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Mali : impérities politiques à Paris, morts de soldats français sur le terrain

C’est très probablement en représailles de la mort de Bag Ag Moussa, un des principaux adjoints du chef touareg Iyad ag Ghali tué par Barkhane le 10 novembre 2020, que deux hussards de Chamborant (2e régiment de hussards), ont perdu la vie le samedi 2 janvier, à quelques kilomètres de la base de Ménaka, quand leur VBL (véhicule blindé léger) a sauté sur une mine.

 

À la différence de la mort de nos trois hommes du 1er régiment de chasseurs de Thierville survenue le lundi 28 décembre, au sud de Gao, l’explosion qui a provoqué celle des deux hussards s’est produite plus au nord, dans une région qui était devenue « calme », les décideurs français semblant avoir enfin compris qu’ici, nous ne sommes pas face au même djihadisme que plus au sud. Comme je ne cesse de le dire depuis des années, et comme je le montre dans mon livre Les Guerres du Sahel des origines à nos jours, ici, le conflit n’est en effet pas à racine islamiste puisqu’il s’agit d’une fracture inscrite dans la nuit des temps, d’une résurgence ethno-historico-économico-politique touareg conjoncturellement abritée derrière le paravent islamiste.

Pour bien comprendre la situation, il nous faut revenir en arrière, au mois de juin 2020 avec la mort de l’Algérien Abdelmalek Droukdal, le chef d’al-Qaïda pour toute l’Afrique du Nord et pour la bande sahélienne, abattu par l’armée française sur renseignement algérien. Cette liquidation qui libérait le Touareg Iyad ag Ghali de toute sujétion à l’Arabe Abdelmalek Droukdal, s’inscrivait dans le cadre d’un conflit ouvert qui avait éclaté entre les deux branches du djihadisme régional. L’EIGS (État islamique dans le Grand Sahara), rattaché à Daech, prône en effet la disparition des ethnies et des États et leur fusion dans le califat universel. Tout au contraire, le groupe d’al-Qaïda, dirigé par Iyad ag Ghali « associé » aux services algériens privilégie l’ethnie touareg et ne demande pas la disparition du Mali.

Le coup d’État qui s’est produit au Mali au mois d’août 2020, a ensuite permis de donner toute liberté à la négociation entre Bamako et la branche locale d’Aqmi, avec pour but de régler le conflit du nord Mali. Pour la France, l’opération était entièrement profitable car cela permettait de fermer le front du nord.

Même si nous avons perdu ce « doigté » qui était une de nos spécialités à l’époque des « Affaires indigènes » et ensuite des emprises militaires permanentes, dans la durée, avec des unités dont c’était la culture, il allait donc être possible, avec un minimum d’intelligence tactique, et en jouant sur cette opposition entre djihadistes, de laisser se régler toute seule la question du nord Mali. Et cela, afin de commencer à nous désengager après avoir concentré tous nos moyens sur la région des « 3 frontières », donc sur l’EIGS, et également sur certains groupes peul jouant sur plusieurs tableaux à la fois.

Or, le 10 novembre 2020, une insolite opération française menée près de Ménaka, donc en zone touareg, s’est soldée par la mort de Ba Ag Moussa, un des principaux adjoints de Iyad ag Ghali. Les Touareg ayant pris cette action comme une provocation, il était donc clair qu’ils allaient mener des représailles.

Par devoir de réserve, je n’ai alors pas commenté cette opération sur mon blog, mais j’ai prévenu « qui de droit » que les Touareg allaient, d’une manière ou d’une autre, venger la mort de Ba Ag Moussa et qu’il allait falloir être vigilants dans la région de Ménaka. D’autant plus que, alors que depuis plusieurs mois les opérations françaises avaient évité la zone touareg, les derniers temps, elles y avaient repris. Comme si un changement de stratégie avait été décidé à Paris, un peu « à l’américaine », c’est-à-dire en « tapant » indistinctement tous les GAT (Groupes armées terroristes) péremptoirement qualifiés de « djihadistes », et peut-être pour pouvoir « aligner du bilan ». Une stratégie sans issue reposant sur une totale méconnaissance des réalités ethno-politiques locales, et dont nos soldats viennent de payer le prix sur le terrain.

Le signal donné par les Touareg étant donc clair, aux autorités françaises d’en tirer maintenant les leçons. Veulent-elles oui ou non rouvrir à Barkhane un deuxième front au nord ?

En ce jour de tristesse, j’ai une pensée particulière pour le sergent Yvonne Huynh, avec lequel, à la veille de son deuxième séjour au Mali, j’avais longuement échangé sur les causes profondes du conflit, et je tiens, à travers ce communiqué, à faire part de mes sincères condoléances aux « frères bruns », ses camarades de Chamborant hussards.

