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Qui est Nicolas Berggruen, le milliardaire germano-américain qui a financé Sylvie Goulard ?

L’information était disponible depuis 2014, mais Le Journal du dimanche l’a actualisée et mise sur le devant de la scène le 25 juin dernier : Sylvie Goulard a reçu de l’Institut Berggruen plus de 10 000 euros par mois d’octobre 2013 à janvier 2016, période au cours de laquelle elle était députée européenne (voir notre article).

Dans la rubrique « Mon parcours » de son site personnel, l’éphémère ministre des Armées présente ainsi son activité au service du think tank américain : « Conseillère spéciale du Council for the Future of Europe [Conseil pour l’avenir de l’Europe] », un groupe de réflexion qui dépend du « Nicolas Berggruen Institute for Governance [Institut pour la gouvernance] ».

Sylvie Goulard précise ensuite qu’il s’agit d’une « association à but non lucratif visant à promouvoir une meilleure gouvernance mondiale et européenne ». Elle ajoute que le Conseil pour l’avenir de l’Europe « est présidé par Mario Monti » et qu’il « comporte des personnalités de sensibilités politiques diverses telles que, notamment, Jacques Delors, Guy Verhofstadt, Pascal Lamy, Romano Prodi ou Jean Pisani-Ferry ». On imagine les débats enflammés entre ces anticonformistes que tout oppose…

 

Un milliardaire « philanthrope » de plus

Basé en Californie, l’Institut Berggruen a été fondé en 2010 par le milliardaire américano-allemand – qui a grandi en France – Nicolas Berggruen, fils du richissime collectionneur et marchand d’art Heinz Berggruen (décédé en 2007). Le magazine Forbes évalue la fortune personnelle du golden boy à 1,81 milliard de dollars. Mais, à 55 ans, cet ancien jet-setter est quelque peu blasé, il a l’argent triste et veut désormais être reconnu en tant qu’intellectuel.

Nicolas Berggruen est actionnaire et membre du conseil d’administration du Monde.

Nicolas Berggruen aspire même à une vie d’ascète : « Je ne suis pas si attaché aux biens matériels […]. Je possède très peu de choses. […] quelques papiers, deux ou trois livres et quelques chemises, vestes et pulls », déclare-t-il en 2012 au Daily Mirror. La preuve de son détachement des biens de ce monde : il a longtemps vécu « sans domicile fixe », c’est-à-dire dans des hôtels cinq étoiles, ce qui fascine les médias. Le Figaro est tombé sous le charme de ce bourlingueur de luxe qui « sillonne le monde dans son jet privé Gulfstream IV. Ce nomade richissime peut ainsi résider dans 14 villes différentes en un mois. » Sans doute en phosphorant durant les vols sur les moyens de réduire l’empreinte carbone des gueux.

Financier à la réputation d’excentrique se piquant de « philanthropie » et d’ « idées », Nicolas Berggruen reste avant tout un homme d’affaires. Avec sa holding personnelle, qui fait des investissements immobiliers et financiers dans le monde entier, il est l’actionnaire majoritaire du premier groupe de médias espagnol Prisa (qui possède notamment le quotidien El País). Ce géant des médias présent dans 23 pays détient 15 % du groupe Le Monde. D’après Mediapart, M. Berggruen « siège au conseil d’administration du Monde ». On peine à comprendre la discrétion du « journal de référence » sur un si prestigieux compagnonnage.

 

L’amicale de la « mondialisation heureuse »

Quand L’Obs – alors encore Le Nouvel Observateur – publie un portrait du « loup de Wall Street repenti en berger philanthrope », qui est sollicité pour faire l’éloge du « milliardaire qui voulait sauver le monde » ?… L’indispensable Alain Minc bien sûr ! Le chantre de la « mondialisation heureuse » semble parler de lui-même lorsqu’il plaide en faveur de Nicolas Berggruen : « Un businessman arpentant le domaine des concepts ne fait-il pas œuvre plus utile qu’un intellectuel se lançant dans les affaires ? » Pur hasard : Alain Minc est lui aussi membre du Conseil pour l’avenir de l’Europe, ainsi que du 21st Century Council (Conseil du XXIe siècle), un autre groupe de réflexion issu de l’Institut Berggruen, dont la description et la composition valent le détour.

