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Décryptage de la politique de Donald Trump – De Washington à Jérusalem

La politique de Donald Trump demeure illisible pour l’écrasante majorité des commentateurs. Elle leur apparaît erratique, incohérente et semblable à une démarche d’ivrogne. La reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’État hébreu est certainement la décision la plus incompréhensible qu’ait prise Trump depuis son investiture… Je me propose ici de vous livrer un décryptage méthodique de la politique du président américain.

 

L’impérialisme de l’État profond en opposition à l’isolationnisme de Trump

 

Les stratèges de l’impérialisme américain comme Henry Kissinger, Samuel Huntington (1927-2008) ou Zbigniew Brzezinski (1928-2017), qui ne sont pas nécessairement des bellicistes névrotiques, perçoivent depuis plus de vingt ans que l’Amérique n’est plus l’hyperpuissance qu’elle fut, et ce, paradoxalement, après que l’Union soviétique a disparu.

Si l’on se penche sur les écrits du plus éminent de ces stratèges de l’impérialisme américain, Zbigniew Brzezinski, il apparaît clairement – dans son livre Le grand échiquier (1997) – qu’il était effectivement conscient de cet état de fait ; mais il avait conçu une nouvelle stratégie pour maintenir la prééminence mondiale des États-Unis malgré la relative faiblesse de son système impérial.
Brzezinski proposait, pour contrôler l’Eurasie et par suite le monde, à la fois de maintenir un certain nombre de pays dans un état de vassalité et d’empêcher l’émergence en Eurasie d’un rival potentiel de l’Amérique. Ainsi il explique que :

« Pour les États-Unis, la définition d’une orientation géostratégique pour l’Eurasie exige d’abord de la clarté dans la méthode : il est nécessaire de mettre sur pied des politiques résolues à l’égard des États dotés d’une position géostratégique dynamique et de traiter avec précaution les États catalyseurs. Sur le fond, cette approche n’a de sens qu’autant qu’elle sert les intérêts de l’Amérique, c’est-à-dire, à court terme, le maintien de son statut de superpuissance planétaire et, à long terme, l’évolution vers une coopération mondiale institutionnalisée. Dans la terminologie abrupte des empires du passé, les trois grands impératifs géostratégiques se résumeraient ainsi : éviter les collusions entre vassaux et les maintenir dans l’état de dépendance que justifie leur sécurité ; cultiver la docilité des sujets protégés ; empêcher les barbares de former des alliances offensives. »

On l’a vu ces dernières années, cette stratégie consistant à prévenir l’émergence d’une puissance eurasiatique – en l’occurrence la Russie – et à neutraliser les vassaux en empêchant leur alliance, a échoué (si l’on exclut l’Europe et les pays à l’ouest de la Russie, mais pas ceux de la Chine que l’Empire du milieu a rattachés à sa sphère d’influence).

En effet, on a assisté, parallèlement à la réémergence de la Russie, à l’agrégation successive autour de celle-ci et de ses alliés, d’un certain nombre de pays (à des degrés divers) : les BRICS réunissant la Russie, le Brésil, l’Inde, la Chine, l’Afrique du Sud et l’Indonésie, constituent, dans le cadre d’une coopération économique, une alternative à l’ordre économico-financier des États-Unis via notamment ses relais que sont les institutions internationales (FMI, Banque Mondiale, OMC, Union européenne…).

Et sur le plan purement géopolitique, depuis 2016, le Maroc (allié et vassal des États-Unis) s’est tourné vers la Russie (et la Chine), le gros pion otanesque turc a été habilement retourné et ramené (peut-être temporairement compte tenu de l’instabilité d’Erdoğan) dans le giron russe et le Président des Philippines, Rodrigo Duterte, a officialisé sa rupture avec les États-Unis tout en annonçant son rapprochement d’avec la Chine (et la Russie), auxquels s’ajoutent les alliés traditionnels de la Russie.

Par ailleurs, la stratégie proposée par Brzezinski en 1997 consistant à séparer la Russie de l’Ukraine a non seulement été un échec, mais la tentative s’est conclue par la récupération, par les Russes, de la Crimée.

