Egalité et Réconciliation
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Clefs de lecture #16 – Commentaires sur la Phénoménologie de l’Esprit de Hegel (partie E)

Animé par Mohamed Ridal, l’atelier Clefs de lecture a pour vocation de fournir une aide à ceux qui ont des difficultés à lire. L’objectif est de choisir une œuvre connotée « dissidence » et réputée ardue afin de l’étudier sur plusieurs séances. Le principe est d’aider à la compréhension de textes obscurs en donnant des clefs de compréhension afin de déverrouiller le texte.

Cette émission d’ERFM est produite en collaboration avec la section Île-de-France d’Égalité & Réconciliation.

 

Clefs de lecture #16 – Présentation

Nous terminons notre série sur la Phénoménologie de l’Esprit par la dialectique du Maître et de l’Esclave. Grâce à celle-ci, Hegel nous apprend quel est le principal moteur de l’Homme, quelle est la nature du désir dans les sociétés humaines et comment un peuple peut se révolter. Nous prolongerons la réflexion de Hegel dans divers domaines, allant des réseaux sociaux à la paléoanthropologie.

 

Chapitrage :

- Qu’est ce que la dialectique du Maître et de l’Esclave ?
- Le moteur de l’Homme et le désir
- La formation de l’Esclave, la révolution du mode de production par le mode de production et le coup d’État
- Les réseaux sociaux et la lutte pour la reconnaissance
- Le parallèle entre André Leroi-Gourhan et la Phénoménologie de l’Esprit
- Conseil de lecture et de conférence pour aller plus loin

 

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9 Commentaires

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  • Merci beaucoup Mohamed pour le pdf sur Clouscard ! C’est vraiment clair et concis. Les émissions audios aussi sont excellentes, mais les concepts sont tellement denses que j’ai du mal à tout assimiler en l’écoutant, ça va trop vite. C’est cette émission qui m’a fait comprendre pourquoi il est bien indispensable de communiquer des pensées complexes à l’écrit.

     

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  • #3066803

    Plus d’une heure de durée ? Parfait ! Il fallait au moins ça pour traiter ce vaste sujet en profondeur merci.

    Hâte d’écouter ça dans les transports en commun avant d’arriver au boulot.

     

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  • Ces exposés me plaisent énormément. Merci E&R.

     

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  • Bonjour l’ami, ta fougue me plaît,

    ce que je m’apprête à te dire est plutôt long. J’espère donc que le modérateur publiera l’intégralité de ses paragraphes conformément à l’ordre d’envoi de manière à ce que le sens n’en soit pas brouillé. Pour faciliter la tâche, j’indiquerai des parties. Commençons et restons francs.

    Partie 1 : Tout d’abord, tu confonds, comme la plupart des commentateurs de Hegel dont tu t’inspires évidemment, la dialectique du maître et de l’esclave d’avec la totalité de la position exposé dans ce livre. Te conforte l’idée que toute chose de l’esprit, chez Hegel, fonctionne de la même manière. La sensibilité, l’entendement, la conscience de soi, l’esprit, etc. Dans ces conditions, de trois choses l’une : ou bien chacun des moments de la phénoménologie n’a d’intérêt que relativement à la règle générale qu’elle déploie pareillement à la manière dont elle se déploie dans les autres étapes du dévoilement de l’esprit, et dans ce cas, la lecture de la phénoménologie en son entier est superflue, et qu’un seul moment entendu suffit à l’entente de l’intuition géniale qui s’y décline comme œuvre entière selon une multitude de formes (comme si finalement toutes les situations que révèle ce texte n’avaient pour seule fonction que de prouver, en manifestant l’incidence réciproque du logique sur le réel, l’évidence du caractère dialectique du devenir) ; ou bien chaque moment dévoile la spécificité fondamentale d’une situation irréductible à ce nous comprenons d’avance comme règle générale de l’esprit, et dans ce cas, chaque moment peut être lu, en plus de constituer un tout plus grand que soi, comme une singularité historique en tant que telle et valant pour elle-même à titre de preuve de soi, plus qu’elle ne vaudrait comme preuve du caractère totalement dialectique de l’être du monde ; ou bien enfin la " relation " maître/serviteur caractérise un moment archétypal à l’aune duquel tout ce qui est dit avant et après, doit être supérieurement interprété, comme si la phénoménologie en son entier était fondamentalement un point de détail de ce moment décisif.
    A l’évidence, la décence t’obligera à reconnaître qu’il ne peut en être selon la troisième possibilité, et que le texte en son entier demeure supérieur à ce seul moment. Seulement..,

     