« C’est un honnête homme au sens du XVIIIe siècle. Quelqu’un qui a décidé de mettre son argent au service de l’intérêt général » – Jacques Attali, à propos de Nicolas Berggruen

Ancien président du conseil de surveillance du Monde, il se trouve qu’Alain Minc a représenté Prisa et… Nicolas Berggruen lorsque le groupe espagnol voulait racheter le quotidien vespéral en 2010, une offre concurrente de celle portée par le trio finalement victorieux Bergé-Niel-Pigasse (cf. le livre Un si petit Monde d’Odile Benyahia-Kouider, Fayard, 2011). Un banquier de chez Rothschild épaulait alors secrètement M. Minc dans cette opération tout en prétendant par ailleurs travailler gratis pour la Société des rédacteurs du Monde. C’était Emmanuel Macron. Le futur président était même allé jusqu’à se cacher au dernier étage d’un immeuble pour éviter – en vain – que son double jeu ne soit découvert.

Le portrait au cirage de Nicolas Berggruen brossé par L’Obs serait incomplet si l’irremplaçable Jacques Attali n’y avait pas apporté sa touche : « C’est un garçon étrange, extrêmement gentil, extrêmement cultivé et extrêmement curieux, dans tous les sens du terme. » Et le grand mage médiatique surenchérit : « C’est un honnête homme au sens du XVIIIe siècle. Quelqu’un qui a décidé de mettre son argent au service de l’intérêt général. Je le crois sincère dans sa démarche. » Même si elle a touché 300 000 euros d’émoluments, Sylvie Goulard devrait être décorée pour avoir servi un si précieux personnage.

 

Le financier qui voulait être philosophe

Fort de quelques cours particuliers de philosophie (on imagine le salaire des deux professeurs…), Nicolas Berggruen a écrit avec le journaliste Nathan Gardels un livre intitulé Gouverner au XXIe siècle : La voie du milieu entre l’Est et l’Ouest (Fayard, 2013). Cet ouvrage en appelle à une « gouvernance intelligente » faisant la synthèse entre la « démocratie libérale occidentale » et le « modèle chinois ». Ce must-read des élites transnationales comporte une préface de Jacques Attali et un avant-propos d’Alain Minc. Dans lesquels, on le soupçonne, les Dupond et Dupont du mondialisme néolibéral doivent insister sur les « réformes indispensables ». « Je dirais même plus, les indispensables réformes… »

« Le paradoxe de la démocratie : afin de sauver la démocratie, nous devrons peut-être en avoir moins » – Nicolas Berggruen

Le dessein intellectuel et politique de Nicolas Berggruen est assez facile à cerner à travers la fadeur cyber-patronale de ses propos : il s’agit de ripoliner l’incontournable capitalisme à coups de nouvelles technologies, de « gouvernance » et de « démocratie participative ». Dès lors on comprend son attachement à l’intégration européenne à la sauce digitale. Une visite du compte Twitter de ce ravi de la crèche mondiale donne un aperçu de sa « pensée profonde ». Il écrit par exemple le 24 mai 2017 : « Le paradoxe de la démocratie : afin de sauver la démocratie, nous devrons peut-être en avoir moins. » Précisons qu’il ne s’agit pas d’une citation de 1984. Un article du site Les Influences fournit d’autres éléments d’appréciation éclairants sur le personnage : « Nicolas Berggruen, le supercapitaliste des idées ».

À noter que notre financier-philosophe, via son Institut, a fondé avec le Huffington Post un nouveau média en 2014 : le WorldPost, une publication dédiée aux « enjeux mondiaux ». Il y (co)signe lui-même des articles, comme celui-ci ; le titre laisse deviner un point de vue résolument iconoclaste : « Le “président start-up” de la France est exactement ce dont l’Europe a besoin pour redémarrer ».