Les stratégies subtiles, dont celle de Brezinski, ayant échoué, le parti de la guerre américain se montre de plus en plus agressif, à mesure que la Russie et la Chine montent en puissance et avancent leurs pions sur l’échiquier mondial.
Cette fébrilité palpable s’est ressentie tout particulièrement un mois avant l’élection de Donald Trump, dans le discours du chef d’état-major de l’Armée américaine, le Général Mark Milley, qui lors d’un discours public donné lors de la réunion annuelle de l’Association of the United States Army à Washington D.C., le 4 octobre 2016, a menacé directement la Russie, la Chine et leurs alliés :

« La volonté stratégique de notre nation, les États-Unis, est remise en cause et nos alliances testées comme elles ne l’ont pas été depuis de très nombreuses décennies. Mais je veux être clair ; je veux être sans ambiguïté. Je veux être clair avec ceux qui tentent de s’opposer aux États-Unis… nous allons vous stopper et nous allons vous battre plus durement que vous ne l’avez jamais été auparavant… nous détruirons n’importe quel ennemi, n’importe où, n’importe quand… Je mets en garde les ennemis de l’Amérique…
Nous sommes de plus en plus contestés par des adversaires potentiels très compétents qui agissent clairement en s’opposant à nos intérêts. Mais si la dissuasion échoue, nous, en tant qu’armée, nous, en tant que nation, devons être prêts à nous battre ! D’autres pays, Russie, Iran, Chine et Corée du Nord ont appris de nous… Ils ont étudié notre doctrine, nos tactiques, nos équipements, notre organisation, notre entraînement et nos dirigeants. Et en retour ils ont révisé leurs propres doctrines et ils modernisent rapidement leurs armées aujourd’hui pour déjouer nos forces, dans l’espoir d’arriver à nous vaincre un jour…
À ce stade nous pouvons développer quelques points que nous avons appris au cours de l’étude que nous avons menée intensément cette année sur la guerre future de haute intensité entre des États-nations de grande puissance. Et le premier est sans surprise qu’elle sera hautement mortelle, très hautement mortelle, contrairement à tout ce que notre armée a connu au moins depuis la Seconde Guerre mondiale… »

Désormais privé de son soft power, l’Empire américain n’a d’autre argument que la menace d’une guerre mondiale nucléaire pour dissuader les grandes puissances qui s’opposent à lui.

Prolongeant cette tendance, récemment, les Démocrates ont voté au Sénat avec les Républicains une loi pour augmenter en 2018 le budget du Pentagone à 700 milliards de dollars, 60 milliards de plus que ce qu’avait demandé Trump. Si on ajoute les 186 milliards annuels pour les militaires retraités et autres postes, la dépense militaire totale des États-Unis atteint environ 1 000 milliards de dollars, comme le rapporte le géopolitologue Manlio Dinucci.

Le vote à l’unanimité du Comité des services armés (formé de 14 sénateurs républicains et 13 démocrates) a été décisif. Le Comité affirme clairement que cette augmentation du budget militaire est dirigée contre la Russie :

« Les États-Unis doivent renforcer la dissuasion face à l’agression russe : la Russie continue à occuper la Crimée, à déstabiliser l’Ukraine, à menacer nos alliés de l’Otan, à violer le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire de 1987, et à soutenir le régime d’Assad en Syrie… La Russie mène une attaque sans précédent contre nos intérêts et valeurs fondamentales, à travers une campagne visant à miner la démocratie américaine ».

Au sommet de l’Administration, ce parti de l’impérialisme guerrier, mène une lutte à mort contre ceux qui veulent réduire les tensions internationales, notamment avec la Russie, comme tente de le faire le Président lui-même, et qui en fait les frais.

 

La politique de Trump et le sabotage de l’État profond

 

Cette politique impériale anti-russe se fait contre la volonté de Donald Trump ; d’où l’incohérence entre les discours du Président et les mesures prises par l’État profond (en semi-immersion).

Dès le début de son mandat, il a décidé, en accord avec la Russie, d’éradiquer les groupes terroristes au Proche-Orient, y compris Daech ; mais nous avons les preuves que l’État profond américain a continué à les soutenir, au moins jusqu’à la fin août 2017 – notamment par des approvisionnements.
Ce qui signifie clairement que le président américain ne tient pas toutes les manettes du pouvoir : ce que j’expliquais au lendemain de l’élection de Donald Trump (dans un article du 14 novembre 2016).

Dès le lendemain de son investiture, les manœuvres contre le Président et sa politique de détente avec la Russie ont commencé. Notamment avec l’évincement d’un de ses principaux piliers, Michael Flynn, soupçonné de collusion avec les Russes. D’ailleurs, une commission parlementaire a été montée dans la foulée en vue de destituer Donald Trump usant du même prétexte – si ce dernier continuait de rechigner à appliquer la politique néo-conservatrice.

