Egalité et Réconciliation
https://www.egaliteetreconciliation.fr/
 
A A A
imprimer

I. L’achèvement de la centralisation

De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise L’absolutisme royal et ses opposants

Note de la rédaction

Notre camarade Marion vous propose une série d’articles de vulgarisation de l’Histoire de France dont voici le premier volet portant sur la centralisation monarchique

C’est l’année de la signature de l’Édit de Nantes, en 1598, que commença le Grand siècle, qui fut celui de la dynastie des Bourbons : Henri IV, mort assassiné en 1610, son fils Louis XIII, régna de 1610 à 1643, auquel succéda Louis XIV. Ce dernier avait cinq ans quand mourut son père. Sa mère, Anne d’Autriche, assura la régence pendant sa minorité avec l’aide du cardinal Mazarin. A la mort de ce dernier, en mars 1661, le jeune Louis XIV, alors âgé de 22 ans, prit en main les rênes du pouvoir et porta au plus haut degré ce qu’on appelait la monarchie absolue. Il fut roi pendant soixante-douze ans, et régna sans partage pendant cinquante-quatre.

Louis XIV, c’était l’absolutisme triomphant, le pouvoir d’un seul homme poussé à son plus haut point de réussite et d’éclat, la gloire du monarque et la ruine de ses opposants.

Certainement le roi de France n’avait pas tous les droits. Il ne pouvait, par exemple, ni morceler son royaume, ni attenter à la propriété, ni léguer sa couronne à sa fille ou au fils de sa maîtresse ou enfin ne plus être catholique. Sous cette réserve, et depuis la fin de la monarchie féodale, en 1484, aucune liberté privée ou publique ne lui était plus opposable : au-dessus de lui, il n’y avait que Dieu. Le roi ne rendait de comptes à personne pour déclarer la guerre ou conclure la paix. Lui seul pouvait légiférer. Toute décision de justice relevait de lui, et quand il jugeait lui-même, ses décisions étaient sans appel. Enfin il levait des impôts à son gré : il avait bien tous les pouvoirs.

Depuis la fin du moyen âge, aucun nobliau de province, aucun seigneur, aucun grand féodal ne pouvait plus opposer de résistance au roi : la monarchie féodale était un souvenir. Dans le royaume il n’y avait plus que des vassaux, chaque seigneur ne tenait plus que du souverain. Et quand l’un d’eux voulait purger un différend avec un voisin, il devait faire appel à la justice royale.

Pour réussir cette unification du royaume, les rois s’étaient appuyés sur une classe en pleine expansion, les légistes du Tiers-État issus de la bourgeoisie. A Paris et dans les provinces les plus récemment rattachées, des parlements, composés de fonctionnaires qu’on appelait des officiers, enregistraient les lois et rendaient la justice au nom du roi en lieu et place des anciens féodaux. La roture prenait la place de la noblesse d’épée.

L’affirmation de l’absolutisme à la française passa par la création, année après année, d’offices de plus en plus nombreux : toute fonction était un office, et tout office était un don du roi. Comme la justice était payante, posséder un office était une excellente affaire et les candidats soudoyaient des courtisans pour tenter d’en obtenir. Plutôt que de s’en offusquer, au XVIe siècle, Louis XII et François 1er avaient pris l’initiative de vendre les offices de fonctions publiques. Qui en avait les moyens pouvait ainsi devenir juge, grâce à un contrat en bonne et due forme passé avec la royauté. Désireux d’arranger les finances royales et de se ménager la même classe montante, Henri IV rendit les offices héréditaires par l’instauration de la Paulette, une sorte de « prime d’assurance sur la vie », qui garantissait la charge à la famille si l’officier avait un fils en âge d’exercer. La Paulette renforçait et augmentait la valeur des offices, mais elle rendait les officiers dépendants, en permettant au roi d’agiter le spectre du refus de renouvellement. La vente d’offices fit rentrer des fonds bienvenus, et les offices se multiplièrent. Il y en avait environ 5 000 au début du XVe siècle, et près de 46 000 cent-cinquante ans plus tard. A l’échelle de notre découpage actuel, cela fait près de 500 par département.

