Egalité et Réconciliation
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L’axe rouge-brun ou le cauchemar de l’oligarchie

« En 1989, Jean-Edern Hallier, journaliste pamphlétaire, éditeur et écrivain, ressuscite “L’Idiot international”. Ce journal devient le lieu de rencontres improbables entre des intellectuels du PCF et des représentants de la droite extrême. Jean-Edern Hallier catalyse les controverses qui sont, alors, l’essence même de cette publication provocatrice. Vingt ans plus tard, Alain Soral, Gilbert Collard, Alain de Benoist et tant d’autres sont les incarnations de cette migration idéologique. »

C’est le résumé du documentaire par la chaîne France 5. Centré sur L’Idiot International et Jean-Edern Hallier, il vire à la charge contre Alain Soral et son positionnement politique. Le fondateur d’E&R n’apparaît que quatre fois, mais il est omniprésent dans la démonstration... que l’axe rouge-brun est un danger politique en tant que résurgence d’un national-socialisme ou d’un social-nationalisme.

L’idiot international, un journal politiquement incorrect, est un documentaire produit par France 5 et LCP (la chaîne alors dirigée par Jean-Pierre Elkabbach) et diffusé à l’occasion des 20 ans de la mort de l’agitateur politico-mondain Jean-Edern Hallier (1er mars 1936 – 12 janvier 1997). Plutôt que de revenir sur la carrière très médiatique et désormais assez connue de l’écrivain, le réalisateur a choisi de porter le fer dans les coulisses de la relance de l’hebdomadaire créé par Hallier en 1968 et ressuscité en 1989.

 

Un pan de l’histoire interne et relativement secrète du PCF – le Parti communiste français – est dévoilé au public.

Tout commence en 1989, avec la chute du mur de Berlin. En soi, un événement mineur – un mur qui tombe – mais de haute portée géopolitique. L’Union soviétique s’effondre, l’empire américain a le champ libre. Les penseurs du Nouvel Ordre mondial écrivent noir sur blanc qu’ils ont 10 à 15 ans – pas plus – pour remodeler le monde à leur avantage. Ce qu’ils feront, sur tous les terrains (et les sous-sols) chauds du globe : Asie (Golfe 1990, Afghanistan 2001, Irak 2003, Pakistan 2004), Afrique (Somalie 1992, Libye 2011) et Europe (Yougoslavie 1994). Que ce soit directement ou indirectement, sous le masque de l’OTAN ou celui de ces fameuses « coalitions » occidentales, ils refont le visage du monde à coups de marteau.

Après ces 15 ans de déchaînement du lobby militaro-industriel US, le développement multipolaire du monde rééquilibre les masses. La Chine se réveille et retrouve une ambition mondiale (1999), la Russie se redresse (avec l’avènement de Poutine en 1999) et sa puissance nouvelle se fait ressentir au-delà de ses frontières.
Voilà pour le cadre géopolitique des années 90.

 

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Le secrétaire général du PCF Georges Marchais accueille Johnny pour la Fête de l’Humanité 1991

 

En France, le grand Parti communiste, fort de ses millions de cadres, militants et sympathisants, ce filet social et syndical entre le peuple français et l’élite, périclite. La fin du grand frère russe lui laisse le choix entre un aggiornamento à l’italienne – la transformation en un parti de gauche réformiste et non plus révolutionnaire, donc compatible avec le capitalisme – ou une survie dans sa forteresse, incarnée par le siège très stalinien de la place du Colonel-Fabien... De son vrai nom Pierre Georges, auteur de l’assassinat d’un militaire allemand en août 1941 dans le métro Barbès. Alphonse Boudard évoque le résistant dans son Corbillard de Jules, les tribulations d’une bande de pieds nickelés dans une France en voie de libération.

