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Comment peut-on être "pro-russe" ?

Comme si elle avait les vertus d’un exorcisme incantatoire, une véritable litanie inonde les médias occidentaux. La Russie, dit-on, est une menace pour l’Occident, un péril mortel pour ses intérêts, un ferment corrosif pour ses valeurs. Insensible à la diplomatie, cette puissance aux allures de brute épaisse ne comprend que la force. Hermétique à la négociation, elle est totalement imperméable au code de conduite des nations civilisées. Il faut regarder la réalité en face, et cesser de croire que la Russie a changé, qu’elle n’est pas la réplique d’une URSS dont elle charrie le sinistre héritage. Si l’on veut s’opposer aux ambitions effrénées de l’ogre russe, inutile d’y aller par quatre chemins : il faut réarmer au plus vite et se préparer au pire.

 

Résumé bêtifiant de tous les lieux communs de l’atlantisme vulgaire, ce discours belliciste n’est pas qu’un discours. Il y a aussi des actes, et ils sont lourds de signification. Les USA ont installé chez leurs vassaux d’Europe orientale un bouclier antimissile qui fait peser sur Moscou la menace d’une première frappe et rend caduc tout accord de désarmement nucléaire. L’OTAN multiplie les manœuvres conjointes aux frontières occidentales de la Fédération de Russie, de la Mer Baltique à la Mer Noire. Colossal, le budget militaire US représente la moitié des dépenses militaires mondiales. En pleine expansion, il équivaut à neuf fois celui de la Russie. À l’évidence, l’essentiel des dépenses nouvelles vise à développer une capacité de projection des forces à l’extérieur, et non à défendre des frontières que personne ne menace.

Dans un monde régi par un minimum de rationalité, ces réalités géostratégiques devraient suffire à couvrir de ridicule les gogos de droite et de gauche qui avalent la propagande antirusse comme on boit du petit lait. Mais les idées les plus stupides ont la vie dure, et il y a encore des semi-habiles pour croire que la Russie est une puissance impérialiste au même titre que les États-Unis d’Amérique. Si l’impérialisme désigne l’attitude consistant pour une grande puissance à imposer de gré ou de force son hégémonie à d’autres puissances, on se demande en quoi la politique russe relève de cette catégorie. Où sont les États envahis ou menacés par la Russie ?

L’Ukraine est en proie à une crise intérieure gravissime consécutive au coup d’État qui a porté au pouvoir une clique ultra-nationaliste dont la politique n’a cessé d’humilier la population russophone des régions orientales. C’est cette provocation délibérée des autorités usurpatrices de Kiev, soutenues par des groupes néo-nazis, qui a poussé les patriotes du Donbass à la résistance et à la sécession. Mais aucun char russe ne foule le territoire ukrainien, et Moscou a toujours privilégié une solution négociée de type fédéral pour son grand voisin. En témoignent les accords de Minsk I et II, qui ont été bafoués par le gouvernement ukrainien, et non par celui de la Russie. Aujourd’hui, la seule armée qui tue des Ukrainiens est celle de Kiev, cyniquement portée à bout de bras par les puissances occidentales pour intimider Moscou. Dans toute cette région, c’est l’Occident qui défie outrageusement la Russie à ses frontières, et non l’inverse. Que dirait-on à Washington si Moscou menait des manœuvres militaires conjointes avec le Mexique et le Canada, et encourageait à coups de millions de roubles la déstabilisation de l’Amérique du Nord ?

Que le terme d’impérialisme s’applique à la politique US, en revanche, ne fait pas l’ombre d’un doute. Elle est d’ailleurs revendiquée par Hillary Clinton qui vient de rappeler que les USA sont « la nation indispensable du monde », un « pays exceptionnel, champion inégalé de la liberté et de la paix », qui montre le chemin à ces peuplades innombrables qui n’ont pas le bonheur d’être américaines, mais qui savent se montrer reconnaissantes à l’égard de leur sauveur à la bannière étoilée. « Les peuples du monde nous regardent et nous suivent. C’est une lourde responsabilité. Les décisions que nous prenons, ou que nous ne prenons pas, affectent des millions de vies. L’Amérique doit montrer le chemin », proclame la candidate démocrate. On imagine la teneur des commentaires si M. Poutine avait affirmé urbi et orbi que la Russie doit guider le monde et sauver l’humanité. Mais c’est l’Amérique, et elle a une « destinée manifeste ». Investie d’une mission civilisatrice à vocation planétaire, l’Amérique est le « nouvel Israël », apportant la lumière aux nations confites d’émotion et saisies d’admiration devant tant de bonté.

