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Grèce, théâtre de la guerre États-Unis/Europe

Les États-Unis ont déclaré la guerre à l’Europe qui réussit (c’est-à-dire qui se ressoude) depuis longtemps. Quand l’Europe de Est se rapproche de l’Europe de l’Ouest sans l’autorisation de l’Oncle Sam, les bombardiers sont là. Quand l’Europe se forge une monnaie pour ne pas tomber dans le piège du dollar, les sanctions américaines sont là. Quand l’Europe tend la main à la Russie, les déstabilisations américaines sont là. Quand l’Europe cherche à sauver la Grèce, les Américains ne la lâchent pas.

 

 

Matthieu Pigasse, invité de BFM Business, énonce un jugement pour le moins ambigu :

« C’est non pas que la dette grecque se soit accrue, mais le PIB, c’est-à-dire la richesse, le patrimoine de la Grèce lui s’est effondré. Il s’est effondré pour une raison simple, que je décris dans mon livre, Eloge de l’anormalité, qui sont les mesures d’austérité imposées par la troïka, c’est-à-dire à la fois par la Commission européenne, et le FMI… La Grèce est devenue, et est aujourd’hui, le laboratoire de ce que peut être l’Europe demain. C’est-à-dire une société absolument dévastée. » (BFM Business, 30 janvier 2015)

Dans la dernière phrase, il y a un constat, et une menace. Comprenez que la Grèce sert d’exemple, à l’image du SDF qui fait trembler les chômeurs et même les titulaires d’un emploi. Rappel du nuage noir de la paupérisation qui plane sur nous, des salaires coupés en deux, des retraites oubliées, des services publics anéantis. Le rêve ultralibéral. Et si c’était notre futur ? Notre tour ? La Grèce comme pré-test, avant de passer aux grandes nations de l’Europe du sud. De la part de Pigasse, une sentence à la Attali, où l’on ne distingue plus vraiment la crainte (fraternelle) de la menace.

Pigasse justifie l’argent touché par Lazard :

« Nous avons fait gagner une centaine de milliards à la Grèce en renégociant la restructuration de cette dette face aux banques. »

Après avoir déjà travaillé pour la Grèce entre 2010 et 2012, contre un petit pactole de 20 millions d’euros, Pigasse et sa banque Lazard s’emploient avec philanthropie à restructurer la dette grecque, soit 317 milliards d’euros : 75 % sont entre des mains publiques, détenus par le FMI, la BCE et le FESF (Fonds européen de stabilité financière). Pigasse propose ce que les spécialistes appellent un haircut, manière radicale d’abattre le trop-plein. La partie de la dette détenue par le FSFS et les banques européennes se montant à 200 milliards sur les 320, il propose d’abattre 100 milliards.

 

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Michel David-Weill, roi de France de 1977 à 2001

 

Traduction : Pigasse, qui gère pour l’Europe la banque américano-française (c’est son vice-président pour l’Europe), mais qui penche fortement du côté américain (on rappelle que son précédent et historique PDG pendant un quart de siècle, Michel David-Weill, était surnommé « le dernier empereur de Wall Street »), demande aux Européens de s’asseoir sur 100 milliards. C’est mieux que la solution inscrite dans le programme de Syriza, qui revient à zapper simplement la dette, pour que la Grèce reparte sur des bases saines. D’ailleurs, dans son livre Éloge de l’anormalité, Pigasse attaque durement Alexis Tsipras, victorieux avec sa coalition de gauche radicale le 25 janvier 2015.

 

Pigasse contre Tsipras, que le meilleur gagne

 

Pigasse envoie un obus :

« Le conseil amical que je donne à tout le monde c’est d’aller vers une restructuration ordonnée, et pas la solution Tsipras. »

Or Tsipras ne veut pas quitter l’Europe, seule chance pour la Grèce de s’en sortir, sous conditions. Dans son programme, la coalition de gauche propose en premier lieu – mais ça ne passera jamais – d’effacer la dette, et en second lieu, plus probable, de conditionner son remboursement à un retour éventuel de la croissance. Qui ne peut avoir lieu qu’avec du cash européen, la politique de relance étant estimée à 12 milliards d’euros par le nouveau Premier ministre. Tout en essayant de rapatrier l’incroyable montant de la fraude fiscale grecque partie à l’Ouest.