Cependant, le PCF n’a pas attendu la chute du Mur pour décroître. Dès la fin des années 70, le PS lui mange dans la gamelle électorale. La dynamique mitterrandienne à l’approche d’un pouvoir enfin possible pour la gauche décroche des bataillons entiers d’électeurs communistes vers le PS, par la logique des désistements et du vote « utile ». En vérité, le Parti avait déjà perdu la bataille morale dans les années 60, suite au choix de ses dirigeants de suivre la ligne moscovite, au lieu de prendre une direction plus nationale. Les intellectuels qui étaient l’autre grande force du Parti, avec ses militants disciplinés, partiront un à un. Roger Garaudy en fera partie, tout comme Edgar Morin. En 1989, le PCF n’est plus que l’ombre de lui-même, il a perdu en 10 ans les deux tiers de son électorat, passant de 20 % des voix aux législatives de 1978 à 15% à la présidentielle de 1981 (pour la dernière élection de Georges Marchais), puis à 6% à la présidentielle de 1988. En 2002, le PC culminera à 3,37% au premier tour de la présidentielle, avec le candidat Robert Hue, le successeur de Georges Marchais en 1994. 1994, une date importante et pour le PCF, et pour L’Idiot International. C’est l’époque où le PC s’enferme dans sa tour, refusant une certaine ouverture, et aussi le moment où le brûlot d’Hallier mettra la clé sous la porte.

« “L’Idiot international” a une posture d’esthète. On a vu des articles anti-impérialistes, très féroces, on a vu des critiques de la mondialisation, du libéralisme, de l’Union européenne, de la finance, etc., qui va à l’encontre de tout ce qui était la doxa social-démocrate des années 80. » (L’historien David Navaro)

Un plan pour reconquérir la jeunesse et les intellectuels

« Il y a eu une période de panique absolue où un morceau de l’appareil du Parti communiste, la presse, principalement, a cherché à se raccrocher à tout un tas d’individus et de gens dont les noms claquaient. » (L’écrivain Didier Daeninckx)

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Didier Daeninckx, alias Didier Dénonce

 

Un croisement de destinées qui n’est pas le fait du hasard : car c’est le PCF qui financera la relance du journal en 1989-1990, pensant coller avec la tendance du moment. Et la tendance est à l’anti-américanisme : la coalition internationale regroupant 34 pays, derrière les États-Unis, va attaquer le Koweït, alors occupé par Saddam Hussein. La guerre Iran-Iraq vient de s’achever, l’Iran est exsangue, les démocraties occidentales ont armé l’Iraq pour affaiblir un Iran trop indépendant, et Hussein veut sa part de gâteau pétrolier. Il ne l’aura pas.

L’historien David Navaro, méprisant : « Le ton est très brutal, c’est une vitupération. Il y a cette phrase où il dénonce la Bourse de Francfort, le sionisme international et les nains de Tokyo. »

L’Idiot prend le contre-pied du courant dominant – ce sera sa marque de fabrique – et soutient Hussein contre l’invasion de l’Empire. Le journal, relancé grâce à une aide de 500 000 francs de l’époque, sous la forme de droits d’auteurs avancés à Hallier par les éditions communistes Messidor pour l’écriture d’un livre à la gloire de Fidel Castro, est tiré à 100 000 exemplaire. La liberté de ton attire des plumes des deux camps, le camp communiste et le camp nationaliste. Qui ne s’étaient jamais rencontrés pacifiquement.

C’est là où la voix off prononce la fameuse expression : « Dans la France des années Mitterrand, être accusé d’être un rouge-brun constitue une mise à mort médiatique. »

 

 

C’est en mars 1993 que le communiste et syndicaliste Jean-Paul Cruse – un proche de Pierre Zarka, qui ambitionnait de prendre la succession de Georges Marchais – pond un article [1] à la demande du rédacteur en chef Marc Cohen sur ce rapprochement national et social, aussitôt dénoncé par Didier Daeninckx sous le nom d’axe « rouge-brun ». Obnubilé par la Seconde Guerre mondiale et Vichy, le communiste Daeninckx obtient une tribune dans Le Canard enchaîné qui lance la polémique.

Alain de Benoist qui a rencontré Francette Lazard, en charge des intellectuels au PC, en mai 1992 à la Mutualité : « J’aurais eu beaucoup plus de mal à travailler avec des libéraux ou des gens du MEDEF »

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Alain de Benoist, qui a franchi la ligne "rouge"

 

