Egalité et Réconciliation
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Des éditeurs, des correcteurs et de la presse...

1ère partie : France, mère des arts…

Des éditeurs

Des correcteurs

Et de la presse,

dont, jusqu’à Internet, on ne pouvait se passer pour atteindre ses lecteurs.

Jamais je n’ai rêvé, voulu ni même envisagé de devenir écrivain.

J’ai connu des gens qui considéraient la chose comme désirable. Par exemple mon père, un jour, a dit devant moi : « J’écrirais bien un livre ». Il ne savait pas sur quoi et ne l’a jamais fait. Mais certainement il aurait aimé avoir son nom sur une couverture, et pouvoir dire « j’ai écrit un livre ».

Moi, non.

Par contre, j’écrivais, tout le temps, comme on respire, et très exactement comme on respire : quand on s’arrête, on meurt. J’avais l’impression que c’était le cas. J’écrivais pour ne pas mourir, pour ne pas garder en moi le flot ravageur des cris que je savais devoir ne pas pousser. Ça ne se fait pas de hurler. Alors, j’écrivais.

J’étais depuis peu la secrétaire d’un des pontes de l’édition parisienne, qui m’avait embauchée parce que je ne faisais pas de fautes d’orthographe. Il écrivait quatre courriers par an, mais c’était encore trop pour lui, aussi voulait-il être sûr d’en être déchargé sur quelqu’un qui soit susceptible d’écrire correctement. C’était mon cas.

Donc je n’avais rien à faire. Alors, j’écrivais. Et mon patron ne trouvait rien à y redire.

- Et qu’est-ce que vous écrivez là ? vint s’enquérir un jour une adorable Jeanne, une des lectrices de la maison. Je me souviens d’avoir levé vers elle un regard brouillé de larmes et d’avoir dit que c’était mon histoire, ma vie.

C’est mon patron qui l’envoyait car elle était, selon lui, la lectrice la plus sûre, celle en qui il avait le plus confiance.

Je jure sur ce qui m’est le plus cher que jamais, jamais je n’aurais imaginé ce qui suit. Quand elle eut pris connaissance des quelques centaines de feuilles de papier-pelure que je lui avais confiée, elle vint me voir.

- Marion, c’est génial. Jamais je n’ai vu un récit aussi poignant. Incroyable ! Bien sûr, ce n’est pas encore un livre, il faut beaucoup travailler. Mais vous êtes un écrivain Marion, je n’ai pas de doute là-dessus.

Et c’était son métier de le savoir.

Jamais celui qui assurait lui faire confiance ne voulut donner suite.

La première de ses raisons était valable : mon texte était plein de fautes, écrit au kilomètre, sans aucun recul, ce n’était ni fait ni à faire.

Jeanne voulait m’aider à travailler, c’était son métier, c’est à ça qu’on la payait. On lui répondit qu’il n’était pas question qu’elle le soit à travailler avec moi. En dehors si elle voulait, pas dans la maison.

Pourquoi ? Ce ne pouvait être pour des raisons financières : la maison venait de décrocher le Médicis, le Médicis étranger, le Renaudot, le Goncourt et même le Nobel de littérature, l’argent entrait à flot. J’étais placée, comme secrétaire du patron, pour voir quelles sommes ahurissantes la maison versait en à-valoir à des auteurs payés à produire des récits insipides et nombrilistes, vide et emmerdants…

On ne lui donna pas de raison, mais non, ce fut non. Même après que j’eus, des mois et des mois durant, peaufiné, refait, réécrit, travaillé, encore et encore, prenant du recul, changeant d’angle, me relisant tout haut…

Non, parce que non.

Je n’ai su que longtemps après, parce que j’avais conservé une amie dans la place, la raison de ce refus si peu professionnel.

Quand mon patron parla de la possibilité de publier mon livre, il souleva autour de lui un tollé général : éditer la secrétaire ?

Hors de question.

On ne mélange pas les torchons et les serviettes. Chacun à sa place. Le petit personnel aux ordres, aux gens de bien la littérature.

