Les Verts suisses s’opposent à l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions », notamment au nom de l’ouverture du pays, de la stabilité économique et des engagements européens de la Suisse. Mais cette position met en lumière une tension difficile à écarter dès lors que l’on prend au sérieux leur propre discours climatique.
Dans une grande partie de l’Afrique subsaharienne, l’empreinte carbone par habitant est très faible. Lorsqu’une personne migre vers la Suisse, son empreinte augmente fortement, parfois de manière très importante. Le mécanisme est systémique et passe par l’accès à un logement chauffé, une consommation matérielle plus élevée, des infrastructures énergivores, une mobilité motorisée et une économie dense en énergie et en services.
Autrement dit, le simple changement de système de vie entraîne une hausse nette des émissions associées à cette personne. Ce n’est pas marginal, c’est structurel.
Or les Verts font de la réduction des émissions une priorité centrale. Ils appellent à modifier les comportements des résidents, à réduire la consommation, à limiter les déplacements et à contenir l’empreinte globale. Mais dès que la question de l’immigration est abordée, ce raisonnement disparaît.
Dans le débat sur la Suisse à 10 millions d’habitants, ils mettent en avant la pression sur les infrastructures, la bétonisation, la disparition des terres agricoles et les limites physiques du territoire. Pourtant ils refusent d’intégrer clairement à cette analyse le fait que la croissance démographique liée à l’immigration a aussi un impact environnemental direct et mesurable.
On aboutit ainsi à un discours à géométrie variable, très exigeant sur les modes de vie individuels des résidents mais silencieux sur un facteur pourtant majeur d’évolution des émissions globales.
Cette incapacité à traiter le sujet de manière cohérente finit par ressembler à des œillères, et affaiblit la crédibilité du discours climatique qu’ils revendiquent.


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