre l’aile droite du parti Les Républicains, Debout la France et le néo-FN. Mirage politique, cette « droite » en quête supposée d’un dirigeant providentiel n’en demeure pas moins la proie de rivalités personnelles. Ainsi, le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan déclara-t-il à Marianne (des 27 mai au 2 juin 2016) : « J’aimerais y aller, mais ce sera non, pour ne pas prendre le risque d’une surinterprétation médiatique à me voir aux côtés de personnes peu fréquentables ». Le maire d’Yerres, naguère rocardien et Young Leader, rencontre bien tous les jours des incompétents nuisibles dans cette vaste décharge sise au Palais-Bourbon.

Sensible au discours identitaire néo-frontiste, cet électorat droitier rechigne néanmoins à voter pour le parti de Marine Le Pen dont il ne partage ni sa phobie de l’euro, ni un programme économique – jugé par ses adversaires et les médiats partisans – étatiste et dirigiste. « Le Rendez-vous de Béziers » s’adressait par conséquent en priorité à des publics national-conservateur, libéral-conservateur et national-libéral, soit les orphelins politiques de Christine Boutin, de Philippe de Villiers, de Charles Pasqua et de Charles Millon, d’où une assistance relativement âgée et parfois chenue.

 

Libéralisme, les voilà !

Ce rendez-vous parapolitique prouve une nouvelle fois la schizophrénie des participants. Volontiers adulateurs du libéralisme en économie, ils accusent ce même libéralisme de tous les maux pour ses ravages culturels et moraux, montrant leur ignorance abyssal des écrits de Jean-Claude Michéa qui rappelle, livre après livre, l’unité intrinsèque de tous les libéralismes. Pourquoi s’opposer à l’homoconjugalité et à la GPA et accepter par ailleurs la suppression des 35 heures, la retraite à 65 ans ou la priorité aux économies dans le domaine de l’État-Providence ? Une réelle confusion a plané au cours de ces journées avec les interventions du chef d’entreprise Charles Beigbeder ou du chrétien libéral Charles Gave (le Christ ne détenait pourtant aucune propriété). Si Fabien Niezgoda, vice-président du MEI (Mouvement écologiste indépendant) d’Antoine Waechter ou Patrick Pérignon du syndicat agricole Coordination rurale ont pu exposer leurs points de vue originaux, d’autres intervenants manièrent avec un zèle certain la langue de coton et la valorisation ridicule de l’« Occident ». Pensons au chantre de l’« Amérique-Monde », l’ultra-néo-conservateur pro-sioniste Guy Millière, complice moral de l’assassinat du président Saddam Hussein, ou du journaliste Ivan Rioufol. Ce dernier qualifie dans son bloc-notes du Figaro (6 mai 2016) l’ignominieux TAFTA d’« imparfait mais utile ». Utile pour l’agriculture française et européenne ? Pour la santé et la souveraineté des Européens enchaînés au cauchemar yankee ? Hostile à l’islam, cet apologiste du mythe judéo-chrétien (cette variante droitarde du pâté d’alouette reprise par l’ineffable libéral-sécuritariste Éric Ciotti) défend la société multiraciale et prône l’assimilation, ce facteur facilitateur du « Grand Remplacement ». Fort heureusement, le public chauffé à blanc par le thème le hua copieusement. Cela signifierait-il que les participants accepteraient le modèle communautarien ethno-différencialiste et la réémigration ? Ce serait s’avancer un peu trop vite.

D’autres ateliers de discussions auraient mérité des sifflets. L’ambiguïté de ces trois jours persiste et ce dès les débuts, car le site d’Emmanuelle Duverger, l’épouse de Robert Ménard, Boulevard Voltaire, accepta le parrainage de Valeurs actuelles. Ce soutien n’est pas fortuit : le magazine vient d’être racheté par l’homme d’affaire libanais Iskandar Safa. Animé jusqu’à ces jours-ci par le national-mondialiste Yves de Kerdrel, ancien Young Leader de la French-American Foundation et atlantiste assumé (Geoffroy Lejeune vient de le remplacer), ce titre roule pour Les Républicains les plus droitards.