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  • Partie 3 : cet homme fait face à ses problèmes ; et c’est pourquoi, le type de reconnaissance auquel aspire son désir est sans commune mesure d’avec nos désirs. Appréhendant le type qui est singulièrement en jeu ici comme archétype du désir humain, les hégéliens trahissent une fois de plus leur incompréhension de ce que signifie histoire, car l’histoire est aussi l’histoire d’un désir dont la puissance dépasse radicalement, en possibilité, l’élan initial de son premier surgissement comme dernière expression de la vie biologique humaine.
    Considérer que ce dont il est question avec Hegel, est le désir en tant que tel et de toute éternité, là où il fut le premier à dévoiler l’essence du logique comme histoire et devenir, c’est tenir un paradoxe tout à fait insurmontable. L’absolu n’est sans doute par rien qui manifeste le sens final de vérité comme dialectique, mais les moments qu’il traverse sur le chemin de la connaissance de soi, ne sont pas plus des absolus en soi qu’ils ne peuvent caractériser pour nous, du fait de n’être pas des absolus, des vérités archétypales sur ceci ou sur cela. Ces moments sont des daseins. La question qu’il importe donc de se poser pour se garder d’une interprétation anachronique et tout à fait contraire à l’esprit du texte est la suivante : à ce moment-là, qui sont « les hommes » dont parle Hegel ? Quel est, pour reprendre Heidegger, leur dasein ? Pourquoi le désir, à ce moment-là, revêt-il cette forme singulière, voire fondamentale, comme mode historique de l’apparition de l’existence ? Et d’ailleurs, est-on bien sûr que la relation maître/serviteur se passe entre deux hommes, plutôt qu’à l’intérieur d’un seul ?
    Avant d’entrer dans la lettre même du texte, la table des matières nous en indique déjà l’esprit. D’elle, nous pouvons déjà savoir que l’homme – ou plutôt le dasein, ou plus exactement encore l’animal-homme – dont il est spécifiquement ici question, connait le système du besoin comme dynamique nécessaire de la destruction des choses, des choses qui sont tout à ce quoi il aspire pour l’heure comme purs moyens du maintien de sa vie dans l’être ; on sait également que ce dasein ne connait pas encore l’organisation des choses selon le besoin ; enfin, on sait qu’il ne sait ni l’éthique, ni la religion, ni la politique, ni l’amour. Pour l’heure, un tel dasein est l’animal qui a le corps de l’homme.

     

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  • Partie 4 : Le travail que l’animal-homme s’apprête à opérer sur les choses du besoin en vue de la pure subsistance deviendra par suite le modèle effectif du travail sur soi, ménageant ainsi une place à l’éthique comme mode désormais essentiel, et essentiellement problématique, de l’existence humaine. Autrement dit, nous savons de la table des matières, que de l’éthique arrive, qu’un animal se sera rendu capable d’éthique. Reste à savoir pourquoi.
    L’animal humain qui désire donc à ce moment-là n’ignore manifestement pas qu’une pomme nourrit, mais, à l’instar du chien, ignore le bien, le mal, l’injustice, l’administration du système des besoins, la division du travail, dieu, Netflix et la lutte des classes. Ce dasein n’est littéralement pas le nôtre, et toute comparaison d’avec lui ne serait qu’enjamber une fois de plus le colosse de Rhodes, ce que d’authentiques philosophes ne peuvent manifestement pas faire sans renoncer à la philosophie elle-même. (Ici, j’étais censé parler du bouquin de Marquet, assurément parlant mais pareillement anachronique).
    Hegel parle donc de la chose qui initialement a désiré, sans par ailleurs connaître ni le bien, ni le mal, ni la division du travail, ni le second traité du gouvernement de Locke. Sans doute savait-il déjà que le sel était blanc et piquant (en même temps), que le « là » était finalement partout, et que le temps était toujours là – c’est-à-dire partout – mais ce " dasein " n’est pas encore Robinson, n’est pas encore le dépositaire échoué – et donc exclusif – des normes bourgeoises de l’Angleterre post-lockéenne. Contrairement à ce que tu dis, la domination spontanée – sans la moindre lutte – de Robinson sur Vendredi, n’est pas du tout l’expression d’un archétype fondamental de désir dont Hegel nous aurait exposé le sens dans ce passage, mais traduit bien plus réalistement le sens de travail (ainsi que la place historique d’un tel sens) qui domine le dasein anglais de la société post-lockéenne. Robinson - censé représenter malencontreusement le maître chez Hegel - travaille, et travaille plus que le serviteur. De même, si Vendredi s’y soumet, ce n’est pas du tout à l’issue d’une lutte délibérément entreprise en vue de manifester une contradiction d’avec une conception du travail qu’il n’est pas même capable d’entendre, mais précisément, parce que son dasein ne comprend littéralement rien aux concepts et idées qui structurent Robinson.