 

France, mère des arts…

 

En 1989, Jeanne donna mon manuscrit à une de ses amies éditrices qui aima instantanément mon récit et voulut immédiatement le publier. Sylvie me fit travailler, encore et encore, pour que ce soit encore plus vrai, encore plus fort. J’ai appris à écrire avec deux femmes obstinées et aimantes, convaincues et généreuses, qui voulaient que je réussisse à faire du déroulé pathétique de mon existence, un livre accessible à tous, bien construit, bien écrit.

Jeanne me corrigeait. Gentiment, à l’aide d’un crayon noir, elle annotait dans les marges mes erreurs de style. Je me pliais de bonne grâce à ses remarques et j’en profitais pour réviser mes connaissances : par exemple, on ne dit pas « arrêter de », « mais cesser de ».

Le jour de la présentation du livre aux représentants, je m’en souviendrai toute ma vie :

- Je t’interdis de pleurer, m’avait dit Sylvie. Si jamais tu pleures, je te claque. Tu vas y mettre tes tripes et chasser tes larmes. Montre leur ce que tu sais faire.

J’avais trois minutes, montre en main, pour dire 220 pages.

Quand une salve d’applaudissements entrecoupée de « bravo ! bravo ! » monta de la salle, je croisai le regard de Sylvie qui me gratifia du plus beau sourire du monde. Ce public enthousiaste était des commerciaux qui s’apprêtaient à proposer mon ouvrage aux libraires de France. Le succès allait venir, c’était évident. « Le Petit coco » a fait la une de toutes les librairies de France.

Seulement voilà, il n’y eut pas la presse. Rien ou presque, en tout cas aucun des grands médias qui font et défont les succès de librairie. Toutes les semaines j’ouvrais en tremblant la page livres du Monde, je cherchais dans Le Point, l’Express, Libé et les autres. Rien, pas une ligne.

La radio ? Oui, quelques locales, à des heures impossibles.

La télé ? Il y eut cette longue, très longue interview pour une émission littéraire hebdomadaire, sans aucune suite.

Sylvie croyait en mon livre, elle demanda à son attachée de presse de m’organiser une tournée en province, pour aller à la rencontre de la presse régionale. Elle y croyait, Sylvie, elle en voulait. Et comme Jeanne, c’était son métier.

Je revins de ma tournée gonflée à bloc. Les contacts avaient été enthousiasmants, je garde de ces rencontres avec des gens qui avaient lu mon livre un souvenir ému. Certains s’étaient retrouvés dans mon histoire, j’avais touché des cœurs…

Pas celui de l’attachée de presse en tout cas. Une jolie fille enjouée, mais un peu bizarre par moments. A Marseille, alors que je m’apprêtais à faire un petit somme avant d’aller dîner le soir de notre arrivée, elle me fit déménager en catastrophe de l’hôtel où nous étions descendus pour en changer illico. Quoi ? Dormir dans une vulgaire usine à sommeil, un de ces hôtels sans âme qui ouvrent dans toutes les villes à la même enseigne !

La belle n’en aurait pas fermé l’œil. Elle n’a eu de cesse que de nous installer sur le Vieux Port, dans un machin plus à sa pointure, un hôtel avec moquette, fleurs dans les vases, lit format F2 à lui tout seul.

Bizarre, disais-je. Et un peu crétine peut-être, non ?

En tout cas, rigoureusement maîtresse à bord pour ce qui concernait la promotion de mon livre.

Jeanne imputa la catastrophe qui suivit à son incompétente et à son hostilité. Elle m’assura avoir vu la donzelle passer des heures entières au téléphone avec ses copains journalistes des grandes rédactions, draguant, rigolant, organisant ses soirées mais ne disant un mot du livre sur lequel la maison comptait.

Je l’ai vue pour ma part téléphoner à Mexico pour avoir un renseignement qu’elle pouvait trouver en montant à l’étage au-dessus.

