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Christophe Guilluy : "Faire passer les classes populaires pour fascisées est très pratique"

L’interview de Guilluy dans Le Point date du 16 novembre 2016 mais nous avons cru bon de la rediffuser aujourd’hui car cette analyse résonne très fortement avec la situation actuelle.

Il y a deux ans, cet entretien pouvait sembler théorique aux gens. Aujourd’hui, il est devenu un mode d’emploi.

C’est simple, le tableau qu’il brosse de la société française fracassée par le libéralisme met au jour les éléments déclencheurs de la révolte des Gilets jaunes qui va venir.

D’où l’importance de lire les sociologues lucides. On ne vous fait pas un dessin !

- La Rédaction d’E&R -

 


 

« Trumpisation » de la société, « lepénisation des esprits », « jeanpierrepernaultisation de l’information », les éditorialistes ne savent plus qui accabler pour expliquer la montée des populismes. Il existe pourtant une autre lecture du phénomène. Christophe Guilluy est le géographe maudit de la gauche française.

 

Ses torts ? Une analyse qui prend les réformistes à rebrousse-poil et des livres qui décortiquent les rouages inconscients de notre ordre social. Si Manuel Valls considère qu’expliquer, c’est déjà vouloir excuser, Christophe Guilluy préfère comprendre plutôt que condamner.

 

Le Point.fr : L’élection d’un populiste comme Donald Trump ne semble pas vous étonner. Un tel scénario pourrait-il advenir en France ?

Christophe Guilluy  : Étant donné l’état de fragilisation sociale de la classe moyenne majoritaire française, tout est possible. Sur les plans géographique, culturel et social, il existe bien des points communs entre les situations françaises et américaines, à commencer par le déclassement de la classe moyenne. C’est « l’Amérique périphérique » qui a voté Trump, celle des territoires désindustrialisés et ruraux qui est aussi celle des ouvriers, employés, travailleurs indépendants ou paysans. Ceux qui étaient hier au cœur de la machine économique en sont aujourd’hui bannis. Le parallèle avec la situation américaine existe aussi sur le plan culturel, nous avons adopté un modèle économique mondialisé. Fort logiquement, nous devons affronter les conséquences de ce modèle économique mondialisé : l’ouvrier – hier à gauche –, le paysan – hier à droite –, l’employé – à gauche et à droite – ont aujourd’hui une perception commune des effets de la mondialisation et rompent avec ceux qui n’ont pas su les protéger. La France est en train de devenir une société américaine, il n’y a aucune raison pour que l’on échappe aux effets indésirables du modèle.

[...]

Pour expliquer l’élection de Trump, les médias américains évoquent « la vengeance du petit blanc ». Un même désir de vengeance pourrait-il peser dans la prochaine élection française ?

Faire passer les classes moyennes et populaires pour « réactionnaires », « fascisées », « pétainisées » est très pratique. Cela permet d’éviter de se poser des questions cruciales. Lorsque l’on diagnostique quelqu’un comme fasciste, la priorité devient de le rééduquer, pas de s’interroger sur l’organisation économique du territoire où il vit. L’antifascisme est une arme de classe. Pasolini expliquait déjà dans ses Écrits corsaires que depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas. C’est exactement ce qui est en train de se passer.

[...]

Donc pour vous les élites essaieraient de « rééduquer le peuple » plutôt que de le régler ses problèmes ?

La bourgeoisie d’aujourd’hui a bien compris qu’il était inutile de s’opposer frontalement au peuple. C’est là qu’intervient le « brouillage de classe », un phénomène, qui permet de ne pas avoir à assumer sa position. Entretenue du bobo à Steve Jobs, l’idéologie du cool encourage l’ouverture et la diversité, en apparence. Le discours de l’ouverture à l’autre permet de maintenir la bourgeoisie dans une posture de supériorité morale sans remettre en cause sa position de classe (ce qui permet au bobo qui contourne la carte scolaire, et qui a donc la même demande de mise à distance de l’autre que le prolétaire qui vote FN, de condamner le rejet de l’autre). Le discours de bienveillance avec les minorités offre ainsi une caution sociale à la nouvelle bourgeoisie qui n’est en réalité ni diverse ni ouverte : les milieux sociaux qui prônent le plus d’ouverture à l’autre font parallèlement preuve d’un grégarisme social et d’un entre-soi inégalé.

Lire l’analyse entière sur lepoint.fr

 

Alain Soral présente le livre de Pasolini à 52’33 :

La sociologie tranchante de Guilluy, sur E&R :

 



Article ancien.
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11 Commentaires

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  • C’est tout à fait ça mais selon moi le mal est plus profond.
    Les peuples ne rejettent pas seulement les règles économiques dans la société mais la société dans sa globalité, c’est à dire ce qu’elle défend comme idées ainsi que ses contours.
    Pourquoi la société nous fait-elle tant souffrir ?
    N’est-ce pas injuste ?
    C’est plus relatif à l’enseignement éducatif qu’on a reçu et qui nous a rendu comme cela.
    C’est du ressort de la psychologie sociale.