Alain de Benoist, Patrick Besson et Jean-Paul Cruse expliquent très bien dans le documentaire que ce qu’on n’appelait pas encore « le système » en a profité pour criminaliser une alliance de quelques intellectuels, montée en mayonnaise afin de créer un très fantasmatique danger « fasciste ». Mais cela a été l’occasion pour la grande presse d’empêcher tout rapprochement entre le camp dit national et le camp dit social, et de renvoyer chacun dans sa réserve indienne. Le fantasme rouge-brun sera repris par Philippe Val dans le nouveau Charlie Hebdo, qui ressortira – ô hasard du calendrier, ou de l’agenda oligarchique... – quasiment au même moment, en 1992, mais du côté atlantiste !
Pour un journal de gauche anarchiste, c’était un revirement à 180 degrés. Un Charlie Hebdo qui récupérera les dessinateurs de la Grosse Bertha (1991-1992) et même de L’Idiot pour devenir le brûlot anticatholique, antinationaliste et antimusulman que le monde entier connaît désormais. Vu de loin, c’est comme si une main supérieure avait retiré le journal dérangeant pour le remplacer par un journal complaisant, mais sous un vernis subversif…

Curieusement, c’est dans Le Pli, la lettre confidentielle des RG contrôlée par Pierre Joxe (un grand maçon) que l’article de Cruse prend une dimension politique. Si Zarka devient le successeur de Marchais, alors il réussira peut-être cette jonction, qui pour l’instant ne concerne que quelques écrivains et journalistes. Aussitôt, le poing de l’oligarchie s’abat sur le projet : via le Canard enchaîné d’abord, où Daeninckx peut donner libre cours à sa paranoïa habituelle, et Le Monde, où le trotskiste (et agent) Plenel s’occupe du « complot » contre la social-démocratie.

Devant la tournure des événements et de la réaction, devenu trop forte, le PCF remballe son projet en 1994 et s’enferme dans sa tour, L’Idiot disparaît du paysage, Jean-Edern Hallier entre à la télé, Charlie Hebdo s’envole en tapant sur les cathos et bientôt les musulmans, à l’inverse de L’idiot… Cependant, 8 ans plus tard, Jean-Marie Le Pen fera 16,86% au premier tour de la présidentielle – malgré la scission de Mégret en 1998 et le départ d’une grande partie des cadres du FN – et éliminera le candidat socialiste, un coup de tonnerre dans le ciel politique français, les médias et les politiques en panique absolue. Au même moment naissent sur l’Internet les premiers sites à contre-courant de la pensée unique, à l’image de L’Idiot.

 

 

Alain Soral : « Je comprends que le PC finance Jean-Edern, donc je comprends petit à petit qu’en fait notre ennemi principal et ce pourquoi nous sommes mandatés par le Parti discrètement c’est de lutter contre le PS, donc du point de vue du PC c’est stratégique, et pour Jean-Edern c’est se venger de la mitterrandie. »

En 2007, aspirant tous ces courants, naissait Égalité & Réconciliation, sous la présidence d’Alain Soral, une des plumes « rouges » de L’Idiot des années 90. Une filiation se dessine, entre la posture branchée d’un journal social et national regroupant communistes et nationaux, et le site estampillé « droite des valeurs et gauche du travail ». Une fusion réussie qui trouvera son public, malgré les tirs nourris du Système, 13 ans après la fin de L’Idiot. Pourtant, dès 1974, Jean-Marie Le Pen se déclarait déjà le candidat de la « droite nationale, sociale et populaire ».
Avec le recul, c’est cette union apparemment contre nature qui aura fait la force de la France dans les moments les plus difficiles : pendant la guerre, quand les résistants étaient gaullistes et communistes, après la guerre avec l’alliance non officielle entre le PC et de Gaulle, garantie de paix sociale et d’indépendance nationale. Pendant 40 ans, après 1968, cette union qui est la condition de l’unité et donc de la force de notre pays a été cassée, et ses deux parties principales isolées, vilipendées, réduites. Le PC a périclité, tandis que le nationalisme a été criminalisé sous l’accusation de vichysme, c’est-à-dire, dans la bouche des nouveaux « occupants », de nazisme.

« Le rapport du Parti communiste français à l’Europe est particulièrement compliqué. Lorsque se crée la Communauté européenne, le Parti communiste français est vent debout contre avec les gaullistes, il ne faut jamais oublier ça. Dans les années 50 où commence le Marché commun, systématiquement le Parti communiste français trouve une convergence avec les gaullistes de l’époque au nom de la défense de la souveraineté nationale contre une Europe qui leur paraît comme une Europe capitaliste et démocrate chrétienne. »

Le piège européiste

Jean-Pierre Chevènement à l’Assemblée avant le référendum de Maastricht de 1992 : « Demain vous le savez, 80% de notre législation s’élaborera à Bruxelles, et dans des conditions invraisemblables ! »

En 1954, gaullistes et communistes s’opposent à la CED, l’embryon d’une Europe de la Défense, sous la houlette de l’OTAN… et du président des États-Unis. En 1992, les mêmes s’opposent à Maastricht. Régulièrement, l’oligarchie est menacée par la jonction des forces nationales et sociales françaises.

