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Humaniste républicain épris des Lumières

Un autre regard sur Michel Lepeletier de Saint Fargeau

S’il est un révolutionnaire qui force l’admiration des gens de gauche, c’est celui du Conventionnel Michel Lepeletier de Saint Fargeau. Ce grand aristocrate bourguignon embrassa l’idéal révolutionnaire et s’y dévoua au point d’y laisser la vie : trois jours après avoir voté « la mort du tyran », il tomba sous les coups d’un monarchiste fanatique.

Michel Lepeletier de Saint Fargeau avait, depuis le début, siégé avec la gauche, (il était proche de Robespierre), et c’est à n’en pas douter à cause de cet engagement qu’il rendit l’âme quelques heures avant le roi, ce 21 janvier 1793. Grand réformateur du système judiciaire auquel, en tant que juge lui-même (1), il se dévoua, il était en principe opposé à la peine de mort – sauf dans certains cas, on devine lesquels. Mais ce n’est pas sa position régicide qui fait de l’homme un héros dont la mort « fut une perte inestimable pour la Convention, pour les Jacobins et pour la République naissante » gémit un blog républicain, jacobin et socialiste.

Le grand œuvre du seigneur bourguignon - humaniste républicain épris des Lumières, nous dit le blog - ne fut pas seulement la réforme judiciaire, mais un plan d’éducation devant lequel, à gauche, on se pâme d’admiration : projet émancipateur, actuel, moderne, progressiste et humain, n’en jetez plus. « A l’heure où la gauche comme la droite démantèle (sic) l’école de la République et ses missions fondamentales d’instruction, de transmissions (sic) des savoirs et d’éducation citoyenne… il est grand temps que les Républicains socialistes et Jacobins … se réapproprient l’idéal républicain de Lepeletier, de Robespierre et de Jules Ferry. »

Notez bien la filiation (2)…

Le malheureux mourut avant d’avoir pu publier son projet, qu’il portait d’ailleurs sur lui au moment de son assassinat. Robespierre se le fit remettre par le frère du défunt, et ne résista pas à en faire lecture à la Convention, le 29 juillet 1793.

« Avec la mémoire de ses vertus, Michel Lepeletier a légué à sa patrie un plan d’éducation que le génie de l’humanité semble avoir tracé. Ce grand objet occupait encore ses pensées, lorsque le crime plongea dans son flanc le fer sacrilège, déclama-t-il. En l’écoutant, vous sentirez plus douloureusement la grandeur de la perte que vous avez faite ; et l’univers aura une preuve de plus que les implacables ennemis des rois, que la tyrannie peint si farouches et si sanguinaires, ne sont que les plus tendres amis de l’humanité. »

Avant de présenter le projet du conventionnel martyr, Robespierre précisa que le plan de Lepeletier visait à totalement régénérer l’espèce humaine dégradée par le vice de l’ancien système social. Quiconque redoutera le pire aura raison.

  • Art. I. Tous les enfants seront élevés aux dépens de la République, depuis l’âge de cinq ans jusqu’à douze pour les garçons, & depuis cinq ans jusqu’à onze pour les filles.
  • Art II. L’éducation nationale sera égale pour tous ; tous recevront même nourriture, mêmes vêtements, même instruction, mêmes soins.
  • Art III. L’éducation nationale étant la dette de la République envers tous, tous les enfants ont droit de la recevoir, & les parents ne pourront se soustraire à l’obligation de les faire jouir de ses avantages. [...]

Avouez que c’est beau, et tant même que ce sont ces trois articles qui sont repris dès qu’il s’agit de tresser des couronnes à l’illustre aristocrate qui a tant aimé le peuple. On les retrouve sur un site régional du Parti de Gauche, non moins dithyrambique que le blogueur jacobin, et sur bien d’autres sites d’amoureux de l’éducation pour tous.

Il faut fouiller un peu pour trouver la suite, qui vaut le détour (3).