 

 

Sur le plateau de BFM Business, la présentatrice ne lâche pas son os :

« Goldman Sachs n’a reçu aucune amende alors que c’est Goldman Sachs qui a tronqué les chiffres sur la dette publique grecque [gagnant en passant 600 millions d’euros en pariant sur sa faillite, NDLR] ! »

Pigasse :

« Je ne vais pas défendre Goldman Sachs, ce serait très paradoxal de ma part, je trouve juste un peu rapide de dire que c’est Goldman Sachs qui a truqué les comptes de la Grèce. Si les comptes ont été truqués c’est bien évidemment les autorités grecques qui en sont in fine les seules responsables, je pense que ce qu’on peut reprocher à Goldman Sachs, sur ce sujet grec, pour l’avoir bien connu, c’est plutôt le mélange des genres, en réalité. C’est-à-dire que vous avez un seul et même établissement financier qui à la fois donne des conseils aux Grecs, émet de la recherche auprès des investisseurs, prend des positions pour compte propre, des positions pour comptes de tiers, prête à la Grèce, met en place des mécanismes innovants pour aller titriser des revenus de l’Acropole, enfin bref un espèce de tout-en-un extrêmement dangereux et tout à son profit. »

Le profit ? On croyait que c’était le but des banques d’affaires, dans un credo « après moi, le déluge ». Petit coup de patte en passant à la banque qui fait office de repoussoir mondial… Pigasse en arrive à la théorie des dominos de l’Europe du sud, révélant son vrai camp :

« C’est la question qui se posera derrière, et c’est peut-être ça qui fera peur aux Européens… Quid de l’Espagne demain, de l’Italie, ou du Portugal de l’Irlande ou même de la France… Je dis juste qu’il faut traiter le cas grec, et au-delà du cas grec, il faut traiter le sujet de la dette publique en Europe de manière plus générale… Évidemment je trouve ça formidable que la BCE soit un peu active, volontariste, la seule chose qui m’étonne c’est qu’elle le fasse aussi tard, je rappelle quand même que la FED américaine et la banque centrale d’Angleterre l’ont fait dès 2008… Pourquoi mettre autant de liquidités dans le système monétaire européen aujourd’hui alors même que la liquidité est au fond assez importante en Europe… Puisque la BCE a décidé d’être généreuse, ben qu’elle soit généreuse à l’égard de la Grèce et des autres pays européens en matière de dette publique. »

Jaloux ! Alors que la BCE fait aujourd’hui ce que fait le Trésor américain depuis toujours (enfin, jusqu’à 2011) : arroser les pays européens d’euros européens ! Hélas, pour arracher quelques miettes de croissance, il faut injecter de plus en plus de monnaie (déconnectée de tout équivalent-valeur réel) dans l’économie, ce qui est un mécanisme inflammatoire. Les banques privées comme Goldman Sachs ou Lazard voient d’un mauvais œil ce « dérèglement » financier et monétaire. C’est surtout une façon de les foutre gentiment dehors. Car on peut tout reprocher aux banques européennes, sauf de jouer contre leur camp. Alors que les banques américaines jouent pour l’Amérique, et donc contre l’Europe, surtout quand elles évoluent à l’extérieur.

 

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Base de l’OTAN à Thessalonique

 

Dernière chose : les États-Unis comptent beaucoup sur la Grèce comme allié militaire en Europe, surtout depuis que la Turquie, boudée par la Communauté européenne, commence à prendre des libertés avec les Occidentaux… Les États-Unis ne veulent pas perdre leur base « Nato deployable corps » de Thessalonique, stratégique en Europe du Sud-Est. Porte vers la Méditerranée et le Moyen-Orient, et porte vers la mer Noire via Istanbul, Sébastopol et le sud de la Russie.