Et Sylvie n’y put rien : des centaines et des centaines d’exemplaires de mon livre, dûment placés en vitrine par les représentants enthousiastes, prirent le chemin du retour à l’envoyeur. Une éditrice, une lectrice professionnelle et des dizaines de représentants avaient cru en moi mais la presse n’avait pas suivi : le bide fut total.

- Je te l’avais bien dit, ricana certain syndicaliste de mes connaissances.

Depuis le début il n’y croyait pas et me traitait de dinde d’y croire. Qu’est-ce qu’il en savait ? Il ne m’avait pas lue et ne voulait surtout pas me lire. Des conneries de bonne femme, il avait mieux à faire.

Personne mieux que lui n’aurait pu, s’il avait voulu, me donner le coup de pouce qui aurait bousculé les barrières. Responsable national d’un syndicat de journalistes, il pouvait beaucoup. Beaucoup. Et d’autant plus que – mais je ne le sus que longtemps plus tard – il était non seulement trotskiste, mais également franc-maçon.

Et qui peut affirmer qu’il ne fit rien ?

(à suivre)

Entretien vidéo :
Marion Sigaut présente son livre "Du Kibboutz à l’Intifada"
 
 



Article ancien.
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25 Commentaires

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  • #146140

    Le talent n’inclu pas obligatoirement le succès sans la béquille journalistique...ça doit etre vrai !
    combien de livres ai-je acheter après un passage de l’auteur dans une emission d’une heure sur radio-courtoisie ancienne mouture ?

    à contrario,les livres les plus commentés dans les médias doivent,pour se vendre,avoir,tout de même,une qualité autre que le nom de leur auteur...y’à qu’à voir ceux de Botul qui dispose d’un réseau inégalé dans le monde de l’édition et qui ne vend rien de plus que ceux d’un ecrivain moyen !!!

    Ah,si tu n’avais causer que du kibboutz,tu aurais eu ta place dans une rubrique du Point et ton couvert au diner du Crif...la présentation à la cour des rois soleil ..les portes du royaume germanopratin ouvertent en grand sur le succès
    ... forcement.... !!

    Un archiviste avait constater en consultant les listes de bibliotèques de particuliers au XVIIIe siècle,que de grands écrivains comme Diderot ou J.J.Rousseau étaient pratiquement inconnu de ce temps...leur succès n’est venu qu’après la révolution....comme quoi... !!

     

    • #146204

      Pas surprenant du tout. Consternant.
      Balzac, Maurras, décrivent bien ce phénomène qui existe partout même chez les anlo-saxons.
      Par principe je n’achète jamais les livres à succès, je me fournis principalement chez DPF qui édite tout ce que le système hait et refuse lui aussi par principe.
      Si je n’avais découvert par le "net" "Comprendre l’Empire", je ne connaitrais ni Soral, ni Jovanovic, ni Lamarque, ni d’autres totalement évincés du système impérial.
      Il y avait un site, en sourdine aujourd’hui, "les Manants du Roy" qui faisait bien son exercice d’analyse littéraire en son temps d’activité.
      Je précise que je n’ai pas la télévision, bien qu’ayant été producteur trois ans, la radio oui, un peu.


    • Botul ? Vous voulez parler de Jean-baptiste Botul ? C’est un canular littéraire créé par Frédéric Pagès.
      "Landru, précurseur du féminisme" (Mille-et-une nuits n°358).
      Remarquez que le bhl s’est lui-même fait avoir.


    • #146901

      Une merde intégrale peut faire un succès phénoménal grâce aux médias. L’échec de Botul en dépit d’un soutien médiatique important s’explique tout simplement par le fait que de la merde doit au minimum être divertissante pour se vendre. Or Botul nous fait de la merde chiante ! Une employée de bureau qui lit un roman dans le RER en rentrant du boulot a besoin de quelque chose qui stimule son système limbique et cerveau reptilien, ce qu’échoue à faire la prose de BHL...


