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Mali : le changement de paradigme s’impose

Dans le nord du Mali, j’écris depuis des années que le problème n’est pas d’abord celui de l’islamisme, mais celui de l’irrédentisme touareg. Cette donnée de longue durée enracinée dans la nuit des temps se manifeste depuis 1962 à travers des résurgences périodiques [1]. Selon le rapport de force du moment, elle s’exprime sous divers drapeaux. Aujourd’hui, c’est sous celui de l’islamisme.

 

Leurs conseillers ayant négligé de prendre en compte le poids de l’ethno-histoire, les dirigeants français ont défini une politique brumeuse confondant les effets et les causes. D’où l’impasse stratégique actuelle de laquelle il est d’autant plus difficile de nous extraire que les rapports de force locaux ont changé. En effet, ses « émirs » algériens ayant été tués les-uns après les autres par Barkhane, Al-Qaïda-Aqmi n’est donc plus localement dirigée par des étrangers, mais par le Touareg Iyad ag Ghali. Or, et comme je l’avais également annoncé, ce dernier a fini par reprendre en main les diverses factions touareg un moment officiellement et artificiellement rivales. L’accueil personnel qu’il réserva à Kidal aux « jihadistes » récemment libérés a ainsi éloquemment montré que le nord du Mali est désormais sous son contrôle.

C’est donc avec cette nouvelle réalité à l’esprit que doivent être analysées et comprises les déclarations en date du 14 octobre d’Aqmi et du GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), deux faux-nez d’Iyad ag Ghali, exigeant le départ de Barkhane à travers une rhétorique belliqueuse parlant de combattre les « croisés ». Or, il s’agit avant tout d’un nuage de fumée destiné à ne pas laisser le champ libre à l’EIGS (État islamique dans le Grand Sahara) affilié à Daech et dont le chef régional est Adnane Abou Walid al-Saharaoui, un Arabe marocain de la tribu des Réguibat. Cet ancien cadre du Polisario, accuse Iyad ag Ghali de trahison pour avoir privilégié la revendication touareg à travers la négociation avec Bamako et cela, aux dépens du califat transethnique devant engerber les actuels États sahéliens.

À moins de choisir délibérément la voie de l’enlisement, ces récents changements vont donc contraindre les décideurs français à revoir très rapidement les missions de Barkhane. Faute de quoi, la guerre au nord va immanquablement se rallumer et nous devrons alors faire face à un front supplémentaire, celui des Touareg. De plus, comme la « légitimité » de notre intervention est devenue pour le moins « incertaine » depuis le coup d’État intervenu à Bamako au mois d’août dernier, il est donc temps de poser la question de notre stratégie régionale dans la BSS (Bande sahélo-saharienne).

Trois zones sont à distinguer qui méritent chacune un traitement particulier :

- Dans le nord du Mali où, politiquement et militairement, nous n’avons rien à défendre, l’erreur serait de continuer à nous obstiner dans une analyse reposant sur l’artificiel slogan de la lutte contre le « terrorisme islamiste » et dont le seul résultat serait l’ouverture des hostilités avec les Touareg. Dans ces conditions, puisque l’Algérie considère le nord du Mali comme son arrière-cour, laissons ses services s’accommoder des « subtilités » politiques locales, ce qu’ils feront d’autant plus facilement qu’ils ne seront pas paralysés par les « vapeurs » humanitaires interdisant toute véritable action efficace sur le terrain…

- La région des « trois frontières » présente un cas différent car elle est le verrou du Burkina Faso et plus au sud celui des pays du littoral, dont la Côte d’Ivoire, avec lesquels nous avons des accords. Notre effort doit donc y être concentré à travers l’appui donné aux armées du Niger et du Burkina Faso.

- La région tchadienne au sens large, car l’on doit y inclure le Cameroun et la RCA, est une future grande zone de déstabilisation. C’est pourquoi elle doit être surveillée avec la plus grande attention. Un renforcement de notre présence militaire y est donc impératif.

Bernard Lugan

Notes

[1] Elles sont mises en évidence et développées dans mon livre Les guerres du Sahel des origines à nos jours.

En lien, sur E&R :

 
 



Article ancien.
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6 Commentaires

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  • #2576563

    Non l’armée française doit revenir en France faire le ménage même si tous les dirigeants de l’armée sont alliés du pouvoir invisible !


  • #2577177

    Il est évident qu’il n’y a pas de problème religieux au sens stricto sensus, mais des velléités ethnos régionales, donc politiques. La religion n’est qu’un paramètre permettant de booster la motivation.
    Les solutions ne sont donc pas militaires comme la France semble le privilégier,mais politique.
    Que de dépenses inutiles pour l’hexagone, que d’occasions ratées, alors que le soft power aurait été plus efficace. La France en serait elle incapable ?


  • #2577254
    le 26/10/2020 par François Desvignes
    Mali : le changement de paradigme s’impose

    En politique, on peut être en avance ; c’est mieux d’être à l’heure ; mais ça ne sert à rien d’être en retard.

    Nous sommes en retard en Afrique.

    Economisons le sang français : cassons-nous

    Rompons les relations diplomatiques avec ces trous à rats.

    Et renvoyons-leur leurs ressortissants.

    Notre priorité, c’est la Politique "OMO lave plus blanc" : redonner à la France la couleur de sa race et de son drapeau, le blanc !

    Tout ce qui n’est pas blanc OMO doit rentrer sagement à la maison.

     

    • #2577676
      le 27/10/2020 par Arovet le Jeune
      Mali : le changement de paradigme s’impose

      Je vous prend au mots, remigration !
      Par contre, il faudra bien la préparer, car perdre 5 millions de personnes dans un pays de 70 millions, ça risque de faire baisser le prix de l’immobilier.


    • #2578701
      le 28/10/2020 par FrenchFries
      Mali : le changement de paradigme s’impose

      @Arovet le Jeune
      Barres HLM et logements sociaux des allogènes devront être démolis. Paris était entouré de maraîchers avant l’invasion du tiers-monde.


  • #2577690

    intéressante analyse. Je suppose que nous avons des intérêts à défendre là-bas. Y compris notre approvisionnement en uranium, dont dépend notre électricité (un des derniers trucs pas encore démantelés, mais ça ne saurait tarder, avant de devenir nous-mêmes un pays du tiers-monde).

    Quand nos militaires rentreront en France, ils auront peut-être le même sentiment que les soldats soviétiques après le retrait d’Afghanistan. De revenir dans un pays disparu. J’espère qu’à ce moment-là il se trouvera les ressources pour un grand sursaut national-révolutionnaire (incluant une vaste réémigration des éléments non-assimilés ou inassimilables).

    Je crains parfois que nos militaires n’aient plus ce sentiment patriotique profond. Que certains servent le pouvoir profond anti-français, voir dans le rêve romantique d’une France cosmopolite. D’autres servent le pouvoir sans réfléchir à la manière de certains escadrons de CRS actuellement. Ou enfin que d’autres servent par individualisme guerrier, par goût de l’aventure personnelle et de la gloire virile, mais sans vision patriotique.

    Voilà, j’espère instamment me tromper. Mais j’avoue quelques doutes du côté de l’armée actuelle. Peut-être certains sont mieux informés.