L’incongruité arriva à son comble au moment de l’allocation de Denis Tillinac. Dans Immédiatement (1972), Dominique de Roux qualifiait (fort injustement) Maurice Genevoix d’« écrivain pour mulots ». Il est indéniable que le chiraquien transi Tillinac incarne, lui, à merveille l’écrivaillon pour les blaireaux. Et comment une salle pleine de braves gens a-t-elle pu applaudir un bonhomme qui a toujours approuvé le calamiteux Jacques Chirac, ce pitoyable politicien qui accepta l’immigration extra-européenne de peuplement et donc le « Grand Remplacement », et qui accorda aux anciens des Brigades internationales la carte des anciens combattants ? Dans un essai justement oublié, Le Retour de d’Artagnan (1992), Tillinac définit une soi-disant « droite mousquetaire » qui ne rassemblait ni aux mouvements Occident ou Ordre nouveau, ni au GUD, ni même au FN et encore moins à la célèbre « Nouvelle Droite ». Souvent éthylique, la droite selon Tillinac devient étique et se résume à un slogan facile à inscrire sur un timbre postal : « Contre la gauche ! » Remarquable analyste marxien, Éric Zemmour, par ailleurs fin connaisseur du lamentable Chirac, n’a pas pris la peine de s’y rendre. Bien lui en a pris !

Avec de pareils scribouillards, abonnés à pisser d’affligeantes tribunes d’un Figaro, très faux cul à l’égard de ses lecteurs, on a berné l’ensemble des inscrits au « Rendez-vous de Béziers », ce qui est le propre du bourgeois. Le public national-libéral-conservateur s’illusionne sur une « union des droites » plus qu’hypothétique alors qu’elles n’ont entre elles aucune affinité, sinon de vieux contentieux. Qu’y a-t-il finalement de commun entre un lecteur de Valeurs actuelles et un abonné d’Éléments ? À part la maîtrise de la langue française, rien…

 

Inutilité des discussions

« Le Rendez-vous de Béziers », Oz ta droite et Robert Ménard s’imaginaient réussir une convergence inédite tant sur le plan des idées que dans l’action politique. Le résultat est une déception ; c’est même une déconvenue. En matière économique et sociale, on se demande presque si le MEDEF mondialiste ne serait pas le rédacteur principal de certaines suggestions. Plutôt que de puiser chez tous les thuriféraires décatis du Marché qui empoisonnent la pensée européenne depuis le XVIIIe siècle, les Biterrois de cette fin de semaine auraient pu discuter de la doctrine sociale de l’Église catholique, des thèses économiques non-conformistes des années 30, des écrits du prix Nobel grand-européen français Maurice Allais, de la cogestion, de la fin du salariat, du revenu de citoyenneté, de la réussite méconnue des communautés de travail montées par Marcel Barbu et Hyacinthe Dubreuil et des coopératives de production. Redécouvrir leurs textes, les adapter à l’ère mondialisée, penser à la démondialisation auraient été de bons préalables pour une éventuelle conquête des esprits. Mais l’assistance les connaît-elle vraiment ? Une réponse positive surprendrait de la part de personnes qui ont refusé l’épreuve de force lors des manifestations contre la loi Taubira en 2012–2013 et préféré leur confort douillet de l’embourgeoisement permanent.

Toute coopération avec ces milieux qui n’ont jamais hésité à pratiquer la délation contre les militants les plus investis et les moins consensuels est inutile et même nuisible. Sans vision mobilisatrice, la droite bourgeoise n’est pas hors des murs, mais va plutôt dans le mur d’un quotidien très éprouvant. Quelles sont donc ces initiatives métapolitiques et culturelles différentes ? Mentionnons les périodiques Réfléchir & Agir (23 ans d’existence), Synthèse nationale (10 ans), Salut public (4 ans), Terre & Peuple (20 ans) ; Europe Maxima (bientôt 11 ans) et les sites amis tels Cercle Non-Conforme, Euro-Synergies, Métapo Infos, Vox N-R, etc. ; des cercles militants (Dextra, Le Lys Noir, La Camisole…). Nonobstant d’inévitables et saines divergences, tous publient de véritables opinions hérétiques irréductibles au primat de l’argent.

Par son titre très dans le vent, Oz ta droite se réfère-t-il implicitement au fameux magicien d’Oz ? N’oublions pas qu’à la fin de l’histoire, le magicien se révèle être un imposteur. S’agirait-il d’une fantastique supercherie pour un public volontiers captif qui regrette toujours le bon vieux temps du fusilleur Thiers à Versailles ? Ses arrière-petits-enfants idéologiques ignorent tout des enjeux écologiques, géopolitiques, économiques, sociaux et ethniques de ce début de XXIe siècle. Tenter de les former ne servirait à rien et ferait perdre à tous un temps précieux. Laissons-les couler avec leur monde moderne et préparons dès à présent le nôtre, révolutionnaire, identitaire et violent !