En 2019, l’amalgame rouge-brun ne tient plus, le social et le national reviennent en force, que ce soit au FN-RN (même si cette tendance n’est pas la seule) et surtout chez E&R, qui se distingue par la fidélité à cette ligne. C’est bien pour cela qu’avec un vice consommé, dans ce documentaire relativement honnête, à chaque fois que la réalisation s’attarde sur Alain Soral, c’est pour lui accoler le qualificatif politiquement éliminatoire d’« antisémite », alors que ce n’est pas le sujet ! Le sujet c’est la filiation nationale et sociale, une fusion dénoncée et mise en pièces par le Système et ses servants.

 

 

Pourquoi ce trouble, cette agressivité ? Parce que la cimentation sociale-nationale du pays rejetterait le lobby antifrançais au pouvoir au-delà des marges. L’union du peuple français se ferait automatiquement contre ces forces négatives. C’est pourquoi, même si Soral n’apparaît que quatre fois, et pendant de courts instants, dans les 52 minutes du documentaire, c’est bien la partie la plus politiquement sensible... qui est réduite à sa plus simple expression. Toute la perversité des médias dominants consiste à minimiser l’essentiel et maximiser le futile.

La preuve avec la conclusion du documentaire :

« Et l’aventure se solde par une Berezina, ne faisait que des perdants. En 1994, Pierre Zarka assiste au triomphe de Robert Hue à la tête du Parti. Au même moment, L’Idiot publie son dernier numéro. »

L’historien David Navaro fait un aveu involontaire : « Que reste-t-il des rouges-bruns aujourd’hui ? C’est une formule journalistique un peu pauvre, un marteau symbolique, sémantique, qui permet de disqualifier son adversaire automatiquement… C’est une arme symbolique pour disqualifier la gauche, pour disqualifier une partie de la gauche. Et donc on peut imaginer une arme symbolique utilisée par la gauche contre la gauche. »

La voix off de fin revient à l’essentiel, à l’essence politique :

« La dérive rouge-brune au cœur de “L’Idiot” n’a peut-être pas eu le temps d’avoir lieu. Cette confusion est d’abord le symptôme d’un moment historique au lendemain de l’effondrement communiste. La gauche ne savait plus qui elle était, ce qui la définissait et c’est cette confusion qui brouille aujourd’hui encore les repères, au point de confondre le rouge, et le brun. Signe de ce brouillard persistant, certains des acteurs de ce film ont eu des itinéraires particuliers. […] Alain Soral est quant à lui passé du Parti communiste à l’extrême droite, épousant un rôle de provocateur pour lequel il accumule les condamnations pour racisme et antisémitisme. »

Ou comment tenter de refermer une boîte, la boîte sociale et nationale, qui s’est ouverte, et pour longtemps...

 

 

Pour les paresseux, les fans ou les archivistes, voici les interventions d’Alain Soral (mais mieux vaut tout regarder) :

- 14’57 – 15’27
- 30’17 – 30’57
- 36’02 – 36’21
- 51’10 – 51’20 (voix off sur Soral)

 

Petite revue de presse mainstream
de (la peur de) l’axe rouge-brun dans Le Monde

- 1er juillet 1993 : « La tentation national-communiste », L’Idiot, laboratoire rouge-brun
- 8 mars 1996 : La Russie en « rouge-brun »
- 9 juin 1999 : L’écrivain Patrick Besson a accordé un entretien à Français d’abord, l’organe du Front national
- 26 janvier 2003 : Le président du CRIF dénonce une alliance « brun rouge vert »
- 27 janvier 2003 : Le président du CRIF met en garde l’extrême gauche contre une « alliance brun-vert-rouge »
- 15 avril 2017 : Thierry Wolton : « Les deux extrêmes, rouge et brun, nous menacent »
- 31 mai 2018 : Limonov, rouge-brun, Russe, et comme chez lui en Italie
- 28 février 2019 : Romain Goupil : « Cette collusion jaune-rouge-brun menace la démocratie »
- 1er avril 2019 : Histoire d’une notion : « Rouge-brun, cent ans d’alliances des extrêmes »

 

C’est dans ce dernier article que le petit trotskiste du Monde Abel Mestre a ressorti sa panoplie de godwineur :

« Souvent utilisé pour qualifier le mouvement des “gilets jaunes”, le terme est apparu en Russie en 1992. Mais le concept – une pensée empruntant à l’extrême gauche et à l’extrême droite – trouve ses origines dans l’Allemagne de l’entre-deux-guerres. »

L’article extirpe en effet les racines de cette expression pas si jeune que cela. Et cela va naturellement dans le sens des intérêts de la dominance.

