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Dossier spécial E&R – Hitler a-t-il sauvé l’Europe du stalinisme ?

Laurent Guyénot

La Rédaction d’E&R vous propose de découvrir la première partie d’un dossier spécial intitulé Hitler a-t-il sauvé l’Europe du stalinisme ? rédigé en exclusivité par Laurent Guyénot.

La seconde partie est et sera immédiatement accessible aux contributeurs au financement participatif de la Rédaction d’E&R à partir de 2 euros/mois.

 

Sommaire du dossier :

 

Partie 1 :
- Introduction
- Le pari insensé de Hitler
- Staline et la révolution mondiale

Partie 2 :
- Le double piège de Staline et Churchill
- L’héroïsme soviétique avec une mitrailleuse dans le dos
- Conclusion

 


 

Opération Barbarossa : la controverse de Souvorov

 

Le 22 juin 1941, poussé par sa soif insatiable d’« espace vital » (Lebensraum) et par son obsession d’écraser une fois pour toutes le « judéo-bolchevisme », Hitler déclencha l’invasion de l’Union soviétique, avec laquelle il avait pourtant signé un pacte de non-agression en 1939. Prise au dépourvu et mal commandée, l’Armée rouge fut submergée. Mais grâce au sursaut patriotique et à l’héroïsme de masse du peuple russe, l’URSS mit finalement les Allemands en déroute, au prix de quelques vingt millions de morts. C’était le début de la fin pour les nazis.
Telle est, dans les grandes lignes, l’histoire de l’opération Barbarossa racontée par les vainqueurs.

 

L’explication donnée par les vaincus était toute différente. Le 11 décembre 1941, Adolf Hitler justifiait sa décision devant les députés du Reichstag. Dès 1940, dit-il, il avait compris que l’URSS attendait que l’Allemagne s’affaiblisse sur le front de l’Ouest pour l’attaquer. Au printemps 1941, ayant acquis la certitude que l’Armée rouge, massée en position offensive le long de sa frontière ouest, se préparait à envahir l’Allemagne et ses alliés d’un jour à l’autre, il n’avait pas eu d’autre choix que de devancer cette invasion imminente pour vaincre l’ennemi sur son propre sol. S’il ne l’avait pas fait, l’Allemagne et probablement l’Europe entière seraient tombées sous le joug stalinien. Voici un extrait de son discours (disponible ici) :

« Seul un aveugle pouvait ne pas voir qu’un mouvement de forces d’une ampleur unique dans l’histoire mondiale s’accomplissait là. Et cela, non pas pour défendre quelque chose qui aurait été menacé, mais pour attaquer celui qui ne semblait plus être capable de se défendre. Bien que l’achèvement foudroyant de la campagne à l’ouest ait enlevé aux gouvernants de Moscou la possibilité de compter sur un épuisement immédiat du Reich allemand, cela ne changea aucunement leurs intentions, mais recula seulement le moment de l’attaque. En été 1941 parut se présenter le moment favorable pour frapper. Un nouvel assaut mongol devait déferler sur l’Europe. »

« Tenant la Russie soviétique pour le pire danger, un danger mortel, non seulement pour l’Allemagne mais aussi pour l’Europe tout entière, je me suis résolu à donner moi-même le signal de l’attaque, si possible quelques jours avant que le conflit n’éclata. Nous avons maintenant un matériel authentique et vraiment écrasant qui prouve l’intention qu’avaient les Russes d’attaquer. Nous connaissions parfaitement aussi la date à laquelle cette attaque devait se produire. Mais toute l’étendue du danger, c’est peut-être maintenant seulement que nous en avons conscience et je ne puis que remercier Dieu de m’avoir donné l’inspiration au moment qui convenait et la force d’accomplir ce qui devait être accompli. C’est à cette faveur que non seulement des millions de soldats allemands doivent leur vie, mais l’Europe entière son existence. Nous pouvons bien le dire aujourd’hui, si cette vague de 20 000 chars de combat, de centaines de divisions, de dizaines de milliers de canons, accompagnés de plus de 10 000 avions avait déferlé à l’improviste sur l’Allemagne, l’Europe était perdue. »

En février 1945, dans le bunker où il allait bientôt se donner la mort, Hitler expliquait à nouveau :

« Notre chance de vaincre la Russie, la seule, était de prendre les devants, car l’idée d’une guerre défensive contre les Russes était insoutenable. Nous ne pouvions offrir à l’Armée rouge l’avantage du terrain, lui prêter nos autostrades pour la ruée de ses chars, nos voies ferrées pour acheminer ses troupes et son matériel. Nous pouvions la battre chez elle, ayant pris nous-mêmes l’initiative des opérations, dans ses bourbiers, dans ses marécages – mais pas sur le sol d’un pays civilisé comme le nôtre. C’eût été lui préparer un tremplin pour qu’elle fondît sur l’Europe. […] Ma hantise, au cours des dernières semaines, fut que Staline ne prît l’initiative avant moi [1]. »

En disant cela, Hitler ne prétendait pas qu’il n’aurait pas songé à attaquer l’URSS sans la menace d’être attaqué par elle. Il avait exprimé sa détestation du communisme dans Mein Kampf, lui avait déclaré une guerre à mort en 1933, et répéta jusqu’à ses derniers jours : « le but de ma vie et la raison d’être du national-socialisme [était] l’écrasement du bolchevisme » (4 février 1945) [2]. Mais Hitler savait que l’Allemagne risquait gros en menant une guerre sur deux fronts. Staline lui-même était persuadé que Hitler ne l’attaquerait pas avant d’avoir tenté un débarquement en Angleterre, c’est pourquoi il avait abaissé ses défenses pour mieux préparer son offensive majeure. Mais en 1940, voyant l’avancée de l’armée soviétique, Hitler comprit que celle-ci attendait le moment opportun pour le poignarder dans le dos. Il demanda à son état-major un plan d’attaque de l’URSS dès juillet 1940, et le 18 décembre signa la « directive 21 » ordonnant la préparation de l’opération Barbarossa.

 

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Carte parue dans Signal, l’hebdomadaire illustré de la Wehrmacht, dans l’été 1941

 

Hitler croyait en la Providence et en sa propre capacité de surmonter les obstacles par ses décisions inspirées et résolues. Et au printemps 41, il pensait qu’il n’avait le choix qu’entre un désastre assuré en cas d’inaction, et une victoire possible par une guerre éclair. Il jugeait que laisser à la Russie l’initiative de l’attaque signifiait la soviétisation de l’Allemagne et, dans un avenir proche et certain, de l’Europe tout entière. Il tenta donc le tout pour le tout, faisant en outre le pari risqué que l’Angleterre, et l’Occident en général, ne s’opposerait pas à sa destruction du communisme, et même la soutiendrait. Il expliqua en février 1945 :

« En attaquant à l’Est, en crevant l’abcès communiste, j’ai eu l’espoir de susciter une réaction de bon sens chez les Occidentaux. Je leur donnais l’occasion, sans y participer, de contribuer à une œuvre de salubrité, nous laissant à nous seuls le soin de désintoxiquer l’Occident. Mais la haine qu’éprouvent ces hypocrites pour un homme de bonne foi est plus forte que leur instinct de conservation. [3] »

Devant le tribunal militaire international de Nuremberg, Wilhelm Keitel, chef des forces armées allemandes, et son second Alfred Jodl, accusés de « complot et de crime contre la paix », et notamment d’agression préméditée contre l’URSS, voulurent faire valoir que l’opération Barbarossa était justifiée par « l’accumulation massive des forces russes » sur la frontière : « L’attaque de l’Union soviétique, déclara Keitel durant un interrogatoire préliminaire, fut menée pour préempter une attaque russe sur l’Allemagne. […] Nous avons décidé de préempter l’attaque de l’Union soviétique et de frapper par surprise pour écraser ses forces armées. […] Notre attaque fut une conséquence directe de la menace. [4] » En tant qu’attaque préemptive, c’était un acte de guerre légal. On leur refusa cette ligne de défense. Les Soviétiques ne voulaient aucune évocation de leurs propres préparatifs de guerre, afin de préserver leur statut de victimes de l’agression nazie. Keitel et Jodl furent pendus, tout comme le ministre des Affaires étrangères Joachim von Ribbentrop qui insistait avoir remis à l’ambassadeur soviétique à Berlin, le 22 juin à l’aube, une déclaration de guerre en bonne et due forme incluant comme justification un rapport sur « la concentration des forces soviétiques contre l’Allemagne ». Les Soviétiques nièrent jusqu’à l’existence de ce document. À Nuremberg, les Alliés étaient juges et parties. Ils livraient leur « dernière bataille », consistant à écrire l’histoire en rejetant tous les torts et les crimes sur l’Allemagne [5].

