Egalité et Réconciliation
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XI - La guerre des juges contre l’Eglise

De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants

Quiconque s’imagine encore que le roi absolu était un tyran et que l’Eglise fut une institution toute-puissante, doit savoir ce que fut la guerre que le Parlement de Paris mena contre le trône et l’autel dans le mitan du siècle [1].
On a vu que les jansénistes, organisés secrètement comme une secte élitiste et morbide, étaient les maîtres de l’opposition parlementaire. Ils l’étaient également de l’Hôpital général, l’énorme institution de secours aux pauvres qu’ils dirigeaient sans l’ombre d’un contrôle extérieur [2].
Quand le roi demanda à l’archevêque de Paris, Christophe de Beaumont, d’y mettre de l’ordre, cela impliquait d’en extirper le jansénisme.
L’archevêque disposait pour cela d’une arme que la secte avait elle-même mise en place : les billets de confession. Quand l’imprudent Régent avait nommé le jansénisant cardinal de Noailles, celui-ci avait interdit aux jésuites de confesser. Pour s’assurer que son interdit serait suivi d’effet, il avait autorisé les prêtres à demander à un mourant de lui fournir un billet prouvant l’identité de celui qui lui avait donné l’absolution, faute duquel l’extrême-onction ne pouvait être administrée.
Christophe de Beaumont se servit de cet usage pour connaître l’identité des adeptes de la secte : celle-ci hurla contre cette tyrannie qu’elle avait elle-même mise en place, mais qui se retournait contre elle.

La guerre que les juges menèrent contre le roi pour conserver la mainmise sur l’Hôpital général et en chasser l’archevêque fut homérique. Ils lancèrent des campagnes de diffamation, exercèrent des pressions pour faire cesser les dons, menacèrent ceux qui se rallieraient à la nouvelle administration et démissionnèrent en bloc. Si on résume les raisons de cette Fronde, elles tiennent en une formule : empêcher que l’Eglise vienne voir ce qui se passait dans l’établissement. Et rien d’autre.
Dans le courant de la querelle, les jansénistes firent circuler l’information qu’un des leurs, ayant refusé de nommer son confesseur à un ecclésiastique entêté, était mort sans les derniers sacrements. Ils organisèrent des funérailles grandioses et fulminèrent contre le fanatisme d’un prélat qui préférait priver des secours de la religion un honnête homme que de renoncer à son dogmatisme. Les avocats jansénistes, fervents adeptes par ailleurs de « l’œuvre des convulsions » dont nous avons vu la teneur, firent distribuer en ville deux consultations affirmant que le Parlement était bien dans son rôle de protecteur et conservateur des droits des citoyens.
Voltaire se mit de la partie pour railler le prélat, et le public, mal informé, crut qu’il faudrait désormais montrer patte blanche pour approcher les sacrements : c’eût été une atteinte inadmissible à la liberté de conscience à laquelle tout un chacun était attaché.
Or l’archevêque affirmera que l’homme avait été administré, et que tout cela n’était que manipulation.
En attendant, le neveu du mort déposa une plainte contre l’archevêque pour refus de sacrement, et le Parlement engagea les poursuites.
Alerté par les autorités ecclésiastiques, le roi s’empressa d’exiger des juges qu’ils se mêlent de leurs affaires et laissent l’Eglise s’occuper des siennes. 

Quand, quelques mois plus tard, c’est le neveu lui-même qui tomba malade, le cirque recommença et les Nouvelles ecclésiastiques prirent fait et cause pour un saint homme qui se mourait de la poitrine, cachant bien que c’était un noceur attaqué par la vérole.
Les juges reconvoquèrent le curé fautif et l’archevêque en personne, le roi dut une nouvelle fois se fâcher tout rouge et exiger que les juges laïques veuillent bien une fois pour toutes, se mêler de leurs oignons. Puis il publia le nouveau règlement qu’il voulait voir appliquer à l’Hôpital général, entendant faire cesser les abus et malversations les plus criants dont les dénonciations s’accumulaient. Ce fut un tollé général, la totalité du Parlement refusa d’enregistrer une décision aussi contraire à l’intérêt général des pauvres du royaume, et se mit en grève. Au mois de février 1752, après un nouveau Lit de justice, le roi reprit la main. Par lettres-patentes il fixa la nouvelle administration de l’hôpital dont il excluait totalement Messieurs du Parlement. Ainsi, après avoir mis le feu aux poudres pour conserver l’exclusivité du contrôle de l’institution, le Parlement s’en trouvait totalement dépossédé.

