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Vrai et faux journalisme

Partie 3 : Davet & Lhomme, auxiliaires de justice

Dans un pays où le politique et le médiatique sont trop imbriqués, générant une consanguinité dangereuse pour l’information véritable du public en dévoyant ou interdisant la sortie d’affaires sensibles pour les deux corporations, il est difficile de pratiquer un journalisme indépendant. Difficile, mais possible. En revanche, le peuple journalistique dans sa globalité n’a pas envie de souffrir. Sinon, autant redevenir ouvrier ou paysan. Car pratiquer l’indépendance journalistique, c’est souffrir à plusieurs titres : on y laisse sa carrière (ne pas compter sur un CDI et encore moins sur de l’avancement), ses appuis professionnels, son confort matériel et physique, et parfois mental. Mais ça endurcit, et c’est ce qu’il faut pour mener de vraies enquêtes, commanditées par personne. Sinon par la curiosité et l’information sincère au bénéfice du public. Car il n’y a rien de caché qui ne doive être révélé, ni de secret qui ne doive être connu (Luc, 12:2).

 

Jérôme Dorville, directeur adjoint de la rédaction d’Europe 1 :

« On n’a pas cette tradition effectivement à l’anglo-saxonne d’investigation, refaire les enquêtes, mais ça nécessite énormément de temps et vous savez qu’en radio l’information va très très vite, une information chasse l’autre, d’une heure à l’autre, d’un jour à l’autre, et on n’est pas des flics, on n’est pas des magistrats et c’est pas à nous de faire une enquête. » (Plus clair, Canal+, le 11 février 2006)

 

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Les rois du scoop venu d’en haut

 

L’intro de Maïtena Biraben, très impressionnée par la crème de l’investigation du prestigieux quotidien :

« Ce sont les rois du scoop, deux journalistes d’investigation du Monde qui dont trembler les politiques et les puissants, dernièrement Gérard Lhomme et Fabrice Davet ont révélé les écoutes téléphoniques de Nicolas Sarkozy et de son avocat, quels sont leurs secrets de fabrication, leurs méthodes, leur réseaux et leurs ennemis… » (Le supplément, Canal+ 30 mars 2014)

La voix off du sujet attaque : 

« Dans ses colonnes le JDD a même insinué que François Hollande en personne avait informé les journalistes… »

Davet s’explique :

« On va voir le Président assez régulièrement pourquoi, dans le cadre d’un livre, d’un livre qui est totalement déconnecté de l’actualité qu’on traite au quotidien dans les pages du Monde, donc tout est relativement clair à mon sens sauf peut-être on a des confrères qui sont un peu jaloux des informations que l’on sort, peut-être. »

Confirmation de cette intuition par Vincent Giret, directeur délégué des rédactions du Monde :

« Les investigateurs c’est un petit milieu, c’est un tout petit milieu voilà, où y a des rivalités, des jalousies, ça fait partie, j’allais dire, de ce petit milieu-là, de cette atmosphère-là. »

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Oh moi madame « on » me donne des dossiers, et après j’enquête…

 

Fabrice Arfi, de Mediapart :

« Y a bien évidemment de la concurrence comme il en existe dans tous les domaines du journalisme mais moi cette concurrence elle ne m’intéresse pas. Je ne me considère pas comme appartenant à cet univers-là de ces bonhommes qui passent leur temps à se mesurer la taille des biceps ou voire du kiki sur qui a le plus beau procès-verbal, qui a le plus beau scoop, qui a fait la plus belle reprise AFP etc., ça ne m’intéresse pas. »

La main sur le cœur, on le croirait presque !

S’ensuit une scène assez cocasse, où l’on voit Davet et Lhomme se débattre autour d’une cabine téléphonique…

 

Off :

« Leur hantise, protéger leur source. Les confidences de quelques juges, flics ou bandits sont leur bien le plus précieux. Lhomme et Davet veulent appeler d’une cabine, voici pourquoi. Pour quelle raison vous faites ça ? »

Lhomme :

« Là en l’occurrence c’est pour protéger, rassurer en fait une personne qui est une bonne source potentielle et qui est une personne qui a vraiment très peur de tout… »

Off :