Derrière le théâtre grec se joue une partie plus grande encore : un bras de fer entre l’Europe et les États-Unis. Une lutte masquée, qui prend une forme financière, en des termes choisis pour éloigner les profanes. Mais la guerre est bien là : USA contre une coalition France-Allemagne.

 

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Quand la Grèce se réveille
(Tsipras est à gauche)…

 

Concrètement, le couple franco-allemand tient l’Europe à bout de bras tout en étant attaqué sur son flanc gauche : par l’Est (chasse gardée allemande) et par la Grèce. Une attaque bancaire par la Grèce, comme on l’a vu, et une attaque militaire par l’Ukraine, même si l’Ukraine n’appartient pas à la Communauté européenne. Mais ne nous y trompons pas : c’est bien l’affaiblissement de la Russie et de l’Europe qui est visé par les États-Unis. Selon la bonne vieille théorie du contrôle par l’affaiblissement, chère à nos amis de la CIA.

Récemment, Merkel et Hollande ont été arracher en urgence une espèce de cessez-le-feu, afin de ne pas tomber dans le piège antirusse posé par les Américains. D’ailleurs, la campagne anti-Poutine a brutalement repris du poil de la bête dans nos médias : Poutine l’homme le plus riche de la terre, Poutine le dépeceur de l’Ukraine… Alors que la nouvelle solvabilité de la Russie, remise sur pieds, permettait de développer un commerce et une union euro-russe, machines allemandes et transferts de technologie français, avec un gros volet pour l’armement (Rheinmetall et Mistral).

L’OTAN et la pénétration des États-Unis en Europe nous coûtent doublement cher, stratégiquement, et commercialement. Stratégiquement parce que l’union européenne dans le vrai sens du terme se fissure sous la pression américaine, et commercialement, en coupant un à un les liens économiques avec la Russie.

 

 

C’est le moment d’éclaircir succinctement la position allemande en Europe, par rapport aux Américains, et par rapport aux Russes. D’un côté on entend que l’Allemagne joue pour l’Amérique ; de l’autre, qu’elle joue solo contre les intérêts des Européens du Sud. En fait l’Allemagne, comme toujours, peut s’appuyer sur une économie puissante et une politique monétaire saine pour éviter de tomber dans le piège américain. Les véritables antiaméricains ne sont pas les Français, mais bien les Allemands ! Le modèle américain qui inonde le monde de dollars qui ne valent plus rien, très peu pour la Germanie. Elle est et reste austère, et gêne en cela ses voisins qui le sont un peu moins, voire beaucoup moins (Espagne, Italie). D’où les chocs inter-économies et les accusations de pangermanisme.

Ce que Pigasse et les spécialistes appellent les « quantitative easings » sont cette pluie de cash que jettent les banques centrales sur le marché pour sauver l’activité et la consommation. Malheureusement, à l’image de la FED (Réserve fédérale) américaine, ça marche de moins en moins : de la fausse valeur déversée sur le marché ne crée par de valeur, au contraire. Ça maintient l’illusion de l’activité. Tout le monde le sait mais tout le monde le fait, car c’est une solution à court terme et ça évite le crash, meurtrier pour l’économie et pour les dirigeants économiques face à leurs électeurs. Cette méthode est désormais abandonnée par les Américains, pas pour des raisons morales, tout simplement parce que tous leurs comptes se dégradent, les bulles explosent, et le crédit, qui fait vivre ce pays très au-dessus de ses moyens depuis perpète, s’est déjà effondré du jour au lendemain.

 

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À la santé des ouvriers américains !

 

Depuis que Nixon a été en Chine rencontrer Zhou Enlai (1972), les Américains ont clairement abandonné leur industrie, et donc accepté en douce un chômage industriel lourd, pour faire fabriquer leurs produits en Chine. Nixon a trahi les ouvriers américains. En France, à la même époque, on a importé du travailleur immigré, façon française de délocaliser… en France. On sait tous les conséquences sociales (et puis politiques) de ces choix économiques : 30 ans plus tard, le FN anti-immigration est en position de force pour les présidentielles.