N’ayant pu avoir le dernier mot, ils lancèrent une campagne tous azimuts contre l’Eglise.
Cela commença par de nouvelles dénonciations contre de prétendus refus de sacrements qu’ils décidèrent de poursuivre impitoyablement. Alors que le roi les sommait de n’en rien faire (ils faisaient mine de croire que sa majesté ne le leur avait pas dit dans les formes), ils jugèrent et condamnèrent en série de malheureux ecclésiastiques qui n’avaient fait qu’obéir à leur hiérarchie naturelle. Les curés étaient pris entre le marteau et l’enclume. Un prêtre décrété de prise de corps ou simplement d’ajournement personnel perdait son gagne-pain. Sans ses fonctions quotidiennes, ces malheureux se retrouvaient comme au chômage sans indemnité, et ils suppliaient les mourants récalcitrants de dire qu’ils acceptaient la bulle.
Les condamnations au bannissement ou aux galères pleuvaient, poussant les prêtres à l’exil. Puis Messieurs se mêlèrent du contenu de certains sermons : un jésuite d’Aix-en-Provence fut ainsi interdit d’enseigner pour avoir prêché contre les appels comme d’abus [3]. L’évêque de Marseille, Monseigneur de Belsunce, qui s’était distingué par son dévouement héroïque lors de la peste qui avait ravagé sa ville, écrivit au chancelier pour protester contre les prétentions des juges en matière de religion : sa lettre fut lacérée puis brûlée par la main du bourreau.
Décrets de prise de corps et d’ajournement personnel étaient envoyés à qui mieux mieux à travers tout le royaume pour arrêter prêtres et prélats dans des conditions de plus en plus dramatiques. A Orléans ils condamnèrent l’évêque à 6 000 £ d’amende pour un refus de sacrement qu’ils lui ordonnaient de faire cesser immédiatement, sous peine de sanction plus sévère encore. Or, ils ne l’ignoraient pas, l’évêque était totalement gâteux et retombé en enfance, incapable de comprendre de quoi on parlait. A Troyes, l’évêque fut sommé d’administrer les sacrements sur le champ à une mourante, sous peine de trois mille livres d’amende. Le même jour des huissiers vinrent assurer la garde à son domicile durant toute la nuit, pour empêcher qu’il n’en fasse sortir ses meubles. Dès le lendemain, le prélat n’ayant pas administré, ils en opérèrent la saisie et la vente immédiate et sur place. Monseigneur Poncet de la Rivière n’avait plus rien : un public médusé avait vu l’ensemble de ses biens partir à l’encan, devant sa porte, pour 12 000 £ qui servirent à payer et l’amende et les frais.
A Nantes, l’évêque fut condamné à des amendes inouïes à l’issue d’un prétendu refus de sacrement, qui consistait, là comme ailleurs, en un refus du mourant de nommer son confesseur, ce qui, la plupart du temps, aurait réglé le problème : il y avait si peu de prêtres jansénistes que la plupart des confesseurs étaient habituellement approuvés. L’évêque de Nantes envoya à Versailles son grand vicaire pour supplier le roi d’intervenir, mais avant qu’il ait pu le faire, ses prêtres furent poursuivis avec chaînes et menottes et ses biens saisis. L’argent fut distribué aux pauvres qui vinrent, les larmes aux yeux, rendre à leur prélat son bien. Il les remercia et les refusa.
Les évêques ne pouvaient même pas publier librement leurs réactions à ces attaques car leurs mandements ne trouvaient pas d’imprimeur et quand ils en avaient trouvés, ils étaient lacérés et brûlés de la main du bourreau car imprimés sans permission. Les Nouvelles ecclésiastiques, non plus n’avaient pas de permission d’imprimer. C’était la terreur.