« Presque tout portera sur le riche ; la taxe sera presque insensible pour le pauvre. Ainsi vous atteindrez les avantages de l’impôt progressif que vous désirez d’établir… »

Comment ne pas admirer la grandeur d’âme de ce richissime aristocrate disposé à faire éduquer ses enfants à la même école, portant les mêmes habits et mangeant la même nourriture que celle de ses paysans ? Tous les élèves seraient élevés à la dure sous la surveillance active de leurs éducateurs, sans favoritisme, et les parents qui tenteraient d’y soustraire leurs enfants seraient lourdement sanctionnés.

Il était entendu que le but de l’instruction était d’apprendre à lire, à écrire et à compter, ce qu’avaient fait depuis des siècles les petites écoles paroissiales. Mais le projet excluait l’inutile religion, qui serait avantageusement remplacée par l’accoutumance au travail : « Formez de tels hommes, et vous verrez disparaître presque tous les crimes… Formez de tels hommes, et l’aspect hideux de la misère n’affligera plus vos regards... Formez de tels hommes, et la République composée bientôt de ces robustes éléments, verra doubler dans son sein les produits de l’agriculture et de l’industrie. ».

Qui ne rêverait d’un système permettant d’éradiquer le crime et de doubler la production nationale ?

Il était pourtant simple d’y parvenir, il suffisait de mettre les enfants au travail. Dès huit ans, toute la journée, et à tout ce qui serait dans leur capacité : à retourner la terre, à répandre des matériaux sur les routes (puisqu’on avait aboli la corvée), à la production que les manufactures du voisinage seraient ravies de leur confier. S’il n’en existait pas encore, on en installerait dans les écoles mêmes, et on attribuerait des gratifications aux instituteurs de celles qui dégageraient le plus de profit. Malin, non ?

Surtout si on considère que c’est le travail des enfants qui payerait les maîtres, qui assurerait l’entretien des écoles (pourquoi payer du personnel de service ?), nourrirait les tout petits (qu’on ne pouvait, décemment, mettre au travail), assurerait la surveillance et la répétition après la classe. Vêtus par leurs parents et réduits aux travaux forcés, sommés même de faire gagner de l’argent à leur école, les têtes blondes de la République se verraient en plus astreints à prendre en charge les vieux de leur village, qui certainement devraient pouvoir se contenter du régime spartiate réservé aux gosses : du vin ? de la viande ? Et quoi encore ! Durant le terrible hiver de 1788, un astucieux curé parisien avait mis au point un savant mélange qui soutenait ses paroissiens pour à peine trois sous par jour, que ne prenait-on exemple sur cet exemplaire ecclésiastique ? En quoi les gosses et les vieux prétendraient-il à mieux qu’à un régime de famine ? Dernière précision : les dimanches des enfants seraient entièrement consacrés aux activités de gymnastique et au maniement des armes.

On reste bouche-bée devant ce programme totalitaire qui non seulement souleva l’enthousiasme de Robespierre et de ses amis, mais également de membres de l’actuelle Education nationale. Le but avoué de cette horreur consistait à former « une race renouvelée, forte, laborieuse, réglée, disciplinée, et qu’une barrière impénétrable aura séparée du contact impur des préjugés de notre espèce vieillie ». Le projet fera des émules

Ce n’est pas seulement l’horreur du projet d’éducation vanté par les Jacobins qui m’est apparue dans l’étude de la vie et de la mort de Michel Lepeletier de Saint Fargeau. Encensé par les uns, vomi par les autres, le Conventionnel aristocrate fut surtout un personnage trouble, aussi trouble que la période qui vit son ascension et sa mort pis que suspecte. Héros de la Liberté ou traître à sa caste, homme de progrès ou vulgaire parjure, éclairé ou simplement lâche ? Le tableau de son cadavre que peignit un autre conventionnel, David, fut tour à tour exposé à l’admiration du peuple et enfoui au point de disparaître.

Travail de commande portant sur un temps que je ne faisais qu’aborder alors, « Le Mystère du tableau de David » m’a ouvert la connaissance de la période la plus vantée et la plus méconnue de notre Histoire. Et fait découvrir des vérités que, décidemment, on s’évertue à cacher au commun des mortels.

(1) - Il avait été magistrat au Parlement de Paris où il siégeait comme président à mortier, la plus haute charge puisqu’au-dessus de lui il n’y avait que le Premier président.