 

Macron pour les Nuls

Comme on peut aisément s’en douter, ce membre éminent de l’oligarchie est un détracteur féroce du nouveau président français. Ses tweets en attestent : « Macron écrit l’histoire pour la France et l’Europe – un leadership nouveau, post-parti » (7 mai) ; « La France célèbre ses francs-tireurs : le Roi-Soleil, Napoléon et maintenant, Macron » (12 juin) ; « Le gouvernement d’Emmanuel Macron offre une aube nouvelle à la France, à l’Europe et à la civilisation occidentale » (19 juin). Il ne manque qu’une sobre allusion à Jupiter. Dommage que Sylvie Goulard ne soit plus de cette aventure héroïque. Peut-être va-t-elle se consacrer à la 4e édition de son bien nommé classique L’Europe pour les Nuls.

« Il m’impressionne beaucoup parce qu’il est à la fois généreux et engagé » – Nicolas Berggruen, à propos de George Soros

Qui sont les modèles de Nicolas Berggruen ? Sans surprise, les milliardaires mécènes William Gates (Bill pour les intimes) et Warren Buffet. Mais aussi George Soros, à propos duquel il déclare en 2010 : « Il m’impressionne beaucoup parce qu’il est à la fois généreux et engagé. » Toutefois, comme M. Berggruen se réclame de la « post-idéologie » – une fumisterie capitaliste –, il nuance quelques années plus tard : « J’ai un grand respect pour lui, pour ce qu’il a fait. Mais l’Institut [Berggruen] n’a pas de parti pris idéologique [sic]. Nous ne sommes pas là pour dire à des pays arabes par exemple : la démocratie libérale à l’occidentale est le meilleur système. Il faut tout changer et être comme nous. »

Nicolas Berggruen fait penser au personnage de Paul Arnheim dans le génial roman L’Homme sans qualités (1930-1932) de Robert Musil. Comme l’industriel Arnheim, le financier Berggruen cherche à concilier l’esprit et les affaires. C’est très perceptible dans cet article – coécrit avec Nathan Gardels – publié dans le Washington Post (13 avril 2017). Le titre semble parodique mais il n’en est rien : « Comment les prochaines élections en France et en Allemagne peuvent sauver l’Occident ».

Remercions Sylvie Goulard d’avoir permis d’attirer l’attention sur son mécène. Dans le bestiaire du capitalisme mondialisé et « innovant », il aurait été regrettable de passer à côté du spécimen Nicolas Berggruen.

Laurent Dauré, 28 juin 2017

La réalité du pouvoir, chez Kontre Kulture :

Nicolas Berggruen, sur E&R :

 






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24 Commentaires

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  • "Quel bel homme !" Laurent Gerra imitant Jacques Lang.
    " C’est un garçon étrange, extrêmement gentil" dit papa Attali. Le "extrêmement" me fascine, c’est comme ceux qui ajoutent "vraiment" en fin de phrase. Cela cherche à convaincre.
    Je m’amuse : " C’est un garçon vraiment étrange, extrêmement gentil, vraiment". Allez hop ! vendu. Tu n’en veux pas ? Prends le quand même !

     

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  • Curieux de voir comment le système est comme acculé à dévoiler ses propres méthodes de fonctionnement. Hier sur France Culture une émission fort intéressante sur le caractère protéiforme de la propagande, et la manière dont elle se manifeste aujourd’hui via les médias (et donc France Culture). L’invité, le nietzschéen Dorian Astor, s’est emmêlé les pinceaux, en décrivant les failles du système américain ayant conduit Trump au pouvoir, il a surtout décrit un monde occidental malade de son intellectualisme mortifère.

     

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  • #1756809
    Le 30 juin à 09:27 par Palm Beach Post : "Cult !"
    Qui est Nicolas Berggruen, le milliardaire germano-américain qui a financé (...)

    « sillonne le monde dans son jet privé Gulfstream IV. Ce nomade richissime peut ainsi résider dans 14 villes différentes en un mois. »

    Cool...
    Mais à mon avis (pardon), il devrait se faire rembourser les cours de philosophie.
    Comme ça, il pourra se payer un kebab en bas de chez lui.