On ne pourra même pas résumer ici la liste de toutes ces attaques contre l’autorité ecclésiastique menée, pendant cinq années, par les juges. Ce fut, sans discontinuer et sur tout le territoire.
Le roi cassait une à une toutes ces décisions qui, tout de suite après ou parfois même en même temps, reprenaient de plus belle. Il dut, à plusieurs reprises, envoyer l’archevêque de Paris et l’évêque de Troyes en exil, officiellement pour les punir de s’entêter (que ne cédaient-ils une bonne fois !), bien plus sûrement pour les mettre à l’abri de chats-fourrés prêts à leur mettre les fers aux pieds.

Tous unis derrière l’archevêque de Paris, objet premier de ce déchaînement de haine, l’épiscopat français se montra héroïque et refusa, jusqu’à la dernière extrémité, de céder sur ce qui, à ses yeux, était l’essentiel : le jansénisme, qui prétendait qu’il y avait les élus et les autres, était une hérésie. Et le Parlement devait être déclaré incompétent en matière de sacrements. Ils demandèrent qu’un concile national soit assemblé pour décider des affaires présentes.

La patience du roi laisse rêveur. Louis XIV aurait fait donner la troupe et sauter quelques têtes, Louis XV se contenta, à chaque dénonciation, de la casser et de donner des ordres jamais obéis.
A chaque fois qu’ils se rendaient à Versailles, que ce soit sur convocation du roi ou pour lui porter des remontrances à ses récentes décisions, Messieurs s’abîmaient dans la douleur d’avoir pu déplaire : « Nous avons écouté vos ordres avec attention… soumission qui leur est due… Ne pouvons dissimuler l’excès de notre douleur… Est-il possible que votre majesté désapprouve… que deviennent ces lois si sages et si utiles… Vos droits… votre indépendance absolue, votre souveraine autorité… » s’aplatissaient-ils, obséquieux, devant celui qu’ils roulaient dans la farine au vu et au su de tout le royaume.

En fait, le roi cherchait une solution durable et consultait une commission qu’il avait nommée à cet effet. Quand il comprit qu’aucune discussion n’était possible et à l’issue d’un nouveau Lit de justice suivi d’une nouvelle grève des magistrats (qui, quand ils étaient en grève, continuaient quand même de poursuivre des ecclésiastiques), il prit le taureau par les cornes, exila le Parlement et fit arrêter les meneurs.
Il était trois heures du matin, mercredi 9 mai 1753, quand la maisonnée du conseiller Bèze de Lys fut réveillée en sursaut par trois mousquetaires tambourinant à la porte. Ils présentèrent au maître du lieu une lettre de cachet lui donnant un quart d’heure, - quinze minutes - pour se préparer à rejoindre la prison de Pierre-Encize, près de Lyon.
Le conseiller embrassa sa femme et suivit les mousquetaires après avoir congédié tous ses gens.
Parmi les domestiques qui se retrouvèrent, quelques heures plus tard, sur le pavé avec leur balluchon à l’épaule, un valet nommé Robert-François Damiens.

Le nouvel exil du Parlement, qui dura quinze mois, fut catastrophique pour la population parisienne. Les femmes étaient parties rejoindre leurs maris, et quantité de domestiques se retrouvèrent sur le carreau tandis que les procureurs renvoyaient leurs clercs. Le chômage s’abattit sur une population qui ne le connaissait pas, non seulement les domestiques mais également, par un effet de domino, les gens de métier.
Quand le roi, bien obligé de donner une justice au peuple, fit revenir ces Messieurs et leur pardonna, ce fut à des conditions catastrophiques. Voulant tenir la mesure égale, il imposa le silence à tout le monde sur les sujets qui fâchent.

Et immédiatement, Messieurs recommencèrent, et se mirent à poursuivre quiconque évoquait la grâce. A Auch, l’archevêque, Mgr Montillet, avait écrit au pape pour lui demander ses lumières. Le Parlement condamna sa lettre à être brûlée de la main du bourreau comme contraire au silence prescrit par le roi : un évêque ne pouvait plus écrire au pape. Puis ce fut la Sorbonne qui fut interdite d’évoquer le sujet central de toutes les thèses théologiques qu’elle publiait chaque année.
Poussant leur avantage face à une autorité décidément bien piteuse, le Parlement en vint même à ne pas enregistrer les décisions royales qui ne lui convenaient pas. C’est ainsi qu’un jour ils décidèrent d’annuler la bulle Unigenitus, purement et simplement, ce qui fut immédiatement inscrit dans leurs registres. Évidemment le roi annula cette décision indue, mais la décision du roi, elle, ne fut pas enregistrée. Qui se souviendrait, dans vingt ans, d’une ordonnance royale inscrite nulle part, et qui pourrait nier la pertinence d’une décision dûment enregistrée ?