Cependant, les archives soviétiques ouvertes depuis les années 1990 semblent donner raison à Hitler, Ribbentrop, Keitel et Jodl : l’URSS était bel et bien sur le point d’attaquer l’Allemagne lorsque celle-ci la prit de court. Cette thèse révisionniste s’est imposée dans le débat grâce à Vladimir Rezoun, un vétéran du renseignement militaire soviétique qui fit défection à l’Ouest en 1978 et écrivit plusieurs ouvrages sous le nom de Viktor Souvorov (ou Victor Suvorov). Son premier livre historique en anglais, Icebreaker : Who Started the Second World War ?, passa inaperçu lors de sa sortie en 1988, et sa traduction française, Le Brise-Glace, n’eut pas davantage de succès (elle est aujourd’hui presque introuvable). La version allemande suscita davantage d’intérêt, mais c’est surtout la version russe qui fit décoller le livre en 1992. En 20 ans, 11 millions d’exemplaires ont été imprimés en Russie, et le livre a reçu le soutien de nombreux historiens russes, mais aussi allemands [6]. Souvorov a ensuite enrichi sa thèse d’éléments nouveaux dans plusieurs livres publiés uniquement en russe. Puis, en 2010, il fit paraître en anglais, aux éditions du U.S. Naval Institute, une nouvelle synthèse sous le titre The Chief Culprit : Stalin’s Grand Design to Start World War II.

La thèse de Souvorov peut se résumer ainsi : le 22 juin 1941, Staline était sur le point de lancer une offensive massive sur l’Allemagne et ses alliés, dans un délai probable de deux semaines (le 6 juillet est la date la plus probable). Les préparatifs avaient débuté à la fin de l’année 1940, et les premières divisions avaient été déployées sur la frontière en février 41. Le 5 mai, Staline annonça à une assemblée de généraux une offensive imminente en territoire ennemi. Des instructions secrètes commencèrent à être diffusées au sommet de la hiérarchie militaire, et les mouvements de troupes, de chars, d’artillerie, de munitions et de fuel s’intensifièrent. Quand les forces allemandes frappèrent, le gros des forces russes, terrestres et aériennes, était concentré le long des frontières ouest de l’URSS, en face du Reich allemand et de la Roumanie. Une partie des troupes et du matériel se trouvait encore dans des trains. La puissance militaire gigantesque que Staline avait accumulée sur la frontière et qu’il s’apprêtait à faire déferler sur l’Europe lui aurait permis d’atteindre Berlin sans difficulté majeure puis, dans le contexte de la guerre, de prendre le contrôle du continent jusqu’à Paris. Seule la décision de Hitler de devancer son offensive l’a privé de ces moyens en perçant et désorganisant ses lignes offensives et en détruisant ou saisissant environ 65 % de tout son armement.

Souvorov s’attache aussi à démontrer que l’invasion prévue par Staline était l’aboutissement d’un plan préparé de très longue date, du vivant même de Lénine. Selon lui, Staline n’a jamais abandonné l’objectif de soviétiser l’Europe, même lorsque, dans les années 30, il donnait l’illusion de renoncer au communisme international pour bâtir « le socialisme dans un seul pays », tout en se dotant discrètement de l’armée la plus puissante du monde. En signant le pacte Molovov-Ribbentrop et en laissant l’Allemagne envahir la Pologne, Staline savait qu’il déclenchait la Seconde Guerre mondiale que Lénine avait appelée de ses vœux. Fidèle à la stratégie de Lénine, il attendait que les pays d’Europe s’épuisent mutuellement dans une nouvelle guerre, pour rafler la mise au moment opportun. J’ai lu très attentivement les deux livres de Souvorov en anglais, Icebreaker et The Chief Culprit, en faisant quelques recoupements avec d’autres sources. La documentation et l’argumentation de Souvorov sont, à mes yeux, très convaincantes. Il démontre une grande expertise dans le domaine militaire, et une grande connaissance de l’Armée rouge. Sur les intentions de Staline, réputé très secret en général, il produit de nombreuses citations tirées des 13 volumes de ses écrits. Il a épluché des montagnes d’archives et les mémoires de centaines de militaires russes. La plupart de ces mémoires publiées avant les années 90 restent discrètes sur le secret d’État entourant la « Grande Guerre de libération de l’Europe » planifiée par Staline, mais certains aveux confirment la thèse de Souvorov. Un exemple parmi d’autres : le général Semyon Ivanov, grand héros de la guerre, écrit que « le commandement fasciste allemand a réussi, littéralement dans les deux dernières semaines avant la guerre, à nous prendre de court ».

 

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Vladimir Rezoun, alias Victor Souvorov

 

Je me suis aussi informé des critiques portées contre Souvorov. J’ai par exemple consulté la réfutation écrite par l’historien américain David Glantz dans son livre Stumbling Colossus : The Red Army on the Eve of War. Glantz défend la perspective soviétique traditionnelle de la paisible URSS victime de l’agression non provoquée de Hitler. Il admet en partie la concentration de forces soviétiques sur la frontière ouest de l’URSS, mais l’explique par des mouvements « transitoires » sans intention hostile [7], ce que je trouve assez ridicule. J’ai lu l’article de Jonathan Haslam (ici) cité par Wikipédia, selon qui la théorie de Souvorov « serait comique si elle n’était pas autant prise au sérieux ». Haslam reconnaît comme avéré que Staline a annoncé à ses généraux le 5 mai 1941 une guerre imminente, et il admet que, dans ces conditions, le fait indubitable qu’il fut surpris par l’attaque allemande le 22 juin « a toujours créé une énigme pour les historiens. Comment Staline pouvait-il à la fois s’attendre à [expect] la guerre et être pris par surprise ? » Pour répondre à cette question, Haslam se perd en conjectures vaseuses, alors que la réponse de Souvorov semble la seule logique : Staline savait que la guerre avec l’Allemagne était imminente, mais il ne s’attendait pas à ce que l’Allemagne en prenne l’initiative. C’est la mauvaise foi d’Haslam qui m’apparaît comme comique, car le document cité par Souvorov prouve que le 5 mai, Staline annonçait explicitement une guerre offensive menée en territoire ennemi, et non une guerre défensive : le moment était venu, selon ses termes, « de passer de la défensive à l’offensive [8] ».

En France, c’est Jean Lopez, spécialiste du front de l’Est, qui s’est chargé de réfuter Souvorov dans un chapitre de l’ouvrage collectif qu’il a dirigé, Les Mythes de la Seconde Guerre mondiale. Lopez et son coauteur admettent que Staline attendait le bon moment pour entrer en guerre :

« Toute sa stratégie, depuis la signature du pacte de non-intervention du 23 août 1939, consiste à recueillir le maximum de fruits (jolie récolte que la Biélorussie et l’Ukraine occidentales, la Carélie finlandaise, les pays Baltes, la Bessarabie et la Bucovine du Nord) du conflit sans y être directement mêlé. Il n’entrevoit d’y entrer, avec des forces modernisées, qu’après que les Alliés et le Reich se seront mutuellement épuisés. […] Selon plusieurs témoignages, Staline estime que l’Armée rouge ne sera pas prête avant 1942. Aucune attaque soviétique, donc, n’aurait pu être entreprise avant cette date. [9] »

Staline aurait donc prévu d’attaquer en 42 et non en 41, selon Lopez. En d’autres termes, l’attaque de Hitler aurait été « préventive » plutôt que strictement « préemptive ». Voilà une réfutation bien faiblarde. D’autant que Souvorov admet lui aussi que Staline avait originellement planifié l’invasion de l’Europe pour l’été 1942, mais avança son planning d’un an après la victoire rapide de l’Allemagne sur la France, qui surprit tout le monde. Toutes ces critiques semblent s’adresser à des gens qui n’ont pas lu Souvorov, pour les décourager de le lire. Car lorsqu’on prend connaissance de ces critiques après avoir lu Souvorov, on ne peut qu’être choqué par leur faiblesse et leur mauvaise foi. Mon sentiment est que Souvorov a peut-être commis quelques exagérations, voire peut-être quelques erreurs mineures (je n’ai trouvé aucun fait précis contesté), mais que, si le quart seulement des preuves qu’il avance est exact, sa thèse est solide comme le roc. C’est la raison probable pour laquelle l’establishment universitaire mise plus sur le silence que sur la critique.

Jean Lopez ne cite pas une seule fois Souvorov dans son récent pavé de presque 1000 pages, Barbarossa 1941. La Guerre absolue (2019). Il affirme servilement, comme postulat de départ, que l’armée allemande est « l’armée la plus criminelle de toutes les histoires », et que « les morts de l’opération Barbarossa sont bien à charge de l’Allemagne, le pays agresseur ». Barbarossa découle uniquement, selon Lopez, de l’anticommunisme obsessionnel de Hitler, basé sur « l’idée qu’il existe un lien entre les Juifs et la révolution socialiste », ce qui est « le mythe le plus dangereux du siècle », inventé par les faussaires des Protocoles des Sages de Sion [10].

