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Mai 68 : gauchisme et néolibéralisme

Dans le cadre de la sortie de son ouvrage Mai 68 contre lui-même, Rémi Hugues a rédigé pour Lafautearousseau une série dʼarticles qui seront publiés tout au long du mois de mai.

 

Le capitalisme stato-national est mort ! Vive le capitalisme globalisé ! Au mitan des années 1960, une restructuration du système économique occidental était devenue nécessaire. De Gaulle, attaché à la défense des intérêts de sa patrie et à conserver intacte la vieille morale bourgeoise imprégnée de catholicisme, constituait un obstacle majeur à cette restructuration. Par le truchement d’un subtil jeu dialectique, il revint à la gauche la plus radicale d’accomplir la tâche de « nettoyeuse » de l’ordre (capitaliste) établi. Mais pas dans le sens qu’elle se figurait : son travail ne consista pas à balayer le système capitaliste – mission dont elle se réclamait ; son travail fut d’éliminer sa version archaïque, sclérosée, dépassée au profit d’un capitalisme newlook, sans frontières, qu’elles soient physiques ou morales.

 

L’essor du marché du désir

Disparition des barrières nationales ! La « libéralisation programmée des frontières commerciales, avec l’achèvement du délai de constitution du Marché commun à l’horizon de 1968, oblige les décideurs, publics et privés, à des adaptations d’envergure dont le Ve Plan, mis en œuvre dès 1965, représente à la fois le signe, le produit et l’instrument majeur. » [1]

Disparition des barrières sexuelles ! En 1967 la loi Neuwirth, qui autorise l’usage de la pilule contraceptive est adoptée : « La chimie et la loi normalisent ainsi la fécondité. Celle-ci n’est plus "naturelle", spontanée, désordonnée. Mais doublement soumise à l’ordre social. La fécondité est policée. Au sens étymologique de politique, civilisé. […] L’universalité de la loi vise à la mondialisation de son application. La science doit intervenir en un domaine jusquʼalors totalement abandonné à la nature : la natalité. La nature doit être soumise au politique, en son principe même. Le biologique doit être dirigé par le scientifique. Et les deux doivent se soumettre au politique. Il s’agit d’une révolution – nataliste et biologique – d’une portée immense. » [2]

Tel était le nouveau credo du capital... le libéralisme bourgeois, puritain, conservateur, se métamorphosait en libéralisme marginal, libertaire, licencieux. Aux yeux des capitaines des firmes multinationales, les diverses inhibitions prescrites par la société bourgeoise, qui jusque-là n’avait pas eu l’audace de s’affranchir de ses fondements chrétiens, étaient autant de points de croissance de perdus. Un nouveau monde perçait le jour, qui promettait d’abondants profits.

Le Marché se découvrait un nouveau continent : les secteurs du marginal, du libidinal et du ludique. Derrière ces termes quelque peu obscurs se cachent des loisirs consommables tels les jeux à gratter, le divertissement télévisuel, les drogues en tout genre, les virées en boîtes qui coûtent un bras tant la nuit a été longue, les voyages à l’autre bout de la planète, les clubs de strip-tease, le tourisme sexuel, la pornographie, etc. Par suite de la diffusion du néolibéralisme, cet ensemble de « produits » à forte valeur ajoutée, qui à l’heure du capitalisme à la papa étaient cantonnés à un marché de niche, est devenu un vaste marché de masse, le « marché du désir ». La valeur du travail et de l’épargne, disent les libéraux classiques, réside dans leur capacité à satisfaire les besoins de chacun. Leurs épigones « libéraux-libertaires », cherchant à rentabiliser au maximum l’augmentation considérable du temps de loisirs, exaltaient les caprices frivoles du désir des consommateurs.

 

L’institutionnalisation de « l’extrême gauche du Capital »

Le néolibéralisme représente ainsi l’idéologie d’accompagnement du capitalisme nouvelle mouture, qui, paradoxalement, tire sa singularité et sa nouveauté par rapport au libéralisme primitif des Locke, Voltaire, Bentham, Constant et Mill, du fond libertaire d’une gauche gauchement anticapitaliste, plus sadienne que proudhonienne, plus freudienne que marxiste, plus sartrienne que léniniste. Et qui, par Trotsky et sa « révolution permanente mondiale », renouait avec le doux rêve cosmopolitique d’un Kant.

