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L’Union européenne est-elle fasciste ?

Il est ici erroné de parler de « l’Europe » comme si cette dernière était une institution ou une fédération. La seule réalité de l’Europe est d’être une réalité historique, d’ailleurs diverse, et surtout une réalité culturelle. Si vous allez à Vladivostok en Russie, vous êtes dans une ville européenne, et pourtant vous êtes face au Japon. Tout comme il existe une culture française, n’en déplaise à M. Macron, cette culture s’insère dans une culture européenne, qui régulièrement revisite des codes et ses types.

 

Pourtant, vous avez raison de nous mettre sur la voie de ce désenchantement que l’on connaît actuellement vis-à-vis du « projet européen ». Et ce désenchantement a des raisons bien précises qui en expliquent l’existence et le développement. Ce qui pose aujourd’hui un problème à la démocratie, c’est l’existence de l’Union européenne, qui elle est une institution et dont on peut suivre l’évolution depuis l’origine, c’est à dire le traité de Maastricht. C’est même l’évolution de l’Union européenne depuis les années 2007-2009 qui pose véritablement problème. La, oui, incontestablement, nous sommes en présence d’une structure qui tend à se développer sans contrôle ni responsabilité.

Les déclarations de Jean-Claude Juncker lors de l’élection grecque de janvier 2015 en témoignent. Le comportement de l’UE et celui des institutions de la zone euro appellent une réaction d’ensemble parce que ces institutions contestent cette liberté qu’est la souveraineté. Rappelons ici cette citation de Monsieur Jean-Claude Juncker, le successeur de l’ineffable Barroso à la tête de la commission européenne : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ». Cette révélatrice déclaration date de l’élection grecque du 25 janvier 2015, qui justement vit la victoire de Syriza. En quelques mots, tout est dit. C’est l’affirmation tranquille et satisfaite de la supériorité d’institutions non élues sur le vote des électeurs, de la supériorité du principe technocratique sur le principe démocratique.

Les règles de base de la démocratie sont dès lors systématiquement violées. Les britanniques ont pris conscience de cette réalité et ils en ont tiré les conclusions logiques avec le Brexit et la décision de sortir de l’Union européenne. Si je n’utiliserai pas le terme de « fasciste », parce que je crois beaucoup à la nécessaire précision des termes, et que le « fascisme » implique un projet totalitaire, avec des formes d’embrigadement de la population du berceau jusqu’à la tombe, une relation particulière à la force et une empathie avec les situations de guerre, l’Union européenne est clairement devenue aujourd’hui une institution liberticide et un projet dangereux pour les divers peuples européens.

Il est clair aujourd’hui que les dirigeants européens reprennent, en le sachant ou non, le discours de l’Union soviétique par rapport aux pays de l’Est en 1968 lors de l’intervention du Pacte de Varsovie à Prague : la fameuse théorie de la souveraineté limitée. Ils affectent de considérer les pays membres de l’Union européenne comme des colonies, ou plus précisément des « dominion », dont la souveraineté était soumise à celle de la métropole (la Grande-Bretagne). Sauf qu’en l’occurrence, il n’y a pas de métropole. L’Union européenne serait donc un système colonial sans métropole. Et, peut-être, n’est-il qu’un colonialisme par procuration. Manuel Barroso, avant de partir émarger chez Goldman Sachs, avait même évoqué à propos de l’Union européenne un empire sans idéologie impériale.

Derrière la figure d’une Europe soi-disant unie, mais qui est aujourd’hui divisée dans les faits par les institutions européennes, on discerne la figure des États-Unis, pays auquel Bruxelles ne cesse de céder. Certains l’on fait, comme Stefano Fassina en Italie. Je l’ai dit et je l’ai écrit, et je ne me renie pas, il faudra bien, à un moment donné, en tirer les conséquences, et toutes les conséquences. Mais, on voit bien aussi, dans ce projet européen, une logique de dépossession de la réalité démocratique au profit d’institutions technocratiques. Ce projet est en réalité le même que celui de la mondialisation, dont nous avons parlé plus haut.