Il y eut en France à la fin des années 90 une éphémère ouverture sur la thèse de Souvorov, sous l’influence de Stéphane Courtois et des contributeurs au Livre noir du communisme. En décembre 1996, France 3 diffusa un documentaire en trois parties intitulé Hitler-Staline : liaisons dangereuses, dont le troisième épisode produisait, selon son résumé officiel, « des éléments inédits sur la Seconde Guerre mondiale : le plan d’attaque original qui prouve que Staline voulait s’emparer de l’Allemagne pour installer le communisme en Europe ». Or, tandis que les deux premiers épisodes, qui détaillent la collaboration entre l’Allemagne et l’Union soviétique avant juin 1941, sont disponibles sur YouTube (ici et ), le troisième a disparu entièrement de la circulation, mais l’équipe multimédia d’ERTV l’a retrouvé pour vous (ici).

Comment expliquer une telle censure pour un documentaire diffusé sur une chaîne nationale ? Après tout, qu’est-ce que cela change, si l’URSS s’apprêtait à attaquer l’Allemagne avant que celle-ci ne l’attaque ? Beaucoup de choses en réalité. Cela ne remet pas seulement en question le dogme de la responsabilité exclusive de l’Allemagne dans le conflit mondial et ses millions de morts. Cela bouleverse aussi notre perception de l’enjeu global de la Seconde Guerre mondiale. Si cette thèse est prouvée, alors nous devons considérer que Hitler et le national-socialisme ont sauvé l’Europe de la soviétisation complète. Car en attaquant les premiers, les Allemands ont causé des dégâts irréparables à l’armée russe et porté un coup fatal à sa capacité d’envahir l’Europe. L’enjeu de Barbarossa dépassait donc le sort de l’Allemagne. Celle-ci, expliqua Hitler au Reichstag le 11 décembre 1941, « ne combat pas seulement pour elle-même, mais pour tout notre continent ». Elle n’était pas seule : Hitler rend hommage à la détermination des Finlandais, des Slovaques, des Hongrois et des Roumains, et aux volontaires venus de tous les pays qui « ont donné à la lutte des puissances alliées de l’Axe le caractère d’une véritable croisade européenne ».

Bien qu’il ne cite pas Hitler, et n’exprime d’ailleurs aucune sympathie pour lui, Souvorov lui donne raison : Si Hitler n’avait pas attaqué le premier, « l’Europe était perdue ». On comprend mieux alors l’hostilité contre lui. Ce qui dérange, ce n’est pas tant la question de savoir si Staline s’apprêtait à envahir l’Allemagne, mais la réévaluation étourdissante du rôle de Hitler que cela entraîne. Car il est essentiel que Hitler reste l’incarnation du mal absolu, et qu’aucune circonstance atténuante ne lui soit reconnue. On n’est donc pas surpris que l’attaque la plus hystérique contre Souvorov soit venue d’Israël, sous la forme d’un livre écrit par un professeur de l’Université de Tel-Aviv, Gabriel Gorodetsky (Le Grand Jeu de Dupes. Staline et l’invasion allemande, Belles Lettres, 2000), dont voici un échantillon :

« Contrairement au bon sens le plus élémentaire et sans le moindre fondement, [Souvorov] affirme que Staline aurait, au cours des années 1939-1941, méthodiquement préparé une guerre révolutionnaire contre l’Allemagne. […] Passé maître dans l’art de la désinformation au GRU, Souvorov exploitait le fait que cette période abondait en mythes, rumeurs et complots dont la plupart étaient forgés de toute pièce ou propagés de sang-froid. Ces inventions ont par la suite, non seulement en raison du manque d’informations fiables, mais aussi parce que la polarisation politique de la Guerre froide encourageait cette approche, été adoptées sans examen critique par les historiens. La popularité de l’ouvrage superficiel et frauduleux de Souvorov en Russie comme dans bien des milieux des pays occidentaux prouve, s’il le fallait, que les conspirations, fussent-elles vieilles et éventées, ont la vie extrêmement dure. Les mythes véhiculés par les livres de Souvorov, en simplifiant une situation complexe, font systématiquement et délibérément obstacle à la vérité. »

La théorie de Souvorov serait donc conspirationiste ! Voilà qui nous met en appétit !

 

Le pari insensé de Hitler

Dans les pages qui suivent, sauf précision en note, toutes les informations sont tirées des livres de Souvorov. Selon lui, en juin 1941, les forces offensives déployées par les Soviétiques sur leur frontière ouest incluaient :

- plus de 15 000 chars d’assaut (sur les quelques 20 000 dont ils disposaient alors). Comme leur nom l’indique, les chars d’assaut sont des armes offensives. Les modèles soviétiques, le T-34 et le colossal KV-1, étaient non seulement les mieux blindés et les mieux armés de l’époque, mais ils étaient capables de parcourir sur route de longues distances à plus de 50 km/h.
- plus de 15 500 avions, essentiellement des bombardiers et avions de transports de troupes, et non des chasseurs utiles en défense. Staline avait fait construire pour eux un chapelet de plus de cent aérodromes militaires le long de la frontière.
- plus de 5 millions de soldats, répartis en plus de 330 divisions. Rien qu’en mai et juin, 77 divisions avaient été transportées vers la frontière, dans la plus grande discrétion par des trains de nuit. Parmi elles, une dizaine de divisions venaient d’être recrutées dans le Goulag. Les dernières divisions furent logées dans des tentes, et aucun préparatif n’a été fait pour les loger sur place durant l’hiver.
- au moins 1 million de parachutistes entraînés, prévus pour être aéroportées derrière les lignes ennemies en plusieurs vagues. Ces unités sont utiles uniquement dans une guerre d’invasion, pour s’emparer de cibles ennemies loin derrière les lignes de front pendant une offensive majeure.
- des centaines de milliers de tonnes de munitions et d’armes, placés près de la frontière pour approvisionner l’armée à mesure de son avancée. Les obus étaient arrivés à partir d’avril 1941 et étaient stockés à même le sol et à découvert, ou dans des wagons de train, ce qui indique qu’ils étaient destinés à un usage imminent.
- plus de 300 usines de production de munitions en tous genres que Staline avait fait construire relativement près de la frontière, afin d’assurer un approvisionnement rapide et illimité à ses troupes.

Outre les témoignages d’officiers russes capturés par les Allemands, des documents saisis par les Allemands durant leur avancée confirment les plans d’invasion soviétiques : ils trouvèrent par exemple des stocks de livrets destinés à permettre aux troupes soviétiques conquérantes de se faire facilement comprendre des civils allemands (Wo ist der Bürgermeister ?, etc.), et surtout des cartes très précises de l’Allemagne, de l’Autriche et de la Silésie. Contrairement à l’idée reçue, les forces de l’Axe étaient très inférieures à celles qu’elles affrontèrent immédiatement derrière leurs frontières. Les Allemands ne disposaient que de 3350 chars en tout et pour tout, très inférieurs en tous points aux chars soviétiques [11]. Les Allemands attaquèrent avec 2 500 avions seulement. Les effectifs des forces de l’Axe étaient d’environ 3 millions de soldats, dont seulement 4000 parachutistes. L’armée allemande était pauvrement motorisée, utilisant 625 000 chevaux pour le transport de son artillerie et autre matériel.

 

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Lorsqu’il lança l’opération Barbarossa, Hitler savait que le rapport de force lui était très défavorable, mais il avait sous-estimé dans quelle mesure. En Pologne en 1939, puis en Finlande en 1940, Staline n’avait pas dévoilé ses derniers modèles de chars d’assaut. Hitler dira en avril 1942 : « Toute la guerre avec la Finlande en 1940, tout comme l’avancée russe en Pologne avec des chars obsolètes et des soldats pauvrement vêtus, n’étaient rien d’autre qu’une grandiose campagne de désinformation. » Plus d’une fois, Hitler a admis, comme le 27 juin : « Si j’avais eu la moindre idée de cet assemblage gigantesque de l’Armée rouge, je n’aurais jamais pris la décision d’attaquer. » Toutefois, il ajoutait parfois qu’il devait donc remercier le Ciel de n’avoir pas été mieux informé [12].

Paradoxalement, les préparatifs d’invasion de Staline facilitèrent la tâche des Allemands. La concentration des forces soviétiques sur la frontière permit à la Luftwaffe de détruire au sol environ 12 000 avions, et à la Wehrmacht de rapidement percer les lignes soviétiques, détruisant ou capturant plus de 4000 chars. En Biélorussie, les Soviétiques abandonnèrent 25 000 wagons de munitions. Les usines de munitions construites près de la frontière tombèrent également entre les mains des Allemands. Quant aux divisions d’infanterie, rapidement encerclées, elles se rendirent en masse, de nombreux soldats ayant eu à peine le temps de s’habiller. En deux mois seulement, les Allemands avaient fait un million et demi de prisonniers.