Les jeunes révolutionnaires de Mai, en se ruant pavées à la main contre le capitalisme au nom de la démocratie et des droits de l’homme, ignoraient être les dupes de ce capitalisme qui avait lui-même enfanté la démocratie (représentative) et les droits de l’homme (nanti) afin de triompher de l’alliance du trône et de l’autel sur laquelle reposait le pouvoir dʼAncien régime, catholique et royal. À la domination formelle du Capital, s’exerçant au moyen de la démocratie bourgeoise, succédait en Mai 68 la domination réelle du Capital, s’exerçant au moyen de la social-démocratie libérale-libertaire. Le discours des notables de province, qui jusqu’ici déterminait la nature du vote du citoyen, fut alors remplacé par l’ardente manipulation de l’hypnotique « folle » du logis, la télévision. À l’extérieur du foyer, dans la rue, le capitalisme eut hardis promoteurs, des êtres idéalistes et naïfs – cela va souvent de pair –, à la merci des roueries les plus rodées : les gauchistes. Des êtres hostiles à pratiquement tout : à De Gaulle, aux Américains, aux Soviétiques, aux ouvriers encartés au P.C.F. ou à la C.G.T., aux « fascistes » dʼOrdre nouveau et de l’Action française, aux anciens de lʼO.A.S., aux « sociaux-traîtres » Guy Mollet, François Mitterrand et Pierre Mendès-France, à la droite mi-molle de Giscard et consorts, un peu centriste et vichyste à la fois, aux radicaux, ces « collabos » du Capital depuis au moins Clémenceau, le boucher des mineurs du Nord et des pacifistes mutins.

Éparpillés façon puzzle entre divers groupuscules insignifiants, incapables qu’ils étaient de se mettre d’accord sur quelle était la couleur de la chemise de Lénine le jour de la « Grande Révolution prolétarienne d’octobre », ce qui leur manquait c’était un chef débonnaire, un anarʼ à beau sourire, qui ne soit ni Français ni catholique, eux qui n’avaient d’admiration que pour des figures étrangères, de Mao Zedong à Fidel Castro en passant par Ernesto Guevara et Léon Trotsky. Leur homme, ce fut Daniel Cohn-Bendit. Quoi de mieux que ce visage poupon, à peine adulte, pour incarner la forme dernièrement née du capitalisme ?

Notes

[1] Michel Margairaz, Danielle Tartakowski, 1968 entre libération et libéralisation. La grande bifurcation, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2010, p. 17.

[2] Michel Clouscard, Le capitalisme de la séduction, Paris, Éditions Delga, 2005, p. 146.

Voir aussi, sur E&R :

Approfondir le sujet avec Kontre Kulture :

 
 



Article ancien.
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9 Commentaires

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  • #1961084

    La bourgeoisie veut nous faire croire que Mai-68 est une révolte des étudiants et une révolution des moeurs alors qu’il s’agit d’une lutte internationale prolétarienne et ouvrière.


  • #1961102
    le 08/05/2018 par Parménide
    Mai 68 : gauchisme et néolibéralisme

    L’après 68 libéral-libertaire.
    Le monde du consommateur-roi et du producteur-esclave.