« Il ne nous laisse pas enregistrer la voix de l’interlocuteur, trop risqué. La source se dérobe, il faut insister, coup de fil d’une autre cabine… Cette grosse affaire sur laquelle vous travaillez en ce moment est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ou pas ? »

Lhomme :

« Non, non c’est vraiment trop chaud… y a des gens qui risquent leur vie… »

On apprendra dans le même sujet qu’il s’agit d’une affaire corse, en l’occurrence celle du présumé parrain de l’île, Michel Tomi, qui partage le saucisson avec tout le monde. Ça tourne autour de l’univers du jeu, de la Corse, de l’Afrique. On vous met presque tous les échanges parce que ce reportage vidéo était vraiment parlant. Ensuite, nous sommes au CFPJ, le centre de formation des journalistes, d’où sort la crème du métier, immédiatement castée par les grands médias audiovisuels (Europe 1, TF1, France Télévisions…), ainsi que les grands quotidiens. Ils ont les meilleurs profs, les meilleures fées. Ne riez pas.

 

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Les futurs journalistes formatés du CFPJ apprennent le grand journalisme estampillé Le Monde, symbole de la dépendance éditoriale totale, publique et privée

 

Off :

« Cet art périlleux de l’enquête, Gérard Davet et Fabrice Lhomme l’enseignent à l’école de journalisme… »

Un étudiant du CFPJ :

« Et si on a un interlocuteur qui justement est très important pour le papier mais qui veut être en off, comment on fait ? »

Lhomme :

« Nous ce qu’on préconise on va dire, c’est que les citations anonymes n’ont aucune valeur, c’est même quelque chose, un procédé qui nous paraît, gênant embêtant, parce que les citations anonymes par définition ne sont opposables à personne… On peut mettre en cause n’importe qui en s’abritant derrière le off. »

Tout à fait. Ceci dit, quand un enquêteur cite du off, c’est qu’il est sûr de son coup, en général, et qu’il n’y a pas d’autre moyen (protection de la source). Les journalistes escrocs ne tiennent pas longtemps, dans le métier. À notre connaissance, aucun enquêteur sérieux n’invente du off. Mais bon, passons. Et passons au cœur du problème : la déontologie.

 

Off :

« Et leurs techniques fonctionnent : l’année dernière ils ont ainsi multiplié les révélations sur l’arbitrage Tapie… Davet et Lhomme qui ont eu accès à une partie du dossier avancent leurs billes… Des journalistes qui accèdent à une enquête en cours, pour l’avocat de Bernard Tapie, la présomption d’innocence est atteinte. »

Maurice Lantourne :

« Forcément quand vous commentez, non pas une décision de justice, mais une enquête, une instruction de façon parcellaire, vous portez atteinte à la présomption d’innocence. »

La journaliste :

« Mais on informe en même temps… »

Lantourne :

« Ils se prennent pour les juges, donc là y a un problème. »

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L’iceberg qui a coulé Le Monde

 

Off reprend :

« Les journalistes à la remorque de l’appareil judiciaire, la question pose problème dans la profession… Lui [Pierre Péan dans son bureau] n’a pas savouré la publication de Davet et Lhomme sur les écoutes de Sarkozy. »

Off :

« Vous l’auriez publié en l’état, vous, ce scoop ? »

Pierre Péan :

« Ben non parce que je ne me serais jamais mis dans cette position-là. Parce que c’est pas le journalisme que je pratique. Alors il m’est arrivé, je veux pas jouer les innocents, les agneaux, il m’est arrivé de violer un peu le secret de l’instruction mais disons que c’est pas mon système habituel. »

Off :

« Selon Péan, c’est aux journalistes de choisir en amont leurs sujets d’enquête, sans attendre des fuites et sans se faire manipuler. »

Péan :

« Ça la manipulation, je pense que dès qu’on est dans les affaires sensibles, on est dans une aire manipulatoire. Et donc moi ça ne me choque pas qu’on essaye de me manipuler, on essaye tout le temps de me manipuler, si je suis assez con pour me faire manipuler c’est mon problème, c’est pas le problème de l’autre. »

Et boum, dans les dents. La réponse à cette critique se situe en début de sujet. Lhomme :