La politique économique allemande est donc à l’exact opposé de la politique économique et monétaire américaine : l’Allemagne produit et exporte, l’Amérique consomme et importe. Si l’Allemagne vend des machines à la Chine, l’Amérique, elle, laisse la Chine fabriquer à sa place. Il est vrai que les Américains savent très bien vendre ce que les autres ont assemblé, engrangeant ainsi des marges supérieures à celles des producteurs ! Et la Chine, qui se retrouve avec 1000 milliards de dollars de réserves (en bons du Trésor US qui portent mal leur nom, et dont les Chinois cherchent à se débarrasser, mais personne n’en veut, sauf… la Fed !), se demande si elle ne s’est pas fait avoir, pour rester polis. Car le dollar est une monnaie dévaluée, à tous points de vue. La tentative de trouver d’autres monnaies que le dollar pour les échanges internationaux fait son chemin : pour l’euro, le rouble et le yuan, c’est TSD : tout sauf le dollar ! Et quand la Chine prend des parts dans les groupes industriels, par exemple à travers DongFeng dans PSA, elle échange des dollars qui brûlent les doigts contre des actifs industriels solides mais manquant de capitaux. Voilà pourquoi l’Allemagne, réclamant une gestion rigoureuse, est contre un euro-arrosage de la Grèce. Mais c’est pas demain la veille que les Grecs – qui ont une dent contre les Allemands depuis la Seconde Guerre mondiale – vont agir à l’Allemande. Et puis l’Allemagne a déjà sa Côte d’Azur : c’est l’Espagne.

 

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PQ chinois

 

Après ce petit interlude économique qui part un peu dans tous les sens, on vous le concède – ne vous plaignez pas, les flux financiers c’est encore pire –, retour à la guerre en Grèce. Après Goldman Sachs, Lazard fait peser le poids de la faute sur les banques européennes. Mais aussi, de manière astucieuse et indirecte, sur les banques suisses.

 

Innocemment, Le Monde relaye les swissleaks

 

Le banquier de gauche Matthieu Pigasse (encore lui !), par une coïncidence extraordinaire, se retrouve à la tête et de la gestion de la dette grecque, et du journal qui publie les fameux « swissleaks », listing qui révèle les fraudeurs du fisc de la filiale suisse de la banque HSBC. Comme c’est Lazard, pardon, bizarre.

Sachez que « la finance internationale » (on sait qu’on n’a pas le droit d’écrire ça pourtant ça existe, même si ça se voit pas, comme une cruche, ou une vache, par exemple) n’a jamais avalé l’indépendance de la Suisse au niveau bancaire. La résistance bancaire suisse à la finance internationale. Et ça remonte à loin. Une Suisse accusée d’avoir fermé ses frontières aux réfugiés juifs pendant la guerre. Et surtout, d’avoir blanchi 85 % de l’or nazi, sous-entendu volé aux juifs. Chiffre du Congrès juif mondial, à prendre donc avec des pincettes de 9 km. Ce qui fait de ce petit pays alpin bucolique le complice et le collaborateur des nazis.

 

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Or volé aux nazis

 

Libération du 8 octobre 1997 nous apprend que Sydney Zabludoff, l’économiste qui a rédigé ce rapport, est un ancien de la CIA et du Trésor. On peut donc lui faire triplement confiance. Il précise qu’un tiers de cet or est d’origine « non-monétaire », comprendre, entre autres, en dents en or fondues dans les camps d’extermination. En 1997, la BNS versera 100 millions de francs suisses à un Fonds spécial en faveur de l’Holocauste, créé en février de la même année. Selon Zabludoff, on est loin du compte, qui oscillerait entre 2 et 3 milliards de dollars. Mais revenons au présent.

