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Groenland : un nouveau marché pour les ressources énergétiques

Au Groenland, les élections récentes ont été remportées par la sociale-démocrate Aleqa Hammond et elles pourraient fort bien modifier le visage de l’île autonome, sous souveraineté danoise.

Quelques milliers d’électeurs ont choisi la sociale-démocrate Aleqa Hammond pour diriger le nouveau gouvernement du Groenland, une île de dimensions continentales mais qui n’a que la population d’un gros bourg (plus ou moins 57 000 habitants). L’opposition sociale-démocrate du « Siumut » (ce qui signifie « En Avant ! », comme le journal socialiste italien d’antan, Avanti, ou son équivalent allemand Vorwärts !) a battu le premier ministre sortant Kuupik Kleist et son parti socialiste « Inuit Ataqatigiit » (« Hommes et Solidarité »). Aleqa Hammond a obtenu 42,8 % des voix et Kuupik Kleist, 34,4 %. Le parti de Mme Hammond a obtenu quatorze sièges et une majorité relative sur les 31 sièges que compte le parlement du Groenland. Elle devra former une coalition pour s’assurer une majorité absolue. Elle s’est d’ores et déjà affirmée prête à donner vie à une vaste coalition avec tous ceux qui sont disposés à en faire partie.

L’intérêt politique et géographique que suscite aujourd’hui le Groenland est en grande partie dû aux changements climatiques en cours. Le dégel du permafrost en zone arctique a ouvert de nouvelles routes de navigation et a rendu plus facile l’accès aux ressources naturelles, que l’on trouve en abondance sur le « continent blanc » au Nord de l’Europe. Les investisseurs se bousculent pour obtenir une licence et exploiter au maximum les réserves de pétrole, de gaz, de minerais comme le fer, l’aluminium et les terres rares. « Il y a là-bas une quantité énormes de ressources de grande valeur qui attendent d’être exploitées », a observé Jan Fritz Hansen, vice-directeur de l’association qui regroupe les armateurs danois.

L’intérêt que portent les sociétés étrangères coïncide avec les aspirations des Groenlandais à devenir complètement indépendants du Danemark mais pour y arriver, ils doivent disposer de suffisamment de fonds propres ; alors seulement, ils pourront satisfaire cette volonté fébrile de s’autonomiser par rapport à Copenhague. « Il sera bien intéressant de voir le résultat des élections », avait souligné Damien Degeorges, un spécialiste du Groenland, fondateur de l’Arctic Policy and Economic Forum, qui ajoutait que le Groenland avait toujours été jusqu’ici sous-évalué dans les projets de développement futur de la région arctique.

Jusqu’à présent, une seule mine fonctionne au Groenland mais les autorités viennent d’augmenter considérablement le nombre de licences octroyées pour exploiter des minerais : le nombre de ces licences atteint désormais le chiffre de 150 unités. Il y a une dizaine d’années, les licences octroyées étaient moins de 10 ! L’exploitation potentielle des ressources pourrait apporter des richesses considérables aux citoyens du Groenland mais aussi leur faire courir des dangers nouveaux, surtout sur les plans écologique et social : pollutions à grande échelle et bouleversements dans l’ordre social pourraient en résulter.

On prévoit l’exploitation d’une mine de fer près d’Issua, à quelques kilomètres seulement de la capitale, où des milliers de tonnes de ce minerais seraient disponibles pour être envoyées chaque année en Chine. Pour sa part, le géant américain ALCOA cherche depuis plusieurs années à installer un complexe de fusion de l’aluminium à Maniitsoq où des milliers de travailleurs chinois seraient embauchés à des prix nettement inférieur aux salaires locaux.

Les élections qui viennent de se dérouler au Groenland, province autonome du Danemark, ont donc porté aux affaires le parti social-démocrate de Mme Hammond, favorable à l’exploitation des vastes ressources minérales de l’île, tout comme l’était d’ailleurs son rival politique, le leader socialiste Kleist. Les gisements d’uranium au Groenland, s’ils étaient exploités, pourraient redimensionner le marché mondial de l’énergie nucléaire. L’île, de par sa position géographique, forme également la porte d’accès à l’Arctique où la fonte progressive des glaces permet d’envisager l’ouverture de nouvelles routes de navigation maritime dans cette zone que l’on considère de plus en plus comme économiquement rentable et exploitable.

Certains analystes estiment que l’intérêt que porte la Chine au Groenland est de nature plus économique que géopolitique. En effet, les puissances qui ont, au Groenland, des intérêts géostratégiques évidents sont surtout les États-Unis, le Canada, l’Union européenne et les pays d’Europe septentrionale, sans oublier, bien entendu, la Russie. Tous ces États se contentent pour l’instant de sonder les fonds marins et de redéfinir le tracé des frontières maritimes dans l’Arctique. Le réchauffement du Groenland a déjà révélé bien des ressources du sous-sol de l’île, notamment les terres rares, c’est-à-dire les métaux utilisés comme ingrédients principaux dans la fabrication de téléphones cellulaires, d’armes et de technologies ultramodernes. C’est aujourd’hui la Chine qui contrôle environ 90 % de la production globale de ces terres rares donc l’exploitation des gisements groenlandais pourrait mettre un terme au monopole chinois en ce domaine.

Les villages de l’île qui jusqu’ici n’ont vécu que de la pêche s’inquiètent bien entendu des changements climatiques, dont l’effet premier est la fonte des glaces. L’uranium dans ce cas pourrait être l’occasion d’acquérir davantage d’indépendance et d’obtenir un travail plus sûr. Tout cela n’est pas sans danger pour la santé et pour l’environnement. Mais il n’y a pas que cela. Le quotidien danois Politiken estime que l’exploitation de ces gisements ne fera qu’augmenter le népotisme et la corruption, déjà solidement implantés dans les milieux politiques de l’île. À ce danger, il convient aussi d’évoquer une possible polarisation sociale déstabilisante pour la société groenlandaise : celle qui opposera les centres urbains proches des mines aux villages isolés. Tous ces éléments doivent nous induire à poser des questions quant à l’avenir du Groenland, victime prédestinée des grands consortiums américains et européens sans oublier ceux des pays émergents comme la Chine, la Russie et la Corée du Sud en toute première ligne.

Andrea Perrone

Article paru sur le site de la revue romaine Rinascita le 15 mars 2013.

 



Article ancien.
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1 Commentaire

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  • La mondialisation touche vraiment tout le monde... Ils ont bien choisi leurs chefs politiques, eux aussi ! Quelle idée !

    Bah, ça va faire un petit Afrique. On va les piller, ruiner leurs ressources, les empêcher de les utiliser pour eux-mêmes (genre on achète ça et on vous le revend le double... Ça vous va ?)... Et puis comme c’est une région isolée, on va laisser la population mourir de faim. Le Danemark va pas vendre le lopin de terre, parce que c’est à lui, quand même ! Mais il va laisser son peuple lointain dépérir, au profit des grandes puissances qui vont les déposséder de tout... Ils n’auront même plus un poisson à pêcher, les pauvres...