« Nous c’est même pas qu’on tape à gauche qu’on tape à droite, c’est même pas ça, nous on rapporte les faits qu’on a, si dans la même semaine on a trois informations qui mettent cause Nicolas Sarkozy on les publiera, mais si on en a trois qui les dédouanent on les publiera aussi, tout simplement. »

Sauf que pour l’instant, Davet & Lhomme sont la courroie de transmission de l’Élysée, comme Plenel l’était de la police (et de la justice) pendant ses années au Monde, puis de Villepin et Hollande pour la période Mediapart. Les enquêtes, elles repasseront. Tout se résume alors à un travail, réel celui-là, de vérification, histoire de ne pas passer pour des… passe-plats, des ânes. C’est ce qu’avoue explicitement le off à la fin du sujet :

« Leur meilleure réponse à la critique, leur travail incessant de bétonnage, de vérification… »

Eh oui, ce sont des vérificateurs, plus que des enquêteurs. Nous voilà arrivés au débat, qui est aussi très intéressant. On vous en a gardé de gros morceaux, parce que c’est pas tous les jours dimanche.

 

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Les auxiliaires de justice sur le grill

 

Retour plateau, Maïtena Biraben lance le débat avec le duo et la journaliste auteur du sujet :

« Vous, briser le secret de l’instruction ça ne vous gêne pas, Pierre Péan dit que il n’aimait pas tellement ça, et c’est vrai qu’on peut se poser la question parfois, dans le secret de l’instruction vous recevez une partie du dossier, pas tout le dossier… »

Davet :

« Mais moi je pense que pour tout journaliste le secret de l’instruction c’est non seulement un droit mais un devoir, quoi. Il est essentiel d’aller chercher ce qu’il y a dans les dossiers. Par exemple l’affaire Bettencourt, elle n’aurait jamais prospéré, y aurait pas autant de personnes renvoyées au tribunal correctionnel si Mediapart et Fabrice Lhomme n’avaient pas sorti les écoutes et les enregistrements Bettencourt ! »

C’est Lhomme qui trouvera l’argument le plus imparable, pour justifier l’exploitation par les journalistes des dossiers judiciaires en cours :

« C’est bien pour ça qu’on insiste sur le fait qu’on n’est pas juges, qu’on n’est pas justiciers, on n’est pas policiers, on ne prend pas de réquisitions, on ne condamne pas les gens, on ne demande pas à ce que les gens aillent en prison, qu’ils soient mis en examen, rien de tout ça. Nous on apporte des faits tout simplement, après c’est à la justice de les qualifier, et pour nous le journalisme c’est un tout, on va voir dans les procédures judiciaires des dossiers sensibles effectivement mais on fait aussi du travail en amont, voilà moi j’ai révélé l’affaire Bettencourt et l’affaire Karachi par exemple avant que la justice s’en empare. Notre dernier livre French corruption c’est la justice qui s’empare de nos révélations pour ouvrir une enquête, donc il faut pas mettre les journalistes dans des cases, je pense qu’un investigateur il fait tout. »

Biraben :

« La police parle beaucoup ? »

Davet :

« Elle parle. Mais tout le monde parle, quelque part. il faut juste trouver le maillon, faible, quelque part. Oui, pasque ces gens-là sont arrogants. »

Dans cette partie, tout le monde est arrogant.

 

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« Cette mission élyséenne, si vous l’acceptez… »

 

On en arrive au point crucial, et l’animatrice pose les bonnes questions.

Biraben :

« Les présidents de la république sont des bonnes sources ? »

Davet :

« En tout cas, on en a rencontré deux ou trois, quatre récemment. »

Biraben :

« Et alors François Hollande il vous a balancé quelques infos ? Tout le monde dit que c’est le plus grand informateur de la république, le meilleur informateur du Canard enchaîné. »

Lhomme :

« Je pense qu’il y a du vrai et du faux. Je pense que c’est un excellent informateur pour tout un tas de confrères dans certains domaines notamment dans le domaine purement politique… Sur ce qui nous intéresse nous, notre matière première, qui est l’information sur les affaires sensibles, encore une fois on va pas vous révéler tout mais ce qu’on peut dire c’est que y a un vrai changement par rapport à ce qu’on a connu précédemment, c’est-à-dire il a pas beaucoup d’appétence pour ça, ça l’intéresse pas vraiment… Et par ailleurs je pense qu’il est dans l’obsession de se distinguer de Nicolas Sarkozy qui on le sait se faisait remonter toutes les infos sensibles… »