Tandis que les gentilshommes, appauvris par leur faste, vendaient leurs biens aux robins (la « Robe » était la magistrature, les robins étaient les juges), par décision royale, ces « vils bourgeois » devenaient comtes ou marquis, s’agrégeaient à la noblesse et prenaient de l’importance. Alors qu’Henri III n’avait que des gentilshommes en son Conseil, Henri IV fit entrer de plus en plus de robins. En quelques générations, ceux-ci devinrent nobles à part entière et se mirent à faire des dynasties.

Inamovibles, propriétaires de leur office, devenus nobles, ils formèrent petit à petit une classe nouvelle, ils devinrent un corps avec un intérêt commun à défendre, une sorte de quatrième Etat de plus en plus indépendant. Et une nouvelle menace pour la royauté.

Le Parlement de Paris avait comme prérogative d’inscrire dans ses registres l’intégralité des décisions royales. Cette faveur, purement administrative, l’amena au fil des ans à prétendre soumettre les lois à des remontrances préalables à l’enregistrement, afin de s’assurer qu’elles ne violaient pas les lois fondamentales. Quand les juges parisiens résistèrent à l’enregistrement de l’Edit de Nantes, Henri IV les remit à leur place : « Vous faites les entendus en matière d’Etat et n’y entendez non plus que moi à rapporter des procès » leur dit-il. Les robins prétendaient désormais se mêler du fonds des textes qu’ils devaient enregistrer. Henri IV ne les laissa pas faire

Pour faire pièce au pouvoir grandissant des officiers, les rois avaient, dès 1550, commencé à envoyer en province des agents révocables à volonté et en mission temporaire, les intendants. Ceux-ci, chargés d’une commission c’est-à-dire commissaires, en vinrent marcher sur les brisées des premiers. La charge des commissaires n’était pas vénale, le roi les choisissait pour leurs mœurs et leur personne. La montée de leur influence eut pour les officiers une conséquence sonnante et trébuchante : l’arrêt de la valorisation du prix de leurs offices. Les magistrats perdaient non seulement du pouvoir mais également de l’argent. Leur humiliation fut profonde. Après avoir été les instruments de la centralisation monarchique contre les féodalités, les robins en devenaient à leur tour les victimes.

Totalement dépendants de l’Etat monarchique sur le plan économique, ils s’éloignèrent politiquement et idéologiquement d’une royauté qu’ils ne pouvaient ni ne voulaient remettre en cause en tant que telle.

L’idéologie, en ce temps-là, c’était la religion. Les robins furent au cœur de toutes les querelles religieuses de leur temps.

(à suivre)

Sources :

  • Roland Mousnier, Les XVIe et XVIIe siècles. Les nouvelles structures de l’Etat. Histoire générale des civilisations. PUF 1967.
  • Dictionnaire encyclopédique d’Histoire, Mourre. Éditions Bordas

Voir aussi :

Octobre 2012
L’attentat de Damiens : Marion Sigaut invitée d’Au Coeur de l’Histoire sur Europe1
37
Janvier 2012
XVI – Turgot ou l’avènement du libéralisme : la fin de l’Ancien Régime
2ème partie, la dérégulation
40
Janvier 2012
XV – Turgot ou l’avènement du libéralisme : la fin de l’Ancien Régime
1ère partie, le pain du peuple.
33
Janvier 2012
XIV – L’humanisme des Lumières revisité : l’Encyclopédie
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
12
Décembre 2011
XIII – L’humanisme des Lumières revisité : Voltaire
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
24
Décembre 2011
XII – Le supplice de Damiens, ou le triomphe des barbares
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
45
Décembre 2011
XI - La guerre des juges contre l’Eglise
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
22
Décembre 2011
X - Le nouveau jansénisme
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
10
Novembre 2011
IX - Le tournant de la régence
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
35
Novembre 2011
VIII - Le satanisme au cœur de l’Etat : l’affaire des poisons.
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
29
Novembre 2011
VII – Malheur aux pauvres ! La création de l’Hôpital général.
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
11
Novembre 2011
VI - La justice du roi : les Grands jours d’Auvergne
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
22
Novembre 2011
V - La chasse aux sorcières
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
41
Octobre 2011
IV - Le jansénisme au Grand siècle
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise L’absolutisme royal et ses opposants
17
Octobre 2011
III - L’anti-humanisme
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise L’absolutisme royal et ses opposants
22
Octobre 2011
II L’humanisme
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise L’absolutisme royal et ses opposants
14
 
 



Article ancien.
Les commentaires sont désactivés



Alerter

31 Commentaires

AVERTISSEMENT !