    • #153573

      @ Greg

      Botul est le surnom donné ,depuis un certain canular,à BHL puisque ce dernier a validé la thèse ,développé par Frédéric Pagès, dans un de ses livres ilisibles mais tellement vanté sur les médias !!!!
      On l’appelle,aussi,Bernard-Henri Botul...sur France inter !


  • #146265

    On peut trouver cet ouvrage rare, en occasion sur le lien suivant en attendant sa réédition par notre maison d’édition.
    http://www.amazon.fr/petit-coco-Mar...
    Merci Marion . Te lire et t’écouter c’est que du Bonheur.
    Affectueusement

    Philippe


  • Votre histoire ressemble un peu à la mienne. J’ai deux essais dans un tiroir jamais édités.
    J’ai eu de nombreux lecteurs enthousiastes dont certains m’auraient baisé les pieds. Parfois ils étaient eux-mêmes édités ou éditeurs. Curieusement, par la suite, je n’ai jamais eu de réponse de ces éditeurs qui soi-disant répondent toujours.

    A vrai dire, ça ne me touche pas autant personnellement, mais c’est dommage, parce que ce sont des bouquins utiles. Je pense vous en envoyer un. A quelle adresse ?

     

    • #146665
      le 04/05/2012 par Marion Sigaut
      Des éditeurs, des correcteurs et de la presse...

      Comme je ne suis pas éditeur, mais lectrice pour mon propre compte de dizaines d’ouvrages qui ont tendance à s’accumuler sur la table de travail, je ne saurais vous conseiller de me l’envoyer.
      Merci quand même.


  • #146661

    A l’heure actuelle, pour percer dans le domaine des arts et des lettres il n’y a pas trente six solutions.Soit on est un surdoué, soit on joue la carte du réseau, du relationnel, c’est à dire du piston.

    Je ne crois pas que le système soit assez fort pour empêcher l’éclosion d’une vraie vocation, d’un vrai talent, d’une intelligence hors du commun.
    La tragédie, c’est l’incroyable différence de difficultés que rencontrent les vrais gens de talent par rapport aux médiocres.

    Mais ne dit-on pas que l’intelligence est invisible à ceux qui n’en ont pas ?

     

    • #146741

      On peut être surdoué dans un domaine. Si t’as pas le nom, pas les relations, pas le piston, tu seras considéré comme un ennemi de la caste.

      Les médiocres le sont uniquement parce qu’ils savent qu’ils seront pistonnés.

      Le piston, le favoritisme, voilà la menace qui détruit le pays.
      - BHL vend à peine 4000 boucains, il a pignon sur rue.
      - il tombe dans un piège grossier - Botul dont la philosophie est le "botulisme", hahaha ! -, encore pignon sur rue.
      - A l’université, à haut niveau - bac +4/5 - on "gonfle" certaines notes au dela du raisonable au moment le plus opportun pour certains étudiants - jusqu’à des 19/20 pour un travail d’étude et de recherche -. Les autres, qui voient bien la supercherie, n’ont que les yeux pour pleurer quand ils restent sur le carreau. les profs appellent ça la "démocratie".
      - En médecine, on prend des points à un étudiant pour les donner à un fils de médecin qui a raté ses exams. Juste pour le "mérite".
      Il ne faut rien faire, rien dire, c’est la démocratie. Pour que la pillule passe, gavez-vous d’émissions débiles trois heures par jour, vous n’en serez que plus "intelligents". Vous saurez vous comporter en société, aurez un meilleur "relationnel", ce qui est vital. En plus, c’est utile pour "oublier" vos "mésaventures".

      Osez contester, et c’est direct à la rue au RSA !

      Hervé


  • #146863

    Mme Sigaut : le talent (que vous avez très certainement) n’inclut pas le succès, qui dépend de nombreux autres facteurs, dont une grande partie de chance. Connaissant assez bien un autre milieu artistique, celui de la musique, c’est flagrant. Les relations (les "bonnes") et l’argent "bien" investi (publicité, communication) sont au moins aussi importants, voir bien plus déterminants que la qualité de l’oeuvre.