     

    • Ne pas confondre la société qui est l’ensemble organique, naturel et culturel d’êtres humains partageant un même espace géographique, une histoire commune et, en général, quelques gènes, et le système qui est une machinerie politique, administrative. Celui-ci se nourrit de celle-là en remplaçant les liens traditionnels par une tuyauterie mortifère (la matrice...).
      La société est au système ce que Notre-Dame de Paris est au centre Beaubourg.
      La société c’est la tradition, le système c’est la modernité. La beauté et la laideur. La vérité et le mensonge. La réalité et l’illusion.
      Vive la société ! À bas le système !


  • « Pasolini expliquait déjà dans ses Écrits corsaires que depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas. C’est exactement ce qui est en train de se passer. »

    L’honnête homme...


  • "Les milieux sociaux qui prônent le plus d’ouverture à l’autre font parallèlement preuve d’un grégarisme social et d’un entre-soi inégalé."

    Ce passage est FONDAMENTAL

     

    • Caractérisé par la "gentrification"....


    • Peut on envisager une relation de bon sens, une communication constructive, voire même simplement une compréhension mutuelle doublée d’ un objectif de bien commun avec des individus de mauvaise foi ?

      Le droit, la psychologie et la sociologie répondent unanimement : NON ! IMPOSSIBLE !!!

      D’ou ce sentiment d’être agressé par des accusations toujours hors sujet, qui remplissent les prime times avec des titres toujours à coté de la plaque, des intervenants qui passent leur temps à rabaisser le peuple de France ( Facho, antisémites, feignants, illettrés, Gaulois réfractaires... ) pour se construire une posture qui ne trompe d’ailleurs personne.

      Cette ingénierie sociale culpabilisante hors sol est d’inspiration Luciférienne, tout le monde le sent d’instinct.


  • Donald Trump est il une sorte de leurre pour les masses populaires américaines ?
    Sa présidence permet elle une sorte de remake Obama qui a aussi eu une sorte de "réputation" un peu autre et nouvelle et antiraciste mais ? Avec très vite et depuis longtemps d’ailleurs aussi ... des soutiens classiques comme ? A voir mais aussi peut être en France. Chez la caste qui contrôle l’argent en cet hexagone. Un changement de politique par rapport à l’Europe ou même l’Elysée que ces espèces de nouveautés présidentielles américanisées .. ? Plus cette soi disant "politique étrangère" extrêmement vétuste qui ne résiste guère ou pas du tout ... à l’analyse habituelle française ou européenne justement ... Enfin l’analyse populaire justement aussi et pas l’analyse .. inexistante des élites. Françaises ou américaines ...
    Donc ?
    Chez Trump une sorte de label mais avec une politique inexistante pour le prouver.
    Qui en est satisfait pour rouler encore mécaniques ici en France ?

     

  • Michel Houellebecq lors de ses rares prises de positions publiques a dit du bien de Christophe Guilluy (puis de Trump). Un sociologue iconoclaste qui interpelle d’autres esprits iconoclastes


  • Même Lénine avait compris que le peuple ne peut être saucissonné et que les "mauvais" sont necessaire aux transformations sociales. C’était du temps où la gauche voulait réellement changer le monde et non réclamer "DES SOUS " sans d’ailleurs obtenir quoique ce soit . Le ton est pédant, mais montre que cette gauche savait jadis, conquérir l’unité d’un peuple alors qu’aujourd’hui elle tente de virer la "droite" des gilets jaunes et briser sans succès ce mouvement qui montre que le peuple ( invention révolutionnaire..) n’est pas réductible à la "classe ouvrière" et où les employés et les paysans viendraient jouer les utiltés..
    La révolution socialiste en Europe ne peut pas être autre chose que l’explosion de la lutte de masse des opprimés et mécontents de toute espèce. Des éléments de la petite bourgeoisie et des ouvriers arriérés y participeront inévitablement - sans cette participation, la lutte de masse n’est pas possible, aucune révolution n’est possible - et, tout aussi inévitablement, ils apporteront au mouvement leurs préjugés, leurs fantaisies réactionnaires, leurs faiblesses et leurs erreurs. Mais, objectivement, ils s’attaqueront au capital, et l’avant-garde consciente de la révolution, le prolétariat avancé, qui exprimera cette vérité objective d’une lutte de masse disparate, discordante, bigarrée, à première vue sans unité, pourra l’unir et l’orienter, conquérir le pouvoir, s’emparer des banques, exproprier les trusts haïs de tous (bien que pour des raisons différentes !) et réaliser d’autres mesures dictatoriales dont l’ensemble aura pour résultat le renversement de la bourgeoisie et la victoire du socialisme, laquelle ne "s’épurera" pas d’emblée, tant s’en faut, des scories petites-bourgeoises (LENINE)


  • Pour être fasciste il faut avoir du pouvoir, ce que n’a pas la très grande masse de la population. Seul le pouvoir profond peut être fasciste.