(2) - http://www.egaliteetreconciliation....

(3) http://books.google.fr/books?id=hxV...

 
 



Article ancien.
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20 Commentaires

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  • #120719

    Chère Marion,

    Autant j’admire votre travail, autant je vous trouve extrêmement dure avec le plan d’éducation de Lepeletier, et ce pour plusieurs raisons.

    Tout d’abort, le plan de Condorcet, qui fût au final choisit et qui nous reste aujourd’hui, n’a pas empêcher l’exploitation de plus de 200000 enfants aux alentours de 1848 (cf. Henri Guillemin sur la commune) pour optimiser les bienfaits du machinisme.

    Ensuite, le travail physique que propose Lepeletier, et qui semble tant vous choquer, concerne le Noviciat à partir de 12 ans. Pour remettre les choses en perspective, le noviciat moderne commence aussi à partir de douze ans (quatrième), et les enfants d’agriculteurs (je parle d’expérience) commence aussi à aider leurs parents aux alentours de cet âge là. De plus, qui n’a jamais ramassé des fruits dans un verger pour se faire de l’argent de poche à cet âge ?

    Enfin, le plan de Lepeletier avait l’avantage de ne pas créer d’élite (nivèlement des classes). Chose qui fût reproché à Condorcet, et celui-ci répondit que ce n’était pas important du moment qu’elles (ces élites) se mettaient au service de la république. Et sinon ? bienvenue en 2012.

    Je comprends votre aversion pour l’exploitation infantile (cf. vos ouvrages), mais, sauf erreur de ma part, je ne crois pas que le Noviciat rentre dans cette catégorie. Pour ma part, il me semble que l’apprentissage d’un métier (dans le sens manuel du terme) manque gravement aux génération nouvelles (incluant la mienne) pour contrebalancer la surexcitation intellectuelle moderne et nous rapprocher du réel.

     

    • #120778

      J’aimerais ajouter ceci en réponse à votre commentaire sur la religion :

      "Mais le projet excluait l’inutile religion, qui serait avantageusement remplacée par l’accoutumance au travail."

      Page 21 de la convention nationale :

      "Je désirerais que, pendant le cours entier de l’institution publique," (qui, dans le texte, ne désigne que la primaire) "l’enfant ne reçut que les instructions de la morale universelle et non les enseignements d’aucune croyance particulière.

      Je désirerais que ce ne fût qu’a douze ans, lorsqu’il sera rentré dans la société, qu’il adoptât un culte avec réflexion. Il me semble qu’il devrait choisir que lorsqu’il pourrait juger."

      Je ne vois pas où Lepelletier ignore la religion. Il dit simplement que l’adoption d’un culte dois se faire par la raison et non par la tradition ou bien la coercion (cf. l’histoire de l’église catholique romaine), et propose à l’enfant de choisir par lui même après le premier cycle de l’éducation nationale (il en reste tout de même trois). De plus, et plus loin, il énonce cet arrangement comme idéal et, s’il devait s’avérer inapplicable, propose de le tempérer en amenant les enfants, certains jours à certaines heures, au temple le plus proche correspondant à la foi de la famille de l’enfant.

      Enfin, Lepelletier ne dis pas que la religion est inutile. Il dit simplement qu’il voudrait que la République puisse éduquer des enfants à l’intellect libre afin d’en faire des Homme et des citoyens digne d’elle, au moins pendant le premier cycle (là où les bonnes habitudes se prennent). Une preuve de la réussite de son projet étant d’en faire des hommes libres, libres aussi de choisir leur religions.


    • #120811
      le 21/03/2012 par Marion Sigaut
      Humaniste républicain épris des Lumières

      Cher Xavier, avez-vous lu le plan d’éducation de Lepeletier pour dire ça ?
      Il semble que non.
      Je juge le plan de Lepeletier en lisant le plan de Lepeletier. Il semble que personne ne l’ait fait.


    • #121063

      Non seulement je l’ai lu, mais je l’ai relu avant de vous répondre pour éviter toute carabistouille. De plus, mon commentaire précédent cite le plan Lepelletier. Ce détail, il me semble, répond à votre question.