    Pas trop de sel sur les frites, quand même...

     

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  • Encore un des anneaux de Grand Ténia, ni moins tonitruant, ni plus intelligent. Un des siphoneurs neurasténiques de la bande qui phagocyte ce triste endroit du monde et beaucoup d’autres. Ceci dit, comme programme ; moins de démocratie que dans une pseudodémocratie ne laisse la place qu’à une dictature pure et dure, un système qui vous tue pour vous voler...comme un palestinien...En fait c’est juste un hyperprédateur nomade, comme tous ses semblables depuis les origines.

     

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  • #1756824
    Le 30 juin à 09:56 par Palm Beach Post : "Cult !"
    Qui est Nicolas Berggruen, le milliardaire germano-américain qui a financé (...)

    " Mais, à 55 ans, cet ancien jet-setter est quelque peu blasé, il a l’argent triste et veut désormais être reconnu en tant qu’intellectuel."

    Ah ! non, on a déjà Finkielkraut !
    Moi, ça va trop m’embrouiller les neurones, après.

    Tape ta coke et nous fais pas chier.
    Pis regarde, Finkieltruc, dans quel état ça le met, de jouer à réfléchir...
    Il est tout bousillé !

    En même temps, il a un bel habit d’académicien...
    Que ni Debord, ni Céline, ni Genet, ni Orwell n’ont jamais revêtu.

    T’imagines Soral, sapé en académicien ?
    lol, il ressemblerait plutôt à Lemmy...

     

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  • Pas étonnant, les schleus sonts les auxiliaires et le fer de lance des néocons et autres mondialistes en Europe.
    Dérive libertaire, remplacement des populations par une immigration massive, construction européen illégitime, asservissement économique des population par les banques, allégeance totale à Israël, objectif ultime et historique de déstruction de la France (voir construction européen).
    Dois-je en dire plus ?
    Comme souvent dans l’histoire de France il n’y a que les identitaires français et une certaine bourgeoisie de gauche et de droite pour se mettre à quatre pattes devant eux.

     

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  • La coco, les p.tes, les orgis, la pédophilie.. on shake-body le tout et ça donne ce type qui gouverne 60 millions de moutons Français ! :D Sacré fierté, fierté où t’es ? fierté où t’es ? ? ça c’est sûr qu’elle n’est plus en France depuis des dizaines et dizaines d’années ! ! De toute façon c’est mort, donc il vaut mieux mourir en lutteur.... pma, puce ds le cul, orgie d’enfants... ç a en fait beaucoup d’activité en France ? !

     

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  • C’est ce que j’écrivais dans les précédents article d’E&R .Il suffit d’un coup tordu pour que ,devinez qui est aux manettes ? ,Oh ,merde ,encore un ,décidemment ces gens sont partout ,serait-ce un hasard ? et toujours les poches pleines et de grandes familles .S’il a versé à Sylvie Goulard 10 000 euros par mois de 2013 à 2016 ,je pense que c’était pas pour faire du canevas .

     

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  • L’exercice auquel se sont livrés GRASSI -GOULARD et ses petits amis : recevoir de l’argent d’une puissance ou d’une entité étrangère pour influer sur la politique nationale ...en gros faire la pute , relevait autrefois de la HAUTE TRAHISON , et certains ont pris douze balles dans la peau pour infiniment moins .Finalement, ils ont été bien inspirés de retirer ce crime du code pénal et de le requalifier en " manquement aux devoirs". Quoiqu’on en pense , je persiste à croire qu’ils sont TOUS pourris.Mais le problème n’est pas insurmontable : il touche combien d’individus ...quelques dizaines de milliers, deux cent mille peut etre , en voyant large ...Il y a eu pire dans l’histoire , ça peut se règler !

     

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  • Sylvie Goulard précise ensuite qu’il s’agit d’une « association à but non lucratif visant à promouvoir une meilleure gouvernance mondiale et européenne ».

    Rien à ajouter.

    Ah si, que cette femme agit donc CONTRE les intérêts de la Patrie ... Vivement la libération.

     

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