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Mali : la guerre est-elle perdue ?

Nous avons agrémenté le texte de Bernard Lugan de trois vidéos de France 24, et sur France 24, on ne croit pas à l’ethnisation des conflits en Afrique.

Cependant, ces vidéos permettent de mettre des images et des cartes sur les propos de l’africaniste.

- La Rédaction d’E&R -

 


 

Jeudi 18 avril, au Mali, sous la pression des islamistes maîtres de la rue, le Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga a choisi de démissionner avant d’être chassé par une motion de censure et une manifestation destinée à faire pression sur les députés. Dans cette crise téléguidée par des notables islamistes ralliés au wahhabisme et qui poursuivent des buts personnels en alliance avec les jihadistes de Iyad ag Ghali, qui sera le prochain Premier ministre ? Quoiqu’il en soit, l’incertitude grandit pour le président Ibrahim Boubacar Keita (IBK), de plus en plus fragilisé politiquement et confronté à une grève des enseignants, à une forte grogne sociale et à une situation sécuritaire qui se dégrade très fortement.

 

 

Au milieu de ces luttes de pouvoir auxquelles elle est totalement étrangère, se trouve la force Barkhane qui doit faire face à un climat de plus en plus hostile. Ainsi, le vendredi 5 avril, à Bamako, à l’appel de Mahmoud Dicko, imam wahhabite dont le mandat de président du Haut conseil islamique du Mali s’achève le 21 avril 2019, et du chérif de Nioro Mohamed Ould Bouyé, des dizaines de milliers de manifestants exigèrent le départ du président IBK. Ils étaient porteurs de banderoles sur lesquelles était inscrit « Le seul problème du Mali c’est la France » ou « Stop au génocide de la France au Mali ». Les souvenirs de la liesse accueillant les soldats de Serval sont bien oubliés…

Pour le moment, le président IBK est soutenu les dirigeants de la Ligue des imams et érudits pour la solidarité islamique au Mali laquelle n’avait pas appelé à la manifestation, et par le célèbre prédicateur Cherif Ousmane Madani Haidara partisan de l’islam traditionnel face au wahhabisme importé par les prédicateurs saoudiens.

Tout procède de la mauvaise gestion politique de la victoire militaire remportée par Serval. Alors qu’il aurait fallu conditionner notre intervention à des concessions constitutionnelles au profit du nord touareg, paralysés par leur universalisme, nos diplomates ont tout au contraire entretenu Bamako dans le mythe du « vivre ensemble » à travers l’illusion électorale qui, en Afrique, débouche presque toujours sur l’ethno-mathématique. Les Maliens ont donc cru que nous avions reconquis le pays pour leur compte et que tout pouvait donc continuer comme avant. Résultat, la situation a dégénéré.

 

Au nord le narcotrafic, au sud les guerres ethniques

Le nord du Mali est devenu un espace libre pour l’industrie de la contrebande, le jihadisme y étant le paravent du narcotrafic. Les affrontements entre les groupes, rapidement expliqués à travers des rivalités politiques y résultent le plus souvent de tentatives d’élargissement des zones d’action des réseaux. En réalité, dans la guerre à laquelle se livrent les uns et les autres dans l’océan du désert, les carrefours sont les ports par où passe obligatoirement la cocaïne à destination de l’Europe. C’est donc autour d’eux que se déroulent les combats.

Au centre et au sud du Mali, ce n’est pas le trafic de la drogue, mais la résurgence de conflits antérieurs à la période coloniale qui a fait entrer des querelles paysannes amplifiées par la surpopulation et la par la péjoration climatique, dans le champ du jihad régional. En effet, dans le Mali central et dans le nord du Burkina Faso, les actuels massacres de Peul par des Dogon et de Dogon par des Peul découlent d’abord de conflits datant de la fin du XVIII° siècle et de la première moitié du XIX° siècle, quand la région fut conquise par des éleveurs Peul dont l’impérialisme s’abritait derrière le paravent du jihad.

 

[...]

L’ethnisation du conflit a pris une forme de plus en plus radicale avec la constitution de groupes ethniques d’autodéfense Bambara, Dogon et Peul. Par capillarité, le mouvement a touché le nord du Burkina Faso à partir de 2017.

 

La guerre est-elle perdue ?

Dans ces conditions, la guerre est-elle perdue ? Les islamistes ont-ils gagné ? Les piètres prestations de l’armée malienne pourraient le laisser penser. Ainsi, le dimanche 17 mars quand la garnison de Dioura, forte de 200 hommes surarmés et équipés à neuf a fui devant une quarantaine d’assaillants, leur abandonnant matériel, armement et véhicules…

La situation est cependant différente au nord et au sud du pays.