Pour le cas où l’enthousiasme des vassaux viendrait à mollir, toutefois, la présence de 725 bases militaires US à l’étranger devrait probablement suffire à y remédier et à entraîner malgré tout l’adhésion des populations récalcitrantes. 725 bases militaires : un chiffre froid et objectif qui donne un minimum de consistance matérielle à ce joli mot d’impérialisme dont abusent les amateurs en géopolitique lorsqu’ils l’attribuent à la Russie de Vladimir Poutine. Car la Russie, elle, n’a pas 725 bases militaires hors de ses frontières. Précisément, elle en a 2, ce qui fait une sacrée différence. La première base est au Kazhakstan, pays allié et limitrophe de la Russie, dont 40 % de la population est russophone. La seconde est en Syrie, près de Lattaquié, installée en 2015 à la demande expresse d’un État souverain soumis à une tentative de déstabilisation pilotée depuis l’étranger.

Il est amusant de constater que l’accusation d’impérialisme proférée contre la Russie est une ânerie partagée par ces officines de propagande quasi-officielles de l’OTAN que sont les médias français et par des groupuscules gauchistes qui ne sont décidément pas guéris des pustules de leur maladie infantile. Vieille répartition des tâches, au fond, dont il y a d’autres exemples. Ce sont les mêmes groupes qui s’imaginent défendre la cause palestinienne tout en soutenant les mercenaires wahhabites en Syrie, lesquels servent surtout de piétaille à l’OTAN et de garde-frontière à l’entité sioniste. Mais demander à ces benêts de comprendre ce qui se passe au Moyen-Orient relève sans doute du vœu pieux, la réalité concrète ayant manifestement perdu à leurs yeux le privilège que Marx lui reconnaissait. « L’impérialisme russe », cette bouteille à l’encre d’un atlantisme presque séculaire, finira sans doute au cimetière des idées reçues, mais il se peut qu’elle continue un certain temps à empoisonner les esprits faibles.

En attendant, c’est plus fort que lui, le « pro-Russe » n’en démord pas. Obstiné, il tient à ses chimères. Il croit par exemple que celui qui envahit des pays lointains est impérialiste, tandis que celui qui défend ses frontières ne l’est pas. Il pense que celui qui utilise les terroristes pour semer le chaos chez les autres est impérialiste, et non celui qui les combat à la demande d’un État allié. Il a la naïveté de penser que le respect de la loi internationale s’applique à tout le monde, et pas seulement aux pays faibles comme l’Irak, la Libye et la Syrie. Dans son incroyable candeur, il juge absurde le reproche fait à la Russie d’annexer la Crimée quand 95 % de sa population le demande, alors même que ses accusateurs ont poussé le Kosovo à la sécession. Têtu pour de bon, le « pro-Russe » préfère un monde multipolaire à ce champ de ruines que la fureur néo-conservatrice d’une Hillary Clinton va continuer à répandre si le complexe militaro-industriel et le lobby sioniste réussissent, comme d’habitude, à imposer leur poulain à la tête de la première puissance militaire mondiale.

Par Bruno Guigue, le 05 septembre 2016

 

 

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11 Commentaires

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  • #1550111
    le 06/09/2016 par VIVACHAVEZ
    Comment peut-on être "pro-russe" ?

    Excellent article, rien à ajouter.


  • #1550186
    le 06/09/2016 par stella
    Comment peut-on être "pro-russe" ?

    Bravo Bruno Guigue ! Nous sommes tous des "pro-russes" !