    Une chose positive et même cruciale dans tout ça : votre rage, votre sensibilité et votre honnêteté n’ont pas été anesthésiés par la pilule hypnotique du système. Vous marchez droite dans vos bottes et des gens passionnés vous lisent (et vous éditent...) Je trouve cela très beau et j’ai hâte de découvrir vos écrits.

    Bien à vous.

     

  • #147065

    Hervé,

    Je partage tout à fait ton sentiment.J’ai l’impression que dans les périodes de croissance d’un Etat ou d’un Empire, le pouvoir (sous toutes ses formes) a suffisamment confiance en lui-même pour miser sur des talents prometteurs.A l’inverse dans les périodes de crise, on fait de la reproduction d’élites, du clonage.Aujourd’hui c’est même encore pire, le niveau baisse, c’est vraiment la décadence !

    En fait ce que je voulais dire c’est que malgré tout, Alain Soral, Dieudonné, Marion Sigaut ils ont réussi à concrétiser leur potentiel.
    C’est déjà bien de savoir ce que l’on désire faire de sa vie.Si je n’ai rien fait de ma vie moi, j’ai tendance à me le reprocher à moi-même.Je m’intéresse à tout mais jamais assez pour en faire un vrai talent.
    Je suis en train de lire "les Confessions" de Rousseau, et je me dis quand je vois son parcours...Tout n’est peut-être pas foutu pour moi.

    La reconnaissance, cela fait toujours plaisir à l’égo.Cependant il faut se poser la question par qui est-on reconnu ?Pour un chanteur ou une chanteuse, il vaudrait peut-être mieux aujourd’hui la simple et honnête reconnaissance d’un entourage familier, de musiciens de qualité à celle d’une foule en délire aux cerveaux atrophiés.

    La vrai succès, c’est l’indépendance.Pouvoir vivre de son talent.

    Je voulais finir en disant, le problème de demain, ça sera peut-être même pas que le système empêchera des talents de s’exprimer.C’est qu’il y aura de moins en moins de gens talentueux.Quand on voit à quel point le niveau baisse partout...Il faut un minimum de formation extérieure, même pour se former seul.

     

    • #147333
      le 05/05/2012 par Marion Sigaut
      Des éditeurs, des correcteurs et de la presse...

      Vous avez quel âge pour parler comme ça ?
      Vous trouvez vraiment que le niveau baisse partout ?
      Je ne trouve pas...


    • #148242

      A Marion Sigaut et Apocalypse.

      Attention, ce n’est pas ce que j’ai dit. Je ne dis pas qu’il existe une baisse généralisée du niveau. Je dis au contraire qu’il y a des gens qui, compte tenu de leur milieu d’origine, ont fait "exploser" leur niveau, c’est à dire sont allés bien au-dela de la "limite", des gens que, jeunes, le milieu scolaire a essayé de descendre JUSTEMENT parce qu’ils avaient le niveau et le montraient - mon directeur de collège dont j’ai déjà beaucoup parlé a dit un jour à mes parents "votre fils est intelligent, mais alors, quelle gueule de con. Ouiiii, vous comprenez, en plus il n’a pas peur de le montrer aux autres !" -, des gens qui ont fait la preuve que le talent n’est pas une question de milieu social MAIS de relations. Or :

      - si vous êtes de milieu modeste, alors les relations sont fort peu probables et votre talent, vous pouvez vous le mettre où je pense, quel que soit votre niveau dont vous n’aurez peut-être même pas conscience. C’est d’autant plus rageant si vous êtes de bon niveau.

      - si vous êtes d’un milieu "favorisé", vous aurez des relations, et vous passerez grâce à votre « talent » - comprenez vos relations ou celles de vos parents, même si vous n’avez objectivement aucun talent -.