Au nord, région qui constitue le flanc sud de l’Algérie et où la solution passe par une réelle décentralisation, la clé de la situation est détenue par Alger. Par le passé, l’Algérie a ainsi assuré toutes les précédentes médiations avant de parrainer l’Accord d’Alger du 15 mai 2015 pour la Paix et la Réconciliation. Ses services ont des « contacts » avec Iyad Ag Ghali, le « parrain » régional qui, s’il n’est pas abattu, et que cela plaise ou non, sera l’homme par lequel passera le futur règlement. Le problème est que, si, par malheur, l’Algérie sombrait dans une situation à la syrienne, au Mali, nous serions en présence d’une afghanisation.

Au sud où avant d’être celui de l’économie ou du développement, le nœud du problème est celui des rapports inter-ethniques, le conflit n’a pas « coagulé ». Le jihad qui a pour but la fondation d’un califat trans-ethnique bute en effet sur la réalité ethnique car les énormes fossés séparant les protagonistes ont jusqu’à présent empêché l’engerbage. Résultat, le jihadisme se trouve pris au piège des rivalités ethno-centrées qui constituent la vraie réalité sociologique régionale.

Cependant, si la situation échappait à Barkhane et si le Burkina Faso tombait, la Côte d’Ivoire serait à son tour touchée. Mais, heureusement, le « bloc Mossi » semble solide. Autrement, dans cette partie de l’ouest sahélien, l’ultime point de résistance devrait s’ancrer autour de la robuste armée sénégalaise.

L’urgence pour nos forces et pour tous ceux qui ont conscience du fait que le Sahel est notre arrière-cour est donc de connaître à la fois l’alchimie ethnique et les résurgences historiques régionales qui expliquent la crise actuelle. C’est dans ce but que je viens de publier Les guerres du Sahel des origines à nos jours.

Lire l’article entier sur bernardlugan.blogspot.com

Le réveil Peul, sur E&R :

 
 






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22 Commentaires

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  • #2182359
    Le 20 avril à 15:12 par driss
    Mali : la guerre est-elle perdue ?

    Bonjour,

    premièrement l’incendie de la cathédrale est très très louche et illogique.

    mais ce qui interréssant c’est que sur les plateau de télévision les agents sionnistes essayé de faire croire au français que les milliardaires sont solidaires avec les catholiques en rénovant la cathédrale à coup de milliards.

    moi je pense que le but réel de cet opération est refroidir et de calmer les français et les gilets jaunes au niveau de leur critiques contre les milliardaires et de faire croire que les miliardaires qui vont donner de l’argent envers la cathédrale sont de bonnes personnes dont le but est d’empêcher de façon indirect les gilets jaunes a critiquer les milliardaires .

     

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    • #2182566
      Le 20 avril à 21:27 par Jay
      Mali : la guerre est-elle perdue ?

      Dans la foulée de ce que vous dîtes, j’en profite :
      Bernard Arnault = 80 milliards.
      C’est de l’argent volé aux travailleurs comme le dit Chouard.
      Après, construire une cathédrale avec de l’argent volé, il me semble que cela n’est pas de bon augure.
      Il faudrait refuser cet argent.
      C’est ma vision.
      En acceptant un don, il y a quelque chose de plus qu’on accepte qui est positif ou négatif selon le donateur.

       
    • #2182713
      Le 21 avril à 09:42 par VORONINE
      Mali : la guerre est-elle perdue ?

      Les généreux donateurs en question sont connus comme étant les pires escrocs, les plus grands pollueurs, et les pires fraudeurs ….En faisant ces dons minimes , ils blanchissent leur réputation et deviennent inattaquables ….leur vraie place, dans un pays gouverné par un vrai homme d’état est en taule , comme pour les oligarques russes !

       
    • #2184231
      Le 23 avril à 16:30 par paramesh
      Mali : la guerre est-elle perdue ?

      faites pas les difficiles, prenez le pognon ET crachez leur à la gueule

       
  • #2182378
    Le 20 avril à 16:08 par Bowling au Sahara
    Mali : la guerre est-elle perdue ?

    Mettez un éléphant dans un jeu de quilles ça donne quoi ?
    Le véritable objectif est presque atteint celui du chaos sur toutes les frontières de l’Algérie soyez rassuré Mr Lugan.
    Vous ne saviez pas ?

