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Régis Debray contre le monde sans frontière

À l’heure du nomadisme numérique et du "mainstream "culturel, du patchwork artistique et de la pensée kitsch, du transnationalisme vert et du tourisme humanitaire, de la finance planétaire et de la consommation globalisée, Régis Debray invoque le Dieu Terme, cette divinité romaine de la frontière, démonisé par les mondialistes, les europhiles, les amoureux du trans, de l’alter et de l’inter, et tous ceux qui ne jurent que par le pacifisme messianique des citoyens du monde.

Il s’emploie à dédiaboliser les frontières et à démystifier l’idéologie sans-frontiériste pour mieux critiquer les effets toxiques de la mondialisation libérale. Dans son dernier livre, L’éloge des frontières, en réactionnaire frondeur, il invite même à penser à contre-courant et exhorte le lecteur à défendre un « devoir de frontière ».

Les maladies de peau du monde global

La peur a donc changé de camp. Hier, c’était le vide des espaces infinis qui suscitait l’effroi.

Aujourd’hui, au contraire, l’informe « borderless world » rassure et ce sont les bornes de démarcation qui angoissent. Ce renversement de paradigme inquiète Régis Debray qui constate que la ghettoïsation, le communautarisme ethnique, l’intégrisme religieux, le narcissisme local du chauvinisme, la désacralisation des valeurs républicaines et religieuses, mais aussi le pessimisme ambiant, l’incivilité, l’indécence, résultent directement d’un déficit de frontière et non pas d’un excès, comme l’idéologie sans-frontiériste tend à le faire croire.

Sous la plume de Debray, le dogme d’un monde sans frontière nécessairement bon se fissure. L’abolition des frontières a pour conséquence paradoxale la création de lignes de fractures sociales et culturelles qui ébranlent la cohésion nationale. C’est « le retour du refoulé », « la société de l’apartheid » au sein du monde global, le cloisonnement du mur qui isole dans la fusion de la Tour de Babel qui englobe. « Les intégrismes religieux sont les maladies de peau du monde global où les cultures sont à touche-touche. ». Debray tire la sonnette d’alarme : mondialisme et communautarisme ne sont pas concomitants mais corollaires.

Plongée dans un tohu-bohu informel, l’époque postmoderne vit à rebours de la création divine. Au nom du droit à la différence, la confusion des genres, des sphères et des âges a obtenu gain de cause. Bilan de cet inquiétant imbroglio : désorientation, désenchantement, désaffiliation et fractures haineuses.

Alors Debray se fiche pas mal de susciter les crispations des apôtres de la France multiculturelle pour qui réhabiliter la frontière équivaut à une régression fasciste et xénophobe du progressisme libertaire. Debray persiste et signe. Il est urgent de retracer des lignes si on veut sortir de cette situation mortifère et éviter que le ciel nous tombe sur la tête.

Comment une population devient peuple

Loin d’être liberticide, la frontière est, au contraire, productrice, parce qu’elle permet la « mise en forme symbolique d’un chaos ». Debray ressuscite son pouvoir créateur. Certes, la frontière coupe et sépare, mais c’est pour mieux faire émerger la singularité dans un ensemble informel.

Debray fait ainsi de la frontière « l’opération par laquelle une population se mue en peuple ».

De même que la vie commence par la coupure du cordon, un peuple se forme en se séparant. La frontière le délimite non pas pour l’enfermer, mais pour poser sa différence dans l’indifférencié du monde global. Sans ligne de démarcation qui sépare le dedans du dehors, l’autorisé de l’interdit, le transcendant de l’immanent, le privé du public, pas de peuple possible.

On comprend alors que dans un espace mondialisé, où tout se vaut et donc plus rien ne se différencie où tout est délié et donc plus rien n’unit, les citoyens ne peuvent ni se reconnaître, ni s’approprier le territoire et encore moins faire le lien avec leurs compatriotes.

Un territoire qui se décompose en perdant tous les repères identitaires, historiques et relationnels ne peut satisfaire le besoin d’appartenance de ses habitants qui vont chercher dans le « marxisme, personnalisme, islamisme, bouddhisme, écologisme, etc. (…) un palliatif au déracinement ». Sans dehors qui délimite et qui structure, le dedans se vide de sa contenance et s’autodétruit parce qu’il ne fait plus sens et n’engendre que des passions tristes.

Sous l’angle de la frontière, Régis Debray pointe in fine les dangers de la mondialisation de la culture occidentale et de la dénationalisation du territoire, qui, privés de leur « estampille », ne sont plus capables d’insuffler le désir de faire société.

Finalement, n’a-t-on pas un peu trop vite oublié qu’on intègre ce qui se distingue ?

 



Article ancien.
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6 Commentaires

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  • #42232
    le 31/08/2011 par Ben quoi ?
    Régis Debray contre le monde sans frontière

    Cet article manque singulièrement de parenthèses. On ne l’entend pas beaucoup ce Régis Debray.
    De la pub à pas cher ?

    Ceci dit, il traîne toujours derrière lui, et certainement à jamais, l’énorme poële à paëlla de son éventuelle trahison de l’ Immense Che Guevara.


  • #42295

    Régis Debray est un philosophe lui,tandis que BHL est un diseur de bonne aventure intellectuelle.
    Vive la frontière !


  • #42307
    le 31/08/2011 par jasmin indien
    Régis Debray contre le monde sans frontière

    Régis Debré, l’ami-donneur.
    Passons aussi sur la déstabilisation de Haïti où le monsieur a joué un rôle important dans le renversement du régime.
    La frontière et ses avatars culturels seraient des "palliatifs au déracinement". L’homme est un bourrin et une nation un troupeau de bourrins. Pas étonnant qu’il lui faille des élites pour le diriger et des maçons pour l’éclairer. Mais l’Empire veut une frontière, une grosse. Et même une capitale et même une religion.
    "Sans dehors qui délimite et qui structure, le dedans se vide de sa contenance" C’est pas vrai, j’ai bien lu ? c’est quoi, une blague Carambar ? Sérieux, c’est sieur Debré, maitre de la quenelle fumée !
    Je vais faire comme Deubouze, je vais changer de triperie.

     

    • Excuses-moi, mais quand je me lève le matin, j’ai dans l’espoir de faire de mon pays un Grand pays avec de grandes ambitions pour apporter à l’humanité de bonnes raisons d’aller plus haut. Les nations apprennent de leurs différences. S’il n’y avait plus qu’une seule pensée unique on serait vraiment mieux au seins d’une seule conscience.. d’un seul être (cf puppet master, matrix, etc..) mais pour le moment c’est pas possible (faut arrêter de rêver) Chaque peuple, chaque culture a besoin de frontières pour s’unir, chaque économie, de frontières pour être régulé.. Nous sommes tous bien trop différents pour pouvoir s’entendre au travers des mêmes lois au sein d’un même état (Au chiotte le fédéralisme !). Cela s’implifie uniquement la vie de ceux pour qui les lois les empêchent de faire ce qu’ils veulent.


  • #42353

    ce qu’il dit est juste !...celà fait sens...dans un sens qui me va.


  • #42416
    le 31/08/2011 par duc de Guise
    Régis Debray contre le monde sans frontière

    Mieux vaut lire directement l’ouvrage de Regis Debray que ce commentaire fort moyen : "Eloge des frontières" c’est chez Gallimard 2010 E&R en a déjà parlé c’est un texte court à lire absolument pour tordre le coup à l’idée : frontière = chauvinisme = mur ; sans frontière pas d’hospitalité c’est une trés belle méditation