Eu égard au climat délétère actuel, nous ne validerons plus aucun commentaire ne respectant pas de manière stricte la charte E&R :

- Aucun message à caractère raciste ou contrevenant à la loi
- Aucun appel à la violence ou à la haine, ni d'insultes
- Commentaire rédigé en bon français et sans fautes d'orthographe

Quoi qu'il advienne, les modérateurs n'auront en aucune manière à justifier leurs décisions.

Tous les commentaires appartiennent à leurs auteurs respectifs et ne sauraient engager la responsabilité de l'association Egalité & Réconciliation ou ses représentants.

  • #51887

    Merci pour votre temps, ça fait du bien de réviser régulièrement (et fait du hasard, je suis en ce moment même en plein dans cette période de l’Ancien Régime).


  • #51891

    Il est faux de dire que la monarchie a centralisé la France. La monarchie s’est contenté d’unifier le pays.
    .
    C’est la république qui a centralisé les pouvoirs comme jamais auparavant. ( banque centrale sous napoléon, parlement "représentatif " mais représentatif de qui ??? , découpage des régions à la hache , fin des registres de doléances auparavant à disposition du peuple, fin des particularismes, etc , etc ...) - rien n’a plus centralisé le pouvoir que la République et ses armées de francs-maçons tapis dans l’ombre et briguant la majorité des postes ( législatif , exécutif , économique , etc ...) .

     

    • #53762
      le 14/10/2011 par Ratatak
      I. L’achèvement de la centralisation

      Si seulement la royauté s’était sorti les doigts du *** avant 89. Enfin de toute façon elle subissait déjà de nombreux travers. Mais le bon Louis aimait son peuple à ce qu’on dit.


  • #51902

    Merci pour ce premier volet.
    L’Histoire de France est tellement riche et variée...
    J’espère que vos sources sont fiables, car je compte bien m’abreuver de ce doux nectar !


  • #51909

    Ca pue la propagande et la censure républicaine. Centralisation de l’enseignement, centralisation de la pensée, centralisation de la banque ( Joe Dalton Napoléon ) , centralisation des forces de production autour de Paris, liquidation des particularismes régionaux, tout cela, c’est la république des francs-maçons.

     

    • #51924
      le 08/10/2011 par Saroumane38
      I. L’achèvement de la centralisation

      Oh là, on se calme, jeune homme. Je ne vois absolument pas en quoi cette article "pue" la propagande républicaine. On peut ne pas maudire l’Ancien Régime comme le font tous les "démocrates" actuellement sans pour autant l’idéaliser et dire que c’était le bonheur absolu. La monarchie absolue avait ses failles, et c’est d’ailleurs bien pour ça qu’elle est tombée. Je ne vois vraiment pas en quoi cet article fait la promotion particulière du républicanisme (surtout quand il parle de "révolution bourgeoise" et non de "révolution du peuple") alors qu’il se contente de relater des faits. Et c’est un fait reconnu que Louis XIV était un monarque absolu, peut-être le seul d’ailleurs de l’histoire de France. Le nier, et bien c’est tout simplement un déni de la réalité. Quant à dire que la monarchie n’a pas centralisé la France, c’est franchement n’importe quoi. S’il est vrai que la France n’a jamais été aussi centralisée que depuis la Révolution Française, il n’empêche que c’est la monarchie qui a amorcé cette centralisation en ramenant les féodaux dans son giron. C’est à partir de la Renaissance que Paris a commencé à se détacher nettement du reste de la France, ce à quoi a grandement contribué Louis XIV en installant sa cour à Versailles. D’ailleurs vous vous contredisez vous-même en disant que la monarchie s’est "contenté" d’unifier le pays. S’il est possible que la France n’aurait jamais été aussi centralisée si la monarchie était toujours là (ce dont je ne suis pas persuadé), l’unification est en soi une forme de centralisation. Qu’est-ce qu’une nation souveraine, sinon un territoire régi par un pouvoir suprême qui domine tous les autres, dont le degré d’autonomie peut varier selon les états, mais qui, s’il devient trop important, remet en cause la structure même qui fait le fondement de cette nation ?