Les banques helvétiques détiennent entre 180 et 300 milliards d’avoirs grecs dans leurs coffres – le riche Grec est allergique à l’impôt –, ce qui manque en gros à l’État grec pour subvenir à ses besoins, et rembourser sa dette. Trésor sur lequel lorgnent ces amis de l’humanité que sont leurs confrères des banques concurrentes, comme Lazard (la banque franco-américaine de Pigasse), ou le Trésor américain (c’est presque pareil). Le contentieux entre le Trésor américain et les banques suisses ne date pas d’hier : UBS lui a versé en 2009 une enveloppe de 780 millions de dollars pour avoir hébergé des comptes de mauvais citoyens américains qui fraudaient le fisc. En mai 2014, ce sont 2,6 milliards de dollars que le Crédit Suisse a dû débourser au même organisme.

 

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Caricature de banquier suisse (1946)

 

En fait, dès 1946, les États-Unis pressent gentiment les Suisses, accusés de recel et de blanchiment pour les nazis, de rembourser les pays qui se sont fait piquer leur or (Belgique, Hollande), plus les victimes spoliées des nazis, en gelant 5 milliards d’avoirs suisses dans les banques américaines. Et aussi, de balancer les comptes « ennemis », c’est-à-dire allemands, nippons, bulgares, roumains, hongrois et italiens. C’est le début de la Guerre froide qui sauvera les Suisses d’une négociation plus longue et plus dure pour leurs finances. Finalement, ils rembourseront le dixième de la somme initialement exigée. On fera une croix (rouge) sur les entreprises suisses qui ont collaboré avec les Allemands, et le système de blanchiment qui a permis à l’Allemagne de Hitler de commercer avec les Suédois (fer), le Portugal (tungstène), la Turquie (chrome), et l’Espagne, pour entretenir son effort de guerre. En ce sens, la prestidigitation suisse dans le sous-sol de ses banques a permis au complexe militaro-industriel allemand de continuer à s’équiper, et de prolonger la guerre. Et de produire des morts en plus. Ce que Roosevelt leur a reproché dans un courrier. Hop, re-saut dans le présent.

Ce philanthrope de Pigasse propose donc, sur demande du nouveau ministre des Finances de Tsipras, de baisser de 100 milliards d’euros la dette grecque, pour que ce pays puisse repartir. C’est ça, un banquier de gauche. Mais en même temps, son propre journal, Le Monde, 100 % indépendant, monte une campagne contre la filiale suisse de HSBC, coupable d’avoir entre 2005 et 2007 hébergé des comptes de dissimulateurs fiscaux, en balançant quelques noms. Cela s’appelle du chantage, pas du journalisme, même si beaucoup de petits Français pauvres se délectent des noms jetés en pâture au public. Des miettes pour les poules. On parle moins des 900 diamantaires anversois qui planquaient leurs millions chez HSBC Belgique…

 

 

Message reçu 5/5 par les banques suisses assises sur le trésor grec. Mais ce n’est pas la première fois qu’elles subissent une attaque médiatique internationale. Après d’intenses pressions diplomatiques, l’UBS et le Crédit suisse consentaient à verser 1,25 milliard de dollars en août 1998 aux « organisations juives américaines », une somme destinée aux héritiers des juifs assassinés possédant des comptes bancaires en Suisse. En 1996, le président suisse en personne parle de « chantage », suivi en cela par une majorité de la population. Sur la somme totale, dix ans plus tard, plus de 200 millions de dollars n’avaient pas encore été distribués... C’est Edgar Bronfman en personne, président de la World Jewish Restitution Organization, qui demandera « un geste financier de bonne volonté » à la Suisse pour aider les rescapés de l’Holocauste vivant dans la misère. Le premier qui parle d’un culot atomique…

La conséquence politique de cette campagne américano-juive sera la montée du vote UDC, à dominante nationaliste, en Suisse. Et un gros, très gros doute sur l’impartialité du gouvernement américain dans cette affaire.