     

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  • Partie 5 : et c’est en ce sens que Robinson Crusoé signifie davantage le triomphe de l’idéologie anglaise au 17ème, qu’il ne manifeste la réalité éternelle du désir humain. Et plus exactement encore, il s’agit de montrer par le moyen même du triomphe facile sur Vendredi, la validité supérieure, sur le plan de la raison, des concepts anglais que Vendredi reconnait presque spontanément comme les meilleurs. De même, l’exemple dont tu te sers en parlant de Rousseau n’est pas valide ; la domination qu’il s’enthousiasme de ne pas voir dans les bois, n’est pas du tout de même nature que ce qui se joue dans la " relation " maître/serviteur. L’inégalité dont il est question pour Rousseau, n’existe pas avant d’être reconnue comme telle. Dans le second discours, l’inégalité existe en fait de ce que les gens la reconnaissent comme telle notamment à travers l’usage des superlatifs « il danse mieux », « il est plus généreux, plus fort » etc. Si bien que la domination dont il est question chez Rousseau, et qui qualifie la nature même de l’injustice a posteriori dévoilée par le sentiment éthique, requiert initialement la société comme pouvoir de normalisation des différences qui constituent les propriétés remarquables des gens. La domination dont il se désole - la société civile - est à la fois ce dont il se désole et ce qui rend possible, paradoxalement, le sentiment éthique qui s’en désole.
    L’injustice, telle est l’idée de Rousseau, appartient moins à ce que les anciens appelaient « nature humaine », ou « complexe de facultés », qu’elle vient après la propriété idiote sur le mode du sentiment éthique qui en dérive en réaction. Pour Rousseau, la domination n’est pas une donnée fondamentale de la relation sociale, puisqu’elle engendre l’éthique - ou contrat social - qui lui est ennemie. Autrement dit, ce n’est pas parce qu’il y a de l’homme qu’il y a de l’injustice, mais c’est parce qu’il y a des idiots qu’il y a de l’éthique en réaction à l’idiotie. Si le bien et le mal dérive malheureusement de la bêtise humaine, malheureusement, seuls le bien et le mal peuvent encore faire quelque chose pour cette bêtise.
    Seulement, avant la domination, pas de bien, pas de mal, que des différences qui ne sont pas encore des valeurs. Là où Rousseau pose le dasein d’avant la domination, comme vie esseulée, Hegel le pose comme pure vie animale relativement à la seule question du besoin.

     

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  • Partie 6 : la domination dont se désole donc Rousseau n’est pas la domination avant l’éthique, mais la domination telle que le sentiment éthique nous la révèle. Si bien que lorsque Rousseau prétend au nom de l’éthique se désoler de la domination, il ne dit assurément pas la même chose que ce qui est révélée aux yeux du dasein animal, et qui n’est en aucun cas de nature éthique. Le moment dont parle Hegel est tout à fait différent qui n’est pas encore le moment éthique. Si bien qu’une injustice n’a fondamentalement pas lieu qui n’est pas vue comme telle. Là où seule de l’éthique peut faire apparaître du juste et de l’injuste, voire même de la domination, le dasein de Hegel n’a pas encore de réalité éthique, mais seulement une réalité de fait, l’animalité. Poser la nature de la relation maître/serviteur comme inégalité et injustice, implique anachroniquement l’éthique que l’animal-humain ne possède pas encore. Si cette relation nous apparait rétrospectivement comme inégalité, à proprement parler, elle ne peut apparaître ainsi au dasein qu’il met en scène. En revanche, apparait tout à fait sûrement une première différence de fait derrière laquelle est indiquée une première différence d’esprit, laquelle ne constitue pas encore une éthique, mais qui indique l’éthique. Dans le conflit - qui peut être intérieur au dasein (la dialectique n’étant pas seulement le devenir de ce qui est extérieur) - entre deux puissances distinctes, des puissances se sont exprimés distinctement pour faire monde. L’une a gagné, l’autre a perdu. Si l’une a gagné et que l’autre a perdu, ce n’est pas parce que l’une est plus forte que l’autre, mais parce que, nous dit Hegel, la première a pris un plus grand risque que l’autre. Dans cette lutte à mort qui décidera de l’avenir humain, un seul maître apparaît initialement : c’est la mort elle-même. Celui qui gagne est celui qui ne respecte pas le seul vrai maître ; celui qui, parce qu’il ne craint pas la mort comme maître, ne respecte pas la vie, et n’est donc pas encore lui-même, c’est-à-dire le Mortel.

     

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  • #3069418

    C’était excellent ! Une des meilleure émission de podcast que j’ai pu écouter.

    Je crois que c’est déjà dit en fin d’emission mais quel livre conseillez vous pour commencer Hegel ?

     

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