 

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Char T-34 soviétique capturé et utilisé par les Allemands

 

De plus, en juin, Staline avait supprimé tous les dispositifs défensifs qui auraient pu entraver l’offensive de ses propres divisions. Non seulement la « ligne Molotov » prévue sur la nouvelle frontière de 1939 n’existait que sur le papier, mais au printemps 41, l’imprenable « ligne Staline » construite dans les années 20, qui protégeait l’ancienne frontière sur une profondeur de 10 à 20 km de la Baltique à la mer Noire, avait été démantelée : ses champs de mines, ses fossés antichars, ses barrières de béton et barbelés, ses abris bétonnés, et même le dispositif de dynamitage des ponts et autres voies d’accès en cas d’attaque ennemie avait été désactivés. Dissoutes également, les unités mobiles de partisans créées à partir des années 1920, avec leurs abris souterrains et leurs caches d’armes et de munitions.

Le seul point sur lequel la thèse révisionniste de Souvorov s’accorde avec la narration traditionnelle est que l’opération Barbarossa a pris Staline par surprise. Et même les historiens consensuels comme Jean Lopez admettent que, si Staline fut surpris par l’attaque allemande, ce n’est pas parce qu’il faisait confiance à Hitler, mais parce que, en dépit des informations qu’il recevait sur les préparatifs allemands, il pensait que Hitler ne se risquerait pas à l’attaquer tant qu’une partie importante de ses forces étaient mobilisées à l’Ouest contre l’Angleterre. Quand arriva le mois de juin 1941, Staline fut convaincu que toute menace imminente était écartée, parce qu’une attaque des Allemands après cette date impliquait nécessairement une guerre se prolongeant dans l’hiver, et Staline savait les Allemands non préparés pour cela. Souvorov raconte par exemple que, pour tenter d’anticiper les plans allemands, les espions soviétiques surveillaient le marché des peaux de moutons, car il leur était inconcevable que les Allemands se préparent à envahir la Russie sans équiper leurs soldats de manteaux en peau de mouton pour l’hiver.

Et en effet, les Allemands n’étaient pas équipés pour l’hiver. Hitler misait tout sur une victoire rapide, en deux ou trois mois, suivi d’une occupation du territoire russe à l’ouest de l’Oural. Selon certains analystes, cela aurait été possible si Hitler n’avait pas décidé, le 21 juillet, contre l’avis de ses généraux, de retarder l’attaque sur Moscou pour diriger ses forces vers Kiev et Leningrad, qu’il jugeait cruciaux pour l’approvisionnement en matières premières [13]. Mais Souvorov, avec bien d’autres, estime que la tâche était impossible de toute manière, étant donné l’immensité du territoire russe.

De plus, un hiver particulièrement précoce et rude vint soudain ralentir la progression des troupes allemandes, immobilisés dès octobre par la boue et la neige. Alors que les températures chutèrent bientôt jusqu’à -30°, les Allemands ne disposaient d’aucun vêtement d’hiver. Ils n’avaient pas non plus prévu d’huile de moteur ni de lubrifiant résistant aux températures hivernales russes. Lorsque, le 5 décembre 41, les armées soviétiques ont lancé leur contre-attaque au nord de Moscou, la Luftwaffe était clouée au sol par des moteurs gelés, et les canons étaient bloqués. Les blessés mourraient de froid en une demi-heure s’ils n’étaient pas évacués aussitôt.

Et bientôt, de nouvelles troupes soviétiques apparaissaient des profondeurs de la Russie. Avec déjà plus de 3,8 millions de soldats russes faits prisonniers, comment Hitler pouvait-il imaginer que Staline serait capable d’en mobiliser au total 34 millions, soit 20 % de la population vivant sous le régime soviétique ? Il faut ajouter que les énormes pertes soviétiques dues à l’attaque initiale furent rapidement compensées par une accélération de la production de masse d’armes modernes dans les six derniers mois de 1941. Les ressources militaires de l’État soviétique furent en outre complétées par les généreuses contributions de la Grande-Bretagne et de l’Amérique. Tout cela a permis la victoire soviétique. En 1945, cependant, Staline n’aura conquis que la moitié de l’Europe plutôt que sa totalité. En un sens, il avait perdu la guerre.

 

Staline et la révolution mondiale

Bien que les concentrations respectives des armées allemande et russe sur leur frontière commune aient été symétriques en juin 1941, leur interprétation par l’histoire officielle est totalement différente : les préparatifs des Allemands sont interprétés comme la preuve de leur intention d’attaquer les Russes, mais ces mêmes mouvements chez les Russes sont interprétés comme la preuve de l’incompétence de leurs généraux. La vérité, selon Souvorov, est que si les Soviétiques avaient mal préparé leur défense, c’est que, sur ordre de Staline, ils étaient entièrement focalisés sur l’attaque, n’attendant que le signal.

Le même double standard est appliqué aux intentions des Allemands et des Russes sur le long terme. Sur la base de Mein Kampf, on admet que Hitler a prémédité de longue date l’invasion de l’URSS. Mais qu’en est-il de Staline ? Staline était un marxiste-léniniste. Le programme marxiste de conquête du monde est clairement évoqué dans le Manifeste du Parti communiste de 1848, et, selon Mikhaïl Kalinine, président du Præsidium du Soviet suprême en 1941, les vrais marxistes savent que « le concept fondamental de la doctrine marxiste consiste à tirer le plus grand bénéfice possible pour le Parti communiste des énormes conflits au sein de l’humanité [14]. ».

C’est surtout Lénine qui a théorisé le rôle de la guerre mondiale dans la soviétisation du monde. En 1916, il prône le retrait de la Russie de « la guerre réactionnaire, esclavagiste et criminelle », mais il s’oppose également à tout projet de désarmement. Il écrit dans son Programme militaire pour la révolution prolétarienne : « C’est seulement après que nous aurons renversé, définitivement vaincu et exproprié la bourgeoisie dans le monde entier, et non pas simplement dans un seul pays, que les guerres deviendront impossibles. »

Le Komintern, fondé à Moscou en 1919, a pour but d’établir une révolution mondiale permanente « pour combattre par tous les moyens disponibles, y compris la force armée, dans le but de renverser la bourgeoisie internationale et créer une République soviétique internationale comme étape de transition vers l’abolition complète de l’État ». En 1921, l’emblème du Komintern, un globe dominé par le marteau et la faucille, sera intégré dans l’étendard de l’Union des républiques socialistes soviétiques, dont la déclaration de fondation indique qu’elle est destinée à s’étendre à la terre entière.

 

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Le but premier de Lénine est Berlin. Pour cela, Lénine veut faire sauter la Pologne, pays reconstitué après la Première Guerre mondiale entre la Russie et l’Allemagne. Durant l’été 1920, la cavalerie soviétique tente l’invasion de la Pologne aux cris de « À nous Varsovie, à nous Berlin ! ». Le général Toukhatchevski envoie l’ordre suivant au front de l’Ouest : « Combattants de la révolution des travailleurs ! Le sort de la révolution mondiale sera décidé à l’Ouest. Le chemin vers l’embrasement du monde passe par le cadavre de la Pologne blanche. Nous apporterons le bonheur et la paix sur nos baïonnettes aux travailleurs du monde. [15] » Mais les Polonais repoussent les Russes et leur infligent des pertes de territoire (paix de Riga).

Lénine tente simultanément d’exporter la révolution chez les Allemands car, dit-il, « la déception due à leur défaite les conduit à la révolte et au désordre, grâce auxquels ils espèrent arracher le lien de fer qu’est pour eux le traité de Versailles. Ils ont soif de revanche, et nous de révolution. Nous avons provisoirement les mêmes intérêts. [16] » Mais après l’échec du soulèvement communiste en Allemagne en octobre 1923, Lénine comprend qu’une seconde guerre mondiale est nécessaire. Fomenter des troubles révolutionnaires ne suffira pas à renverser la social-démocratie en Allemagne. Il faut attendre – et aider à créer – les conditions favorables pour une nouvelle guerre mondiale et, durant cette période d’incubation, mettre une sourdine au discours internationaliste afin de maintenir de bonnes relations avec l’Occident. Pour que naisse une nouvelle guerre, il faut combattre le « pacifisme bourgeois des sociaux-démocrates ». Souvorov explique dans Icebreaker :

« Selon Marx et Lénine, la révolution est engendrée par la guerre. La guerre exacerbe les contradictions et ruine l’économie, entraînant les nations et les États au-delà d’un précipice fatidique, brisant leurs conventions, leur mode de vie. Staline, en vrai marxiste-léniniste, avait une position de principe en matière de guerre et de paix : si le pacifisme social-démocrate éloignait le prolétariat de la révolution – et des guerres engendrant la révolution –, alors il faut déclarer une guerre à mort aux sociaux-démocrates. Le 7 novembre 1927 [dans la Pravda], Staline lance le cri de guerre : "Pour mettre fin au capitalisme, nous devons d’abord abattre la social-démocratie". [17]. »

Comme Lénine, Staline sait que le ressentiment allemand contre le traité de Versailles est le terreau de la prochaine guerre. C’est pourquoi il va aider l’Allemagne à se réarmer en contournant les clauses du traité. Staline est l’architecte, du vivant de Lénine, du pacte de Rapallo signé avec l’Allemagne (1922), qui instaure une collaboration militaire secrète. L’accord cimente également la commune hostilité au jeune État polonais. Dans les années 20 et 30, derrière la propagande antifasciste de la Pravda, Staline continue de soutenir l’effort de réarmement de l’Allemagne. Et jusqu’en 1940, celle-ci reste dépendante de l’URSS pour de nombreuses matières premières.