    • #121413
      le 22/03/2012 par homothymie
      Humaniste républicain épris des Lumières

      Sauf, cher Xavier, qu’il faudrait savoir ce que signifie "morale universelle".

      Universel a servi a traduire, chez Aristote, la locution grec "cata holou" qui signifie "pour tous". Cette locution a par ailleurs engendré un autre mot dans la langue française : le mot "catholique". Catholique est de ce fait l’exact synonyme de universel, dans la langue profane (ex : un remède catholique = un remède pour tous les maux).

      Parler d’une morale universelle, c’est donc parler d’une morale catholique, d’une morale pour tous.

      Mais en disant cela, on n’a à peu près rien dit du contenu de cette nouvelle morale "pour tous"... Même si on comprend bien qu’il ne s’agit plus de la morale chrétienne.


    • #121781
      le 22/03/2012 par homothymie
      Humaniste républicain épris des Lumières

      J’ajoute, cher Xavier,
      que l’organe de l’Être moral est la volonté, tandis que l’organe de l’Être stratège est l’intelligence.

      Par conséquent, l’on ne peut éduquer l’Être moral sans faire travailler la volonté,
      comme l’on ne peut éduquer l’Être stratège sans faire travailler l’intelligence.

      C’est-à-dire qu’il faut orienter la jeune pousse à la bonne volonté, la bonne foi, ce qui implique, parfois, de contrevenir à sa volonté, lorsque celle-ci est mauvaise.

      Ainsi, pour les jeunes hommes en formation, il n’y a pas de libre-choix possible quant à l’éducation de leur Être moral, c’est nécessairement subit.

      Bien que subit, c’est pourtant juste.
      En effet, leur Être moral les incline naturellement à vouloir, sans restriction, tous les Biens qu’ils convoitent.
      Or, ceci n’est pas possible, du fait de l’existence d’autrui. Ne pas éduquer cette volonté de réalisation immédiate du désir, pour le plaisir, reviendrait à créer des personnalités narcissiques, manipulables, faibles moralement, sombrant facilement dans l’addiction, bref des Êtres moraux sans maîtrise de leur volonté propre, donc extrêmement handicapés de ce fait.


  • #120763
    le 21/03/2012 par Hieronymus
    Humaniste républicain épris des Lumières

    J’approuve entièrement les propos de Marion Sigaut concernant ce triste sire de Saint Fargeau
    d’abord "opposé" à la peine de mort, il sera l’un des plus excités à roder autour de la tribune de la convention, clamant son indignation envers ceux qui refusaient de voter la mort du Roi,
    ce Michel Lepeletier est asez symptomatique de cette population d’idéologues francais, qui prennent leurs rêveries philosophiques pour des vérités transcendantes et pensent qu’il suffit de plaquer des théories de manière mécanique sur la réalité pour qu’elles prennent corps et s’accomplissent harmonieusement !
    Pensée froide et rigide, dramatique manque d’intuition, de finesse et de sensibilité, orgueil et absence quasi-complète d’humilité devant la réalité, un intellectuel borné dans la lignée de tous ceux qui suivront, ils se retrouvent aujourd’hui au café de Flore ..


  • #120772

    Lepeletier de Saint Fargeau était = a de lisle = à méhul, tous des lâches opportunistes.
    Un homme girouette comme on disait à cette époque.

    De lisle c’est le mec de la marsaillaise qui lors de la restauration chantera devant le roi : "vive le roi, vive à jamais, vie le roi !" Louis 18 avait bien rigolé ce jour là.

    Méhul c’est mon démago préféré, alors lui il en a embobiné du crétin jacobin, d’ailleurs il fait toujours fureur chez les demeurés.
    Méhul c’est l’homme du chant du départ, le chant sacré de l’ex-gauche où le devoir d’un français est de mourir pour la république. Ce n’est plus un choix, c’est une obligation de mourir pour la république.
    Alors ce mec, méhul, biensure lui il n’a jamais risqué sa vie pour la république, mais il a composé lors de la restauration la musique du sacre du roi de france Charles X ! Il est pas beau notre grand jacobin révolutionnaire prêt à mourir pour la république ?
    Et dire qu’il y a des millions de gamins naïfs qui ont tué et qui sont morts pour une telle connerie de chanson...