  • #1961177
    le 08/05/2018 par Duwez
    Mai 68 : gauchisme et néolibéralisme

    3) Le Marxisme culturel, ver rongeur du capitalisme

    Après l’échec du mouvement Spartakiste de Rosa Luxemburg (1871-1919) et de Karl Liebknecht (1871-1919) qui visait l’établissement d’un régime bolchevique en Allemagne, et ce, dès la fin de 1ère Guerre mondiale, un théoricien marxiste Antonio Gramsci (1891-1937) comprit les causes de cet échec, à savoir la confusion entre l’Etat et la Société civile. Des intellectuels juifs de l’Ecole de Francfort ( W. Reich, H. Marcuse, Adorno) se mettront au travail et contamineront les classes moyennes des USA, épaulés par leurs coreligionnaires : les Freud (affranchissement de la morale gréco-latino-chrétienne) et du ‘’docteur’ ’Kinsey (1894-1956) financé par la fondation Rockefeller, pour la promotion de l’homosexualité et de la pédophilie, et les ‘’artistes ‘contemporains adeptes de l’inversion du langage [Marcel Duchamp (1887-1955) : Tu es pissotière, je te baptise fontaine.].
    Dès la fin de la 2ème Guerre Mondiale, une subversion commencera avec l’apparition (musique syncopée et messages subliminaux ) du rock (et du terme teen-ager ou rebelle), puis viendra les poètes de la beat-generation (Dos Passos) , des clochards célestes, roman de Jack Kérouac de 1959, vantant l’errance, le vagabondage, puis l’apologie des drogues et de l’homosexualité de W. Burroughs (The soft machine), l’apothéose sera le festival de Woodstock, planifié par la C.I.A dans le but d’étudier les effets du LSD à grande échelle (acide diéthylamide de lysergique) ;qui verra l’émergence d’un monde psychédélique avec ses nouveaux prêtres comme Andy Warhol et Lou Reed.

     

    • #1961939
      le 09/05/2018 par Lalin
      Mai 68 : gauchisme et néolibéralisme

      Duwez, Antonio Socci, dans "il segreto di Padre Pio", reprend des interviews de Jack Kerouac se déclarant catholique et disant que son message avait été complètement dévoyé et récupéré (un peu comme Marx se défendant dêtre marxiste).
      Il disait avoir soif de Dieu, en aucun cas n’était nihiliste ni consumériste, etc.

      Quant à qualifier Che Guevara de crapule, on peut savoir pourquoi ? des erreurs, des fautes, des excès d’accord. Au moins il a tenté et était au front


  • #1961180
    le 08/05/2018 par Duwez
    Mai 68 : gauchisme et néolibéralisme

    PARTIE II
    . Le Love&Peace ou Jesus Superstar attaqueront le fondement de la patrie par son antimilitarisme niais (Léonard Cohen, Bob Dylan, Joan Baez), puis apparaîtra le Do It (apologie de la crapule Che Guevara) du frère séparé Allen Ginsberg, le cocktail (Molotov) était préparé pour faire éclore mai 68 par des agitateurs professionnels comme Daniel Cohn-Bendit et Alain Krivine, entraînant les gogos à beugler : Nous sommes tous des juifs allemands, la Synagogue de Satan accouchait du néo-gauchisme sur les pavés, avatar du Spartakisme mais celui-ci, n’est pas comme le disait Lénine : la maladie infantile du communisme.

    Le Diable est un bosseur, et le néo-gauchiste est sa créature ; le néo-gauchiste attaque l’homme dans son essence lui délivrant un blanc-seing pour vivre une existence sans entrave, il se fait passer pour un penseur qu’il n’est pas, c’est un commissaire politique de la bien-pensance, un geôlier du goulag intellectuel, dont le règlement intérieur est la soumission au politiquement correct : la novlangue. Le néo-gauchiste ne sait pas débattre, mais il sait abattre, son credo est le tabula rasa , c’est un esclave qui n’a que le mot liberté à la bouche, alors que celle-ci est synonyme de licence la plus débridée et la plus éhontée, c’est un schizophrène qui veut détruire sa race, son patrimoine culturel, son pays.