Staline voyait le nationalisme hitlérien comme le « brise-glace » (icebreaker) capable de déclencher une nouvelle guerre européenne sanglante qui épuiserait toutes les parties, tandis que l’Union soviétique resterait à l’écart, attendant le bon moment pour envahir et conquérir le continent tout entier. Car celui qui gagne la guerre est celui qui y entre le dernier. En janvier 1925, Staline déclare : « Comme antérieurement, notre armée doit lever l’étendard de la paix. Mais si la guerre éclate, nous ne pourrons rester les bras croisés, il faudra entrer en lice mais y entrer les derniers. Nous nous engagerons pour jeter le poids décisif sur la balance, le poids qui fait pencher la balance. [18] » Et en 1927 : « Vous pouvez juger le moment venu pour la bataille décisive, une fois que toutes les forces de classe hostiles à nous auront été suffisamment drainées par une lutte au-delà de leur capacité à faire face. »

On le voit, selon Souvorov, l’idée communément admise que Staline a renoncé à l’objectif de la révolution mondiale pour se contenter du « socialisme dans un seul pays » relève de la propagande destinée à l’Occident. Elle est démentie par les propres paroles de Staline, et contredite même par la ligne officielle de la Pravda peu avant la guerre. On admet communément que le conflit entre Staline et Trotski portait sur ce point et que les purges staliniennes des années 30 visaient les « internationalistes ». En réalité, les divergences entre Staline et Trotski étaient plutôt stratégiques. Trotski lui-même confirme les ambitions expansionnistes de Staline. En novembre 1938, il écrit : « Staline a finalement délié les mains de Hitler, ainsi que celles de ses ennemis, et poussé toute l’Europe vers la guerre. » Et en juin 1939, il prédit : « L’URSS va déplacer sa masse entière vers les frontières de l’Allemagne précisément au moment où le Troisième Reich sera attiré dans une guerre pour une nouvelle division du monde. » Selon Souvorov, c’est parce que Trotski en savait et en disait trop sur les plans de Staline que celui-ci l’a fait assassiner (le 21 août 1940) [19].

En attendant la Seconde Guerre mondiale, la politique intérieure de Staline consiste d’une part à affermir son contrôle sur la population, d’autre part à bâtir un immense complexe militaro-industriel. À y regarder de près, les trois plans quinquennaux, commencés en 1928, sont orientés vers ce second but. Aucun ne profita au peuple russe en terme de niveau de vie. Pour financer son industrie militaire, Staline vida le pays de toutes ses réserves de métaux précieux et de diamants, et de tous ses trésors (ceux de l’Église notamment) ; la guerre civile espagnole lui apporta un butin supplémentaire en 1936 (voir « L’or de Moscou »). Le premier plan quinquennal (1928-1932) visait à établir une base industrielle axée sur l’industrie lourde, au prix d’une chute drastique des biens de consommation. L’armement est prioritaire : en 1928, l’URSS n’avait que 92 chars d’assaut, et plus de 4000 en 1932. En 1933, le colonel allemand Heinz Guderian, ayant visité une usine d’assemblage à Kharkov, témoigne qu’elle produisait à elle seule, à côté des tracteurs qui constituaient sa production officielle, 22 chars d’assaut par jour. À la fin du second plan (1933-1937), l’URSS possédait 24 708 avions de combat. Le troisième plan (1938-1942) vit une augmentation spectaculaire de la production d’armement et de munition, en vue de la grande guerre qui devait libérer l’Europe du capitalisme.

Parallèlement à l’instauration d’une économie de guerre, les deux premiers plans quinquennaux mettaient l’accent sur la collectivisation de l’agriculture. Mais là encore, l’objectif était étroitement lié à la guerre, comme le montre Jean Lopez. En effet, en 1927, tandis que des rumeurs de guerre avec l’Angleterre se répandent,

« le pire cauchemar des chefs bolcheviques tient dans l’apparition d’un refus populaire de la guerre analogue à celui qui avait mis à bas la dynastie des Romanov. Le contenu des rapports (les zemsvodki) de l’OGPU sur l’état d’esprit des campagnes, est sans ambiguïté : la panique de guerre gagne le monde paysan et révèle son hostilité au régime. L’on stocke en effet les grains en prévision du conflit, on vend les chevaux et les carrioles susceptibles d’être réquisitionnés ; la monnaie officielle, le tchervonets, est refusée, l’approvisionnement des villes s’interrompt […]. Les propos défaitistes, les appels à l’insoumission et à la désertion, l’espoir de voir tomber le régime s’expriment sans retenue. [20] »

La police incrimine les paysans indépendants, les koulaks. C’est ce qui motive le « Grand Tournant » de 1928. Les victimes de la collectivisation forcée, soit par exécution ou déportation, soit par la famine, sont estimées entre 10 et 16 millions. Pendant ce temps, Staline vendait à l’étranger en moyenne 5 millions de tonnes de grains chaque année pour financer son armement.

 

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Holodomor : le génocide oublié

 

L’agenda de Staline est parfaitement au point. En 1941 ou 42, si tout se passe comme il le veut, il aura l’armée la plus puissante du monde, et la guerre aura saigné à blanc tous les « pays capitalistes », qui ne pourront résister à sa grande offensive.

Les préparatifs se précisent en 1941. En janvier, Staline nomme Gueorgui Joukov (Zhukov) chef de l’État-Major. Le 4 mai, il se fait nommer président du Conseil des commissaires du peuple, c’est-à-dire chef du gouvernement, à la place de Molotov. Il n’était jusqu’alors que secrétaire général du Parti communiste, ce qui lui permettait de ne pas prendre la responsabilité officielle de certaines décisions, mais qui lui a valu quelques embarras (en 1934, le ministre polonais des affaires étrangères Jozef Beck avait refusé de le rencontrer au prétexte qu’il était dénué de titre officiel dans l’appareil d’État). Staline tient à prendre devant l’histoire la pleine responsabilité de la « libération » des prolétaires d’Europe du capitalisme, sa grande œuvre. C’est lui qui l’annoncera, la commandera, et en signera la fin.

Le 5 mai, dans la grande salle du Kremlin, devant le gotha politique et militaire, Staline annonce : « En défendant notre pays, nous devons agir offensivement, passer de la défense à une doctrine militaire de l’offensive. Nous devons transformer notre entraînement, notre propagande, notre agitation, notre presse dans le sens de l’esprit offensif. L’Armée rouge est une armée moderne et une armée moderne est une armée offensive. » À cette date, Staline fait envoyer une directive spéciale à tous les postes de commandement. Cette directive, encore partiellement classifiée, indique : « Soyez prêts à lancer, sur un signal du quartier général, des frappes éclair destinées à mettre l’ennemi en déroute, déplacer les opérations militaires sur son territoire et saisir des objectifs clés. » On lève de nouvelles armées dans tous les districts. On abat tous les obstacles des lignes de défense. À partir du 13 juin, un mouvement incessant de trains de nuit transporte vers la frontière des milliers de chars, des millions de soldats, et des centaines de milliers de tonnes de munitions. La Pravda commence à préparer le peuple :

« Juste au-delà des frontières de notre patrie, la conflagration d’une seconde guerre impérialiste fait rage. Tout le poids de ses malheurs pèse sur les épaules des masses laborieuses. Partout, les gens ne veulent pas participer à la guerre. Leur regard est fixé sur la terre du socialisme, qui récolte les fruits d’un travail pacifique. Ils voient à juste titre les forces armées de notre patrie – l’Armée rouge et notre marine - comme le véritable rempart éprouvé pour la paix… Étant donné la situation internationale complexe actuelle, vous devez vous préparer à toutes sortes de surprises… » (Pravda, éditorial du 6 mai 1941).

 

Laurent Guyénot

 

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Partie 2 :
- Le double piège de Staline et Churchill
- L’héroïsme soviétique avec une mitrailleuse dans le dos
- Conclusion

 

À lire chez Kontre Kulture !

 

Notes

[1] Le Testament Politique de Hitler. Notes recueillies par Martin Bormann, Kontre Kulture, p. 44-45.

[2] Le Testament Politique de Hitler, Ibid., p. 15.

[3] Le Testament Politique de Hitler, Ibid., p. 12.

[4] Interrogatoire du 17 juin 1945, cité par Viktor Suvorov, Icebreaker : Who Started World War II, PLUK Publishing, 2012, édition kindle.

[5] David Irving, Nuremberg : The Last Battle, Focal Point, 1996.

[6] On cite Heinz Magenheimer, Werner Maser, Ernst Topitsch, et Walter Post. Ne lisant pas l’allemand, je n’ai pas consulté leurs ouvrages.