    La seule chôse que je regrette avec la monarchie, c’est que louis 18 et charles 10 n’ont pas dénoblie ces nouvelles familles républicaines...
    Sinon, moi, je dis toujours que se que j’ai appris je l’ai appris de moi même en lisant, par mon vécu et ma famille.
    il n’y a rien de mieux que ça !
    De nos jours les etudiants sont tous des moutons qui récitent se que l’EN leur a foutu dans le crâne...
    Un paysans ne sachant ni lire ni écrire a plus de bon sens et de culture qu’un jounaliste avec son bac + 5.

    25 ans d’étude en moyenne et notre peuple est incapable de renverser 4 mondialistes pédophiles francs mac milliardaires qui possèdent 100 fois plus de chôses qu’en avait louis 14...
    25 ans d’étude en moyenne pour finir à regarder des série débiles devant un écran et passer sa vie de merde dans une tour de béton offert par le systeme.
    etc...

    Le paysans d’autrefois, lui, 0 année d’étude et il passait son temps à se révolter pour imposer ses droits.

    Pas plus docile et obéissant qu’un peuple républicain !
    Le mieux reste la corée du nord à notre époque, les usa c’est pas mal aussi ils sont toujours prêt à mourir pour leurs banquiers juifs, et le best ce fut staline qui aura eu plus d’esclaves et de pouvoir qu’en a jamasi eu un tzar ! Si ce n’est pas beau ça : http://upload.wikimedia.org/wikiped...


  • #120967
    le 21/03/2012 par Le Lion du désert
    Humaniste républicain épris des Lumières

    Le "Rapport" remis à l’Assemblée législative par Condorcet en 1792 définissait le concept d’instruction publique. Accueillant tout les enfants de façon égale, sans distinction d’origine ou de conviction religieuse, elle avait pour mission l’instruction de chacun pour permettre d’acquérir la maîtrise des connaissances universelles tout en se libérant des croyances religieuses relevant des convictions personnelles de chacun. Le projet de Lepeltier de Saint Fargeau lu à la Convention par Robespierre était plus sociale. Ainsi la laîcité, l’éducation républicaine qui assure la justice, soutenus par les trois pilliers fondamentaux "liberté, égalité, fraternité". L’Europe d’aujourd’hui combat ce qui a fait la spécificité de la France et son rayonnement, la laîcité. L’égalité répulicaine devant l’éducation n’est plus.

     

    • #120996
      le 21/03/2012 par Marion Sigaut
      Humaniste républicain épris des Lumières

      Plus social de faire porter aux enfants à partir de huit ans, la charge de nourrir tout le monde, faire tourner l’école, payer leurs instituteurs, fournir tout le travail de service et de ménage ainsi que la corvée des routes, prendre en charge le 3e âge et le reste ? Le tout nourris à un régime leur permettant juste de ne pas tomber d’inanition !
      C’est ça un projet social ?
      Ma parole, personne ne prend le temps de lire ce fichu rapport jusqu’au bout !


    • #121072

      Sans vouloir rentrer dans une polémique stérile, votre lecture alarmiste est discordante par rapport au but du programme précisé dans le texte, qui est d’inculquer aux enfants dès le plus jeune âge des valeurs leur permettant de devenir des Homme au bénéfice de la république et du leur. Parmi ces valeurs on retrouve le travail, le partage, l’abnégation de l’individuel pour le collectif, et la frugalité, valeurs qui forment un enfant à devenir un citoyen faisant partie intégrante d’une nation et non pas d’une collection d’individus, et ce peut importe ça condition sociale.

      Vous mentionnez que toute l’institution de l’éducation serait payée par des enfants exploités et à peine nourris, ce qui est une exagération du texte. La participation au travail des enfants fait parti de l’enseignement (car le Travail s’apprend) et le fruit de ce travail sera mis à contribution, mais l’institution sera financé principalement par des taxes sur les riches (si ce que vous dites est vrai, alors la taxation des riches devient caduque et donc inutile de mention, or elle est présente dans le texte).