La stratégie de Trump, dès le début de son mandat, fut alors de donner quelques gages, par un bombardement théâtral d’un hangar vide en Syrie, puis avec des vociférations tout aussi théâtrales en direction de la Corée du Nord et de son président Kim Jung-un. Parallèlement à cela, Trump a peut-être réussi à réduire le soutien aux terroristes par l’armée américaine en Syrie et en Irak ; soutien réduit de facto par la victoire russo-syrienne sur le terrain. Ce qui coupait l’herbe sous le pied des Américains et réduisait à néant leur marge de manœuvre.

Le 11 novembre 2017, en marge de la conférence des pays membre de l’APEC à Da Nang (Viêt Nam), le président russe Vladimir Poutine et le président américain Donald Trump ont réaffirmé leur volonté commune d’anéantir Daech, mais plus encore, Trump est d’accord sur le fait que le conflit en Syrie n’a pas de solution militaire et a soutenu la volonté du président syrien Bachar al-Assad de suivre le processus de Genève : mener une réforme constitutionnelle et organiser des élections conformément à la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies.

 

La guerre de l’État profond contre Trump

 

Mais le président américain exerce le pouvoir avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête.

Pas plus tard que ce mois-ci, et pour la troisième fois cette année, un élu démocrate de la Chambre des représentants des États-Unis, un certain Steve Cohen, a présenté une résolution de destitution du président Donald Trump, accusé notamment d’entrave à l’enquête sur l’ingérence russe dans la campagne de 2016. Mais la Chambre étant contrôlée par la majorité républicaine du président américain, la résolution n’est pour le moment pas adoptée. De plus, les chefs démocrates et la plupart des membres de l’opposition se tiennent à l’écart de ce mouvement, pour l’instant… Mais le couperet pourrait tomber.

Les ennemis de Trump sont d’ailleurs montés d’un cran, avec une attaque des plus sournoises, utilisant son ancien conseiller Michael Flynn.
Pour rappel, c’est Michael Flynn, le conseiller à la sécurité nationale du président, qui a fait le premier les frais de la campagne anti-Trump.
Il avait perdu son poste le 14 février 2017, après la parution d’informations sur sa rencontre avec l’ambassadeur russe Sergueï Kisliak qui a eu lieu avant l’investiture de Donald Trump. Michael Flynn aurait appelé Moscou à ne pas réagir trop vivement aux sanctions introduites par le Président Barack Obama. Les deux parties – américaine et russe – pouvant remédier à cette situation après l’investiture de Donald Trump, a déclaré M. Flynn lors de cette rencontre, selon le Washington Post.

Michael Flynn a, dans un premier temps, nié que les sanctions avaient été abordées durant l’entretien, puis a concédé ne plus se souvenir si le thème avait été abordé ou non.

Victime de pression et de menaces de l’État profond, M. Flynn a, le vendredi 1er décembre 2017, au palais fédéral de justice à Washington, avoué avoir menti aux agents du FBI sur ses contacts avec l’ambassadeur russe. Il a en outre admis coopérer avec le procureur spécial Robert Mueller, qui enquête sur la prétendue ingérence russe dans les élections aux États-Unis en 2016.

Ce revirement de Michael Flynn fait suite aux pressions exercées contre lui. On fait peser sur lui une accusation extrêmement grave : celle de complot pour kidnapper l’opposant turc, Fethullah Gulen, sur le sol américain pour le livrer à la Turquie d’Erdoğan en échange de 15 millions de dollars. Un acte de « federal felony » qui pourrait lui coûter 20 ans d’emprisonnement.

Le procureur Robert Mueller aurait suffisamment de « preuves » pour envoyer Flynn en prison pour 30 ans, affirme le Washington Post. Ce qui s’avère être une menace très utile pour faire de Flynn une arme contre le Président Trump. En échange de sa collaboration contre Donald Trump, Flynn se verrait accusé simplement pour une fausse déclaration, passible de 6 mois de prison, toujours selon le Washington Post.

M. Flynn ne peut s’en sortir qu’en déclarant, comme il l’a fait, qu’il avait mené les négociations avec les Russes sous les ordres de Donald Trump.

En conséquence, la Maison-Blanche a renié Michael Flynn ; Ty Cobb, l’avocat de la Maison-Blanche, a décrit Flynn comme un « ancien membre officiel de l’administration Obama qui n’a fait partie de l’administration Trump que pendant 25 jours ».