      Combien d’enfants ne s’interessent à rien à l’école simplement parce qu’ils ont compris ça ?
      Et combien de bons élèves pourtant du même milieu se sont fait taper dessus sans comprendre ce qui leur arrivait, par les cancres mais aussi par certains profs, parce qu’il ont eu le malheur de s’intéresser à quelque chose en espérant se sortir de leur misère visible.
      Je suis de ces derniers, bien que j’ai commencé en étant très mauvais. L’instit de CE1, je me rappelle encore, voulait me "déclasser", me renvoyer en CP, et le disait devant toute la classe. Je referais un CE1 l’an prochain. Notez le conditionnel. En effet, cela ne se produisit point ; je finis l’année à la 5e place ; l’instit crut alors que mes parents me battaient ! Bien sûr, cela n’a jamais été le cas. Juste qu’entre temps, la musique puis surtout passion des volcans volèrent au secours du gamin désemparé que j’étais. Moqué d’abord pour être très mauvais, je fus raillé encore plus ensuite, jalousé pour être souvent très bon sans avoir oublié jamais le "très mauvais", d’où la saillie du dirlo entre autres.

      Je m’arrête là. Je préfère. C’est juste ue une question de relations. C’est consternant. Dénoncez-le et on vous dit de tout.


  • ça me rappelle un pamphlet théâtral concernant ce "milieu" écrit il y un bout de temps par les frères Goncourt : Les hommes de lettre ... Tout a si peu changé ...


  • #147616

    Mme Sigaut

    Ne voyez aucune condescendance ou prétention dans ma manière de m’exprimer.Très franchement je n’en ai pas les moyens.Je n’ai aucune formation intellectuelle, mes expériences professionnelles se limitent au ménage en maison de retraite, à la plonge dans la restauration, à l’Armée et aujourd’hui je travaille joyeusement à la chaîne.

    Quand je dis que le niveau baisse partout, je pense surtout au niveau d’éducation.Je parle de civisme, de morale, de politesse, d’honnêteté, de probité, de justice, de conscience politique, d’honneur.
    J’ai pu mesurer moi-même par ma propre expérience à quel point l’école était devenue impuissante, insipide et incapable.Tout élève qui montre un peu trop d’entrain et de curiosité sera rejeté par le reste de la classe."oh l’intello !" qu’on dira.

    Plus on détruit les règles, l’autorité, l’éducation, et plus on empêche les individus de se construire et de s’épanouir.Moi je ne sais pas si le niveau baisse partout, mais je suis sûr d’une chose, les gens n’ont pas l’air très préoccupés à le faire monter.

    Sinon j’ai 27 ans par ailleurs.Moi je ne sais pas grand chose, j’ai simplement le sentiment que le niveau de langage, la qualité de diction, la pertinence des mots choisis par nos élites, nos experts et nos gouvernants, tout cela tend de plus en plus vers la médiocrité, la psychologie de bas-étage, la manipulation.
    Les gens lisent de moins en moins, regardent de plus en plus la télé.Comment le niveau pourrait monter ?Quels sont les modèles de réussite que l’on nous présente ? Et sur ce sujet, on peut dire que la catastrophe est très visible du côté des jeunes issus de l’immigration...

    Charité bien ordonnée commence par soi-même, j’essaie de faire monter mon propre niveau en consultant ce site internet.En voyant que les vidéos les plus regardées sur youtube sont un clip de Justin Bieber et un autre de Lady Gaga, je n’arrive vraiment pas à me convaincre que le niveau augmente.je renifle la décadence, le renoncement, la dépression...D’ailleurs le progrès dans l’Histoire n’augmente jamais de manière linéaire.Parfois on régresse.

    J’espère ne pas utiliser un ton trop péremptoire.J’ai bien ramassé moi déjà, comme on dit dans l’Armée, alors mon niveau de ressentiment, de rejet et de colère envers ce système et tous les énergumènes qui le composent augmentent du même coup.
    Je tenais à préciser ma situation socio-économique parce que c’est bien de savoir d’où on parle.

    Tous mes encouragements pour vous.