     

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  • #2182448
    Le 20 avril à 17:53 par Papas
    Mali : la guerre est-elle perdue ?

    le Sahel est notre arrière-cour est donc de connaître à la fois l’alchimie ethnique et les résurgences historiques régionales qui expliquent la crise actuelle. C’est dans ce but que je viens de publier Les guerres du Sahel des origines à nos jours




    Vous parlez comme un américain Mr Lugan ! Non, le Sahel et l’Afrique ne sont pas notre "Backyard" et méfiez vous des lions du désert., il en reste quelques uns.

     

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    • #2182660
      Le 21 avril à 02:48 par Alain SORAL
      Mali : la guerre est-elle perdue ?

      Il parle surtout comme quelqu’un qui connait de toute évidence l’Afrique mieux que toi !
      Toi qui pense sans doute, comme Kemi Seba, qu’il suffit d’avoir la peau noire pour avoir la science africaine infuse...
      Oui, de fait et par l’histoire, le Sahel est notre arrière cour, parce que ces troubles provoquent des migrations qui finissent porte de la Chapelle : chez nous !
      AS.

       
    • #2182716
      Le 21 avril à 09:54 par Proutzor
      Mali : la guerre est-elle perdue ?

      « Au milieu de ces luttes de pouvoir auxquelles elle est totalement étrangère, se trouve la force Barkhane... »
      Deja ca demarre mal, la france est la specialiste de l’ingerence en Afrique, elle a des centaines d’années d’experience.

       
  • #2182554
    Le 20 avril à 21:02 par delphin
    Mali : la guerre est-elle perdue ?

    Le tout est que pour la France, nous ne soyons pas dans une situation où le mali devienne notre afghanistan ; .... D’où l’intérêt de poser les bases de notre désengagement.
    Le wahabbisme salafisé ne devrait pas s’imposer en afrique, les saoudiens semblent effectivement ne pas comprendre que l’ethnie est la base de la mentalité l’africaine... prions pour que cela aille en ce sens.

     

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  • #2182560
    Le 20 avril à 21:12 par Ben
    Mali : la guerre est-elle perdue ?

    J’ai travaillé dans des foyers de travailleurs migrants, je confirme, les africains et plus particulièrement les sub-sahariens votent uniquement en fonction de leur ethnie (lors des élections de représentants des résidants) hors de toute autre considération.

     

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  • #2182591
    Le 20 avril à 22:27 par ledaron
    Mali : la guerre est-elle perdue ?

    Les guerres néo-coloniales sont vouées à être perdues....

     

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  • #2182694
    Le 21 avril à 08:30 par awrassi
    Mali : la guerre est-elle perdue ?

    La Sahel est la porte d’entrée non seulement de l’Europe - pour tous ceux qui veulent y émigrer - mais également de l’Afrique - pour tous les colonialistes qui veulent s’accaparer des restes de l’Afrique francophone. Au Sahel comme en Afrique de l’Ouest, la guerre est rude entre la France et les USA. La France s’appuie sur un sous-marin, le Maroc, les USA, sur un autre sous-marin, Israel ...La Chine, pendant ce temps là, déverse ses produits bon marché et accessibles sur les marchés !

     

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  • #2182700
    Le 21 avril à 08:57 par Anis
    Mali : la guerre est-elle perdue ?

    C’est à nous véritable croyant. Juif, catholique et musulmans. Nous devons être main dans la main. Afin d’éradiquer tout le mal et la misère. Avec l’aide de dieu. La seul chose à faire . c’est respecter son voisin et sa croyance . souvenez vous le roi d’Abyssinie un grand roi catholique qui a sauvé les compagnons du prophète mohamed. C’était déjà un signe pour le futur. Ensemble contre le mal qui veut qu’une chose. Assouvir l’être humain.

     

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  • #2182711
    Le 21 avril à 09:33 par Rémi
    Mali : la guerre est-elle perdue ?

    Dur pour le moral d’être informé.... Je comprends parfois ceux qui se coupent du monde, fuient la société des hommes, vivent loin de la folie qui semblent inexorablement les rattraper partout. La route qui mène à la sagesse est longue et semée d’embûches mais il est souhaitable qu’un jour nous parviendrons tous à l’atteindre.
    Hommage à vous Monsieur Soral d’agir pour la réconciliation et l’égalité.

     

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  • #2183673
    Le 22 avril à 16:57 par Akira Le Maudit
    Mali : la guerre est-elle perdue ?

    Et la France biens sur y est surement pour quelque chose comme pour le massacre du Rwanda

     

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