Davet :

« Il n’a pas de cabinet noir… »

Si on a conservé les parties les plus charnues de cet entretien, c’est que, une fois n’est pas coutume en télévision, les bonnes questions sont posées et des réponses claires apportées. Normalement, un animateur pose des questions non-gênantes, Thierry Ardisson mis à part, et les invités fournissent leurs justifications préparées à l’entraînement. Ce jour-là, Biraben fait son boulot en apportant la contradiction par la voix de Péan, qui n’est pourtant pas en odeur de sainteté à Canal+, et elle mène son entretien en plateau de façon à ce que le duo d’investigateurs admette clairement ce que nous redoutions : ils pêchent dans le seau du pêcheur. Si l’info l’exige, tout manquement idéologique ou moral semble possible, pour eux. Même servir de courroie de transmission à l’axe pouvoir politique/pouvoir judiciaire/pouvoir médiatique. Où l’on voit, en l’occurrence, que les trois sont liés. Pas inextricablement, mais liés. Ce qui suffit à faire l’hypothèse non pas de montages, mais de manipulations. Le quatrième pouvoir n’est pas indépendant du politique et de la justice, il n’en est ici pas le filtre, et encore moins le bouclier. Mais ça, direz-vous, on le savait déjà. Encore fallait-il des preuves, des aveux !

Lhomme & Davet, le couple d’« investigateurs » du Monde, sortent le dossier des hélicos kazakhs au bon moment. Il faut savoir que l’info traîne depuis des mois dans les milieux autorisés, et même non-autorisés. Lhomme & Davet, présentés comme LA paire d’enquêteurs indépendants, se retrouvent à flinguer la tentative de retour de l’ex-Président, une semaine après la médiatisation de sa décision. Comme c’est bizarre.

La politique, c’est coup pour coup, ça, on le savait déjà. Mais que des journalistes, qui bossent sur des dossiers de juges d’instruction ou de services d’enquête comme le Pôle financier (réputé impénétrable), servent de courroie de transmission au pouvoir en place… Remarquez, Le Monde a besoin d’argent public (l’argent privé, c’est fait) pour vivre, puisque les Français ne l’achètent plus. On se demande bien pourquoi. Les vrais journalistes, qui bossent dans le dur, savent quels sont les risques d’une enquête non-autorisée, à petite échelle, et on ne parle même pas de scandale national politico-économique. Pourtant, tout le « métier » les soutient dans l’horrible attaque anti-confraternelle déclenchée par Valeurs actuelles, qui a marqué le duo à la culotte dans ses allées et venues à l’Élysée, au ministère de la Justice et au Pôle financier.

Ben quoi, on croyait qu’il n’y avait pas de limites ? Que l’info justifiait tout ?

 

« Les rédactions des grands médias français ont tous condamné vendredi l’“atteinte grave au secret des sources” et les méthodes du journal Valeurs actuelles, qui a divulgué cette semaine les rendez-vous de deux journalistes du Monde enquêtant sur Nicolas Sarkozy. » (AFP, 17 octobre 2014)

Un collectif de « journalistes de la presse française » émanant des rédactions du Monde, du Figaro, du Parisien, du Nouvel Observateur, du Point, des Échos, de Radio France, de Mediapart, de Rue89, de L’Express, de Libération, d’Europe1, de RFI et de TF1, prend la défense des deux accusés dans le communiqué suivant :

« Nous soutenons nos confrères Gérard Davet et Fabrice Lhomme, chargés du suivi des affaires judiciaires au Monde, dont Valeurs Actuelles a détaillé les rendez-vous. Nous tenons à rappeler qu’il n’y a pas de sources sans protection des sources. Qu’il n’y a pas d’information libre sans sources. Que c’est la démocratie qui est menacée quand il n’y a plus d’information libre. »

Un rappel qui ne manque pas de sel, en défense de ceux qui franchissent allègrement les limites déontologiques, fragilisant ainsi la fameuse non pas liberté, qui est un leurre, mais indépendance de la presse ! Pour info, le Canard enchaîné du 22 octobre dénonce lui aussi la dénonciation de l’hebdo de droite, ce qui n’étonne guère, quand on sait que le journal satirique vit grassement sur les indiscrétions venues de l’Élysée !