Georges Feltin-Tracol

Voir aussi, sur E&R :

L’union des hommes de bonnes volontés,
par-delà les pièges et les mensonges du libéralisme,
avec Kontre Kulture :

Militer pour la réconciliation nationale aux côtés de Dieudonné et Alain Soral :

 
 



Article ancien.
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16 Commentaires

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  • Et pourtant, même si ces premières rencontres de Béziers n’ont pas donné tout ce qui était espéré, Ménard a raison sur le fond : Seule une très large union des divers courants de "droite" avec quelques uns de "gauche" pourra permettre la victoire attendue par le peuple, qui pourra vraiment changer les choses ..... En fait d’une certaine façon, il rejoint les idées préconisées par Alain Soral !!!

     

    • Pourtant le texte explique bien que le discours globale était contradictoire et que pour simplifier il s’agissait d’un discours national-libérale, ce qui est par essence contradictoire et peut crédible.

      Pour la conclusion en référence au magicien d’Oz, clin d’oeil divertissant et vrais dans le sens ou au niveau de la politique-politicienne Ménar joue le jeu du troisième homme de droite potentiel pour grignoter des voies à Marine si il continue.

      Le texte était très intéressant, par contre, si je peux me permettre, beaucoups de références de figures politiques, que personnellement je ne connais absolument pas. Donc à certains moment j’étais un peut perdus.


    • Le monsieur vient de vous expliquer que non. Quand on est borné, on ne se refait pas, hein.
      La conclusion s’applique bien à votre commentaire.


  • Ménard le magicien d’Oz ta droite ! " Abracadabra je suis le nouveau Mégret ! "


  • Robert Ménard , agent de la CIA et roublard de première , est là pour nous vendre ,avec d’autres, l’idée du retour de la nation. En réalité un piège grossier tendu au peuple français ...un national-mondialisme destiné à contenir la colère des peuples européens et à dévier leur énergie et leur rancoeur vers les immigrés...
    l’histoire est toujours la même : il arrive ce qui doit arriver et l’étape prochaine est la dissolution des nations européennes dans un grand ensemble nord - américain ...ceci pour le meilleur et pour le pire.


  • Il est TRES maladroit de diviser "la droite".
    C’est depuis toujours la tactique de ses adversaires.
    Comme ça marche presque toujours, il faut redoubler de vigilance pour l’éviter, quitte à arriver au pouvoir -classiquement- sur un malentendu.



  • Oz ta droite



    un nom pareil avec une orthographe à la mords-moi le noeud ,fallait oser , ces cons l’ont fait...


  • Avec son rassemblement de bric et de broc Ménard semble vouloir diviser le camp des patriotes .

     

  • L’oligarque Ménard est favorable à la loi travail, au capitalisme, à l’euro, à l’UE et à l’existence des funestes partis politiques. Il adore évidemment la République française, régime oligarchique.


  • Si le Chaos doit à nouveau engendrer le Logos, le cadre doit être radical et ne se fier qu’au message du Christ puisqu’il est le Fils de Dieu, l’absolu, l’Amour incarné, au-delà de l’histoire, son message est éternel.

    Or je constate deux choses :
    1 - si l’Église a échoué c’est qu’elle a déformé le message de Notre Sauveur
    2 - ceux qui s’arrogent de "valeurs chrétiennes" le font souvent pour contenter leur ego, se donner bonne conscience.

    Encore une fois, je pense que tant que l’homme ne s’est pas compris lui-même - et les clés ne lui seront jamais données à l’école -, c’est son ego qui l’emportera, c’est-à-dire l’ambition personnelle.
    Si tout le monde résonne de cette manière, ce n’est pas étonnant que çà soit effectivement le bordel, le chaos.

    Par exemple, le Christ n’est pas vraiment favorable à l’usure, mais qui a parlé d’usure à "Oz ta droite" ?
    Si les sujets fondamentaux sont évités, on n’en a encore pour longtemps à blablater.


  • Oui une révolution identitaire mais violent ? Pas contre les lampistes et les ennemies crée de toute pièces. Sinon on sera entre nous certes mais diriger et manipuler par les mêmes .Un tour pour rien quoi ! Alain disait justement je ne laisserais pas mon pays sans combattre mais lui a identifier le vrai problème.


  • Excellent article , Feltin - Tracol a trés bien résumé ce non - évènement : un rassemblement de la vieille droite libérale , un tantinet réac sur les bords , celle la même qui vote depuis quarante ans pour les chirac , sarkozy et qui déplore les effets dont elle chérie les causes , le tout parrainé par ménard ( atlantiste forcené qui a reconnu avoir reçu de l’ argent de la cia ) , il n’ y a vraiment rien à attendre de ces gens là .


  • Menard la taupe... A quand même reçu la legion d’honneur sur proposition de BHL : tout est dit !
    Comme dit Soral, trotskiste un jour....

     

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