     

    • #147947
      le 07/05/2012 par Marion Sigaut
      Des éditeurs, des correcteurs et de la presse...

      Croyez bien que je n’ai vu aucun mépris ni condescendance dans votre intervention. Je sens bien votre souffrance et ne saurais contredire votre constat sur la baisse générale de niveau.
      Bien sûr que le niveau général baisse, et dramatiquement, mais le niveau de conscience de ceux qui ont compris monte également, et l’Internet nous fournit un outil incomparable pour communiquer les uns avec les autres.
      Je serais totalement aveugle si je ne voyais pas où on nous entraîne, mais tout autant aveugle si je me fermais à l’incroyable bouillonnement d’intelligence et de générosité qui en émerge.
      Quand j’avais 27 ans, j’avais un niveau de conscience proche de zéro et des angoisses épouvantables, j’étais totalement isolée et décalée de tout, je ne vivais ni où ni avec qui je voulais, totalement désespérée.

      Mon propos est de vous dire, et j’insiste, que vous avez la vie devant vous pour trouver votre voie et les gens avec qui vous voulez vous construire. Ne désespérez pas. Regardez la qualité, la valeur inouïe des gens qu’on croise sur ce site et sur tellement d’autres.
      Cherchez ce que vous voulez faire, vous trouverez ensuite avec qui. A 27 ans, la vie est devant.
      Courage !
      Marion


    • #148665

      Ah ben là d’accord. Effectivement, au niveau politesse, vocabulaire, justice, comportement, il y a du boulot. Mais là se sont les parents qui ont démissionné. L’école a démissionné aussi à la transition des années 80/90, démission que j’ai prise en pleine figure parce que j’y étais en temps qu’élève "intello encyclopédie à lunettes". Le pire pour moi, ce fut de voir les adultes collaborer, dont le dirlo. Inutile de dire que les cancres, dont les profs se plaignaient certes, avaient la partie facile avec moi. On me reprochait de "ne pas faire comme les autres". Facile hein ? Et lorsque je vis mes parens m’expliquer que tout ça en plus était de ma faute parce que "je ne voulais pas faire comme les autres", la descente commença, lentement.

      Je me faisais régulièrement traiter de sale boche, nazi, antisémite, fils d’H, et comme je ne réagissais pas, ce furent ensuite les coups. Encore de ma faute ! Et oui je suis alsacien d’origine et j’avais choisi allemand seconde langue. Vous imaginez, diable, ça ne se fait pas ! Et après avoir constaté l’impuissance de mes parents, la collaboration des adultes, le jemenfoutisme du directeur, pourtant prof d’allemand(! !), je me suis un peu révolté. J’avais 15 de moyenne générale, mes notes chutèrent vertigineusement. Ce fut alors le conseil de discipline. Faux semblant sérieux chez le prof principal (math), mais vraie joie intérieure pour lui qui n’attendait que ça depuis longtemps. La prof de musique déclara sans rire "Conseil de discipline, Hervé car tu « titilles », tu comprends !" Hé oui je les gênais ces pauvres choux avec mes remarques c’est dire. Visages sérieux des élèves, pas faussement d’ailleurs ; ils réalisèrent que tout ça était allé loin. Quant à moi, bien que je ne fus pas renvoyé car c’était en fin de 3e, ce fut le coup de grâce. Au lycée, terriblement angoissé, j’ai presque complètement perdu pied. Moi qui avait confiance en ces gens-là, j’ai appris depuis à m’en méfier. Je les appelles les "parfaits", les "préceux", les "sans-défaut", les "y-a-pas-mieux".
      Faire comme les autres, rire comme les autres, en même temps qu’eux, sur les mêmes niaiseries, même et surtout si ça ne vous fait pas rire. Forcez-vous. Plus c’est débile, mieux c’est. De préférence en dessous de la ceinture. Regardez ls niaiseries télévisées avec des rires préenregistrés. Quoi vous riez pas ? Allez hop, DEHORS !! Vous êtes un triste et un nul ! De mauvaise compagnie !
      Quelle étrange sensation que de vivre pour être puni.