    • #52226

      Saroumane38, je ne réponds pas quand les propos sont d’une mauvaise foi évidente.


    • #55890
      le 21/10/2011 par Alexis Martinez
      I. L’achèvement de la centralisation

      Je rebondis sur le commentaire de Saroumane sur la place spécifique de Paris. Non, non, non, ce n’est absolument pas Louis XVI qui a "centré" le Royaume sur Paris.
      Dès le XIème siècle, Paris est de très loin la première ville de France, abritant plus du dixième de la production manufacturière, ainsi que la ville la plus peuplée d’Europe. Dès le XIIème siècle, Paris est confirmée comme le principal centre politique du Royaume, au point d’ailleurs que la cour du roi (qui n’a rien à voir avec la cour de Versailles, mais est plutôt proche de la Curia Regis de Charlemagne, c’est-à-dire un genre de conseil du roi étendu aux administrateurs du Royaume), s’y est définitivement installée à partir de 1192 (sous Philippe II Auguste, roi qui, sauf pour faire la guerre, n’a jamais quitté Paris, au point que près du tiers des grandes constructions de son règne se sont faites dans la seule ville de Paris).


    • #58884
      le 28/10/2011 par Alexis Martinez
      I. L’achèvement de la centralisation

      Sinon, précisons encore à V que la suppression des particularismes régionaux n’eut de commencement de réalisation qu’à la fin du XIXème siècle et s’est essentiellement manifestée par l’interdiction des langues régionales, les autres particularismes ayant disparu par "dilution" fort longtemps auparavant, sans qu’il y eut jamais politique concertée pour ce faire. Et encore ne faut-il pas oublier que dès 1794 plus de la moitié des Français parlaient la langue de Provins (dite "langue du roi" par nos amis québécois), en tous les cas dans les usages publics, ce alors que l’abbé Grégoire n’avait pas encore émit l’idée d’unifier la Nation par l’usage d’une même langue.
      C’est ainsi : lorsque l’autorité publique se centralise, les usages particuliers intègrent ses caractères. Et puis c’était conforme aux plans de François Ier, qui souhaitait, lui, imposer le français comme langue unique du Royaume.


  • #51933
    le 08/10/2011 par Etudiant
    I. L’achèvement de la centralisation

    Excellente initiative !


  • #51959
    le 08/10/2011 par Pertes&Profits
    I. L’achèvement de la centralisation

    L’absolutisme, c’est le ver dans le fruit de la monarchie

    Le Roi était à la fois niveleur, diviseur et fédérateur. Il dominait en divisant les groupes sociaux puissants en face de lui, et apparaissait à leurs yeux comme l’élément qui finalement, les fédérait tout à la fois.

    Mais comme indiqué dans l’article, Louis XIV a déséquilibré la monarchie en distribuant bien trop d’offices, avantageant la Robe face à l’Épée. La monarchie est alors viciée, elle est condamnée à long terme.

    L’absolutisme, c’est le début de la fin.

    Ce n’est pas ma thèse, mais celle de Jean-Christian Petitfils dans son ouvrage LOUIS XIV (si bien entendu, je l’ai correctement lu et compris). J’en recommande la lecture ainsi que l’auteur en général, qui vient d’ailleurs de faire paraitre un ouvrage intitulé JÉSUS (pas besoin d’en dire plus).

    Il est clair par ailleurs que la république est allée bien plus loin que la monarchie dans la centralisation. Alors que la monarchie usait d’ingéniosité pour arriver à ses fins (parfois usant de ses troupes, ou étant forcée d’en user, notamment contre les Grands, comme Condé), la république s’est imposée dans un bain de sang, et pas seulement de sangs noble et royal. Elle a glorifié le Peuple pour mater ses ennemi, dont le Peuple lui-même in fine. Le Peuple n’est qu’un outil à sa disposition. Talleyrand n’a-t-il pas dit qu’il fallait bien agiter le Peuple avant de s’en servir ? Et à l’inverse, Louis XVI se refusera toujours à verser une seule goutte de sang français. Peut-être là fut sa perte...
    Maintenant, il y a peut-être un volet sociologique à aborder concernant la centralisation. En effet, ce mouvement était-il inéluctable car fruit d’une évolution sociale/sociétale, ou bien a-t-il été porté au sommet par des hommes, par une idéologie, et imposé à tous ? Demandons à notre sociologue préféré !

