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Ukraine – EuroMaïdan : une révolution virtualiste

Qu’est-ce que le virtualisme ? Le terme apparaît sous la plume de Philippe Grasset sur son site d’analyses géopolitiques De Defensa. Il désigne une tendance politique et géopolitique où la communication médiatique devient toute-puissante et l’emporte sur le réel.

Quand les choses ne se passent pas comme on voudrait, car le réel est rigide et ne se plie pas à tous nos caprices, on lui substitue une réalité virtuelle plastique, construite dans les médias, où les choses se passent enfin comme on le veut, et en espérant que ce monde virtuel conforme à nos vœux prenne progressivement la place d’un monde réel incontrôlable.

Une illustration nous en est fournie par le coup d’État occidental en Ukraine dit « EuroMaïdan ». Le but de l’OTAN, en lançant cette opération fin 2013, était de provoquer une intervention militaire russe en Ukraine, qui aurait fourni le prétexte idéal à l’OTAN pour attaquer la Russie au nom de la défense de l’Ukraine, donc en occupant la place de la victime, stratagème psychologique nécessaire à toute propagande de guerre. Or, l’invasion russe tant espérée ne venant pas, l’OTAN n’a pas eu d’autre choix que de la mettre en scène dans les médias, et à 36 reprises ! De Defensa rapporte à ce propos une petite comptabilité :

« Le site Red Pill Times a eu, le 13 novembre 2014, la riche et laborieuse idée de recenser le nombre de fois où, à en croire les autorités additionnées Kiev/OTAN/département d’État américain/bloc BAO/Presse-Système, – et qui oserait ne pas croire à cette masse référentielle ? – la Russie lança une invasion de l’Ukraine. (…) Le résultat est à la fois surréaliste et effrayant : 36 occurrences ont été déterminées. (36 en 9 mois, ce qui fait exactement 4 invasions par mois, ou une invasion par semaine, ou 0,142 invasion par jour.) [1] »

Au premier abord, la perception de 36 invasions russes de l’Ukraine en 2014 appartient au registre du délire de persécution mythomane, une sorte de « théorie du complot russe ». Or, à l’analyse, il s’avère que cette invention paranoïaque d’un ennemi imaginaire relève en fait de la folie dirigée et contrôlée, véritable fabrique du consentement à la guerre dans laquelle les médias occidentaux jouent leur rôle habituel de piratage des esprits en essayant d’enfermer des populations entières dans une hallucination collective belliciste. Ce processus polémogénétique de conduite du changement géopolitique par le virtuel est parfaitement maîtrisé. La mise en scène depuis quelques années par les mots et les images d’un monde fictif complet, parallèle au monde réel, où la Russie menace le monde, s’effectue dans le cadre de protocoles rigoureux élaborés par des professionnels du Renseignement en opérations psychologiques au moyen d’un arsenal méthodologique multiple : révolutions colorées (Gene Sharp), Guerre de quatrième génération (Van Creveld), transitologie, industrie du regime change (nation building, state building), storytelling (art de raconter des histoires), management des perceptions, ingénierie sociale, etc.

Parmi les analystes de ces diverses techniques d’influence et de retournement (spin), on trouve le professeur de sciences politiques John Mearsheimer (qui avait signé avec Stephen Walt en 2007 Le Lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine). À la mi-août 2014, le Council on Foreign Relations (CFR) publiait sur son site Foreign Affairs un article de fond de Mearsheimer sur la responsabilité de l’Occident dans la crise ukrainienne :

« Quand les dirigeants russes observent “l’ingénierie sociale” utilisée par l’Occident en Ukraine, ils craignent que leur pays puisse être le prochain sur la liste. Et ces craintes ne sont pas sans fondement. (…) Il existe une solution à la crise en Ukraine, cependant cela obligerait l’Occident à changer totalement sa vue concernant ce pays. Les États-Unis et leurs alliés devraient abandonner leur plan d’“occidentaliser” l’Ukraine et au lieu de cela œuvrer à ce que le pays devienne un pays-tampon neutre entre l’OTAN et la Russie, à l’instar de la position de l’Autriche pendant la Guerre froide. (...) Et l’Occident devrait limiter considérablement ses efforts d’ingénierie sociale à l’intérieur de l’Ukraine. Il est temps de mettre fin au soutien occidental en faveur d’une nouvelle Révolution orange [2]. »

Le 4 septembre, Mearsheimer récidivait dans un entretien, toujours sur le site du CFR :

« Je pense que Poutine a de bonnes raisons de penser que, si nous pouvons faire de l’ingénierie sociale en Ukraine, nous ferons de l’ingénierie sociale en Russie à la fin. C’est pourquoi je dis que les États-Unis devraient arrêter cette affaire d’ingénierie sociale promouvant la démocratie dans des pays comme l’Ukraine et la Russie. Cela ne relève pas d’un bon sens stratégique, aussi longtemps que cela consiste à faire d’un pays comme l’Ukraine une partie de l’Ouest [3]. »

Le 27 février 2012, deux ans avant l’EuroMaïdan, Ria Novosti avait déjà publié un article de Vladimir Poutine lui-même, dans lequel ce dernier évoquait les techniques d’ingénierie politique appliquées par les États-Unis pour déstabiliser la Russie :

« La compréhension mutuelle entre les deux pays ne s’améliore pas non plus étant donné les efforts réguliers des États-Unis pour procéder à une "ingénierie politique", notamment dans des régions traditionnellement importantes pour la Russie et également au cours des campagnes électorales russes [4]. »

Qu’est-ce que Poutine et Mearsheimer entendent par ingénierie sociale ou politique, appliqué au cas russo-ukrainien ? L’ingénierie sociale en général est la démarche consistant à transformer furtivement la nature d’un être social, le plus souvent au moyen de conflits triangulés. En l’occurrence, il s’agit pour les USA et l’OTAN de transformer l’Ukraine, pays slave et berceau de la culture russe, donc naturellement dans la zone d’influence de Moscou, pour américaniser ce pays et le placer sous contrôle de Washington. Le tout se fait de manière furtive, c’est-à-dire en triangulant un conflit entre Ukraine et Russie, et en inversant la place de l’agresseur par la diffusion dans les médias d’éléments de langage tels que « menace russe » et « impérialisme russe ».

Lire la suite de l’article sur scriptoblog.com

 

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1 Commentaire

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  • #1108599

    "il s’agit d’une sorte de bande-annonce publicitaire pour vendre l’EuroMaïdan comme une production hollywoodienne ou un bon jeu vidéo guerrier. Sur un fond sonore tout droit sorti de Call of Duty et un montage rapide d’images chocs des violences de Kiev, une harangue droit-de-l’hommiste est prononcée alternativement par une voix off à la Sylvester Stallone et par Dmitro Yarosh, le chef de Praviy Sektor, face caméra. En voici une transcription :"

    C’est vrai que Maïdan était une véritable mise en scène tout y était : Les cracheurs de feu, les barricades ,les snipers, les drones ,les chiens ,le poignard furtif ,le studio caméra, le gilet par balle, les masques tactique ,hache de combat.
    Call of duty modern Maidan ,excellent pour sensibiliser les jeunes à l’actualité qu’ils ne regardent plus .
    Sans oublier la dimension héroïque de il faut sauver le soldat Ryan .

    Le virtualisme c’est comme un mensonge répété dix fois qui reste un mensonge et répété dix mille fois qui devient une vérité .