L’absolutisme royal, trente-quatre ans avant la Révolution, avait bien triste mine.

Le roi avait un urgent besoin des fonds votés par le Parlement. Une guerre s’annonçait, difficile.
Il en avait appelé au pape qui, finalement, envoya son avis fait de modération et de douceur, dont le roi dut, une nouvelle fois, forcer l’enregistrement par Lit de justice.
Le choc y fut rude : il supprimait deux des cinq chambres les plus turbulentes et dressait, pour les autres, la liste de tout ce qui serait désormais interdit. « Vous avez entendu mes volontés, je veux qu’elles soient exécutées, et je les soutiendrai de tout mon pouvoir. »
Le roi quitta le palais de justice, apparemment détendu, laissant un public médusé et comme prostré.

Les magistrats mis en cause allèrent porter au Premier président leur lettre de démission, dans laquelle ils disaient leur douleur d’une disgrâce qu’ils ne pouvaient avoir encourue qu’en travaillant à assurer l’autorité du roi et le repos de l’Eglise. Le lendemain, dix-neuf autres conseillers portèrent au greffe leur démission. Entendant ce qui se passait, des avocats décidèrent de repartir, suivis par les procureurs. Une fois encore la justice était interrompue. Un avocat nommé Prévost, un étourdi ou un lève-tard, arriva en robe et entra dans la Grand’chambre disposé, en toute candeur, à venir plaider sa cause. Il y fut accueilli par des huées, et fut même reconduit jusqu’à l’escalier de la Sainte-Chapelle à coups de pieds au cul.
La défection des avocats interrompit toutes les juridictions qui n’étaient pas démissionnaires : la Cour des Aides, le Grand-Conseil, le Châtelet et autres. Or le roi n’avait interdit ni exilé personne.
Il s’agissait, et uniquement, de savoir qui, dans le royaume, avait le pouvoir. Le roi fit savoir qu’il prenait ces Messieurs au mot : leurs charges étaient désormais vacantes.

Quelques jours plus tard à Versailles, comme le roi s’apprêtait à monter dans son carrosse, un inconnu fendit la haie des gardes, s’approcha de lui et lui planta la petite lame d’un couteau dans le dos. Ceux qui l’aimaient l’appelaient François. Il allait entrer dans l’Histoire sous le nom de Robert-François Damiens.

(A suivre…)

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Sources :
- Marquis René-Louis de Voyer D’Argenson, Mémoires et journal inédit du marquis d’Argenson, ministre des affaires étrangères sous louis XV
- Barbier Edmond, Chronique de la régence et du règne de Louis XV, Luynes, Charles-Philippe d’Albert duc de, Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)
- Les Nouvelles ecclésiastiques, ou Mémoires pour servir à l’histoire de la constitution Unigenitus.
- Voltaire. Histoire du Parlement de Paris par M. l’abbé Big ; Régnault, Émile (Le Père) Christophe de Beaumont, archevêque de Paris (1703-1781),
- Sigaut Marion, La Marche rouge, les enfants perdus de l’Hôpital général.
- Solnon Jean-François, La France au XVIIIe siècle, Université de Franche-Comté.

Voir aussi :