     

    • #52124
      le 09/10/2011 par damien
      I. L’achèvement de la centralisation

      Elle est pas mal votre théorie.

      Les offices, on va dire les service publics de nos jours, de plus en plus inefficace et déshumanisé. (à la rente de ceux qui les administrent). On peut être plus général avec le mouvement de privatisation ...

      L’histoire se répète, ne va-t-on pas connaître un autre chamboulement ?


    • #52475

      Une thèse qui, pour traiter de la monarchie, s’appuie sur Louis XIV est forcément un grossier travail de propagande. Louix XIV, c’est déjà la fin de la monarchie. C’est le ver dans le fruit français avec toutes ces tarlouzes à la cour. La subversion faisait rage et les corniauds n’y voyaient rien, tous trop occupé qu’ils étaient à jouer et à s’enfiler comme des perles. La grandeur du règne de ce Roy, elle est a recherché chez les généraux, au sein du clergé catholique, et chez les artisans, mais certainement pas chez les législateurs.


    • #52624

      Louis XVI se refusera toujours à verser une seule goutte de sang français. Peut-être là fut sa perte...




      Ce ne fut pas la raison de sa chute aussi brutale que sa tête fut tranchée par la guillotine...
      Il fut un roi trop conciliant avec tous ses sujets.
      Les élites en posture dominantes pour faire entendre leurs voix auprès du Roi, en ont profité pour restreindre ses désirs de réformes économiques libérales plus justes avec le peuple.
      Ils ont été vent debout avec son ministre « contrôleur général des finances » Turgot, afin de conserver leurs privilèges d’exploitation du peuple, contre ses désirs de mettre de l’ordre dans l’économie du Royaume grâce à des réformes libérales (étant même un précurseur du « libéralisme économique » qui inspira les travaux d’Adam Smith) plus en faveur d’une justice sociale.
      Louis XVI dit alors :
      "Je vois qu’il n’y a que M. Turgot et moi qui aimions le peuple."
      Et Turgot, évincé de ses fonctions, dit à Louis XVI :
      " N’oubliez jamais que c’est la faiblesse qui a mis la tête de Charles Ier sur un billot "
      C’est bien la noblesse et le clergé qui ont poussé le peuple à s’insurger, et Louis XVI en a fait les frais en tant que symbole du Régime. La faute de ce Roy a été son laxisme envers les élites du Royaume, en n’ayant pas les capacités de leur tenir tête pour mener à bien les réformes nécessaires pour la survie du Système de l’ancien Régime.
      Et dire qu’on parle de Louis XV comme d’un Roi trop désintéressé par la régence du Royaume... mais que dire de son successeur !
      Enfin, de sa tombe, son âme a quand même pu être soulagée de voir couler le sang des vrais responsables de sa chute s’épandre dans la terre...


    • #52804
      le 11/10/2011 par Marion
      I. L’achèvement de la centralisation

      Présenter Louis XVI comme ayant été empêché de faire des "réformes économiques libérales plus justes avec le peuple", et Turgot comme ayant été ami du peuple, c’est vraiment faire l’Histoire à l’envers.
      Mais une chose après l’autre.
      J’y viendrai.
      A bientôt
      Marion


    • #52857

      Ce n’est pas moi qui écrit l’Histoire, je me contente de la lire, bien que ce soit "l’histoire officielle"...
      Et pour le coup vous m’avez rendu perplexe, Marion, je suis impatient de lire la suite de votre version.


    • #53039
      le 12/10/2011 par Marion
      I. L’achèvement de la centralisation

      Je sais bien qu’on nous embrouillle depuis longtemps sur les réalités historiques dérangeantes, ce n’est pas moi qui vais vous jeter la pierre.
      Patience, patience, j’arrive...