Pour clore le sujet, extrêmement riche et ramifié, applaudissons encore une fois la paire de, de, « enquêteurs », Davet & Lhomme, qui ont encore, courageusement, travaillé pour la liberté d’expression et le lynchage des méchants riches. Pour une fois, on doit admettre qu’on est déontologiquement d’accord avec Pierre Bergé, l’autre coactionnaire du Monde (avec Xavier Niel), et qui fait un peu figure de cocu dans l’histoire :

« Est-ce que c’est le rôle d’un journal – et surtout d’un journal comme Le Monde – de jeter en pâture des noms, des gens ? Pourquoi Gad Elmaleh ? Qu’est-ce que ça veut dire ça ? Pour moi, c’est flatter les pires instincts qui soient et ce n’est pas ça que devrait être journal, en tout cas un journal comme Le Monde. »

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Pierre vient de comprendre le rôle
du petit Matthieu

 

Les fichiers datant en effet d’il y a presque dix ans, beaucoup des dossiers sensibles ont été réglés depuis. Le procureur Éric de Montgolfier, qui le premier (en 2009) a eu en mains ces fichiers sortis d’HSBC par un « lanceur d’alerte » (le premier qui rigole on le déporte en Suisse), ne cache pas son malaise. Il remarque que des noms politiques importants ont disparu des listes actuelles. Mon Dieu, y aurait-il un chantage dans le chantage ? Dans Le Point, le procureur doute :

« Aussi faut-il s’interroger sur la légitimité de la presse, quand elle accède à des informations confidentielles, à n’en livrer qu’une partie sans que l’opinion publique, qu’on prétend éclairer, puisse apprécier la pertinence du choix. Dans une société qui, évoquant sans cesse la nécessité de la transparence, ne la pratique guère, beaucoup s’en font un métier. Encore faut-il que seul l’intérêt général les anime, non le leur. Sinon comment s’y fier ? »

Eh ben on s’y fie pas, mon pote ! Tu n’as qu’à lire notre dossier sur Davet & Lhomme, et tu ne seras pas surpris. La surprise n’est-elle pas l’apanage des sots ?

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13 Commentaires

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  • #1123553

    Là c’est du lourd, bravo les gars... Et je comprend pourquoi vous êtes le PREMIER site de ré-informations... Je penses même que les journalistes du systeme viennent s’informer ici ...


  • #1123558

    C’est à cause de ce genre d’article qu’ils veulent éradiquer internet du territoire ...


  • #1123844

    Que la Grèce vienne à obtenir ses 100 milliards de ristourne et le reste des pays du sud exigera le même traitement : ce qui conduira à la destruction du système bancaire européen - et singulièrement de l’Allemagne et de la France ! l’Empire n’aura plus qu’à se baisser pour racheter pour une bouchée de pain les entreprises de pointe allemandes et françaises....je comprends mieux la percée de Sirysa et l’arrogance de ses dirigeants...


  • #1124022
    le 20/02/2015 par nicolasjaisson
    Grèce, théâtre de la guerre États-Unis/Europe

    Le réaménagement de la dette grecque, tel qu’il est décrit ici, ne correspond pas à la réalité. En effet il reprend un erreur commune relayée par les journalistes, qui est d’entendre par "haircut" une réduction pure et simple de la dette. Selon ses dires, elle aurait été réduite de moitié, soit une réduction de 100 milliards. Or ce n’est pas du tout cela qui a été négocié entre les créanciers et la Grèce, mais un réaménagement de la dette qui a été transféré des banques aux organismes de financement européens et internationaux : l’essentiel de la dette a été vendue par les banques au Fonds de Soutien Européen et au FMI, ce qui fait que les banques étrangères ne sont plus détentrices que de 1% de la dette grecque. Par ailleurs le paiement des intérêts a été minoré et étalé dans le temps. La dette grecque détenue par la BCE donne même droit au paiement d’intérêts créditeurs à la Gréce. A total le service de la dette est dans la moyenne basse européenne, autour de 2,5% du PIB, soit un montant inférieur au service de la dette du Portugal et de l’Espagne. Syriza veut obtenir des facilités de paiement supplémentaires sous la forme d’un moratoire du paiement des intérêts et l’effacement des prêts européens, soit la part de la dette rachetée aux banques par le contribuable européen, sous prétexte que les conditions de croissance ne sont pas réunies pour sortir de l’impasse du remboursement de la dette par des nouveaux prêts européens. Et c’est bien là, le coeur du problème, à savoir que la Grèce est incapable de revitaliser son économie dans le cadre européen. Dans le contexte d’une économie intégrée, la Grèce est condamnée à végéter dans le tourisme et le transport maritime. Autrement dit, la donne est clairement devenue défavorable à la Grèce qui avait profité de la manne publique européenne, puis des crédits bancaires, pour socialiser son économie au maximum. Loin d’aller chercher de nouveaux crédits en Russie ou en Chine, Syriza doit s’atteler à la reconfiguration de son économie, qui pourrait grandement profiter de la reconstruction de l’Ukraine ainsi que du développement des pays de la Mer Noire qui constituent son bassin commercial naturel : des pays comme la Géorgie, l’Abkhazie ou l’Ossétie, sans parler d’Odessa nourrissaient autrefois des relations florissantes avec les comptoirs grecs de la Mer Noir et de la Méditerranée de l’Est.