Octobre 2012
L’attentat de Damiens : Marion Sigaut invitée d’Au Coeur de l’Histoire sur Europe1
37
Janvier 2012
XVI – Turgot ou l’avènement du libéralisme : la fin de l’Ancien Régime
2ème partie, la dérégulation
40
Janvier 2012
XV – Turgot ou l’avènement du libéralisme : la fin de l’Ancien Régime
1ère partie, le pain du peuple.
33
Janvier 2012
XIV – L’humanisme des Lumières revisité : l’Encyclopédie
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
12
Décembre 2011
XIII – L’humanisme des Lumières revisité : Voltaire
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
24
Décembre 2011
XII – Le supplice de Damiens, ou le triomphe des barbares
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
45
Décembre 2011
X - Le nouveau jansénisme
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
10
Novembre 2011
IX - Le tournant de la régence
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
35
Novembre 2011
VIII - Le satanisme au cœur de l’Etat : l’affaire des poisons.
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
29
Novembre 2011
VII – Malheur aux pauvres ! La création de l’Hôpital général.
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
11
Novembre 2011
VI - La justice du roi : les Grands jours d’Auvergne
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
22
Novembre 2011
V - La chasse aux sorcières
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
41
Octobre 2011
IV - Le jansénisme au Grand siècle
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise L’absolutisme royal et ses opposants
17
Octobre 2011
III - L’anti-humanisme
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise L’absolutisme royal et ses opposants
22
Octobre 2011
II L’humanisme
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise L’absolutisme royal et ses opposants
14
Octobre 2011
I. L’achèvement de la centralisation
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise L’absolutisme royal et ses opposants
31

Notes

[1] C’est ce que, dans les livres d’Histoire, on appelle « les querelles ecclésiastiques ».

[2] voir les articles VII – Malheur aux pauvres ! La création de l’Hôpital général. , et Les juges, les pauvres et les enfants : un autre éclairage sur le jansénisme.

[3] Voir l’article « X - Le nouveau jansénisme », note 2

 
 



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22 Commentaires

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  • #75593

    La lecture de vos articles m’éclaire un peu plus sur les agissements de certains hommes peu scrupuleux du respect des libertés individuelles.
    Merci Marion.


  • #75619

    Comme les precedents, Marion, cet article nous fait voyager dans le temps...
    Pourquoi ne pas faire un recueil de ces articles et les mettre en perspectives avec les evenements de ce siecle debutant ou disont depuis l’apres guerre...ce faisant, vous mettriez en lumiere les luttes de pouvoir en France et ou nous nous trouvons aujourd’hui dans l’echelle historique...

     

    • #75667

      Si vous saviez, Rachid, tout ce que j’aimerais faire avec ce que je sais et ce que je sais faire... La difficulté est de trouver comment. Je suis ouverte à toute proposition.


    • #75693

      Marion, etes vous membre de l’association ? J’imagine que oui...

      Pourquoi ne pas ouvrir un sujet sur le forum et faire un appel a prposition, en effet plusieurs membres ont mis en place des outils, bases de donnees, y a des informaticiens, des ecrivains, moi meme je suis feru d’histoire et de politique...


  • #75642

    Merci beaucoup, encore une fois !
    .
    Ces réseaux à la fois élitistes et occultes, ainsi que ces méthodes de manipulation de l’opinion par l’émotionnel que nous connaissons aujourd’hui, y trouvent-ils là leur source ?
    Ou bien a-t-on connu de semblables choses dans l’Antiquité ?
    .
    Vivement la suite !

     

    • #75676

      Sur l’Antiquité je ne peux malheureusement pas répondre.
      Sur le Moyen âge non plus, encore que j’ai cru comprendre que le réseau des Templiers a pu susciter l’ire royale pour des raisons semblables. La théorie qui veut que le roi les ait poursuivis parce qu’il était "jaloux" de leur richesse me semble une fadaise bien digne d’un Michelet. On a dit d’ailleurs la même chose de Louis XIV à propos de Fouquet. Or Fouquet était membre de la Cie du saint-sacrement. Donc d’une société secrète.
      Il me semble, à ce que je connais, que la mainmise sur les oeuvres charitables ait toujours été la chasse gardée des notables pourris aux moeurs inavouables organisés de telle sorte que le commun des mortels ne vienne y mettre son nez.
      Je précise qu’en disant cela je ne mets absolumenjt pas en cause la générosité des braves gens qui s’y dévouent, uniquement celle des dirigeants puissants et qui se cachent et se cooptent. On ne se cache pas pour faire le bien, on le fait et c’est tout.


    • #75698
      le 15/12/2011 par Arsonist
      XI - La guerre des juges contre l’Eglise

      Merci Marion pour la précision sur le cas de Fouquet. J’avais instinctivement rejeté la version officielle du “Roi soleil qui ne veut pas qu’on l’éclipse”...
      Et ce dernier article est très passionnant, vivement la suite !