    • #53646
      le 13/10/2011 par Pertes&Profits
      I. L’achèvement de la centralisation

      Chère Marion

      Le fait est que Louis XVI n’a pu opérer ses réformes plutôt modernes de Turgot (trop modernes peut-être), essentiellement par blocage du parlement de Paris, totalement dévoué aux intérêts de la noblesse. L’idée de mettre à plat le système fiscal pour le rendre plus égalitaire est un exemple de ces réformes que la monarchie de Louis XVI n’a pu mettre en œuvre, mais que les révolutionnaires se sont empressés d’appliquer et de pousser plus loin.

      Le Peuple n’aimait pas Turgot, et a en cela suivit l’avis des nobles. Il s’est fourvoyé et a agit contre ses intérêts. L’illettrisme général et le peu d’éducation aidant. Le Peuple lui préférait Necker, ainsi que la noblesse. Le banquier suisse était vu comme le magicien qui créerait de la richesse ad nihilum. Il faut dire qu’il savait faire sa propagande auprès des masses, et il fût même souvent généreux, usant de ses deniers personnels. Mais sa politique, c’était celle du papier-monnaie, la planche à billet en somme. Rien d’original, puisque la monarchie française avait déjà testé sans succès le papier-monnaie avec le système d’un autre banquier, écossais celui-ci, John Law. Mais ce sont les révolutionnaires qui iront le plus loin, dans l’excès, avec les assignats.


    • #53839
      le 14/10/2011 par Marion
      I. L’achèvement de la centralisation

      Réponse à "par pertes et profits".
      Merci de ce commentaire, mais je ne suis pas du tout d’accord.
      L’impopularité de Turgot a comme origine le prix du pain, que sa politique a fait flamber.
      Necker a fait effectivement fait tourner la planche à billets, mais ce qui a fait sa popularité, c’est son opposition au libéralisme de Turgot dont le dogme était de laisser faire le marché.
      Ni plus, ni moins.
      Pour ce qui concerne le niveau d’alphabétisation du peuple, je ne suis pas d’accord non plus. La majorité de la population savait au moins signer, il y avait à Paris 500 écoles paroissiales gratuites, et tous les villages de France avaient leur petite école. En dépouillant quantité d’archives, j’ai pu voir combien le petit peuple maniait la plume, ça se voit à la façon de tourner leur signature. J’ai étudié tous les témoignages du dossier Damiens, et je peux vous dire que tout le monde écrivait très bien : domestiques, paysans, petits artisans, tous. A toutes les générations.
      Il reste quelques idées toutes faites à revoir.
      Bien respectueusmeent
      M.


    • #53911
      le 14/10/2011 par Pertes&Profits
      I. L’achèvement de la centralisation

      Chère Marion

      En effet, la phrase sur l’illettrisme et le peu d’éducation n’est ni plus ni moins qu’une considération personnelle écrite presque par réflexe. C’est un préjugé, je le réfute et suis d’accord avec vous sur ce point. D’abord parce-que me revient à l’esprit que la propagande se faisait par des libelles, donc par la lecture, ensuite parce-que les cahiers de doléances (quelques années plus tard) montrent des personnes ayant un minimum d’éducation, c’est vrai (cependant, je crois qu’il faille sur ce point faire une différence entre la ville et la campagne).

      Pour le reste, nous ne serons pas d’accord.

      Le prix du pain, c’est avant tout le prix de la farines, ipso facto du blé. Donc il ne faut pas mettre de côté la dimension conjoncturelle du prix du pain (mauvaises récoltes).
      Ensuite, dans la société de l’ancien régime, l’on doit payer de multiples droits de douane à l’intérieur même du royaume (à l’entrée d’une ville par exemple), pour acheminer la marchandise. Alors même si la politique de Turgot dut avoir un effet à la hausse sur les prix dans un premier temps (je n’en suis pas persuadé), c’eût été résorbé avec la réforme fiscale notamment (moins de taxes absurdes et dépassées, plus de rentrées fiscales).

      Je ne suis donc pas persuadé de votre thèse consistant à voir dans la lutte contre Turgot, un peuple en lutte (déjà !) contre le libéralisme économique. Cependant soyez assurée que je respecte votre travail.