« Selon Stéphane François, chercheur associé au groupe Sociétés, religions, laïcités (CNRS, EPHE, PSL), la révolution conservatrice est “un courant de pensée, avant tout culturel, qui s’est développé en Allemagne, après 1918, et qui se caractérisait par un refus de la démocratie et du parlementarisme”. Tournés vers la toute jeune Russie soviétique, les “nationaux bolcheviques” prônaient, selon Stéphane François, “une forme ultra-nationaliste du socialisme plongeant simultanément dans l’extrémisme völkisch [racialiste] et dans le pessimisme culturel le plus noir. Ils rejetaient toutes les dimensions occidentales de la société allemande : libéralisme et démocratie, capitalisme et marxisme, bourgeoisie et prolétariat, mais aussi christianisme et humanisme”.

Plus percutant que le terme “national bolchevique”, le terme “rouge-brun,” selon l’historien Nicolas Lebourg, est, lui, né beaucoup plus tardivement : il apparaît en Russie, en 1992, afin de “fustiger le Front de salut national, qui regroupe l’extrême droite populiste et les conservateurs communistes”. Le Front européen de libération (FEL), un mouvement d’extrême droite, contribue à l’importation en Occident de l’expression rouge-brun. “Mais il y a un contresens total : au sein du FEL, les ’rouges’ sont les nationalistes révolutionnaires, et les ’bruns’ l’aile racialiste de ce milieu : il n’y a pas de communistes”, continue M. Lebourg. »

Suit un rappel de notre sujet avec le rapprochement de la Nouvelle Droite et de l’Institut de recherches marxistes. Notons en passant que rouge-brun est un oxymore de la plus belle espèce, les nazis et les soviétiques s’étant violemment heurtés de 1941 à 1945.

Abel Mestre poursuit :

« L’activiste russe Edouard Limonov défend, lui aussi, dans L’Idiot, l’alliance “des ’rouges’ avec les ’bruns’ (…) contre le système capitaliste”, et fonde, dans ces années-là, en Russie, le Parti national-bolchevique avec l’idéologue radical Alexandre Douguine.

L’idée est de promouvoir une “troisième voie” qui rassemblerait tous ceux qui refusent le système capitaliste. Une alliance, donc, des périphéries contestataires contre le centre libéral et pro américain, qui fait alors figure de ciment des convergences. Dans les années 1990, l’opposition à la première guerre du Golfe, puis aux guerres en ex-Yougoslavie, sert de prétexte à des rapprochements : en 1999, la Nouvelle Droite lance une pétition contre la guerre au Kosovo, qui est paraphée par des figures de la gauche intellectuelle comme l’abbé Pierre, Gilles Perrault ou encore Max Gallo. »

La fin de l’article vaut son pesant de points Godwin :

« Plus récemment, en 2007, le polémiste Alain Soral tente une expérience similaire : son association Égalité et réconciliation entend allier “gauche du travail et droite des valeurs” avant de verser dans l’obsession antisémite.
On le voit, toutes ces initiatives ont fait long feu. À gauche, aucun courant ni organisation structurée n’a sauté le pas pour s’allier avec l’autre bord. Nicolas Lebourg le rappelle : “À chaque fois, tout explose sur la question du racisme”. »

Décidément, au Monde, même quand on tente de faire de l’histoire objective, on ne peut pas éviter de tomber dans les travers socialo-sionistes !

Si l’on considère que le cordon sanitaire qui cerclait le FN est aujourd’hui brisé, une partie des idées originelles de Jean-Marie Le Pen ayant diffusé à droite et même à gauche, alors il se peut que le super cordon sanitaire qui entoure E&R cède un jour et que le mouvement d’Alain Soral ensemence les partis de demain. Pour ce qui concerne l’Internet et une partie de la jeunesse, c’est déjà fait.

