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Manifestations à Hong Kong : Washington, partie prenante des événements ?

Le mouvement de contestation à Hong Kong se poursuit. Alors que des manifestants revendiquent leur sympathie pour les États-unis et que des élus américains les encouragent, se pose la question des liens entre Washington et la mobilisation.

 

Au début du mois de juin 2019, en réaction à un projet de loi de l’exécutif hongkongais pro-Pékin visant à autoriser les extraditions vers la Chine, d’importantes manifestations ont vu le jour au pied des gratte-ciels de la mégapole. Après un recul du gouvernement sur son projet de loi, le mouvement s’est rapidement structuré autour d’autres revendications, comme par exemple la démission du chef de l’exécutif local, Carrie Lam, et l’élection de son successeur au suffrage universel.

En partie du fait de l’accumulation de scènes spectaculaires (affrontements devant le Parlement, blocage de l’aéroport international, etc.), la mobilisation urbaine a vite trouvé une place médiatique de choix, où elle a souvent été décrite comme « le mouvement des parapluies ». Une référence à « la révolution des parapluies », terme utilisé par les médias occidentaux pour parler de la vague de manifestations qui a secoué Hong Kong entre les mois de septembre et de décembre 2014.

Le 14 août, en faisant référence à des images diffusées par les autorités chinoises, qui montraient des véhicules blindés alignés dans les rues de Shenzen, à quelques dizaines de kilomètres de Hong Kong, Washington annonçait être préoccupé par « ces mouvements paramilitaires », et a appelé Pékin à respecter le « haut niveau d’autonomie » de Hong Kong. En outre, un porte-parole de la diplomatie américaine cité par l’AFP a déclaré que les États-Unis apportaient leur « soutien à la liberté d’expression et à la liberté de réunion pacifique à Hong Kong ».

 

Des références à l’Occident au sein de la mobilisation

Entre autres éléments marquants de la contestation, les références à l’Occident ont été relevées par la presse. Le 1er juillet déjà, à l’occasion du 22e anniversaire du transfert de Hong Kong du Royaume-Uni à la Chine, des manifestants installaient par exemple un drapeau colonial britannique dans le Parlement de Hong Kong dans lequel ils venaient de pénétrer de force.

Plus récemment, c’est l’apparition de drapeaux américains qui a pu être observée au sein des cortèges de manifestants. Une image de l’agence Reuters montre un manifestant arborant une casquette « Make America Great Again » (« rendre à l’Amérique sa grandeur », le fameux slogan de la campagne présidentielle de Donald Trump) et brandissant un drapeau américain, lors d’une manifestation à Hong Kong, le 3 août.

 

 

« Puisque le drapeau américain est le symbole de la liberté, des droits de l’Homme et de la démocratie, nous espérons faire savoir au gouvernement de Hong Kong que nous avons besoin [de ces valeurs] », expliquait de son côté en anglais (l’une des langues parlées à Hong Kong) un autre manifestant interviewé à ce sujet, dans une vidéo postée le 11 août sur Twitter par un compte de l’agence Bloomberg.

 

 

D’autres contestataires encore, masqués pour la plupart, sont allés jusqu’à se faire filmer en train de chanter l’hymne national américain, drapeau des États-Unis à la main, dans les rues de la mégapole. « Et l’éclat rouge des fusées, les bombes explosant dans les airs [nous prouvaient tout au long de la nuit que notre drapeau était toujours là] », peut-on en effet entendre, chanté en anglais, dans une vidéo relayée par un internaute.

 

 

Les États-Unis encouragent les « pro-démocratie »

Parallèlement à l’apparition de signaux pro-États-Unis au sein des cortèges déambulant dans le territoire semi-autonome chinois, nombre de personnalités politiques américaines ont exprimé leur soutien à la mobilisation de ceux qu’ils estiment être les porte-paroles de la démocratie. « Puissions-nous tous être solidaires du peuple de Hong Kong lorsqu’il se prononce en faveur de la démocratie, de l’absence de répression et d’un monde qu’ils aspirent à voir », a par exemple tweeté, le 13 août, l’ancienne rivale de Donald Trump, la démocrate Hillary Clinton.