    • #75802
      le 16/12/2011 par Alexis Martinez
      XI - La guerre des juges contre l’Eglise

      Pour Nicolas Fouquet, il ne faut pas non plus négliger le fait que cette richesse avec laquelle il a voulu "éblouir" le roi, il l’avait acquise dans des circonstances troubles. Aujourd’hui, on dirait "abus de biens sociaux". Vue l’envergure du personnage, ses nombreux réseaux et son ambition mal dissimulée, on peut comprendre la réaction du roi.


  • #75831

    C’est exact. C’est comme si on apprenait aujourd’hui que le ministre des Finances était plus riche que l’Etat lui-même. Faire de Louis XIV un "jaloux" est vraiment faire de l’Histoire avec les gentils d’un côté et les vilains de l’autre, c’est toute l’idéologie de la 3e République, qui a suivi d’ailleurs un Michelet rien moins que sérieux, et je suis gentille.
    Louis XIV ne fut certainement pas un saint, mais il avait, suraigu, le sens de l’Etat et du bien commun. Il n’aurait pas envoyé un grand commis de l’Etat en prison à perpétuité par mesquinerie.


  • #76229
    le 18/12/2011 par Arsonist
    XI - La guerre des juges contre l’Eglise

    Marion, j’ai besoin de vos lumières, car je viens de découvrir le très douteux Honoré Fragonard, fameux anatomiste du 18ème siècle, réputé pour ses « Écorchés ».
    D’après un documentaire diffusé samedi 17/12 sur Arte, tout me porte à croire qu’il fut un des plus grands marchands de cadavres de cette sombre époque, où la bourgeoisie libérale triompha sur la Société...
    Je ne serais pas étonné d’apprendre qu’il ait été un sorcier "notoire". Tant ce maestro a marqué cette discipline si morbide avec ses prodigieuses techniques de conservation des tissus organiques.


    Le fait qu’Arte, chaine de Botul-HL, lui rend un tel hommage, renforce mes doutes...


    Merci d’avance pour vos services.

     

    • #76304

      Je vais regarder ça et vous tiendrai au courant.


    • #76323
      le 18/12/2011 par Arsonist
      XI - La guerre des juges contre l’Eglise

      Il faut que je m’excuse d’une chose, j’aurais dû vous prévenir plus tôt, mais le documentaire peut facilement soulever le cœur ; malgré que, étrangement, il n’y a aucune consigne du CSA, et pourtant je ne laisserais pas un enfant devant cet exhibition macabre.
      Hormis des images immondes, on constate que dans son travail il a clairement parodié des éléments de la Bible pour “rendre vivantes ses œuvres” selon les explications données... mais j’y vois là une pratique qu’on retrouve dans les messes noirs. Enfin bon, le mieux est que vous voyez ça par vous même, il y a tout un tas d’autres choses qui parlent d’elles-mêmes.


    • #76337

      Merci de m’avoir prévenue, mais c’était trop tard, effectivement ça soulève le cœur.
      Je ne peux pour le moment confirmer vos soupçons, mais voici ce que je peux vous en dire.
      Il n’y avait alors que trois sources d’approvisionnement en cadavres :
      -  Les condamnations à mort, relativement peu fréquentes.
      -  Les morts de l’Hôtel-Dieu, portés chaque matin au « cimetière de Clamart », fosse commune située à l’emplacement actuel de la mosquée de Paris, donc face au jardin des Plantes, à l’époque appelé "Jardin du roi", dont parle le film. Il y avait là, à Clamart, une salle d’anatomie.
      -  Enfin, et surtout, les morts de l’Hôpital général, dont j’ai abondamment parlé dans mes articles.
      La Salpêtrière avait elle-même une salle d’anatomie. Il est stipulé dans le règlement que les cadavres devaient être remis, après la leçon, pour y recevoir une sépulture ordinaire, c’est-à-dire chrétienne.
      C’est ce que, de toute évidence, Fragonard ne faisait pas puisqu’il conservait ses cadavres. Il y a là, effectivement, un problème grave : qui étaient ces morts sans sépulture ?
      Vous soulevez donc un lièvre : comment un simple chirurgien a-t-il pu non seulement s’approvisionner ainsi en cadavres en quantité, et surtout avoir la permission de ne jamais les rendre…
      Je vous conseille vivement la lecture d’un très bon petit ouvrage : La Salpêtrière du docteur Louis Boucher.
      http://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bp...
      Accrochez-vous, c’est proprement révoltant, et c’est avec ça que j’ai commencé ma recherche.
      Sachez aussi que la version qu’il donne de l’affaire de l’Hôpital général est très mal renseignée. On ne peut être bon en tout.
      Les mises en scène de Fragonard font soupçonner en effet un esprit dérangé. Je vais chercher ce que je peux trouver sur le bonhomme.
      Tenez-moi au courant de ce que vous découvrez.