Pour ceux qui ne veulent pas désespérer, il reste encore quelques vrais enquêteurs à la Péan (un ex du Canard enchaîné, comme Nicolas Beau, qui vient de créer mondafrique.com). On pense aux fondateurs de Premières lignes, une agence de presse née des excès de pudeurs du journalisme de JT ultraformaté, une cellule de choc qui ne s’interdit presque rien (on ne va pas faire la fine bouche), et qui ne pratique pas les amalgames ou interdits qu’on a pu voir dans Complément d’enquête, par exemple. France 2, son principal diffuseur, leur a floqué un juriste, au cas où, car chaque enquête génère son lot de pressions et menaces. Les constantes qu’on retrouve chez tous les vrais enquêteurs indépendants sont le temps, l’irrévérence et la pugnacité. Il faut être patient, courageux, et ne rien lâcher. L’inverse absolu du journalisme actuel, aussi rapide qu’obséquieux, et au final déliquescent.

 

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Kagamé serre ici la main du Président américain pour la zone Europe

 

Péan s’est fait traiter d’antisémite – on n’en sort pas – lors de la parution de son livre Le Monde selon K. Bernard Kouchner et ses amis l’ont accusé de faire partie d’une bande de révisionnistes qui « réécrivent l’histoire du génocide tutsi au Rwanda ». Accusé de « négationnisme », il sera traîné en justice par SOS Racisme pour « incitation à la haine raciale », avant d’être finalement relaxé. SOS Racisme défendant Kagamé, l’homme qui accuse la France de tous les maux en se blanchissant d’autant, on aura tout vu. Ceux qui voudraient des preuves d’une existence de l’Anti-France seront servis.

Le 15 février 2009, Rue89 publie une charge anti-Péan, dans laquelle le pure player cite en passant une des références de l’enquêteur, Bernard Lugan, dont le simple nom doit anéantir tout débat. Le Monde selon K ?

« De longues digressions, extrêmement virulentes, assimilent sa cible à une anti-France fantasmée et rendent encore plus fragiles ses accusations. Sur le fond, rien de neuf. Sur la forme, il parvient à écorner l’image de l’un des hommes politiques le plus sympathique aux yeux des Français. »

La sympathie, on le sait tous, étant preuve de pureté et de sincérité. L’américanisation poussée de la politique extérieure de la France sous l’égide du duo Kouchner/Sarkozy ne comptant évidemment pas…

À chaque publication de poids, Péan subit un contre-feu nourri des batteries médiatiques, qui se sentent indirectement visées. Lors de la torpille envoyée sur Le Monde (coécrite avec Philippe Cohen) qui n’aura pas arrangé sa sulfureuse réputation, Péan a été attaqué sur tous les plateaux, les arguments du lobby journalistique soumis au pouvoir s’effondrant tout seuls. Mais il importait que devant le public, la caste outragée se défendît, défendît son honneur, qui a pourtant disparu depuis longtemps. Le temps d’un Salut les terriens, diffusé le 24 septembre 2011, Thierry Ardisson rappelle la réputation de Péan faite par ses pairs :

« Vous on vous a comparé à Faurisson, on vous a traité de négationniste… On vous a accusé d’antisémitisme… »

Et l’animateur de citer l’enquêteur :

« La plupart de ceux qui sont devenus journalistes d’investigation au début des années 90 n’investiguaient pas vraiment, ils ne faisaient que gérer les fuites que leur balançaient les flics et les juges ! »

Péan :

« Quel est le défaut principal de ce type de journalisme ? Il est à la remorque des instructions judiciaires, il ne commence à parler d’une affaire que quand il y a une affaire judiciaire. Moi je revendique un journalisme beaucoup plus risqué, beaucoup plus aléatoire, qui peut se planter, qui est le journalisme d’initiative. C’est-à-dire que c’est moi qui décide à quel moment je lance une enquête. »

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Les futurs journalistes du CFPJ sortent de l’œuf

 

Voilà celui qui devrait enseigner le vrai journalisme au CFPJ, le site de nidification des futurs petits relais du pouvoir. Mais ne rêvons pas. Cela fait partie du système que de retourner les valeurs au profit des exploiteurs, des dissimulateurs et des menteurs. Péan en remet une couche dans une interview accordée au Figaro le 28 mars 2014 :