Nous assistons à une partie d’échec de longue haleine où les pions autour du roi, en l’occurrence Trump, tombent les uns après les autres. Autant dire que le président (précaire) des États-Unis est en sursis.

 

Jérusalem capitale d’Israël, pourquoi maintenant ?

 

La décision prise par Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale de l’État d’Israël a de quoi surprendre ; d’autant plus que ses prédécesseurs les plus sionistes n’ont pas osé passer le pas, eu égard aux conséquences dramatiques qu’elle pourrait entraîner. En effet, si Georges W. Bush et Barack Obama, durant leur campagne présidentielle respective, ont déclaré (comme Donald Trump après eux) devant l’AIPAC (le lobby pro-israélien aux États-Unis) qu’ils reconnaîtraient Jérusalem dans son entièreté comme étant la capitale d’Israël, une fois en fonction ils n’ont pas pris le risque d’officialiser leur prise de position électorale.

D’ailleurs, nous voyons d’ores et déjà les remous que provoque dans le monde arabe l’annonce de Donald Trump. La réaction la plus virulente est sans étonnement celle du chef du Hamas, Ismail Haniyeh, qui a appelé à un nouvelle Intifada :

« Nous devons appeler et travailler à lancer une intifada à la face de l’ennemi sioniste », et d’ajouter « La seule voie à emprunter devant la politique sioniste, laquelle s’appuie sur les États-Unis, est de faire éclater une nouvelle intifada contre l’occupation et résister à cette occupation », a-t-il déclaré dans un discours prononcé à Gaza.

C’est exactement ce qu’espère Netanyahou et son gouvernement messianique, qui désespèrent depuis que les terroristes ont perdu la guerre contre la Syrie et le Hezbollah. Quoi de mieux qu’une bonne provocation comme celle de Trump – de toute évidence sous pilotage du lobby pro-israélien (mais j’y reviendrai plus bas) – pour relancer les hostilités avec le Hamas, et éventuellement le Hezbollah, en vue d’une nouvelle expansion territoriale ?

En réponse aux déclarations du chef du Hamas, l’armée israélienne a opportunément décidé de renforcer sa présence dans les Territoires palestiniens occupés.

La stratégie de la provocation est de longue date celle adoptée par l’entité sioniste… Souvenons-nous que la seconde Intifada a été délibérément provoquée par une « visite » aussi intempestive que provocatrice sur l’Esplanade des mosquées (le Mont du Temple) d’Ariel Sharon le 28 septembre 2000.

Rappelons aussi que Benjamin Netanyahou, le Premier ministre actuel de l’État hébreu, est un « messianiste actif » (le messianisme actif est l’idée qu’on peut hâter la venue du Messie par des actions politiques et guerrières), pour qui tous les moyens sont bons pour hâter la venue du Messie des juifs.

Preuve en est, un entretien filmé entre Benjamin Netanyahou et le grand rabbin Menahem Mendel Schneerson (1902-1994), un des maîtres spirituels du Judaïsme à l’échelle mondiale, le 18 novembre 1990. L’échange qu’ils ont eu témoigne de la nature messianique et religieuse du projet que le gouvernement israélien tente d’accomplir coûte que coûte :

Menahem Mendel Schneerson :

« Je ne t’ai pas vu depuis longtemps. Bénédiction et succès. Double portion de bénédiction. »

Netanyahou :

« Je suis venu demander votre bénédiction et votre aide. »

Menahem Mendel Schneerson :

« Dans tous les domaines ? »

Netanyahou :

« Dans tous les domaines – personnel et politique. »

Menahem Mendel Schneerson :

« Depuis notre dernière rencontre beaucoup de choses ont progressé. Ce qui n’a pas changé, toutefois, c’est que le Messie n’est pas encore venu ; alors faites quelque chose pour hâter sa venue ».

Netanyahou :

« Nous faisons, nous faisons... »

Menahem Mendel Schneerson :

« Apparemment ce n’est pas suffisant, alors que plusieurs heures sont déjà passées aujourd’hui et il n’est toujours pas là. Mais il reste encore quelques heures avant la fin de la journée (« journée » signifie « courte séquence historique », dans le sens où l’arrivée du Messie est imminente), alors essayez encore aujourd’hui. »

Netanyahou :

« Oui »...