    • #76571
      le 19/12/2011 par Arsonist
      XI - La guerre des juges contre l’Eglise

      Merci Marion pour ce livre.
      Je m’en veux de ne pas vous avoir prévenu plutôt. Je tâcherais d’être plus vigilant à l’avenir.
      Je peux au moins essayer de me faire pardonner en vous communiquant ce que je pourrais découvrir sur la vie d’Honoré Fragonard. Mais il faut dire que c’est vraiment pas facile, pour quelqu’un de célèbre il y a apparemment très peu de documents sur sa vie, du moins, personnelle. C’est comme si on voulait nous en dire le moins possible, donc strictement limité à sa profession.
      Je vais devoir orienter mes recherches sur son entourage, découvrir les casseroles qu’il traine aux fesses et, au mieux, impliquent Fragonard (pour l’instant, son cousin ne révèle rien, pas plus que le peintre David, un grand ami de Marat le révolutionnaire).
      Pour l’instant je n’ai que des suppositions qui mettent à rude épreuve ma logique déductive.
      Par ailleurs, on note qu’il y a un vif regain d’intérêt pour ce personnage au 21ème siècle... c’est une piste à creuser.


      J’avoue qu’il m’intrigue énormément. Il y a tellement de choses qui étayent l’hypothèse du satanisme dans son esprit, comme la parfumerie familiale que tenait son frère (il existe encore aujourd’hui une parfumerie du nom « Fragonard » créée en 1926), j’imagine qu’à cette époque c’était le genre de lieu approprié pour dissimuler un laboratoire de fabrication de poisons et de drogues. De plus, on ne sait pas d’où est-ce que Fragonard tient ses connaissances autrement plus élevées que celles de ses confrères chirurgiens maitres de la conservation des tissus organiques. Et puis, cette manière de détourner la Bible, pour “donner vie” à ses momies plus que totalement mise à nue... le fameux cavalier de l’apocalypse est sa plus “belle” pièce, même si aujourd’hui il reste qu’une infime partie de son immense collection... Là aussi on s’interroge, au delà de la simple version officielle, sur la destiné de son héritage.


      Amitiés.


  • #79443

    Je voudrais réagir, sans polémique stérile à une intervention de Marion. Michelet n’écrit pas des fadaises, en tout cas pas celle que vous donnez en exemple. En fait, je ne sais pas ce qu’on reproche à ce grand historien, peut-être son romantisme et son goût du moyen âge qui vont de pair. Michelet fonctionne par paradigme pour expliquer l’histoire. Un paradigme est dominant, ensuite il s’épuise et est remplacé par un autre (on pourrait dire aujourd’hui que nous sommes dans le moment historique de l’épuisement d’un paradigme).
    Donc le procès des templiers, et leur perte s’inscrit dans une telle lecture.
    Pour lui, le moyen âge est fini avec son paradigme dominant, Dieu. A partir de ce moment, l’histoire de France se lit comme un long processus de déchristianisation. Dès lors l’ordre du Temple est anachronique. Le nouveau paradigme qui vient est le commerce et le régne de l’argent. Et c’est bien un anachronisme, le crachat sur la croix, geste irrationnel qui n’est plus compris par les gens de l’époque, qui perdra l’ordre du temple selon Michelet. Déjà la religion devient partiellement rationnelle. Ces mystères appartenaient au moyen âge. Voilà la raison de leur perte selon Michelet. Ensuite ils formaient un état dans l’état et ils avaient beaucoup d’argent. Détruire cet ordre était finalement le cours naturel de l’histoire. On peut si on en a envie contester ce point de vue, mais dire qu’il s’agit d’une fadaise, je pense il faut se méfier des modes universitaires ou autre qui font que tel ou tel historien serait désuet.