  • #1961183
    le 08/05/2018 par Duwez
    Mai 68 : gauchisme et néolibéralisme

    PARTIE IV (Fin)
    Cette idéologie désigne un ensemble multi-dimensionnel d’analyses d’inspiration libérale – ou supposées telles – qui partagent un socle d’idées communes : critique de l’État Providence développé après 1945, défense de l’économie de marché au nom de la liberté de l’individu et du développement économique, dérégulation des marchés et disparition progressive du service public au profit du privé, remplacement de la monnaie papier par la monnaie numérique, élimination des contraintes provenant du droit du travail, suppression des barrières douanières dans un premier temps puis à terme des États en tant que tels pour ne plus avoir d’entraves au développement de la rente capitaliste et des consommateurs consentants asservis au marché. Dans ce plan global, l’homme n’est plus rien, un objet, un jouet de marionnettistes avisés qui en font un consumériste dévolu uniquement à la consommation de produits qu’on souhaite lui faire acheter, l’individu lui-même étant voué à la destruction s’il ne peut pas ou ne peut plus consommer (par avortement, par euthanasie active et passive, par suicide assisté, …).
    Les Néo-conservateurs américains ont développé pour leur part, avec la Doctrine Brzenzenski et les principes avancés par le « Consensus de Washington », l’idée d’un gouvernement mondial dans le seul intérêt des États-unis. La boucle est enfin bouclée par cette synthèse du socialisme et du capitalisme, utilisant à leur profit les victimes de leurs agissements criminels, les fils et filles des bobos blancs soixante-huitards. Satan se marre..

     

    • #1961758
      le 09/05/2018 par LORDBYRON
      Mai 68 : gauchisme et néolibéralisme

      Bon résumé, merci. Quelques réserves toutefois : Dos Passos ne compte pas parmi les écrivains de la BG ( Ginsberg, Kerouac, Burroughs). L’Homme unidimensionnel de Marcuse n’est pas tout à fait une célébration de la société de consommation (désublimation répressive)


  • #1961241
    le 08/05/2018 par zouzou
    Mai 68 : gauchisme et néolibéralisme

    En 68, les étudiants rebellocrates étaient surtout des fils de bourgeois, des gosses de riches ou aisés ayant le privilège d’accéder au bachot (tandis que mes vieux se contentaient du certif’ par manque de moyens dans leurs familles nombreuses de cultivateurs), tandis que les CRS étaient, dans leur majorité, des fils d’ouvriers et de paysans...Ma mère, ouvrière à l’époque, s’est fait jeter de son usine, à coups de pompes au cul, par des ancêtres de bobos à pancartes...Eux, qui n’avaient jamais gagné leur croûte, s’amusaient beaucoup, juste avant les vacances à la mer avec papa-maman, ils se donnaient le frisson du grand soir à peu de frais. Ma mère, elle, qui avait commencé à taffer à 14 ans comme aide familiale dans la ferme de son père, voulait juste gagner sa vie et donner fièrement un peu de sous à ses vieux. Bref, le peuple n’était pas principalement là où on veut nous le faire croire...


  • #1961316
    le 08/05/2018 par The Médiavengers Zionist War
    Mai 68 : gauchisme et néolibéralisme

    D’où l’appelle frénétique à l’Islam pour masquer l’escroquerie et créer un problème de diversion. Encore une fois, le problème n’est pas d’interdire les allumettes (ou les armes...) mais ceux qui les tiennent.
    Les apprentis sorciers prêt à toutes les folies ont fabriqué de toutes pièces un golem (recherchez d’où vient le mot golem) pour conserver leurs pouvoirs.
    Mai 68 représente l’avènement du marketing, c’est-à-dire la division de la population en parts de marché. Ce sont les principes de base de toute étude statistique de la population, vérifiez par vous-mêmes.
    Femmes contre hommes.
    Vieux contre jeunes.
    Citadins contre provinciaux.
    Homos contre hétéros.
    Catholiques contre musulmans.
    Athées contre croyants.
    Fonctionnaires contre libéraux.
    Pauvres contre riches.
    Quel hasard pourrait expliquer qu’ainsi, 100% de la population soit catégorisés et lancer les uns contre les autres de manière constante par le système politico-médiatique. Je vous défie aujourd’hui de trouver un sujet qui n’applique pas scrupuleusement cette théorie.
    On comprend alors qu’un concept comme "Egalité et Réconciliation" soit de la nitroglycérine pour Ce système.
    La division des cellules comme source de multiplication incontrôlée des bénéfices, ça ne vous rappelle pas une saloperie comme le cancer ?