Notes

[1] 1995, comme 1945 : l’avenir est au rapprochement des communistes et des gaullistes, pour une politique autoritaire de redressement du pays.

La gauche, en France, c’est fini. Pour toujours. Et c’est bien. Quoi, la gauche ? Idée sucées, espoirs sodomisés, rêves violés, roulés dans le béton de la mort blanche. Otées les fanfreluches crasseuses de la modernité, le cul de la vieille gauche est nu, absolument, totalement, définitivement et radicalement nu. En fait, même plus un cul. Ni peau, ni chair, ni os. Pas de mémoire, pas d’idées, pas de principes. Un trou, sans bords, sans fonds, et sans couleurs. Pas de valeurs, pas de pensées, pas d’analyses, pas de bilan, pas d’issue, pas de perspectives. Rien, mais rien : et c’est très bien. Nettoyage.

Les profits d’avant-hier n’ont fait ni les investissements d’hier, ni les emplois d’aujourd’hui – mais toujours plus de magouilles, de déchirements, d’échecs. 1993, 10 ans après 1983, la rigueur se met à table, elle parle, elle avoue son nom : corruption. Ils nous saoulaient de morale, et discutaient « affaires » avec les gens de Palerme, et leur succursale marseillaise. Quand la corruption politique rejoint la criminalité organisée, l’Europe se met à l’heure de Milan. La peur est sur les villes. L’insécurité du gîte et du transport, après celle du revenu, du statut, du travail. Sous les voiles de prêcheresse de Georgina Dufoix, des contrats de scanners. Mafia, mafia, mafia. Aujourd’hui, la destruction précipitée de la vieille gauche n’ouvre sur rien de neuf, à l’intérieur du champ. Il faut donc en sortir.

Gauche… Dévaluation d’un mot pâli, bon et brave vocable trop lavé par l’histoire, roulé dans le torrent, éclaboussé, éparpillé, écartelé, ruiné. Quoi, gauche ? Un cycle de 200 ans en a épuisé le sens. 200 ans d’une histoire marquée par de bons compromis, sous la Révolution, et même sous l’Empire, entre des classes nouvelles dont la Commune de Paris devait, en 1871, sceller dans le sang l’antagonisme… 200 ans d’une histoire souillée, dès Jules Ferry, par les massacres coloniaux, impasse économique sur fond de crimes de sang… 200 ans d’une histoire commune ; fêlée dès octobre 1917, avant que les urnes du Front Populaire ne préparent, dans la liesse et l’union, l’effondrement national de 1939-40…

On ne resservira pas ce plat. Il est moisi, et froid. Aucun des conflits fondateurs qui ont forgé l’esprit des vivants d’aujourd’hui ne s’est déployé sur l’axe droite-gauche. Qu’il s’agisse de la Résistance, dont le nœud fut, contre le Parlement du Front Populaire devenu l’Assemblée des pouvoirs à Pétain, l’alliance des communistes et de la droite catholique, nationale, militaire et maurrassienne du général de Gaulle. Ou qu’il s’agisse encore, de la liquidation du vieil Empire, fondatrice de la République moderne, et qui vit, là encore, le rouge du drapeau flirter avec la Croix de Lorraine, et l’ombre de Jeanne d’Arc danser avec le spectre de Louise Michel. Mai 68 fut l’irruption brûlante et brève, sur les tapis de cendres chaudes de l’Apocalypse vietnamienne, de nouvelles forces vives, extra-parlementaires – hors du champ. Dans le vaste espace international ouvert alors par la rupture de la Chine avec l’URSS, et déchiré, en diagonale, par la question palestinienne, l’échec de l’« extrême gauche » illégaliste et ouvriériste, coincée entre le marteau pompidologiscardien, et l’enclume du programme « commun », ne pouvait qu’anticiper, 20 ans plus tard, l’effondrement des barbons de la Gauche du Panthéon, après une courte orgie. Tout cela, c’est la gauche. Et c’est mort. C’est bien. La politique est simple. Qu’elle rassemble, aujourd’hui, les gens de l’esprit contre les gens des choses, la civilisation contre la marchandise – et la grandeur des nations contre la balkanisation du monde, qui yougoslavise l’Europe et libanise l’Afrique après avoir palestinisé le Liban, sous les ordres de Wall Street, du sionisme international, de la bourse de Francfort et des nains de Tokyo. Plus que Maastricht, vrai-faux clivage pour ou contre une Europe en train de ne pas se faire, la guerre du Golfe a tracé les vraies lignes. Ceux qui rêvaient de raser Bagdad, et ceux qui rêvent, ici, d’achever la liquidation de l’« exception française », dorment vautrés dans la même bauge. Pas de politique sociale, pas d’égalité des chances, pas de justice possible sans un violent sursaut de nationalisme, industriel et culturel. Pas de réponse aux problèmes, effectivement liés, de l’immigration, de l’insécurité, du chômage, et de la criminalité urbaine, sans une politique volontariste, autoritaire, et de longue portée, d’aide aux jeunes États forts du Tiers-Monde, seuls aptes à briser le cycle mortel de la famine. A fixer leurs sols, leur foi, leurs langues et leurs peuples.