      Bref, je ne suis pas historien. La lecture du texte original raisonne simplement différemment de votre analyse. Comme le mentionne Guillemin, si un historien ne peut être objectif, il doit à la Vérité d’être dépassionné. Votre texte est emprunt d’une passion qui, si elle vous honore, ternit votre analyse pour peu que l’on se réfère au texte.


    • #121097
      le 21/03/2012 par Marion Sigaut
      Humaniste républicain épris des Lumières

      @Xavier,
      Je n’ai aucune prétention à l’objectivité.
      J’ai restitué dans mon article ce que dit le plan d’éducation rédigé par Lepeletier et défendu à la fois par son frère Félix devant les Jacobins et par Robespierre devant la Convention.
      Les bonnes intentions énoncées ne sont pas en cause, je mentionne ce qui est dit dans le règlement.
      Ce règlement se trouve à la fin du long bla-bla sur les bonnes intentions de l’auteur. Si vous en avez la patience, allez au bout et vous trouverez ce que j’énonce.


    • #121178

      Bonjour à tous.

      Serait il possible d’avoir un lien vers ce rapport pour que nous puissions nous aussi nous faire notre propre avis a son sujet ?

      Bien à vous


    • #121228
      le 21/03/2012 par Marion Sigaut
      Humaniste républicain épris des Lumières

      Le lien est la note 3.


  • #121237
    le 21/03/2012 par Marion Sigaut
    Humaniste républicain épris des Lumières

    Extrait du texte proposé par Robespierre

    Quelque considérable que dût être la taxe des enfants, ce ne serait pas un motif suffisant pour se priver des avantages d’une aussi belle institution, puisque cette taxe ne grèverait que le riche
    ...
    Mais cette charge ne sera pas énorme, si vous adoptez quelques autres dispositions que je vous propose.
    ...le produit du travail des enfants viendra au soulagement de la dépense de la maison ; tout enfant au-dessus de huit ans... peut gagner sa nourriture. Il n’y aura que les enfants de cinq, six et sept ans qui seront en pure charge ; ceux-là recevront sans rien mettre. Quiconque a vu des lieux où fleurit l’industrie, sait qu’on connaît l’art d’employer fort utilement des enfants de huit ans et au-dessus.
    Tout consiste à établir un ordre sage et à bien monter la machine.
    Ici tous les intérêts concourront à multiplier auprès des maisons nationales d’institution des objets de travaux à la convenance des enfants.
    ...
    L’ardeur des enfants sera animée par des encouragements qu’un règlement sage présentera à leur émulation.
    Les maîtres eux-mêmes recevront des récompenses, lorsque les enfants confiés à leurs soins auront emporté le prix du travail.
    ...
    Quelques enfants auront des revenus personnels.
    Tant qu’ils seront au nombre des élèves de la Nation, toute dépense cesse pour eux : qu’est-il besoin que ces revenus épargnés chaque année grossissent leurs capitaux... N’est-il pas plus naturel que pendant le temps où la Nation prend soin d’eux, leurs revenus soient appliqués à la dépense commune ?
    ...
    Voici donc comme je propose de doter nos établissements d’institution nationale.
    1. Le produit du travail des enfants.
    2. Les revenus personnels des enfants qui y seront élevés pendant tout le temps de leur éducation.
    3. Le surplus sera fourni par les produits d’une taxe imposée sur tous les citoyens du canton, chacun dans la proportion de ses facultés.
    ...la plus sévère économie sera apportée dans les dépenses. Les dépenses se borneront au juste nécessaire. Aucun domestique ne sera employé dans les maisons d’institution : les enfants les plus âgés donneront aux plus jeunes les secours dont ils pourront avoir besoin ; ils seront, chacun à leur tour, le service commun ; ils apprendront, tout à la fois, à se suffire à eux-mêmes, et à se rendre utiles aux autres.
    (à suivre...)