Benjamin Netanyahou fut naturellement transporté de joie d’entendre la déclaration de reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël ; c’est un « jour historique » a-t-il dit. Dès le lendemain il affirma que d’autres pays s’apprêteraient à installer leurs ambassades dans la Ville sainte. Les États-Unis ont alors demandé aux officiels israéliens de tempérer leur réponse à la reconnaissance de Jérusalem comme capitale par Trump, car Washington s’attend à des retours de flammes potentiels contre les sites étasuniens et ses ressortissants.

Autre élément de preuve que cette décision fut motivée, ou du moins encouragée par les lobbyistes pro-israéliens, les félicitations qu’a reçues Donald Trump d’Elliott Abrams.

Ce Monsieur Abrams fait partie du noyau dur des néoconservateurs juifs américains, occupant des postes importants dans les institutions les plus influentes aux États-Unis. Elliott Abrams est membre du Centre d’études moyen-orientale du puissant think tank CFR (Council on Foreign Relations), membre du Comité pour la Paix et la Sécurité dans le Golfe, mais aussi membre du Project for the New American Century (Projet pour un nouveau centenaire américain), sans oublier le U.S Holocaust Memorial Council.

Elliott Abrams, alors nommé aux Affaire proches-orientales au sein du National Security Council en 2000, écrivit dans un livre publié en 1997 :

« Il ne fait aucun doute que les juifs, fidèles à l’alliance qui unit Dieu à Abraham, doivent se tenir à l’écart de la nation dans laquelle ils vivent. C’est la nature même des Juifs que d’être à l’écart – à part en Israël – du reste de la population »

Les deux politologues américains Stephen Walt et John Maersheimer, se sont étonnés de tels propos, les commentant ainsi :

« Propos remarquables de la part d’un homme qui occupe un poste stratégique en relation avec la politique relative au Proche-Orient au sein de l’administration américaine. »

Elliott Abrams, ce « grand patriote américain », a réagi sans attendre à la déclaration officielle de Donald Trump ; il le félicita dans le journal israélien Haaretz, le 7 décembre 2017, écrivant ainsi :

« Trump n’est pas en train de détruire ses propres efforts de paix mais les fonde dans la réalité : Jérusalem est la capital d’Israël. Et il réagit aux menaces de violences venant de la part des Arabes et des Palestiniens avec le mépris qu’ils méritent. »

On a là encore, pour la énième fois, un exemple de l’activisme des juifs sionistes qui, chaque fois qu’ils le peuvent, font allumer par un dirigeant goy – là en l’occurrence un goy américain – un feu pour la guerre, à leur profit, et au détriment des deux autres parties.

 

Une histoire qui se répète

 

Le même schéma se redessine depuis un siècle… Depuis plus de cent ans, les présidents américains se sont fait élire en partie grâce à des promesses isolationnistes : ne pas se mêler des affaires européennes et en particulier ne pas prendre part aux guerres des nations d’Europe.

En 1916, Woodrow Wilson se fait réélire à la présidence des États-Unis avec la promesse qu’il n’entraînerait pas le pays dans la Première Guerre mondiale. Mais en 1917 la promesse est rompue ; sous l’influence du président de la Cour suprême (nommé en 1917), le juif frankiste Louis D. Brandeis, et du rabbin Stephen Wise, le président Wilson décide de l’entrée en guerre et du soutien à la Déclaration Balfour.

L’histoire s’est répétée durant la Seconde Guerre mondiale. Alors que Franklin Delano Roosevelt s’était fait réélire en promettant de se tenir à l’écart des questions européennes. Le 11 septembre 1941 les États-Unis commencent à frapper des navires de l’Axe Rome-Berlin-Tokyo, avant que le Japon ne réponde par l’attaque de Pearl Harbor (le 7 décembre 1941), donnant ainsi le prétexte attendu et provoqué par les États-Unis, pour entrer en guerre. Guerre mondiale qui a été suivie de la reconnaissance de l’État d’Israël (1948) et d’un flot continu de milliards de dollars versés par les États-Unis.

Georges W. Bush, lui aussi, s’est fait élire en 2000 avec un programme isolationniste. D’ailleurs, aucun élément ne prouve qu’avant le 11 septembre 2001 Bush et le vice-président Dick Cheney avaient l’intention formelle d’envahir l’Irak. Ils étaient, de même que la conseillère à la Sécurité nationale, Condolezza Rice, contre les projets de nations-building, consistant à intervenir au Proche-Orient pour le remodeler.