[7] David Glantz, Stumbling Colossus : The Red Army on the Eve of War, University Press of Kansas, 1998. Lire ici une critique de ce livre.

[8] Viktor Suvorov, The Chief Culprit, Naval Institute Press, 2013, p. 205. Aussi Joachim Hoffmann, Stalin’s War of Extermination, 1941-1945, Theses & Dissertation Press, 2001, p. 39.

[9] Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri, « Hitler a devancé une attaque de Staline », dans Les Mythes de la Seconde Guerre mondiale, dir. Jean Lopez et Olivier Wieviorka, Perrin, 2015, consultable sur books.google.fr

[10] Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri, Barbarossa 1941. La Guerre absolue, Passé Composé, 2019, p. 9 et 36.

[11] Boris Kavalerchik, The Tanks of Operation Barbarossa : Soviet versus German Armour on the Eastern Front, Pen & Sword Military, 2018.

[12] David Irving, Hitler’s War, Focal Point, 2002, p. 412-421.

[13] C’est la thèse de Russell Stolfi, Hitler’s Panzer East : World War II Reinterpreted, University of Oklahoma Press, 1991.

[14] Cité dans Joachim Hoffmann, Stalin’s War of Extermination, 1941-1945, Theses & Dissertation Press, 2001, p. 49.

[15] Suvorov, The Chief Culprit, op. cit., p. 8.

[16] Cité dans Lopez et Otkhmezuri, Barbarossa, op. cit., p. 23.

[17] Viktor Suvorov, Icebreaker : Who Started World War II, PLUK Publishing, 2012, kindle ed.

[18] Cité dans Lopez et Otkhmezuri, Barbarossa, op. cit., p. 62.

[19] Suvorov, The Chief Culprit, op. cit., p. 178-183.

[20] Lopez et Otkhmezuri, Barbarossa, op. cit., p. 55.

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  • #2491320

    Excellent article, merci Mr Guyénot ! On aimerait voir plus d’article de ce genre tellement c’est instructif.

     

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  • #2491325
    Le 26 juin à 06:21 par la Fuhrer du SSamedi soir
    Dossier spécial E&R – Hitler a-t-il sauvé l’Europe du stalinisme (...)

    Je sais pas pourquoi mais quand je lis les descriptions de l’URSS de l’époque je ne me m’empêcher de penser a la chine d’aujourd’hui. En apparence elle parait pacifiste et relativement faible (en tout cas pas suffisamment forte pour nous attaquer) mais dans les faits cela pourrait être exactement l’inverse.

    Gouverner c’est prévoir, et je pense que Trump a compris cela tout comme Hitler avait compris qu’il valait mieux attaquer les premiers au lieu d’attendre. Bref on le saura dans quelques annees.

     

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    • Les USA ont déjà été battus par la Chine : la guerre de Coree .Ils ne s’y sont plus frottés. Ils ont ensuite essayé de faire exploser le pays grâce au Tibet pendant des décennies, un échec aussi.
      Ils essayent maintenant par le terrorisme islamiste ouïghour, beaucoup d’attaques au couteau en bandes (ici les agents Us- sionistes glucksman , bhl & Co se démènent pour la propagande pro-Ouïghours) et par Hong-Kong.
      Mais le temps des guerres mondiales est révolu : USA ,Russie, Chine,France, GB etc.. ne peuvent plus s’affronter directement depuis belle lurette au risque de se voir pulvériser par l’arsenal nucléaire adverse. Ce ne sont plus que des guerres économiques entre eux et là les USA savent ,qu’a terme, ils vont être battus par la Chine.Mais contrairement à la guerre contre l’ URSS (en armant /finançant le nazisme, puis guerre froide) il n’y a plus de concurrence idéologique (Chine convertie à l’ultralibéralisme) seulement une guerre pour la domination économique.

       
    • La Chine n’a rien à voir avec les Anglo-Saxons ( empire britannique, puis US) qui pillent, colonisent et exterminent les populations depuis deux siècles sur toute la surface du globe et en particulier...la Chine démantelée d’avant la Grande Marche. La pensée Chinoise est très ancienne et ils réfléchissent sur le long terme. C’est une pensée confucéenne dont un des fondements est justement l’ évitement de tout conflit, leur arme favorite ayant toujours été le commerce .
      La Chine communiste n’a jamais eu beaucoup de ressemblance avec l’Urss (les concepts politiques occidentaux sont difficilement transposables dans une société aux structures mentales fondamentalement différentes), ces deux pays ont même failli se faire la guerre ! Donc maintenant qu’elle est ultra libérale je vois encore moins de rapport avec l’Urss : vous pouvez dormir tranquille, la Chine n’attaquera personne.

       
    • #2493352
      Le 29 juin à 09:19 par la Fuhrer du SSamedi soir
      Dossier spécial E&R – Hitler a-t-il sauvé l’Europe du stalinisme (...)

      Non Jean, la franchement t’abuses. Ils ont fait quoi tes chinois au Tibet en 1949-1950 ? Ils ont pillés les monastères et on fait de ce magnifique pays (le toit du monde) qu’était le Tibet un dépotoir pour leurs déchets nucléaires (faut dire aussi que c’est l’endroit le plus éloigné de Pékin donc pour eux autant repousser la merde le plus loin possible) et en plus ils font tout pour humilier les tibétains par exemple les vieux quartiers historiques sont rasés pour faire place a des attractions pour touristes Han et il ne reste que du folklore bidon.

      Aujourd’hui les tibétains sont largement minoritaires a Lhassa idem pour les ouighours a Urumqi (la plus grande ville du turkestan chinois/province du Xinjiang). Pour couronner le tout les chinois han font construire des bordels pour soldats de l’APL juste en face des monastères ainsi que des sex-shops. J’ai un bon ami a moi qui l’a vu de ses propres yeux quand il y est allé en 2015. Non franchement ils sont pas mieux que les yankees, peut-être même pire en fait, car derrière leur masque de façade ils se comportent comme de vraies salopes.

       
    • #2494031
      Le 30 juin à 04:04 par la Fuhrer du SSamedi soir
      Dossier spécial E&R – Hitler a-t-il sauvé l’Europe du stalinisme (...)

      C’est pas parce que les anglo-saxons se sont comporter comme de vraies salopes que les chinois en sont exemptes. Entre les deux c’est un peu comme choisir entre la peste et le cholera. En plus l’un est une puissance déclinante alors que l’autre est très clairement la puissance montante et par conséquent la menace de demain, et personne ne sait ce qu’ils feront quand ils seront la première puissance militaire (ce qui risque d’arriver).

      Et puis je sais pas ou vous avez vu que les chinois avait battu les ricains pendant la guerre de Corée. Au contraire après avoir perdu des centaines de milliers d’homme (il faut savoir que le soldat chinois est l’un des plus mauvais en terme d’efficacité sur le terrain, en gros ils arrivent a peu près a faire a un million ce que font les américains, les japonais ou même les sud-coréens a seulement 100.000) et devant le nombre de pertes ils ont décidés de retourner aux frontières initiales et de trouver une sorte de statuquo, tellement ils se sont rendu compte qu’ils ne pourraient dégager les américains de la péninsule.

       
    • Avant l’attaque sur Pearl Harbor, les étasuniens ne croyaient pas du tout a une attaque japonaise sur leur propre sol, et pourtant c’est arrivé. Vous voyez, gouverner c’est prévoir, et je pense aussi que les chinois sont les japonais de l’époque. Tout le monde les sous-estime, pensent qu’ils sont pacifistes mais en fait c’est exactement le contraire. A méditer

       
  • #2491451

    Socialisme dans un seul pays ? Engels lui même :
    >>La révolution va-t-elle pouvoir se dérouler dans un seul et unique pays ?
    Réponse : Non.<<
    (Marx/Engels, Oeuvres, Berlin 1956 - 1968, t. IV, p. 374)

     

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  • Le pacte secret Churchill-Staline négocié en avril 1939 et signé le 15 octobre 1939

    Le major finlandais à la retraite Erkki Hautamäki vient renouveler l’historiographie de la Seconde Guerre mondiale avec la publication d’un livre explosif qui tord le cou à tous les mensonges post-1945 : « La Finlande dans l’œil du cyclone ». Qui a voulu la guerre totale ?

    Le pacte militaire Churchill-Staline, négocié dès avril 1939, fut un traité secret entre Churchill et Staline qui comprenait des accords de mise en œuvre d’une guerre sur quatre fronts contre l’Allemagne. Staline signa les plans d’agression ainsi conclus le 28 janvier 1940 et Churchill le 8 février 1940 à Londres.

    Les opérations furent planifiées de la manière suivante :

    • 1. Front Nord : occupation de la Norvège, de la Suède et du Danemark par les troupes anglaises et françaises, et attaque au nord par la Baltique. Début de l’opération : les 14-15 mai 1940 (date ultérieurement avancée aux 8 et 9 avril).

    • 2. Front Ouest : attaque par la France, la Belgique et la Hollande à partir de mai 1940.