On est loin, évidemment, du perfectionnement infini de la démocratie, et de mille bavardages. Sur ce terrain, Pasqua, Chevènement, les communistes et les ultra-nationalistes […] vont se trouver plus proches les uns des autres que Marchais de Mitterrand, qui est mort, de Fabius, de Lalonde ou de Rocard d’Estaing. C’est un front, qui se forge, et qui se forgera, qu’on aime ou qu’on n’aime pas. Dans une dynamique de redressement, de dépassement, d’efforts de citoyens lucides, contre la logique de la crise, de soumission, d’avilissement et d’éclatement, qui déferle sur la planète au rythme du Sida.

On peut imaginer d’autres temps, d’autres termes de choix, rêver d’autres échappées, d’autres avenirs, d’autres issues. Mais le réel est là, et pas ailleurs. Il n’y a que deux futurs. L’un est l’ennui barbare, l’agenouillement devant l’argent, le racisme anti-raciste, le soft-totalitarisme, la putasserie médiatique, la branlette informatique, la crétinisation marchande, le shoot au CAC-40, le chômage des cerveaux comme celui des corps, et la tête de veau de Clinton sur la graisse de Schwartzkopf.

L’autre futur, pour nous, ici et maintenant, n’est ni rouge, ni rose. Il marie deux fois trois couleurs. Un bleu-blanc-rouge, plus proche, au fond du fond des choses, du black-blanc-beur, que le rose-rouge-vert de la gauche caviardeuse, ou la bannière étoilée des Maîtres.

De Jean-Edern Hallier à Alain Soral, sur E&R :

 






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  • #2170571
    Le 2 avril à 09:26 par Mille sabords !
    L’axe rouge-brun ou le cauchemar de l’oligarchie

    Bravo pour l’article ! le saker, superbe media a contre courant comme E&R publie aujourd’hui un magnifique article sur "la grosse arnaque du national sionisme", concept developpé par Soral et dont le saker parle abondamment et de facon tout a fait elogieuse...

    http://lesakerfrancophone.fr/la-gro...

     

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  • #2170605
    Le 2 avril à 12:11 par Peter Töpfer
    L’axe rouge-brun ou le cauchemar de l’oligarchie

    Dans la citation de l‘acticle d‘Abel Mestre du Monde apparaît le mot allemand völkisch suivi d‘une paranthèse – je suppose d‘ER – [racialiste]  ; ER explique le mot völkisch donc par racialiste.
    Ceci n‘est pas correcte. Völkisch veut tout simplement dire populaire. Que les membres d‘un groupe (peuple) deviennent dans un isolat de plus en plus ressemblants pas seulement concernant les coutumes et les mœurs mais aussi physiquement et donc racialement ne veut pas dire que la race détermine l’appartenance à un peuple.
    Excusez-moi si la paranthèse [racialiste] n’était pas d‘ER.

     

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    • #2170988

      @peter Tôpfer
      La "traduction" du mot völkisch est surdéterminée par son utilisation par A. Hitler dans "Mein Kampf" !
      Effectivement la traduction littérale serait plutôt "populaire" voire dans le concept politique "populiste"... ce qui colle parfaitement dans l’utilisation qu’est faite de ce mot dans ce livre.

       
    • #2172541
      Le 5 avril à 18:10 par Peter Töpfer
      L’axe rouge-brun ou le cauchemar de l’oligarchie

      Oui, c’est surdéterminé.

