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Louis Alexandre fait le point sur la mobilisation des Gilets jaunes à Toulouse

Louis Alexandre, rédacteur en chef de la revue Rébellion et spécialiste des questions sociales, analyse la spécificité de la mobilisation des Gilets Jaunes à Toulouse pour le site Infos-Toulouse.

 

Comment expliquer l’ampleur des manifestations hebdomadaires des Gilets Jaunes à Toulouse ?

Toulouse est devenue le centre de la contestation dans la région pour des raisons tant géographiques que sociales. Toulouse est au cœur du Sud-Ouest, c’est la seule véritable métropole de cette zone qui traverse une crise profonde depuis les années 2000, et les inégalités sont très fortes dans nos territoires. Si la métropole toulousaine est « boostée » économiquement par l’aéronautique, l’industrie médicale, la recherche et les nouvelles technologies cela ne doit pas faire oublier que les zones périphériques et rurales qui l’entourent vivent en grande partie de ses retombées. En effet, la métropole absorbe les populations jeunes et actives et ne laisse pas grand chose aux autres villes de la région. Banlieues-dortoirs de Toulouse, les départements limitrophes alimentent son dynamisme et en sont fortement dépendants.

 

Des inégalités existent aussi au sein de la ville ?

Tout à fait ! Comme le rapporte la Dépêche du Midi en août 2017 :

« Quand le revenu médian [annuel] des 10 % les plus riches de l’agglomération toulousaine est de 39 478 €, celui des 10 % plus pauvres est de 11 370 €. Ainsi, les 10 % des ménages les plus aisés ont des revenus 3,5 fois supérieurs aux plus modestes. Le taux de pauvreté est de 14,4 % dans la métropole et 18,6 % dans la commune de Toulouse, où le revenu médian est de 20 100 €. La pauvreté se fait également ressentir dans le milieu rural où ce taux grimpe à 19 %. Certaines communes du sud du département connaissent même un taux de pauvreté supérieur à 24 %. »

Les inégalités sociales sont ainsi très importantes au sein de la métropole, des catégories supérieures nouvelles ont pris leurs marques dans le centre-ville et dans les banlieues chics. En Haute-Garonne, les communes où l’on trouve la plus grande part de foyers aisés se concentrent dans la périphérie de Toulouse avec Rouffiac-Tolosan, Pibrac et Lacroix-Falgarde.

En face, et comme dans les autres grandes métropoles françaises, on assiste à une forte communautarisation de quartiers comme le Mirail et au départ des classes moyennes vers les périphéries du fait de la hausse de l’immobilier intra-muros. Chassées du centre-ville, ces deux populations ne le pratiquent plus que comme une vaste zone commerciale de grandes enseignes. Les « vieux toulousains » vous le diront, Toulouse n’est plus ce « petit village » d’avant les années 2000. Ce n’est pas la mobilisation des Gilets Jaunes qui est à l’origine de la fermeture de nombreux commerces historiques du centre-ville depuis 20 ans, mais la « grande transformation » de nos cadres de vie par la gentrification et la normalisation libérale qui fait qu’un ancien quartier vivant devient un zoo pour touristes, hipsters et bobos… Voir l’article de notre collaboratrice Marie Chancel sur ce phénomène.

 

Pourquoi les manifestations toulousaines virent-elles à l’émeute pour vous ?

Toulouse permet une visibilité forte à la révolte de « l’Occitanie périphérique ». Car les Gilets jaunes qui manifestent sont certes Toulousains, mais aussi du Lot, de l’Aude, du Gers, d’Ariège… Tous convergent vers Toulouse pour des raisons pratiques – c’est moins loin que Paris –, et symboliques – c’est le cœur du système local. Les manifestants reprennent la ville qui les repousse. Les groupes affinitaires de toute la région sont une spécificité de la mobilisation toulousaine.

Les groupes « gilets jaunes canal historique » se retrouvent avec le public classique des mouvances contestataires toulousaines d’extrême gauche, mais aussi de partisans du RIC, très présent à Toulouse, des identitaires, des « conspis », des régionalistes, des royalistes, des syndicalistes, et même des membres de Rébellion… Toutes ces minorités agissent, ce qui donne depuis l’origine sa spécificité aux manifs des samedis. Même s’il n’y a pas d’accord entre eux, la présence de cette diversité de révoltes contre la politique de Macron opère une alchimie particulière. Dans les faits, l’addition de ces contestataires de toutes espèces donne un cocktail explosif !

 

Justement, la violence est présente chaque samedi à des niveau sans précédents ?

Ceux qui participent à des manifestations à Toulouse depuis vingt ans peuvent en témoigner. Jamais la ville n’avait connu un tel enchaînement d’émeutes en hypercentre. Personnellement, je peux aussi dire que la répression est à un niveau jamais vu. Voir un blindé de la gendarmerie sur la place du Capitole ou des canons à eau c’est une nouveauté. Les forces de l’ordre par peur d’être débordées, utilisent un arsenal offensif sans aucune retenue. La plupart des échauffourées débutant justement sur la riposte immédiate des policiers sur de simples provocations. Le nombre de blessés est impressionnant dans les hôpitaux toulousains chaque week-end. Depuis janvier, on assiste à une radicalisation des manifestants suite à ces violences répressives. Après des années de léthargie, Toulouse redevient rebelle.

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4 Commentaires

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  • "Voir un blindé de la gendarmerie sur la place du Capitole ou des canons à eau c’est une nouveauté."

    Ces blindés sont là des fois qu’il y ait des jeteurs de pierres. Bienvenue en Palestine occidentale, camarade !!!!!


  • J’ai bossé un an à Toulouse, en fait il y a 2 populations.

    Il y a une rotation aérienne toutes les heures Paris/Toulouse qui arrive sur Blagnac et quand vous allez dans des boîtes comme Thalès, EADS (aujourd’hui Airbus Group) Airbus et tutti quanti, il y a 3/4 de parisiens, l’accent occitant y a quasiment disparu.

    Les "natifs" sont relégués dans les métiers manuels comme la soudure ou la charpente et dans les zones périphériques, attention je ne dis pas que ce sont des métiers dévalorisants mais il y a une vraie fracture avec les "arrivants" qui sont dans les secteurs de haute technologie.

    Donc ça crée sans doute un sentiment de déclassement de voir sa ville complètement changer vers le high tech et d’en être exclu par l’arrivée d’une nouvelle population qui, elle, en jouit.

    L’article est intéressant et il ne m’étonne pas du tout.

     

    • Le meme phénomene est a Bordeaux ou l’industrie y est encore plus mince qu’a Toulouse, vers 2013 je n’avais déja pratiquement aucune chance de trouver un poste d’ingénieur méca. Depuis qu’ils ont ouvert la ligne en 2h Paris-Bordeaux, je ne tente meme plus, les Parisiens envahissent la belle Bordeaux a taille plus humaine, a moins d’une heure de l’Atlantique et a 3h des stations de ski. Je travaille donc aujourd’hui dans la province Hongroise ou le probleme est inverse : ils n’ont pas assez de monde pour embaucher. le taux de chomage dans la préfecture ou j’habite (Szombathely) n’a que 2% de chomage.

      *Pardonnez les accents manquant, il en manque plein sur les claviers hongrois.


    • @Amny. Cela fait plaisir de constater que malgré votre migration professionnelle vers la Hongrie, vous gardez un regard vers vôtre France.... Au travers entre autre de E&R.