    • 3. Front Sud : intervention de la Yougoslavie et de la Grèce, en collaboration avec les troupes britanniques.

    • 4. Front Est : offensive de l’Armée rouge (URSS) à partir du 15 juin 1941.

    Ces plans de guerre dirigés contre le Reich allemand furent échangés entre le maréchal finlandais Mannerheim et les dirigeants du Reich. « Alors que le courrier de Staline transportait les plans de guerre de Churchill, l’aviation allemande obligea l’avion à atterrir, le 9 février 1940. Durant l’examen de l’équipage et des passagers, tous les documents furent photographiés. Hitler reçut des informations exactes sur les plans d’attaque sur plusieurs fronts de la part des forces alliées. Il lança donc un plan d’attaque préventive en Norvège. Staline ne savait pas que les plans avaient été révélés », raconte Erkki Hautamäki

    .

    L’Oberkommando der Wehrmacht (OKW, Commandement suprême des forces armées allemandes) se voyait ainsi confronté à un problème quasi insoluble. Soutenir une guerre menaçant sur quatre fronts était pratiquement voué à l’échec, alors même que le pays n’avait pu résister à la guerre que les puissances de l’Entente lui avaient livrée sur deux fronts pendant la Première mondiale.

    Pour contrecarrer le grand plan de guerre européen, il ne restait plus à l’Allemagne que la tentative audacieuse de mener plusieurs guerres préventives locales, où l’ennemi était mal préparé et devait être attaqué par surprise. L’Allemagne d

     

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  • Super, la photo. ca donne envie d’aller au ski.
    Mais comme disait Stendhal qui a fait la retraite de Russie à pied, "se nourrissant avec délice de morceaux de suif", et qui l’a faite dans un état de somnambulisme dû au froid et à la fatigue. "je n’en ai que très peu de souvenirs, si ce n’est d’être définitivement dégoûté des plaisirs de la neige".
    Evidemment ce courageux fantassin ne cherche pas à rejoindre La Plagne en télésiège, il doit traverser les grandes plaines, aller à Moscou avec ses potes, voir la Néva à Leningrad, le Bolchoï...c’est un autre programme, tout à fait différend.

     

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  • Les chevaliers teutoniques (face à Alexandre Nevsky) et leur descendant Hitler , tout comme Napoleon : victimes du GENERAL HIVER . A qui le tour ? Tous ces imbéciles auraient du attendre le réchauffement climatique...s’il arrive un jour !

     

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  • et bien même si cette théorie était vrai, cela démontre une fois encore le niveau 0 , en stratégie , d’Adolf et de son état major.
    savoir qu’une attaque est imminente, et courir à l’assaut , en comptant sur la chance, au lieu de préparer des positions solides , échelonnées en profondeur, en s’appuyant sur la Vistule et les Carpates, puis contre-attaquer une fois l’offensive ennemi enrayée , non honnêtement mieux vaut encore penser que c’était l’ultime drang nach oster du Reich , ca fait moins amateur...

     

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    • #2492080
      Le 27 juin à 08:36 par Jeanne ! Au couscous !
      Dossier spécial E&R – Hitler a-t-il sauvé l’Europe du stalinisme (...)

      Oui, tout à fait. Ils étaient stupides (et les traîtres, tellement intelligents...)

      Fenlabize... Celui qui changea l’Europe depuis son clavier...

       
    • Mon cher Jeannot, pendant que l’escroc lui montre l’est, l’imbécile se fait entuber par le sud...c’est l’histoire de l’Europe depuis 75 ans...

       
    • Ne pas profiter d’un tel avantage tactique face à l’URSS alors que l’Amérique se rapproche chaque jour de la guerre contre l’Allemagne ? T’es un génie toi.

       
    • hello bobo, j’intervenais dans le cadre de la théorie "red dawn" , heu en plus c’est Adolf qui a déclaré la guerre aux USA en décembre 41, non ? J’suis p’tet pas un génie, mais Adolf non plus...

       
    • C’était déjà un état de quasi guerre entre les deux pays. Les convois américains pour l’Angleterre étaient tantôt peuplés de civils comme bouclier humain, tantôt sous escortes militaires à partir de 1941. Un casse-tête pour la Kriegsmarine qui a vu son rendement chuté par rapport l’année dernière, l’Angleterre aisément ravitaillée (ainsi que l’URSS) par cette usine et banque géante. En déclarant la guerre aux États-unis, on désigne l’ennemi. Depuis le début c’est New-York/Washington qui tirait les ficelles, tantôt au autorisant quelques investissements et financements (issu du privé) pour relancer un important marché, tantôt en le sanctionnant car il ne reconnait plus ni le dollar ni l’or, tantôt en sabotant des pour-parlers de paix entre Allemands et Polonais, tantôt en garantissant l’enrichissement sur le dos d’Allemands aisément vaincu dans une nouvelle guerre, tantôt en menaçant ses alliés anglais s’ils ne se montraient pas plus belliciste envers l’Allemagne car seule la guerre garanti les profits, tantôt en finançant tous pays hostile à l’Axe (Chine, URSS, Angleterre, France,...) et boycottant les produits, tantôt en envoyant toujours plus de volontaires abreuvés de campagnes de propagandes h24 haineuse qui font passer la propagande du Reich pour des bisounours.
      Bien sûr que l’idée générale d’une guerre contre les USA est une folie. Mais elle était déjà là. Dans l’ombre. Et chaque jour l’administration Roosevelt se rapprochait d’obtenir une déclaration de guerre. En attendant, elle avait déjà voté les crédits de guerre au nom de la défense de son territoire et de devenir "l usine du monde libre" (incluant l’urss dans ce monde...).

       
    • #2492799
      Le 28 juin à 11:05 par Henry F. Voiturier Blanc
      Dossier spécial E&R – Hitler a-t-il sauvé l’Europe du stalinisme (...)

      heu en plus c’est Adolf qui a déclaré la guerre aux USA en décembre 41, non ?



      - Non

      Sauf si la logique et le bon sens doivent être selon vous, fondés sur de la mauvaise foi carabinée...

       
    • sacré henri , donc le discour de déclaration de guerre d’adolf est un montage ?...hum c’est cela oui….
      après pour ce cher bobo , c’est pas de la faute de l’Angleterre ,si ton adolf s’est lancé dans la guerre sans s’assurer d’un minimum de ravitaillement ,mais bon , encore une preuve du génie aryen je suppose….

       
    • Il aura comme même fallu l’alliance des plus grandes puissances européennes et américaines pour vaincre un pays deux fois plus petit que l’Espagne :^)
      C’est dire si la situation tournait à l’eau de boudin pour eux et que tes connaissances historiques sont quelques peu lacunaires. Si c’est cela le niveau zéro alors tu dois te trouver quelques part dans le spectre des entiers négatifs, la seule chose qui est sure c’est que plus ça va plus tu continues de t’enfoncer.

      Au passage il faut avoir un sacré melon pour oser se comparer à des personnages historiques, évites de de faire cela à l’avenir ce n’est guère flatteur pour eux.

       
    • sacré Johny , ben la coalition euro-américaine , c’est un peu adolf qui se l’est mise a dos tout seul comme un grand , personne l’a obligé à envahir la Russie , ni déclarer la guerre aux USA , bon après je trouve normal que tu sois un peu vexé , en effet ,s’apercevoir que depuis si longtemps , tu voues un culte à looser ,

       
    • #2493450
      Le 29 juin à 12:00 par Master Ben-Ville-sur-Shlomoun
      Dossier spécial E&R – Hitler a-t-il sauvé l’Europe du stalinisme (...)

      sacré Johny , ben la coalition euro-américaine , c’est un peu adolf qui se l’est mise a dos tout seul comme un grand , personne l’a obligé à envahir la Russie , ni déclarer la guerre aux USA , bon après je trouve normal que tu sois un peu vexé , en effet ,s’apercevoir que depuis si longtemps , tu voues un culte à looser ,



      Bayinnaung-Zorro est de retour dans son combat éperdu contre la Haine du Blanc :-)

       
    • #2493509
      Le 29 juin à 13:05 par No Pasaran alias Mort aux Blancs...
      Dossier spécial E&R – Hitler a-t-il sauvé l’Europe du stalinisme (...)

      Fenlabize, victime de la diarrhée jaune... (cette fameuse soupe cousinienne pour bobos métissés sans le sou...)

       

    • la coalition euro-américaine , c’est un peu adolf qui se l’est mise a dos tout seul comme un grand




      Merci de reconnaitre que le génie stratégique de Tonton a forcé ses ennemis à s’allier entre eux pour qu’ils puissent survivre.
      Tu vois quand tu veux tu arrives à facilement comprendre les choses :^)



      personne l’a obligé à envahir la Russie




      Justement c’est bien l’objet de l’article, t’expliquer pourquoi Tonton a été obligé d’envahir l’URSS :^)
      Comme quoi malgré tes affirmations tu n’as pas dû le lire et encore moins le comprendre...