  • #121245
    le 21/03/2012 par Marion Sigaut
    Humaniste républicain épris des Lumières

    texte présenté par Robespierre, suite

    « Il n’existera donc, à proprement parler, que trois articles de dépense : les appointements des instituteurs et institutrices, le vêtement, la nourriture des enfants...
    Quant aux vêtements, les étoffes les plus communes y seront employées...Tous les citoyens du canton ayant un intérêt commun à l’économie, chacun y mettra un peu du sien ; l’un y mettra son étoffe, l’autre le métier qu’il fait, les mères de famille leur travail... À l’égard de la nourriture, les aliments les plus simples et les plus communs, à raison de leur abondance, seront préférés.
    ...et dans le nombre déterminé, on choisira toujours celui que le climat et la saison offrent à moins de frais. Je crois que le vin et la viande doivent en être exclus ; l’usage n’en est point nécessaire à l’enfance ; et pour vous présenter un aperçu de l’utile parcimonie qu’on peut apporter dans les frais de nourriture des jeunes élèves, je vous citerai un fait que tous les journaux du temps ont publié. Dans le grand hiver de 1788, le curé de Sainte-Marguerite à Paris, employa, avec le plus grand succès, une recette composée d’un mélange de plusieurs espèces d’aliments ; il fit vivre fort sainement une multitude immense de malheureux, et la portion d’un homme fait n’allait pas à trois sous par jour.
    ...
    Avec ces précautions, avec cette surveillance, avec cette économie de l’intérêt personnel, nous pouvons être assurés que la taxe toujours légère pour le pauvre et pour le propriétaire d’une fortune médiocre, ne sera jamais excessive même pour le riche.
    ...
    Nous regardons comme une dette de la société l’obligation de nourrir les vieillards et les infirmes hors d’état de gagner leur vie... Pourquoi élever dispendieusement de nouveaux édifices ? ... je voudrais que les vieillards à la charge des communes d’un canton, trouvassent leur asile dans une partie des établissements destinés à l’institution publique.
    Là, presque sans frais, ils partageraient une frugale nourriture ; là, presque sans frais, ils recevraient les assistances journalières qui leur sont nécessaires : les enfants les plus âgés et les plus forts seraient successivement employés à l’honneur de les servir. »

    Je vous laisse découvrir la suite.

     

  • #124176

    Mme Sigaut s’indigne avec raison contre cette exploitation scientifique des enfants, mais ce qui me soulève le coeur, c’est cette séparation forcée des enfants d’avec leurs parents. C’est d’ailleurs caractéristique des totalitarismes qui se respectent. Quoi de mieux que d’envoyer tout de suite les petits au camp de (ré)éducation pour "du passé faire table rase" ? On veut tuer ainsi la transmission d’un savoir populaire, d’une culture, d’un héritage familial pour faire de parfaits citoyens. L’égalité parfaite voulue par ces intellectuels révolutionnaires glacés est un rêve de Néron. Il me semble que rien ne remplace le rôle de la famille dans la construction d’êtres équilibrés. Nous n’allons pas détruire la société sous le prétexte d’égalité parce que certains n’ont pas cette chance.
    Le PS n’a-t-il d’ailleurs pas proposé de rendre la maternelle obligatoire ? C’est vrai que si on commence seulement en primaire, les droits de l’homme, le métissage et le reste ont du mal à rentrer....
    Merci Mme Sigaut de nous ramener au bon sens.

     

    • #124536
      le 26/03/2012 par Marion Sigaut
      Humaniste républicain épris des Lumières

      Pardon si ce message fait doublon.
      Puisque’apparemment vous avez tout lu, ce qui n’est pas si courant, avez-vous noté qu’il est également prévu d’astreindre les parents à la gestion de l’école à tour de rôle, de façon obligatoier et gratuite, pour une durée annuelle de 7 jours ? Cette astreinte obligatoire s’appelait sous le régime que ces MM venaient de renverser, la corvée. Et ils n’avaient pas de mots trop forts pour la fustiger.
      La voilà réhabilitée.
      Pour faire payer les riches ?


  • #124205

    Plus intéressant politiquement et un peu moins historiquement :

    Franck Lepage, un ancien de commission Jospin/Buffet sur l’éducation, parle de ce sujet en l’actualisant.

    http://www.youtube.com/watch?v=YTSDeVquHks

    Son "spectacle" militant nommé incultures, ne m’avait pas déplu ...