       
  • #2170717
    Le 2 avril à 15:26 par Paul82
    L’axe rouge-brun ou le cauchemar de l’oligarchie

    Il est exact que cette convergence entre socialisme et nationalisme (dans le cadre français, ailleurs je connais mal) donne des sueurs froides à certains, et pour cause ! Quand je me suis renseigné sur l"extrême droite" il y a 8 ou 10 ans, cette suspicion transparaissait dans les bouquins (cf Zeev Sternell et son "fascisme français"). Et avec le temps, c’est devenu parfaitement évident.

     

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  • #2170735
    Le 2 avril à 15:59 par Landru
    L’axe rouge-brun ou le cauchemar de l’oligarchie

    Faut reconnaître qu’à E&R le rouge il faut le chercher avec une loupe !

     

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  • #2170790

    Poisson d’avril médiatique ?

    L’axe rouge-brun ou... la création de l’oligarchie !

    Comme Staline et Hitler, comme les guerres mondiales et froide, comme la Chine....

    Le fleuron j’vous dis ! ;)

     

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  • #2171253
    Le 3 avril à 11:48 par contempor
    L’axe rouge-brun ou le cauchemar de l’oligarchie

    comment la justice, les médias, qui sont ni nets ni propres,
    peuvent ils se permettre s’emmerder Alain Soral, qui, comme le dit Chouard lorsqu’il dénonce les invectives et les quolibets faciles du pouvoir...
    exprime une opinion !
    Serait ce devenu un crime en 2019, de remettre les français, leurs vraies et réelles valeurs, sur le devant de la scène politique ?
    Si Alain Soral est réellement condamné pour un dessin d’humour qui a valeur d’ œuvre artistique, c’est une imposture juridique et c’est ILLEGAL ! SI Soral est condamné, alors, il y a là un indicateur grave d’une inversion qui va tous nous conduire............... Très loin !

     

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  • #2171370
    Le 3 avril à 15:05 par VALDIMIR LE GRAND .
    L’axe rouge-brun ou le cauchemar de l’oligarchie

    TRÈS INSTRUCTIF ENCORREE MERCI

     

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  • #2171708
    Le 4 avril à 08:10 par Louis
    L’axe rouge-brun ou le cauchemar de l’oligarchie

    Une alliance rouge brun serait majoritaire en France avec le scrutin Proportionnel, comme en Italie, et c’est bien pour cela que les imposteurs qui nous gouvernent n’en veulent pas entendre parler .

     

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    • #2171760

      Pour organiser une "bonne vieille" guerre en Europe et exterminer quelques millions d’individus sans défense ?

      Et vos relations internationales, diplomatiques, vos ingérences, vos pillages mondiaux , votre conquête spatiale, votre "progrès" et votre pollution, vous allez en faire quoi ?

      Et après on me taxe d’ "ethomasochiste" mdr

       
    • #2172967
      Le 6 avril à 18:36 par Lucky Blondin
      L’axe rouge-brun ou le cauchemar de l’oligarchie

      vous insinuez que les Afro-Maghrébins-Turcophones vont continuer leurs razzias, piller et de mettre à sac l’Europe Occidentale ? la France ?

       
  • #2172218
    Le 5 avril à 03:33 par Anti-sceptique
    L’axe rouge-brun ou le cauchemar de l’oligarchie

    Documentaire intéressant qui dénonce une forme d’instrumentalisation du PS par l’anathème, pour retomber à la fin directement dans l’anathème quand il s’agit de parler d’Alain Soral, comme quoi les époques changent mais pas les combat...

     

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  • #2172499
    Le 5 avril à 16:39 par HALLYDAY de MARCHAIS
    L’axe rouge-brun ou le cauchemar de l’oligarchie

    Rien d’important ,mais tout de meme : c’etait la seconde fois que le grand johnny Hallyday venant a la fete de l’huma : la première en 85/ excellent concert rock ou Hallyday s’etait roulé parterre comme a la grande époque.
    SUR MARCHAIS/ evidemment et d’accord avec alain soral : ce fut les grandes époque du pcf et meme krazuky qu’ ont n’aimaient prendre pour un demeuré pecnot : il avait une brillance d’esprit : mais il venait du peuple et meme si ces parents avaient été déporté : cela ne comptait pas etant donné que c’etait un communard : et ca : l’oligarchie ne le pardonne pas : meme a ses frères de communauté.
    BREF : communiste ou socialo :cramé, plié,caduc a la poubelle idéologique.
    CAR ils sont tellement loin du souverainisme que demande ceux qui aiment vraiment la France.

     

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