    • #53990
      le 14/10/2011 par Marion
      I. L’achèvement de la centralisation

      Merci de ce respect que je sens bien et que je vous rends.
      Je me permets tout de même d’insister : la politique de Turgot consistait à laisser faire le marché et à permettre aux marchands s’enrichir aux dépens du peuple. Tout le baratin fiscal était destiné à faire taire tous ceux, et ils étaient nombreux, qui voyaient venir la catastrophe. Elle est arrivée, la Guerre des farines a mis le peuple en armes, prélude à ce qui allait arriver inéluctablement.
      Aussi, permettez-moi d’insister, cela fait deux ans que je travaille le sujet. D’ailleurs j’y viendrai dans mes articles. Reprenons, si vous le voulez bien, cet échange quand j’aurai écrit l’article là-dessus. En attendant, j’ai encore bien des choses à dire sur le Grand siècle et celui des Lumières.
      Bien respectueusement.
      Marion


    • #53992
      le 14/10/2011 par Marion
      I. L’achèvement de la centralisation

      Je reviens sur l’éducation sous l’Ancien régime.
      je viens de dépouiller quelques centaines de pages d’un procès qui a eu lieu en 1792 et met en cause des paysans d’ïle de France. C’est la campagne, la vraie. 80 % des personnes auditionnées, femmes et hommes confondus, écrivent correctement.
      Bien à vous
      Marion


  • #52349
    le 10/10/2011 par Roland
    I. L’achèvement de la centralisation

    très interessant. La suite ! la suite !


  • #52363

    http://lecheminsouslesbuis.wordpres...


    le mot "province" date de l’empire romain, il voulait dire "pays vaincu" et désignait les pays colonisés par rome.


    le centralisme de l’ancien régime décadent a préfiguré le jacobinisme qui lui même a inspiré le centralisme stalinien.


    normandie libre ! bretagne libre !


    http://lecheminsouslesbuis.files.wo...



  • #52851
    le 11/10/2011 par monadisme
    I. L’achèvement de la centralisation

    Il me semble que cet article ne distingue pas assez entre centralisation et création de l’état.

    Prenez la République des escartons : si la justice était effectivement rendu par le Dauphin, en revanche, les habitants avaient une large autonomie, qui s’apparentait à une sorte de démocratie directe. C’est la révolution française qui abolit cette seule zone de démocratie directe du royaume...
    .
    Avoir une justice uniforme sur le territoire est un bien. Pour cela, il est logique que la justice soit donnée par les services de l’Etat. C’est donc une sorte de centralisation en effet. Mais abolir tous les statuts particuliers (dont ceux de la République des Escarton) puis tout faire gérer par un seul parlement à Paris est excessif.
    .
    Certaines centralisation sont pertinentes, d’autres ne le sont pas.

     

    • #53041
      le 12/10/2011 par Marion
      I. L’achèvement de la centralisation

      La justice des parlements n’était pas la seule : il y avait des juridictions inférieures et locales, et les parlements étaient leurs cours d’appel. Je ne connaissais pas la république des escartons, mais dans le principe je comprends ce que c’est : un particularisme régional ayant obtenu du roi un "privilège". Il y en avait partout, ils seront tous supprimés la nuit du 4 août.


  • #55884
    le 21/10/2011 par Alexis Martinez
    I. L’achèvement de la centralisation

    Un article intéressant sur l’évolution administrative du Royaume de France à partir de la fin du XVIème siècle mais qui fait une impasse malheureuse sur ce qu’il s’est passé auparavant, au risque de raccourcis déplaisants, à la limite de l’erreur factuelle. Mentionnons-en deux :