     

    • #1550352
      le 06/09/2016 par Anabakan
      Comment peut-on être "pro-russe" ?

      #JE SUIS POUTINE
      #JE SUIS PRO-RUSSE


    • #1550596
      le 07/09/2016 par Drago
      Comment peut-on être "pro-russe" ?

      Regardez bien tous ces Etats ex-URSS. Ukraine, Géorgie, Lituanie, Estonie, Lettonie, etc.
      On voit bien que la Russie était leur prisonnière pendant 70 ans, lui coupant l’accès au monde.
      Ca se voit pour la simple raison qu’on utilise les mêmes... pour recréer ce mur.
      C’est pas Poutine qui veut recréer le mur de l’URSS... mais l’Occident.
      Un mur pour encore au moins 1 siècle... à pomper sur la Mère Russie... et de permettre à l’Occident de continuer ses petites affaires tranquillement.
      Pendant que le mur de l’URSS maintenait la Russie enfermée, les Américains avaient conquis tranquillos, les doigts dans le nez, plus de la moitié du monde. Simplement parce que les judéo-bolchéviks n’en avaient rien à foutre de tout ce qui n’était pas marxiste.
      L’URSS pour la Syrie ? Pfff ! Rien à foutre, les Syriens sont pas marxistes (vous imaginez alors le sort du Proche-Orient).
      De plus, la Chine mais pas qu’elle, était très fâchée avec l’URSS. Il n’y aurait jamais eu le partenariat actuel. Ca aurait été alors l’autoroute pour les Impérialistes et le Nouvel Ordre Mondial.


  • #1550205
    le 06/09/2016 par francky
    Comment peut-on être "pro-russe" ?

    Excellente article avec juste un bémole :
    "à la tête de la première puissance militaire mondiale." Là faut voir... En ce qui concerne le qualitatif defensif et electronique la Russie est loin devant, en ce qui concerne l’armée de terre conventionnelle la Chine est loin devant et en ce qui concerne les forces spéciales les Gardiens de la Revolution Iranienne sont loin devant... les Delta Farce (comme disent les anciens du commando Hubert qui qd on leur parle des Delta Force se pissent dessus de rire, d’ou l’expression delta farce...) et autres affidés...

     

  • #1550453
    le 06/09/2016 par vanda
    Comment peut-on être "pro-russe" ?

    Du Bruno Guigue , comme je l’aime ! Du vrai, de la résistance , de l’anti impérialisme , un ton et un style séduisants . Des articles comme ça j’en redemande .
    Tout chez Bruno Guigue le distingue du style prétentieux et hypocrite du "monde" . C’est dit sans détour et j’adhère totalement .
    D’autant plus qu’avant de lire l’article j’étais pro -russe . Après l’avoir lu , je le suis encore plus !


  • #1550577
    le 07/09/2016 par Super mennonite
    Comment peut-on être "pro-russe" ?

    Comment on devient pro-russe ? Suffit de vivre en France.

     

  • #1552930

    il ne s’agit pas d’être pro ou anti russe, il s’agit d’être pro français !

    et il est de notre intérêt d’avoir de bonnes relations avec Moscou sans rompre avec les USA, pour avoir un rôle d’arbitre sur la scène internationale

    pour raisons sécuritaires : combattre Desh, Al quaida au levant, et peut être hélas demain en Asie centrale et dans les Balkans ; pour lutter contre le trafic d’Héroïne venant d’Afghanistan, voire d’Asie

    pour raisons économiques : les produits de luxe français ont du succès, la Russie a des ressources fossiles, pour passer des contrats (trains, métros, tram, avions, voitures)

    Je ne suis pas pour un anti américanisme de principe c’est puéril,

    de plus je suis bien content d’avoir été libéré par les USA (pays non parfait certes, mais qui l’est en ce bas monde ?), plutôt que l’URSS, car nous aurions eu un régime communiste, idéologie aussi nuisible que le wahhabisme ou le mondialisme, idéologie qui vaut à peine mieux que le nazisme