     

  • #1124101

    Bravo pour cette excellent article !


  • #1124474

    Si j’ai bien compris les banques se sont débarrassées de leurs créances sur la Grèce presque en totalité par transfert aux institutions publiques, notamment européennes. Donc l’intérêt du banquier Pigasse par rapport à cette dette est désormais limité. Sauf qu’il voudrait utiliser la demande du nouveau gouvernement grec pour jouer contre les banques Suisses et leur faire cracher 100 milliards pour réduire à due concurrence la dette grecque désormais publique en mettant à contribution les fraudeurs grecs qui plantent leurs avoirs en Suisse depuis longtemps. Comment arriver à cette fin : en menaçant de révéler les noms des fraudeurs qu’il détient via le Monde dont il est co-propriétaire. Evidemment, mais l’article de le dit pas, tout cela avec l’accord du Président français et probablement de la Chancelière allemande. On ne peut qu’être d’accord s’il s’agit maintenant de faire payer les riches grecs plutôt que les contribuables européens. Quant à la méthode Pigasse sa moralité est à géométrie variable : car en fait ce banquier a dans un premier temps profité de l’endettement grec, a ensuite par le plan de restructuration de cette énorme dette s’est débarrassé de ses créances pourries sur des organismes publics et maintenant veut affaiblir ses concurrentes Suisses pour probablement récupérer une partie des fonds qu’elles gèrent. C’est donc ripoux contre ripoux.

     

    • #1126522

      En fait, la rumeur indiquerait que Golman Sachs aurait plombé la Grèce avant même son entrée dans l’Union, en accordant des prêts à d’obscures oligarques. Les Grecs, en l’occurrence, rembourseraient en priorité « cette dette » à la banque, avant même d’envisager le remboursement du déficit de leur pays.


  • #1124812

    Excellent article bravo ! ... Un peu long sur le milieu mais alors le revirement nous a cloué !


  • #1125402
    le 21/02/2015 par Kwisatz Haderach
    Grèce, théâtre de la guerre États-Unis/Europe

    Salut
    Je ne crois pas que l’avant dernier dessin soit une caricature datant de 46 mais un dessin de A. Wyatt Mann, un raciste patenté de plus en plus censuré sur le web.
    Je ne suis pas certain qu’il ait d’ailleurs voulu représenter un banquier de cette époque.
    Mais je me trompe peut être^^


  • Excellent article, très éclairant. Merci à la rédaction E&R.


  • #1125883

    « Quand l’Europe cherche à sauver la Grèce, les Américains ne la lâchent pas ».
    Normal, puisque dès le départ la Grèce était une pomme pourrie, tenue par l’empire, avec probablement pour objectif, d’enrayer par sa dette et le surendettement, tout leadership mondial de l’Europe.


  • #1126097
    le 22/02/2015 par rectificateur
    Grèce, théâtre de la guerre États-Unis/Europe

    Plus ça va et plus je trouve que E&R est l’équivalent français de "Veterans Today" en terme de "presse couillue qui informe sur les vrais enjeux".


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