    1° Il est faux de dire que c’est sous les Bourbons que les seigneurs perdirent leur autonomie en devenant redevables au roi : c’est l’abbé Suger qui, au XIIème siècle, sous les règne de Louis VI puis Louis VII, instaura la "pyramide féodale" reposant notamment sur les principes : "tout fief procède d’un autre fief" et "le roi seul n’est soumis au temporel à personne". Cette construction sociale et administrative fut manifeste dès le règne de Philippe II Auguste, qui n’hésita jamais à retirer aux seigneurs, devenus ses vassaux au même titre que les gens de son domaine, leurs seigneuries, l’exemple le plus célèbre étant celui de Jean Ier d’Angleterre, vassal du roi de France pour la Normandie, l’Auvergne, la Guyenne, etc. dont 80% des terres françaises lui furent retirées.
    2° Il est également faux de dire que c’est seulement au XVIème siècle que le conseil du roi fut composé de bourgeois. A vrai dire, tel était le cas depuis Hugues Capet, et même (si l’on remonte jusqu’au royaume des Francs) Louis Ier le Pieux. La règle était que le conseil était composé surtout d’ignobles (roturiers bourgeois) et les rares nobles présents appartenaient à une petite noblesse provinciale entièrement redevable au roi (par la pratique du pariage) à l’exception, souvent, de membres de la famille directe du roi. C’est Louis XII puis, surtout, François Ier qui, allant à l’encontre de la coutume jusque là admise, introduisirent dans le conseil une majorité de nobles, et même de la haute noblesse. La gestion du Royaume par la noblesse ne fut qu’un "épisode" de courte durée.

    Enfin, il est dommage que l’article oublie de mentionner le changement le plus notable : l’extension du domaine royal sur l’ensemble du Royaume, ce qui conféra dès lors au roi, qui avait déjà autorité sur ses gens (auctoritas) l’autorité sur les terres (potestas), ce qui permit notamment l’unification du système fiscal par une afferme uniforme de l’impôt dans les provinces et pays de France.

     

    • #71209
      le 02/12/2011 par spirit
      I. L’achèvement de la centralisation

      Il est également faux de dire que c’est seulement au XVIème siècle que le conseil du roi fut composé de bourgeois. A vrai dire, tel était le cas depuis Hugues Capet,




      Je suis assez d’accord avec cette remarque...y’à qu’à penser seulement aux légistes de Philippe IV le bel qui,quoique annoblis par la suite,étaient de basse extraction !...Le noble n’était sans doute pas assez courtisan ou trop guerrier pour se courber davantage devant le roi !


  • #89596
    le 23/01/2012 par YOUSSEF
    I. L’achèvement de la centralisation

    Nous dirons que les rois de France ont unifié le pays plutôt qu’ils ne l’ont centralisé, car les moyens tehniques de l’époque ne permettaient pas au roi d’agir promptement aux quatre coins du pays ! et donc de devoir, in fine, déléguer aux parlements régionaux et à l’Eglise : c’est peut-être là la meilleure définition de "l’équilibre des pouvoirs" chers à Montesquieu...

    Je trouve, à la lecture de vos articles, que les rois de France ont finalement été très gentils avec l’opposition parlementaire...et patients et magnanimes avec ça, y compris avec les pires ennemis de l’Etat !

     

    • #90553
      le 24/01/2012 par Marion
      I. L’achèvement de la centralisation

      L’unification du territoire est une chose, la centralisation du pouvoir en est une autre. Et le pouvoir royal a bel et bien centralisé, par le biais des intendants.
      Lisez l’excellentissime Tocqueville. Vous verrez comment, alors qu’n ne pouvait aller plus fite qu’un cheval au galop, on pouvait dans l’ancien temps tout régenter depuis Versailles.
      Tocqueville a magnifiquement décrit les effets pervers de la centralisation monarchique, qui se voulait la plus juste pour le plus grand nombre. Je ne saurais vous résumer ce chef-d’œuvre, lisez-le c’est un régal.
      Même s’il faut savoir -c’est inévitable, aucun historien ne peut tout couvrir- qu’il est passé à côté de certaines choses, comme la perversité de certains magistrats. Tocqueville n’a pas eu vent des épouvantables affaires de mœurs qui touchaient la magistrature. Et ça change beaucoup de choses. Mais c’est un auteur à lire.
      A propos des rois de France, leur patience fut inouïe. On les avait éduqués à ça.


  • #90660
    le 25/01/2012 par youssef
    I. L’achèvement de la centralisation

    Je connais Tocqueville puisque j’ai lu " de la démocratie en Amérique"...j’ai été frappé par la sagacité de l’auteur, et je compte bien suivre votre conseil ! merci d’avoir répondu à tous mes articles.


Afficher les commentaires suivants