Bernard Lugan

 

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31 Commentaires

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  • #2632863
    Le 3 janvier à 19:48 par Palm Beach Post : "Cult !"
    Mali : impérities politiques à Paris, morts de soldats français sur le (...)

    les soldats français sont vraiment mal vêtus, mal équipés

    foutage de gueule total, non ?

    répondez-moi, soldats !
    crachez-moi à la gueule, peu importe :
    dites votre vérité

     

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  • On reste dans un rapport de combien ? 5 à 400 ?
    Quand ils postent leurs communiqués victorieux de
    "30 insurgés neutralisés dans la nuit" personne ne cligne même des yeux.

     

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    • #2633096
      Le 4 janvier à 03:01 par Ah ouais ... quand même
      Mali : impérities politiques à Paris, morts de soldats français sur le (...)

      Parce que tu comptais pleurer les types d’AQMI\Boko Haram ?

      J’avoue ne pas cligner des yeux quand 30 pourritures passent l’arme à gauche, je souris.
      Mais si sous voulez pleurer, personne ne vous en empêche, allez au Mali, trouvez la tombe de ces 30 insurgés et recueillez-vous, puisque c’est à eux que vous envoyez vos larmes.

      Je te rappelle, Louise, que parmi ces insurgés se trouvent des types qui enlèvent des lycéens pour les endoctriner (et des lycéennes pour les marier), c’est que tu regrettes de pas avoir connu ce même sort ? T’as le fantasme inavoué de te faire capturer et engrosser sur les ruines de ton village ?

      C’est triste à dire, mais pour que les Français reprennent du plomb dans le crâne, faudrait que les raids des barbaresques reviennent avec trafic d’esclaves et tout. Histoire que les gens comprennent que la réalité, c’est pas discuter autour d’une tasse de thé parce que tout le monde il est beau et il est gentil ... La réalité, c’est un peu plus viril et digne que ça ...

       
    • Andouille !
      Fonce, va au front, et avant de tirer sur l’ennemi qui te canarde prends bien soin de compter le nombre de morts dans chaque camp. 1-0, 2-0, 2-1, 3-1, 3-2, 3-3... Ah c’est bon la paritée est respectée, je peux un buter un !

       
  • "La France" des Sarkozy, Hollande et Macron sont aux services des Anglo saxons ,il suffit de se rappeler que ces trois parasites précités protégeaient les frontières britanniques des clandestins du Quart Monde, et Sarkozy qui a volé 600 tonnes d’or de la banque de France pour les changer en papiers culs de couleurs vert , et Macron qui envoie des jeunes français se faire tuer pour les intérêts étrangers au Mali et au Sahel ! Ces cafards ne pourront pas indéfiniment maltraiter le peuple français,la roue tournera, ça c’est sûr !

     

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  • MORT POUR LA FRANCE ...
    Certainement pas !
    Pour l’uranium , le pétrole , je veux bien .
    Ah mais suis je bête , c’est pour lutter contre les terroristes et installer la démocratie , comme ici , ok .

     

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  • #2633238

    Depuis la Guerre d’Algérie, la France n’est guère brillante en Afrique.
    Paris-Elysée a-t-elle besoin de ce prolongement de la Guerre d’Algérie pour que l’on ne regarde pas trop sous ses jupes ?

     

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  • Rien sur la France qui a relâche des terroristes en payant une rançon , ces mêmes terros qui écument le Sahel.

     

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  • Mais que va donc faire la France si loin de ses frontières officielles ?
    Pourquoi s’arroger unilatéralement le rôle de gendarme dans ses frontières officieuses, celles de son pré carré francafricain ?
    La France ne devrait elle pas d’abord et avant tout attaquer le chômage, la précarité et la pauvreté exponentielle qui gangrènent le pays ?
    Pourquoi envoyer à la mort des soldats,
    sachant que cette guerre est perdue ( même si ces soldats savent que leur métier est dangereux) ?
    L’humilité ne commencerait elle pas à revoir ses prétentions en favorisant plutôt un règlement négocié, plutôt que de souffler sur les braises ?

     

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  • #2633532

    c’est en France que sont les Djihado-Muzzs-terroristes
    et Non pas au Sahel
    et c’est même Macron and Co qui les a fait rapatrier de Syrie-Iraq
    avec armes et bagages pour que ces mêmes Djihado-Muzzs-terroristes
    recommencent de plus belle en France avec bien sur l’aval et le feu vert
    de la DGSRI et de la DGSE
    puisqu’ils sont mis sur écoute, pistés, tracés et géolocalisés ...

     

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  • Intervenir unilatéralement chez les autres confine à la prétention. Laissons les gérer selon leurs codes, leurs problèmes. S’ingérer apporte plus de problèmes qu’il n’en règle. Dépenses inutiles, morts encore plus inutiles pour des objectifs obscures. Réintégrons nos frontières, l’armée y sera plus utile.

     

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  • Le Mali c’est une gouffre financier énorme 1 milliards par an,alors que les hôpitaux français sont endettés .La France n’a rien à faire au Mali.

     

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