« Attendre sur son bureau les PV des juges, ce n’est pas ce que j’appelle de l’enquête, mais de la simple gestion de fuites. Le journaliste devient un pion, rentrant dans les objectifs des uns et des autres, devenant l’outil de vengeances ou de stratégies judiciaires. Je revendique de prendre l’initiative, je ne suis pas un auxiliaire de justice, je n’ai pas besoin de la justice pour déterminer le sujet de mes enquêtes. »

Eh bien ce n’est pas non plus à E&R que ça risque d’arriver, nous qui choisissons nos sujets et qui sommes victimes de fuites !

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8 Commentaires

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  • #1065238
    le 21/12/2014 par seber
    Vrai et faux journalisme

    J’aime ce style (typiquement E&Rien ?), très pesé, explicatif, mettant en rapport et faisant apparaître les liens avec les faits, les informations et les motivations qui restent toujours disparates dans les "médias traditionnels" (un oxymore là, non ? médias=progressistes).
    Et je ne suis pas payé pour l’écrire.


  • #1065275
    le 21/12/2014 par patlalrique
    Vrai et faux journalisme

    Excellent article, bien ficelé !


  • #1065416
    le 21/12/2014 par solaine
    Vrai et faux journalisme

    La RECNAT et la dissidence, la vraie, sont-elles aussi dans le viseur de ces “investigateurs du dimanche” ? Peut-être aurions-nous des scoops après les prochaines élections ? Ummm !


  • #1065459
    le 21/12/2014 par david
    Vrai et faux journalisme

    Y a un truc qui tourne pas rond.

    Quel est l’intérêt d’avoir des journalistes :
    1 que les gens les croient un peu, sinon peu d’intérêt
    2 qu’il y ait une caste journaliste paravent capable de faire penser que nous vivons en démocratie

    Le 1 est plié, le 2 est un peu jouable.
    Mais nous vivons dans un paradigme économique et le fait qu’ils coutent cher pour des résultats plus que discutable est difficilement supportable, d’où la précarisation de la profession. Y a aussi les subventions aux journaux et les dégrèvement fiscaux de la profession pour lisser cette "charge" indue journalistique, mais la encore effet de second tour, la charge est de plus en plus contestée. Il reste encore une possibilité que des pseudos intellectuels milliardaires (ou académique dans leur bulle en fac) fasse un peu le (leur) boulot intellectuel, vous voyez à qui je pense.

    Tout ça sans compter les médias alternatifs notamment sur le net pour le meilleur et pour le pire.


  • #1065659
    le 22/12/2014 par Eric
    Vrai et faux journalisme

    "Pour ceux qui ne veulent pas désespérer, il reste encore quelques vrais enquêteurs à la Péan... "

    Pourquoi ces "vrais enquêteurs à la Péan" ne dénoncent-ils pas l’absence flagrante de démocratie en France ?

     

    • #1069580
      le 28/12/2014 par Patriote62
      Vrai et faux journalisme

      Circus politicus l’a fait , en reprenant du Ratier en effet mais l’info arrive à tous au moins. Le bouquin de Péant sur les malettes de la république est bien intéressant.


  • #1065809
    le 22/12/2014 par Jérôme
    Vrai et faux journalisme

    A la lecture de cet article j’apprends trois choses essentielles sur la Déontologie Journalistique comme dirait un célèbre Basque :
    - le meilleur informateur des turpitude du système est justement le chef du système : en plus le dire ça fait bien sur les plateaux télé et le raouts mondains.
    - On peut et on doit violer le système judiciaire et donc les lois en général dans l’intérêt du Journalisme (et peut être d’autres, qui sait ?). La Justice en France, à qui on reproche un manque total d’indépendance du Politique, voire bien pire, avait vraiment besoin de l’irruption de ces pieds nickelés, qui perturbe ainsi (souvent au bon moment) des enquêtes avant même la fin de ces dernières.
    - Il faut porter l’uniforme du "Hipster" pour être crédible...


  • #1077482
    le 07/01/2015 par L’incorruptible
    Vrai et faux journalisme

    Très bon article.
    Beau boulot.
    Continuez.