Dans l’année 2000, Condolezza Rice, qui était par ailleurs la principale conseillère du président Bush, écrivait un article dans Foreign Affairs où elle expliquait que les États-Unis pouvaient parfaitement vivre avec un Irak doté de l’arme nucléaire, elle s’explique en ajoutant que la puissance militaire conventionnelle de Saddam avait été sévèrement affaiblie et qu’il fallait éviter de se laisser aller à la panique au sujet du régime irakien.

Bush lui-même a affirmé au journaliste Bob Woodward qu’avant le 11 Septembre il n’avait pas l’intention d’attaquer l’Irak. De son côté, Dick Cheney a, durant toute la décennie 1990, répété qu’une conquête de l’Irak serait une erreur stratégique.

Suite à sa première élection, Barack Obama a laissé croire (et peut-être y croyait-il lui-même) dans son discours du Caire le 9 juin 2009 qu’il y aurait « un Nouveau départ » (A New Beginning) dans les rapports entre les États-Unis et le monde musulman, qu’il entendait améliorer. Il avait d’ailleurs tenu des propos en faveur de la Palestine sur lesquels il a dû revenir. On l’a constaté, sa politique vis-à-vis du monde musulman s’est située, sous la pression des lobbies et de l’État profond, dans la continuité de celle de l’administration Bush – à la différence près qu’il a usé plus de l’arme terroriste que des bombardements.

 

Donald Trump pris au piège ?

 

Le géopolitologue André Archimbaud propose une analyse qui complète la mienne à propos de cette guerre au sommet de l’État américain :

« Les républicains sont l’ennemi réel de Trump, pas les démocrates. Ceux sont eux qui, appuyés par les espions, la police et les médias, ont nourri les démocrates de la thèse de la trahison russe du candidat puis président Trump. Une thèse dont la culmination vise son impeachment (procédure juridique de destitution) ou sa révocation pour incapacité psychologique ou, mieux encore, une inculpation sur mesure.
Le plan de la tribu McCain/Bush/Romney/Kristol/Kagan est simple : une fois la (très importante) réforme fiscale passée, et son texte signé par le président, les républicains n’auront plus besoin de lui. La machine Mueller mettra le turbo, Trump sera forcé à la démission ou se fera encabaner, bref, le « coup d’État légal » lancé par l’ancien patron du FBI (James Comey) aura accompli son objectif : permettre la conquête définitive de tout l’hémisphère nord par l’État profond américain… »

Il est bien possible que Trump ait accepté de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël pour évacuer la pression et desserrer l’étau…

 

Le lobby chrétien sioniste derrière la décision de reconnaître Jérusalem capitale d’Israël ?

 

La décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale de l’État hébreu ayant fait grand bruit dans le monde occidental et provoqué beaucoup d’émoi en Orient, il fallait, une fois de plus, trouver un bouc-émissaire pour porter, à la place des juifs sionistes, la responsabilité des conséquences à venir. Et ce sont les chrétiens sionistes qui ont endossé le rôle de fauteurs de troubles au Proche-Orient.

Les grands médias ont abreuvé les masses de la théorie selon laquelle le lobby chrétien sioniste serait derrière la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par le président des États-Unis… Il est remarquable d’observer que lorsqu’il s’agit de mettre en accusation des organisations autres que juives, les théories du complot sont autorisées et trouvent leurs relais dans des médias et journaux centraux ; comme L’Express (propriété du milliardaire franco-israélien Patrick Drahi), où l’on peut lire, dans un article titré Jérusalem : qui sont les ‘‘chrétiens sionistes’’ derrière la décision de Trump :

« L’engouement de la droite religieuse américaine pour Israël remonte aux années Reagan et à l’émergence de prédicateurs influents tels Jerry Falwell, qui ont profondément modifié le parti républicain. C’est à leur initiative qu’a été voté en 1995 le Jerusalem Embassy Act, la loi qui prévoit le déplacement de l’ambassade américaine de Tel Aviv vers la ville sainte. ‘‘Le texte a été adopté à une large majorité sous la présidence de Bill Clinton, alors que le Congrès a été dominé par les républicains’’, rappelle à l’Express l’universitaire Lauric Henneton… Depuis lors, tous les présidents signaient une dérogation pour reporter son application, tous les six mois, afin d’éviter des troubles. Donald Trump lui-même l’a fait à deux reprises depuis le début de son mandat. »

Pour ses bons et loyaux services, l’influent prédicateur protestant susmentionné, Jerry Falwell, a reçu en cadeau de la part du gouvernement israélien – et non du lobby chrétien – un jet privé.