 

 

Un constat visiblement partagé en haut lieu dans le camp républicain. En témoigne la réaction du chef de la majorité au Sénat, Mitch McConnell, qui la veille, félicitait le peuple de Hong Kong pour « se défend[re] bravement contre le Parti communiste chinois alors que Pékin tente d’empiéter sur son autonomie et sa liberté ». Et le sénateur de droite de mettre en garde l’exécutif chinois : « Toute répression violente serait totalement inacceptable. Comme je l’ai dit au Sénat : le monde regarde. »

 

 

Outre les multiples messages en ce sens provenant des États-Unis, une rencontre entre des figures étudiantes du mouvement protestataire et la diplomate américaine Julie Eadeh, chef de la section politique du consulat général américain, a attisé des tensions entre Washington et Pékin déjà vivaces. Une photo montrant les protagonistes côte à côte dans un hôtel de la mégapole, a été relayée par la presse chinoise.

 

 

Réagissant à cette rencontre, Pékin avait mis en garde le 8 août le consulat américain, l’exhortant à « couper immédiatement tout lien avec des émeutiers anti-Chine », et à « cesser immédiatement toute interférence dans les affaires de Hong Kong ». Washington a pour sa part affirmé que la diplomate ne faisait ni plus ni moins ce que ses collègues faisaient « chaque jour autour du monde » : « Ils rencontrent des responsables gouvernementaux, des opposants, des manifestants, pas seulement à Hong Kong ou en Chine ».

Quant au président américain Donald Trump, loin de se montrer le plus interventionniste pour l’heure, il s’est interrogé sur les raisons qui poussaient certains commentateurs à le rendre coupable des événements de Hong Kong. « Beaucoup me reprochent, aux États-Unis et à moi, les problèmes qui se posent à Hong Kong. Je n’arrive pas à imaginer pourquoi ? », a tweeté le chef d’État le 13 août. Une interrogation qui a provoqué une avalanche des réactions sur Twitter – particulièrement chez ceux qui se montrent favorables à une intervention de Washington au nom de la démocratie en Chine. « Les personnes qui luttent pour la liberté et la démocratie à Hong Kong et en Chine ont tellement besoin de votre aide », a par exemple répondu l’un d’entre eux au président américain.

 

Dialogue au point mort, manifestants toujours déterminés ?

Le 9 juillet, le projet de loi déclencheur des premières manifestations a été annoncé comme « mort » par le gouvernement hongkongais, qui a proposé, dans la foulée, de rencontrer les représentants du mouvement contestataire en public. Toutefois, cette esquisse de dialogue n’a pour l’heure pas permis d’endiguer la poursuite des manifestations. Celles-ci ont rapidement été marquées par des scènes de violences entre certains protestataires et les forces de l’ordre, les premiers mobilisant parfois des équipements et techniques impressionnants (lanceurs de grenade M320 selon le média public chinois CCTV, lasers, multiples projectiles dont des briques), les seconds répliquant en usant notamment de gaz lacrymogènes et de tirs de balles en caoutchouc. Par ailleurs, des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montraient certains protestataires qui prenaient à partie des journalistes ou encore des policiers.

Difficile de prédire de façon claire la tournure que prendront les événements. Pour autant, à la faveur de la confusion qui prédomine actuellement à Hong Kong, les traditionnels partisans d’une intervention américaine au nom de la démocratie considèrent d’ores et déjà que les conditions sont réunies pour un changement institutionnel. Si la configuration géopolitique actuelle rend inimaginable quelque opération militaire étrangère contre la Chine, certains éléments de la mobilisation rappellent en revanche le concept des révolutions de couleur, décrites entre autres comme des soulèvements populaires soutenus par l’Occident.

 

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