Egalité et Réconciliation
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Manifeste du Club Novation Franco-Africaine

Manifeste du Club Novation Franco-Africaine,

constellation d’individus et de facettes libres Tristan Tzara

Intention générale

Le Club Novation Franco-Africaine, est ouvert à toutes les femmes et à tous les hommes de bonne volonté qui souscrivent aux principes énoncés dans le Manifeste du Club Novation Franco-Africaine.

Le Club Novation Franco-Africaine, en mettant en lumière l’histoire occultée franco-africaine, en dissipant les mensonges, veut mettre en place les conditions d’une nouvelle fraternité, afin qu’une politique franco-africaine novatrice devienne enfin possible.

Principes généraux

Depuis près de cinquante ans, l’histoire franco-africaine est lue à travers un prisme déformant.

L’histoire officielle, érigée en véritable « idéologie de la Ve République », affirme que la France fut contrainte, malgré elle, de se retirer d’Afrique, sous la pression des peuples et de leurs leaders avides d’indépendance.

Or nous voyons les choses de façon sensiblement différente.

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Après la Seconde Guerre mondiale, la majorité des leaders d’Afrique subsaharienne ne réclamaient pas l’indépendance, mais l’égalité politique. Par ce biais, Lamine Guèye, Léopold Sédar Senghor, Félix Houphouët-Boigny, Léon M’Ba et bien d’autres leaders politiques africains entendaient consolider l’ensemble franco-africain et la République française, « une et indivisible ». Leur donner satisfaction aurait provoqué une métamorphose du peuple français. Le Parlement s’en serait trouvé fortement marqué, tout comme le gouvernement. Une telle révolution aurait mis un terme au colonialisme. Car si les territoires ou les États africains et la France s’étaient unis dans un cadre strictement démocratique, le colonialisme aurait certainement été, de ce fait, aboli. Par le jeu de la démocratie, l’exploitation des peuples d’outre-mer n’aurait pu perdurer. Les dirigeants français – européens ou africains –, dorénavant suspendus à la sanction des urnes des citoyens d’Afrique autant qu’à celle des métropolitains, auraient été contraints de traiter l’ensemble du peuple français, y compris au sud de la Méditerranée, avec dignité. Il eût fallu en effet procéder à la redistribution équitable de l’impôt, sous la forme de tous les services publics qui contribuent au développement efficace d’une nation : école gratuite, sécurité sociale, infrastructures, etc. Au tournant des années 1950, refusant de satisfaire la revendication d’égalité des populations et des hommes politiques africains, refusant, surtout, les conséquences impliquées par ce choix, la majorité de la classe politique métropolitaine, de droite comme de gauche, se résolut à procéder à la « décolonisation ». Selon un plan mûrement réfléchi, que le général de Gaulle se chargea d’exécuter.

C’est ainsi que la Métropole choisit de se séparer de ses anciennes colonies, en démembrant la « plus grande France », afin d’esquiver, selon les termes de l’époque, la « bougnoulisation » – comprendre le métissage de la nation et du peuple français, du Parlement et du gouvernement français. Mais aussi pour rendre possible la perpétuation du système colonialiste, que la démocratie dans la République eût interdit.

Ce choix, le général de Gaulle et ses alliés métropolitains de droite comme de gauche, encouragés voire appuyés par des puissances étrangères (notamment les États-Unis et l’Union Soviétique), l’imposèrent à des leaders politiques et des populations africaines souvent réticentes voire radicalement hostiles à l’indépendance. Car à l’époque, l’histoire avait tissé des liens profonds et intenses entre beaucoup d’Africains et la France, des bancs de l’école aux champs de bataille, comme l’a rappelé au grand public le film Indigènes de Rachid Bouchareb.

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Ayant réussi à séparer la France et l’Afrique, connaissant la force des sentiments francophiles et républicains en terre africaine, les dirigeants métropolitains, de droite comme de gauche, durent prévenir tout risque de retour à une dangereuse revendication d’unité franco-africaine dans la République et la démocratie.

C’est dans ce but que fut mise en place une idéologie complexe qui refoula tout un pan de l’histoire et de la sensibilité franco-africaine.

En Afrique comme en France, quoique diversement, tout fut mis en œuvre pour que les peuples oublient leur histoire commune et leur fraternité par delà les races, les cultures et les religions.

Les belles signares, le roi Makoko, Pierre Savorgnan de Brazza et le grand Esprit Nkoué Mbali, Faidherbe et Schœlcher, Blaise Diagne, Robert Delavignette, Gaston Monnerville, Lamine Guèye, les tirailleurs sénégalais, mais aussi Toussaint Louverture et le général Dumas… Autant de noms qui disparurent des mémoires, ou furent désormais présentés de façon partielle et partiale, au service de l’idéologie de la séparation.

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La vision tronquée de l’histoire qui prédomine encore aujourd’hui entrave gravement et pollue les relations franco-africaines. Rien de sain ne peut se construire sur un mensonge, sur des non-dits, sur des sensibilités et des identités refoulées. Les crises identitaires, plus généralement les crises de système en France sont le pendant des crises politiques et sociales qui déchirent l’Afrique depuis des décennies.