J’expliquais plus haut que Donald Trump cherchait surtout à complaire au lobby juif sioniste auquel il avait promis, durant sa campagne, de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël ; et qu’il fallait surtout mettre en relation cette décision soudaine, avec la précarité de sa situation et la menace de destitution qui pèse sur lui. Or, nous dit Lauric Henneton, le geste de Trump viserait sa base électorale chrétienne conservatrice, pour préparer sa prochaine élection.

Mais il paraît tout de même surprenant que Donald Trump cherche à conforter un électorat, quel qu’il soit, trois ans avant la future élection présidentielle. De plus, la base électorale de Donald Trump, qui lui a fait gagner la précédente élection, est la classe ouvrière blanche et la classe moyenne ; électorat qui a été sensible à son discours de protectionnisme économique. La majorité des électeurs de Trump, ceux-là qui lui ont permis d’entrer à la Maison-Blanche, se fichent éperdument de la capitale de l’État juif.

En dehors de cet électorat chrétien protestant sioniste dont je ne nie pas l’existence ni l’importance (en terme démographique), on ne voit pas où est leur « très actif lobby » qui fait pression sur Donald Trump… Il existe bien des lobbies évangélistes sionistes (depuis 1967) qui agissent essentiellement au sein du parti républicain, comme le National Christian Leadership Conference for Israel (fondée en 1967), l’Ambassade chrétienne internationale à Jérusalem (fondée en 1980), le Christian Zionist Congress (fondé en 1996), Voices United for Israel (organisation judéo-évangélique) ou encore le Christian’s Israel Public Action Campaign (CIPAC).

La motivation religieuse de ce mouvement chrétien sioniste est bien illustrée par la militante évangéliste pro-israélienne Laurie Cardoza-Moore, qui a salué la décision de Trump dans le journal israélien Haaretz :

« Le président Donald Trump est en train de mettre en place une des initiatives historiques à dimension biblique de sa présidence avec l’installation de l’Ambassade à Jérusalem. Comme beaucoup de juifs en Israël et à travers le monde, les chrétiens reconnaissent la connexion des juifs avec la Bible à travers l’établissement, par le Roi David, de Jérusalem comme capitale de l’ancien Israël et l’endroit des premier et second Temple. Conformément aux prophètes, Ezéchiel, Isaïe et l’apôtre Jean du Nouveau Testament, tous les Israéliens attendent la reconstruction du troisième Temple. »

Revenons-en aux lobbies qui font pression sur Trump… Aucune trace de l’action des évangélistes sionistes ; par contre il y a l’influence, celle-ci bien réelle, d’un des principaux donateurs du parti républicain et de la campagne de Donald Trump (en 2016, il a versé 80 millions de dollars au parti, et 25 millions pour la campagne de Trump), le roi des casinos Sheldon Adelson, qui est très proche de Benjamin Netanyahou. Sheldon Adelson avait manifesté son mécontentement au printemps dernier à l’annonce d’un report de la décision de Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël.

Mais ce que l’on ne nous dit pas, c’est que ce Monsieur Adelson – qui est un des hommes les plus riches des États-Unis – n’est pas un chrétien mais un juif d’origine ukrainienne.

Au-delà du nuage de fumée médiatique, lorsque l’on cherche sérieusement la cause première de cette décision de Trump, et que l’on suit la piste de l’argent, l’on découvre qu’elle remonte, non pas au lobby chrétien, mais à un milliardaire juif sioniste proche du messianiste d’extrême droite Benjamin Netanyahou.

 

Le messianisme judéo-protestant

 

Contrairement à ce que laisse entendre Lauric Henneton, la passion des protestants millénaristes pour le destin du peuple d’Israël ne remonte pas aux années 1980, mais au XVIIe siècle, comme le démontrent mes recherches rapportées dans mon livre Occident et Islam – Sources et genèse messianiques du sionisme (2015, éd. Sigest).

Au cours du XVIIe siècle, le rabbin kabbaliste et chef de la communauté juive d’Amsterdam, Menasseh ben Israël (1604-1657), créa la première presse juive (Emeth Meerets Titsma’h) à Amsterdam, en 1626. Avec son imprimerie, il édite des textes en latin, en hébreu, en portugais et en espagnol sur le judaïsme. Son but premier était de s’adresser aux chrétiens européens afin de les amener à adopter les vues messianiques juives ; une mission qu’il mena à bien, d’autant plus que la kabbale chrétienne qui s’implanta au nord de l’Europe (les centres étaient en Allemagne et en Angleterre) dès le début du XVIIe siècle, prépara le terrain.