      Sinon je ne suis pas étonné que tu n’arrives pas à faire la différence entre l’URSS et la Russie, vu ton niveau c’était malheureusement à prévoir :-/



      ni déclarer la guerre aux USA




      Une petite alliance avec le Japon peut être :-)

      Je te conseillerais de passer plus de temps à combler tes lacunes qu’à venir t’exciter sur les réseaux sociaux, ça te ferait plus de bien qu’autre chose...



      tu voues un culte à looser




      Un seul o à loser ;-)

      Fait quelques efforts quand même mon cher kiki, on se fend bien la gueule avec toi mais je t’en prie évite d’exposer tes lacunes comme ça en place publique sinon la blague va tourner court.

      Qui plus est je n’ai jamais dit te vouer un culte mon p’tit kiki, je veux bien que tu ais un petit égo à rabibocher mais là tu vas trop loin, tu ferais mieux de redescendre sur Terre avant que ton melon n’éclate et ne te fasse t’écraser sur la dure réalité de ta condition. Tu n’es en rien exceptionnel malgré ce que tu puisses t’imaginer, en tout cas pas assez pour te comparer avec les grands hommes de l’histoire récente :-)

       
    • @John Titor

      Je remarque que celui qui s’offusque et se démène à rabaisser l’autre par des positions condescendantes aussitôt que quelqu’un ose critiquer Hitler (ce qui n’est pas très difficile), c’est toi.

       
    • mdr, bon master et no passaran, faut arrêter la bavaria...manifestement ça vous réussit pas ,
      ah Johny, j’avoue que ta prose me rend perplexe , cette récurrence à qualifier l’autre d’ignare, cacherait elle un complexe d’infériorité ?.. Une scolarité chaotique ? un niveau scolaire en dessous de la moyenne ?
      Bref, si toi tu n’arrives pas à entendre les arguments des autres, que veux tu que j’y fasse,il n’empêche que , même si l’on considère que l’article de guyennot soit factuel, ben désolé , ton Adolf et son OKW , stratégiquement c’étaient des truffes...et pis c’est tout...

       
    • Mon pauvre Fenlagueule, si seulement affirmer une chose en y croyant très fort pouvait changer la réalité tu serais un homme très heureux, ça t’aurait sans doute permis de changer bien des choses dans ta vie. Malheureusement il va falloir se rendre à l’évidence la pensée magique n’existe pas, on l’apprend généralement en sortant de l’enfance mais visiblement chacun grandit à son rythme ;-)
      Sinon quand on raconte n’importe et qu’on se fait dire que l’on est un ignare par la plupart de ses interlocuteurs, c’est qu’il fait peut être songer à se remettre en cause au lieu de geindre comme une petite fille capricieuse, du moins lorsque l’on a suffisamment d’intelligence pour pouvoir le faire. Là encore ça n’a pas l’air donné à tout le monde :-/

       
  • Excellent dossier !
    Ça serait génial que KK publie ’La guerre occulte’’ de Poncins et Malynski, qui détail toute la période révolution de 1789 -> révolution bolchevique de 1917, en mettant en avant le rôle d’une certaine communauté. J’ai découvert ce livre en lisant les lettres celiniennes, où justement il l’évoque...
    Pour ceux passionnés d’histoire et de vérité c’est un ouvrage majeur !

     

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    • Dés le début de la révolution d’ octobre 1917 ,les Bolchos ont été attaqués et encerclés par les 7 grandes puissances capitalistes, en soutien aux armées tsaristes (guerre de 2 ans, cachée ici car considérée comme honteuse, les Russes étant nos alliés ,les morts français en Russie ne figurent donc SUR AUCUN MONUMENT AUX MORTS, : le film de Tavernier, tiré des mémoires du Capitaine Conan illustre bien ce drame). Le Crime des Bolchos qui a tant effrayé nos dirigeants : la nationalisation des banques, de la grande industrie ,instauration du service public ...j’ ai vu un des derniers clips de Florian Philippot /Parti des Patriotes : il demande exactement la même chose pour la France , seul moyen de sauver notre état-nation . ll rajoute à cette liste de nationalisations et sauvetage du secteur public la nationalisation des assurances . Alors, Philippot le Lénine Français ?

       
    • @Jean
      Parmi les crimes des judéo-bolchéviques (je préfère ce terme car plus en accord avec la réalité) :
      - l’envoi des "moujiks" au goulag pas assez "convaincus" par la bonté du régime et, comme une bonne partie de la paysannerie, trop "réactionnaire" (ce qui explique, en partie, les famines récurrentes au début du régime),
      - la destruction de l’orthodoxie et de ses symboles ("la religion est l’opium du peuple" mais pas le marxisme-léninisme, hein !),
      - les "russes rouges" ont été beaucoup plus soutenus par Wall-Street que les "russes blancs" par les "démocraties occidentales"...
      Et j’en passe !
      Ceux qui font semblant d’ignorer la forte connotation communautaire de la révolution de 1917 (qui n’est que la continuation de celle de 1905 et des "révolutions européennes" de 1948 et de 1871) ont forcément un élément du puzzle qui manque à la compréhension relative du XXe siècle (le fameux "siècle juif" comme le disent certains juifs eux-mêmes)...
      En conclusion : il ne faut pas confondre le communisme (qui n’a rien d’anti-national en soi) et le marxisme-léninisme dont le stalinisme est la suite logique bien que l’on cherche toujours à les opposer...
      Ce fameux Staline qui a tout fait pour détruire le sentiment patriotique... et qui a appelé à la "guerre patriotique pour la défense de la mère-patrie" après les déroutes de l’armée rouge suite à l’opération Barbarossa...
      Bon, allez, ce coup-ci j’arrête !

       
  • Dans son discours secret au Comité central du Parti communiste du
    27 août 1939, la position de Staline est claire. En voici quelques extraits :
    Si nous acceptons la proposition de l’Allemagne sur l’accord d’un
    pacte de non-agression, elle va naturellement attaquer la Pologne, et
    l’entrée de la France et de l’Angleterre dans cette guerre sera
    inévitable. L’Europe occidentale sera dominée par de graves troubles
    et désordres. Dans ces circonstances, nous aurons une excellente
    occasion de rester en dehors du conflit, et nous pouvons espérer une
    entrée favorable dans la guerre... Dans le cas d’une défaite de
    l’Allemagne, la soviétisation de celle-ci suivra inévitablement ainsi que
    la création d’un gouvernement communiste... Ainsi, notre tâche

    consiste à ce que lřAllemagne mène une longue guerre, avec pour
    objectif que l’Angleterre et la France soient si fatiguées et affaiblies
    qu’elles ne seront plus en position de menacer une Allemagne
    soviétisée. Alors que nous maintenons une position neutre et
    attendons notre heure, l’URSS aidera l’Allemagne actuelle, en ce que
    nous lui fournirons des matières premières et de la nourriture... La
    priorité dans ce cas est que nous devons accepter de conclure le pacte
    proposé par l’Allemagne et continuer à prolonger au maximum la
    guerre d’envergure qui éclatera un jour

     

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  • Je ne sais pas si mon commentaire passera mais sait-on jamais...
    Plus j’en apprend sur Hitler et les vraies enjeux derrière la seconde guerre mondiale et plus je me dit qu’on a choisi le mauvais côté à la guerre, car l’anti communisme d’Hitler venait principalement du coup d’état manqué de 1918 qui avait vu les horreurs du Bolchevisme en Russie et savait qu’elle communauté était à l’œuvre derrière se massacre.

    Je peux le dire clairement que cet homme n’était pas un monstre, c’était un grand homme qui avait l’amour de son pays, de son peuple et du continent chevillé au corps. Grand mal en à pris aux européen de suivre Churchill le gros lard ivrogne dans sa croisade contre l’Allemagne pour le compte de la juiverie organisée. Nous en payons tous le prix aujourd’hui avec la décrépitude civilisationnel qui frappe l’Europe. Toutes ses revendications raciales devraient faire prendre conscience aux occidentaux qu’au moins quelque chose de positif en ressort : Au moins on ne parle pas allemand ! Ah les imbéciles ! Ils se sont battus pour que leurs fils puissent avoir le droit de mettre une jupe, parler allemand n’aurait eu aucun effet néfaste sur leur santé contrairement à la thérapie hormonale.

     

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    • #2500145

      Plus j’en apprend sur Hitler et les vraies enjeux derrière la seconde guerre mondiale et plus je me dit qu’on a choisi le mauvais côté à la guerre,




      C’est exactement ce que disait, un peu trop publiquement, le général Patton, avant de finir bêtement dans un accident de voiture.

       
    • Tout a fait.

      Laurent, que pensez-vous du Général De Gaulle et de son rôle dans la 2ème guerre mondiale ? Est-ce que vous pensez qu’il a sauvé l’honneur de la France, sachant ce que l’on sait maintenant ?Il semble que DeGaulle était indépendant, pas un agent comme Churchill ou Roosevelt, ou je me trompe ?

      et celui du Maréchal Pétain ?

       
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