De fait, l’Union européenne a une étrange histoire d’amour avec le libre-échange. Très loin de vouloir protéger les peuples, les travailleurs et les consommateurs de la mondialisation, l’UE s’est fait le pionnier de cette dernière. Alors que bien des grands pays maintiennent des barrières protectrices, l’Union européenne a imposé aux pays qui la composent de démanteler presque totalement ces dites barrières. Ce qui fait que nous sommes devenus la zone la plus exposée aux vents mauvais de la mondialisation. Et ici je reviens à la question que vous m’avez posée.

En cela, l’UE s’avère être l’exact inverse du fascisme, si l’on admet que l’inverse de ce dernier n’est pas la démocratie mais peut s’avérer en réalité un régime tout aussi liberticide. Dans le fascisme nous avons en réalité une vision de la souveraineté, certes pas populaire, mais qui emporte tout sur son passage. Le fascisme est un régime où la notion de droit cède totalement à la notion de volonté politique. Il est l’expression de la volonté réduite à son essence la plus intime, celle d’un seul homme, qui organise alors (ou prétend organiser) la totalité de la société à partir de sa volonté. L’essence même du fascisme est bien rendue par ce slogan mussolinien « il Duce a sempre ragione », le Duce (Mussolini) a toujours raison. Or, telle n’est pas le principe de l’UE. C’est au contraire « les règlements ont toujours raison ». Dans un cas nous avons l’apothéose tragique de la souveraineté, dans l’autre sa négation absolue.

Mais, si l’UE n’est pas « fasciste », elle est tout autant anti-démocratique que ne l’était le fascisme. La construction du règlement, ou de la loi, sans la possibilité de penser la question de la justesse de cette loi (ou de ce règlement) aboutit à un univers où la souveraineté populaire, et donc la base de la démocratie, a complètement disparu. C’est le triomphe du Tyrannus ab exertitio. En fait, l’obsession pour la rule by law (i.e. la légalité formelle) et la fidélité au texte tourne bien souvent à l’avantage des politiques gouvernementales quelles qu’elles soient. À quelques reprises, David Dyzenhaus évoque les analyses des perversions du système légal de l’Apartheid en rappelant que cette jurisprudence avilissante tenait moins aux convictions racistes des juges sud-africains qu’à leur « positivisme ».

Nous sommes, avec l’Union européenne, en présence d’un système qui unit le modèle de l’État Législateur (le modèle de la démocratie légaliste) avec celui de l’État administratif, et qui aboutit de fait à nier la possibilité même de choix démocratique. Ce modèle s’oppose à l’État gouvernemental (celui du Souverain tout puissant) modèle dont on peut penser qu’il inclut le fascisme. Mais, si l’on sait combattre le fascisme, nous sommes en réalité bien plus dépourvus face au système de l’Union européenne. Et c’est ce qui donne toute leur force justement aux mouvements populistes aujourd’hui dans de nombreux pays de l’Union européenne.

Lire l’intégralité de l’article sur russeurope.hypotheses.org

Approfondir le sujet avec Kontre Kulture :

Jacques Sapir, sur E&R :

 
 



Article ancien.
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2 Commentaires

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  • #1676232
    le 02/03/2017 par Un catholique
    L’Union européenne est-elle fasciste ?

    Je crois que les euro-gagas vont beaucoup reprocher à M Sapir ce texte, pour encore augmenter leur ostracisme à son égard.
    L’Union Européenne est anti-démocratique, en effet. Tous les référendums allant contre cette dernière ont été ignorés. La Commission Européenne se soustrait à toute souveraineté nationale, et ce n’est pas les assemblés "représentatives" comme le Parlement Européen qui n’ont jamais été le reflet des peuples et des nations, qui minoreront cette réalité. Ce dernier vote par exemple au sujet du CETA, négocié uniquement par la CE, alors qu’il est rejetté par tous les peuples européens.
    Nous tendons donc vers un totalitarisme, non dénué d’idéologies, l’expression populaire étant baillonnée.


  • #1676377

    il est évident que l’UE est totalitaire ,puisqu’elle vote les lois sans demander l’avis au peuple de l’union ,comme pour le traité ,ou le CETA et bien d’autres chose .Et il suffit ,d’écouter les dires de Monsieur Jean-Claude Juncker « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens » .A partir de la c’est de la dictature,et pas autre chose .
    Dans un cas pareil MLP devrait faire 90 % au élections .