Très vite, Menasseh ben Israël entretint de bons rapports avec les chrétiens protestants qui, pour une partie d’entre eux, à savoir les millénaristes, croyaient imminente la fin des temps et le retour du Christ. Parmi ces millénaristes mystiques chrétiens se trouvent Paul Felgenhauer et Johannes Mochinger de Dantzig, lequel écrivit à Menasseh :

« Sache que j’approuve et respecte vos doctrines religieuses et que je forme le souhait, avec certains de mes coreligionnaires, qu’Israël soit enfin éclairé de la vraie lumière et retrouve son ancienne gloire et son ancien salut ».

Un autre protestant mystique, Abraham de Frankengerg, lui écrit également :

« La vraie lumière émanera des Juifs ; leur temps est proche. Chaque jour on apprendra en différentes régions les miracles opérés en leur faveur. ».

Parallèlement, en 1641, débute la Première Révolution anglaise, menée par le protestant puritain Oliver Cromwell (1599-1658). Et c’est Cromwell qui autorisa les juifs, expulsés d’Angleterre en 1290, à revenir sur l’île, à la demande de Menasseh ben Israël (les deux hommes se sont rencontrés en 1655 à Londres), dans une lettre qu’il lui a envoyée, usant d’arguments religieux mais également d’ordre économique.

Le millénarisme protestant et le messianisme ont, depuis cette époque, avancé de pair, notamment en faveur du projet sioniste, les protestants étant les outils du judaïsme sioniste. Par exemple, en 1980, pour préparer l’avènement du Christ-Roi, d’influents intérêts protestants américains ont fondé une ambassade, des Évangélistes ont fondé l’ambassade chrétienne internationale à Jérusalem. Cette « ambassade » s’attache, depuis, à exercer une action de lobbying en direction du Département d’État en faveur des intérêts d’Israël… Il s’agit là d’un christianisme fallacieux au service du judaïsme, occultant totalement l’opposition violente et radicale de Jésus envers les tenants du judaïsme, les Pharisiens et tous leurs suiveurs jusqu’à nos jours…

Les protestants peuvent bien continuer à prier pour la conversion des juifs au christianisme, la réalité historique et politique est que ces idiots utiles sont des instruments entre les mains du judaïsme et du sionisme qu’ils servent au détriment des intérêts des États-Unis.

Aujourd’hui, les héritiers respectifs des protestants millénaristes et des juifs messianistes, aux Etats-Unis comme en Israël, convergent, en ce qu’ils sont pris simultanément d’une poussée de fièvre messianique…

Charles Enderlin, qui a été durant 30 ans journaliste correspondant à Jérusalem, expliquait lors d’une interview du 16 mai 2013 que :

« Le messianisme s’est infiltré à tous les niveaux de la société israélienne. Le discours de la droite au pouvoir est le discours des messianistes. Près de 40% des officiers d’infanterie appartiennent au mouvement nationaliste religieux. Des officiers supérieurs habitent des colonies religieuses “sauvages” qui ne sont même pas autorisées par le gouvernement. Certaines unités de l’armée comprennent une telle proportion de religieux que l’état-major doit s’efforcer d’y attirer des laïques pour maintenir une composition équilibrée. Un chercheur comme Menahem Klein, bon connaisseur du sionisme religieux, estime que le gouvernement ne pourrait – à supposer qu’il le veuille – faire évacuer les colonies de Cisjordanie sans provoquer une révolte armée. Le nouveau gouvernement que vient de constituer Netanyahou est de loin le plus messianique de l’histoire d’Israël. Uri Ariel, l’un des fondateurs de Goush Emounim, est ministre du Logement. Le président de la commission des finances de la Knesset est un ancien président du Conseil des colonies. Aujourd’hui, plus de 50% des israéliens juifs croient à la venue du Messie… »

Aux États-Unis, en 2010, 58 % des Évangéliques blancs (et 41 % de l’ensemble des Américains) estimaient que Jésus allait revenir certainement (23 %) ou probablement (18 %) sur terre avant 2050. Si les catholiques et les musulmans croient aussi au retour du Christ sur Terre, ce qui distingue les juifs et les protestants messianiques est leur volonté de faire advenir l’ultime guerre de l’Histoire, l’Armageddon, au profit du « peuple élu » d’Israël qui doit régner sur le monde, d’après les promesses de la Bible hébraïque.

Le bellicisme eschatologique judéo-protestant met ainsi en danger l’Humanité tout entière.

Youssef Hindi

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