      Hervé


    • #148671

      Je rajoute et termine en disant que j’ai moi aussi hate de vous lire Marion, en particulier du Kibootz à l’Intifada, livre assez polémique j’en suis sûr. Et probablement aussi le reste, mais chaque chose en son temps :) Des achats en perspective.

      Hervé


    • #149441

      Je vous remercie Mme Sigaut.
      Je comprends parfaitement ce que vous voulez dire.A 27 ans, j’ai enfin compris qu’on ne peut pas s’entendre avec tout le monde, qu’il faut sélectionner drastiquement ses fréquentations, c’est seulement de cette façon que l’on se respecte soi-même et que l’on se fait respecter.

      Curieusement, c’est l’émergence de ma conscience politique, pourtant parfaitement abstraite et intellectuelle qui m’a permis de comprendre comment il fallait me gérer en tant qu’individu.

      Je suis souvent en décalage ; soit culturel, soit social, soit intellectuel. J’ai nié toute ma jeunesse ma vraie personnalité, j’essayais de m’adapter aux autres, bref, catastrophe.

      Encore merci Madame Sigaut pour votre gentil message.Je souhaite vous relire bientôt sur E&R.


    • #150080

      Héhéhé ! Salut camarade. Ca fait 34 ans que je suis en décalage avec mon entourage. Ma soeur et mes parents le sont aussi un peu. Le dilemme souvent, c’est quand on a bien compris qu’on ne peut pas plaire à tout le monde, comment faire pour éviter de ne plus parler à personne.

      Hervé


    • #150168

      @Hervé
      L’expérience m’a prouvé que plus on est soi-même, plus on est en accord avec soi-même, plus on trouve, naturellement, les gens avec qui on s’accorde.
      S’aimer soi-même. Aimer les autres. Le reste suit.
      Courage !


  • #152289

    Hervé,

    J’avais écris un commentaire mais il n’est pas passé, je ne sais pas pourquoi.
    En ce moment je me dis que je préfère la solitude aux mauvaises fréquentations. C’est bien de se retrouver soi-même.

    Au plaisir de te lire camarade.


  • #166109

    Bonjour Marion je viens de tomber sur votre série d’articles et je suis agréablement surpris de voir autant d’enthousiasme et d’énergie au service des oublié(e)s de la palestine et autres (je n’en suis qu’à la partie 1 mais j’ai aussi lu la partie 4 (en désordre désolé c’est la première qu’un ami a partagée ..) je tiens à dire aussi qu’ hélas pour vous (et pour moi aussi ..) le pouvoir qu’ont ces gens dans les milieux artistiques des lettres ou de l’édition sont plus souvent motivés par le "trop politiquement correct" plus que par le "vécu et l’essentiel" et ne parlons même pas du très souvent décisif "bankable" et surtout en oubliant l’ "anti-sionisme" plus souvent associé à l’antisémitisme trop facilement interchangeables des qu’une critique à l’égard d’un juif ose transpirer d’une oeuvre ...bref moi je pense que ce sont des gens comme vous qui devraient enseigner aux enfants d’aujourd’hui comment parvenir à se dépasser soit même sans forccément vendre son âme au diable lorsqu’on en a une du moins ... pour l’anecdote je suis une sorte d’artiste, portraitiste avec de l’or dans les doigts mais que trop de déceptions ont fini par rendre très très paresseux artistiquement parlant je dessinais moi aussi comme on respire de peur de m’étouffer j’ai fini par ne plus dormir puis j’ai perdu pied... fauché en pleine ascension par les malheurs de la vie j’ai failli mourir de trop nombreuses fois mais la vie a décidé de m’épargner et de m’accorder une dernière chance et j’ai arrêté de dessiner pour me consacrer à mon épouse à ma survie mentale ...car le monde de l’art sans reconnaissance c’est une sorte de vie passée en enfer ... amicalement Eric ..