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Chavez est-il antisémite… ou victime de l’antichavisme ?

Une enquête du Huffington Post a relancé la polémique sur les soupçons d’antisémitisme du leader vénézuelien Hugo Chavez. Le site accuse le président de chercher à produire un ennemi de l’intérieur à des fins purement politiques. En France, le Crif affiche plus de prudence.

Chavez antisémite, Chavez anti-juif. L’accusation court sur la Toile, dans les journaux américains, abondamment relayée par des sites libéraux français depuis plusieurs années. Elle a été relancée ces dernières semaines après la publication d’une enquête du Huffington Post, -célèbre site d’information américain marqué à gauche -sobrement intitulée « Chavez déclare la guerre aux juifs ».

Messages antisémites sur les murs, synagogues et écoles attaquées, médias appelant à l’expulsion du peuple juif. « Le tout parrainé par votre propre gouvernement » écrit Nora Zimmett, qui couvre l’Amérique Latine pour le site américain. « Si l’antisémitisme existe partout dans le monde, les Vénézuéliens juifs disent que leur cas est différent - parce que, au Venezuela, ils nous disent, que l’antisémitisme provient directement du gouvernement ». Son reportage a également donné lieu à un documentaire. Sur Twitter, la journaliste assurait début mai de ses sources à Caracas que « le gouvernement avait donné pour instruction à la communauté juive de ne pas regarder ce documentaire ».

UN ANTISÉMITISME OFFICIEL ?

La presse américaine suit de très près les faits, gestes et déclarations du président vénézuelien en la matière. La première salve est venue en 2009 de la Boston Review, prestigieuse revue du département de sciences politiques du Massachussets Institute of Technology, elle aussi plutôt marquée à gauche. Dans un article intitulé « Unis par la haine », deux chercheurs développent un long argumentaire tendant à démontrer comment la stigmatisation de la figure du juif visait à construire un ennemi interne et externe du chavisme à des fins purement politiques. « Ce qui est réellement en jeu dans la rhétorique antisémite du pouvoir est la caractérisation de toute opposition comme anti-nationale ». Pour les auteurs, l’antisémitisme de Chavez est « un symptôme de la faiblesse du régime », qui faute de tenir son administration, cherche à stigmatiser un ennemi commun.

Suivent une analyse du vocabulaire politique de Chavez où le juif est décrit comme manipulateur, un long paragraphe sur l’homophobie du régime, le doute sur l’appartenance nationale des juifs etc. A l’époque, l’article est abondamment commenté et critiqué sur le site même de la revue. Accusés de déformer et surinterpréter certains faits, de ne pas contextualiser suffisamment leur propos dans l’histoire du pays, les auteurs répondent point par point à ces critiques quelques semaines plus tard.

UN SCÉNARIO ANTISÉMITE ÉCRIT À WASHINGTON ?

Sur un site proche des milieux altermondialistes, Justin Delacour, docteur en sciences politiques et Eric Wintergerter, journaliste free-lance à Washington reviennent sur l’attaque d’une synagogue à Caracas, exemple abondamment cité dans la Boston Review, et que nombre de médias américains ont attribué à la politique ouvertement antisémite du régime. Les auteurs estiment que « cette couverture des médias illustre la tendance de la presse américaine à décrire la gauche de gouvernement latino-américaine comme un foyer de l’antisémitisme. Dans le cas du Venezuela, où le gouvernement n’a jamais fait de déclarations publiques antisémites, le scénario a été encouragé de trois façons principales : (1) attribuer les actes antisémites ou des déclarations faites par des citoyens au gouvernement, (2) confondre une critique légitime de la politique israélienne et antisémitisme, (3) s’appuyer sur des communiqués de presse d’organisations juives américaines comme l’ADL ou le Centre Simon Wiesenthal, souvent au détriment des organisations juives vénézueliennes qui se plaignent régulièrement d’être mal représentées ».

En 2006, les dirigeants de la communauté juive vénézuelienne avaient, par exemple, mis en cause les dirigeants du centre Simon Wiesenthal, les accusant d’interférer dans la politique vénézuelienne.

CHAVEZ PRÊT À COMBATTRE LES MANIFESTATIONS ANTI-JUIVES DANS SON PAYS

Sans nier la persistance de phénomènes antisémites dans la région, Justin Delacour et Eric Wintergerter écrivent que nombre de médias américains ont utilisé les mêmes méthodes contre les sandinistes au Nicaragua. Campagne, à l’époque, appuyée par le gouvernement Reagan désireux de recueillir des fonds américains du Congrès afin de mener une campagne brutale contre les sandinistes.

Quoiqu’on pense du personnage, cible régulière des médias occidentaux, la profusion d’articles sur l’antisémitisme présumé de Chavez tranche avec l’absence de publicité faite aux gestes d’apaisement dont il a été l’initiateur. Ainsi, en août 2008, la lettre Israël-Infos rapportait que Chavez s’était entretenu avec des représentants du Congrès juif mondial (CJM), déclarant notamment se sentir « profondément engagé à lutter contre l’antisémitisme ».

Le leader vénézuelien estimait que cette rencontre avait constitué « un moment très important » et qu’en dépit des « désaccords sur la question du Moyen-Orient », des « liens de paix et d’amitié » le rattachent à la communauté juive. Le Sécrétaire général du CJM, Michaël Shneider, a de son côté indiqué : « Nous avons fait part de nos inquiétudes au président Chavez concernant le retour du phénomène antisémite, et il a assuré nos responsables être prêt à en combattre les manifestations dans son pays ». Chavez, qui a tenu à préciser qu’il n’a « jamais été antijuif », a enfin appelé à l’instauration d’un « dialogue constructif entre les trois religions monothéistes ». Information passée totalement inaperçue à l’époque. En France, le Crif affiche une certaine prudence vis à vis des accusations d’antisémitisme officiel portées par la presse américaine, focalisant son attention sur la politique anti-israelienne de Chavez et son soutien affiché à la nation iranienne, positions susceptibles de favoriser des phénomènes d’antisémitisme.