C’est avec à l’esprit l’idée que les différents peuples qui composent aujourd’hui l’Afrique francophone, la France métropolitaine et de les DOM TOM, furent un jour un seul grand peuple en voie de fusion – fusion balbutiante selon les uns, commencements exemplaires selon les autres – que le Club Novation Franco-Africaine entend rappeler aux jeunes générations, en Afrique et en France, ce monde fraternel renié.

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Le Club Novation Franco-Africaine ne se bornera pas à mettre au jour les vestiges d’un monde abîmé.

Il entend aussi, fort des leçons du passé appréhendées avec un nouveau regard, trouver dans un rapprochement fraternel et constructif entre la France et l’Afrique les clefs pour le monde de demain. Ces retrouvailles sont plus que jamais d’actualité, comme l’a démontré la campagne présidentielle 2007 en France, comme le démontrent les préoccupations sécuritaires de nos autorités, comme le réclament beaucoup d’intellectuels africains. Comme de plus en plus d’hommes l’espèrent et le croient, en Afrique aussi bien qu’en France.

Car nos pays et le monde endurent un malaise, fruit des non-dits et des travestissements d’un système mondial trop sûr de lui et trop sûr de nos silences. Convaincu que l’esprit de la France « éternelle » est celui de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité entre tous les hommes, de la démocratie dans la République laïque et sociale, que le monde meurt d’obscurantisme et d’égoïsme de nos jours encore, le Club Novation Franco-Africaine espère contribuer, à travers cent bouches et mille cœurs, à faire renaître une grande idée de la France, qui est nécessairement, aussi, africaine ; et, corrélativement, une grande idée de l’Afrique, qui est, nécessairement, aussi, française. Pour construire la nouvelle Afrique et la nouvelle France.

Moyens d’action

Ancré dans le réel, le Club Novation Franco-Africaine se voue aussi à l’action.

Le Club Novation Franco-Africaine s’emploiera à favoriser l’émergence et la diffusion de tout ouvrage ou de tout document audiovisuel susceptible de mettre à nue ce que nous avons appelé l’idéologie de la Ve République, afin de restituer, en particulier aux jeunes générations, l’histoire commune dans sa complexité et sa fraternité trop oubliées.

Le Club Novation Franco-Africaine mettra tout en œuvre afin qu’à l’avenir, les axes historiographiques fondamentaux exposés dans le Manifeste du Club Novation Franco-Africaine soient, le plus rapidement possible, pris en compte dans l’élaboration des programmes scolaires.

Le Club Novation Franco-Africaine s’attèlera à la préparation d’un Symposium franco-africain qui, dès la première année, visera à définir un programme au service d’une vision vertueuse et stratégique des relations franco-africaines. Ce programme sera soumis aux instances dirigeantes des pays concernés.

Le Club Novation Franco-Africaine diffusera systématiquement les résultats de ses travaux en direction des médias et des associations.

Le Club Novation Franco-Africaine ira aussi, notamment, à la rencontre des femmes et des hommes politiques français et africains, de droite comme de gauche, pour les questionner sur ce pan historique et politique qu’il met au jour : l’histoire occultée de la décolonisation franco-africaine et ses inavouables non-dits. Afin de les interroger, à cette aune, sur les propositions qui sont les leurs aujourd’hui, en matière de réflexion et d’action franco ou euro-africaines.

Objectifs

Que l’Afrique et la France renouent l’une avec l’autre, dans un rapport de fraternité, c’est-à-dire d’estime réciproque et de respect de l’autre dans son originalité et ses spécificités, sans être aveugles à leur profonde et commune identité, forgée par l’histoire et enracinée dans l’humain.

Fort de cette conviction, loin des rancœurs mais sans amnésie, conscient que tout crime, tout crime raciste en particulier, nous renvoie avant tout à nos faiblesses d’homme, le passé doit redevenir source de leçons pour mieux agir, non un prétexte pour commettre de nouveaux crimes.

Persuadé par-dessus tout, dans le sillage d’Alioune Diop, que l’homme de demain sera un homme moderne, un honnête homme debout face à tous les esclavages et à toutes les superstitions, ouvert à l’Autre et au monde, fier de ses racines sans y être empêtré, le Club Novation Franco-Africaine entend œuvrer pour qu’une nouvelle politique franco-africaine devienne réalité, dans la Liberté, l’Egalité, la Fraternité et la Laïcité. Fidèle au souvenir de la sublime Nuit du 4 août 1789, qui surgit sous les cieux de France, mais s’adressait dans la joie à tous les hommes de l’univers.

Fait à Paris, Bordeaux et Düsseldorf, octobre 2007 Raphaël Tribeca, Simon Mougnol, Samuel Mbajum, Magloire Kede Onana, Alexandre Gerbi, Claude Garrier Contact / Information : clubnfa (a) yahoo.fr