     

    • #79773

      Merci de votre intervention à laquelle je vais répondre.
      Quand je dis « digne d’un Michelet », ce n’est pas sur le sujet des Templiers que je le juge car je ne connais pas le Moyen âge. Mais sur le sujet que je connais bien, Michelet a été calamiteux. Ce qu’il a écrit sur Damiens, sur l’Hôpital général, sur la guerre des Farines, sur les jansénistes, sur Louis XV sont un ramassis de jugements à l’emporte-pièce souvent dénués de fondement, j’en faisais des bonds quand je le lisais. Et j’aimais beaucoup Michelet avant de commencer à partager avec lui des archives. D’abord parce qu’il écrivait très bien, et que j’aime l’idée de faire de l’Histoire une épopée dont le peuple serait le héros.
      Mais quand il dit que Damiens s’est présenté devant ses juges le samedi 26 mars, soulagé et léger de sa mort prochaine, libéré de la torture qu’on venait de lui faire subir, là c’est grave : Damiens est passé à la torture, comme tout le monde en son temps, après sa condamnation et juste avant son exécution, et non avant son jugement.
      Soit Michelet n’a pas épluché le dossier comme il le dit et il ne sait pas que la question fut appliquée à Damiens deux jours plus tard, lundi 28. Soit il dit n’importe quoi et veut faire accroire, comme le fit Voltaire, que la justice extorquait des aveux sous la torture, ce qui est faux.
      Menteur ou approximateur ? Je ne sais pas. Mais j’ai cessé de croire en quoi que ce soit de ce qu’il raconte. Michelet est rien moins que sérieux.
      A présent, vous semblez connaître l’affaire des Templiers et je me soumettrai volontiers à vos lumières à ce sujet. Mon propos était de dire que la « jalousie » du roi me semblait un argument faiblard pour comprendre le roi, argument « digne d’un Michelet », et dans ma bouche ce n’est pas un compliment.


    • #80067

      Encore une fois je vais défendre mon historien préféré. Comment l’histoire est écrite aujourd’hui ? Sous couvert d’objectivité scientifique, avec un recours abondant aux archives, on présente les faits comme s’il n’y avait pas de parti pris.
      Michelet avance, lui, à visage découvert. Sans doute il commet des approximations ou écrit des contre vérités. Il se contredit même. Maintenant, ce qui est important, c’est la substance de son discours, non tel ou tel fait. Et que dit-il de l’ancien régime et de la Révolution française. L’ancien régime est un paradigme qui s’épuise et sans rentrer dans les questions trop complexes, plusieurs choses selon lui vont le faire tomber. 1. L’injustice sociale qui n’est plus supportée par une grande partie de la population. 2. La religion qui devient stérile et n’a plus rien à dire aux gens. 3. La diffusion des idées nouvelles.
      Voilà les causes les plus directes qu’il invoque. Que dit-il de la Révolution française ? C’est une révolution qui, par son mécanisme propre et surtout par les personnalités de l’époque ne peut remplacer correctement l’ancien paradigme fatigué et stérile. Elle ne résout pas l’injustice sociale et le nouveau paradigme naissant se crée dans le traumatisme national et une nouvelle injustice. Il termine d’ailleurs ses livres sur la Révolution française par l’horrible secret de la Révolution (en résumé ce sont les spéculateurs financiers qui agissent en sous-main, dans l’ombre qui vont tirer toutes les ficelles). Voilà son point de vue, personnellement il me donne plus à comprendre le monde d’ajourd’hui dans lequel nous vivons.


    • #80392

      Votre point de vue me semble tout à fait défrendable et honorable, mais il fait de Michelet un penseur, un philosophe, un moraliste ou un rêveur, un écrivain en tout cas, mais pas un historien.
      Alexis de Tocquevilole est son contemporain et fait, lui, un véritable travail historique. C’est ce qui fait d’ailleurs que si l’oeuvre de Tocqueville peut être complétée ou contredite sur certains points, elle reste intemporelle alors que celle de Michelet date complètement et ne peut pas être présentée à des élèves comme sérieuse.


    • #80603

      Quand vous parlez d’une oeuvre qui peut être contredite ou complétée, je ne peux m’empêcher de penser, peut-être à tort, que vous faites allusion à ce qu’on appelle en épistémologie le principe de falsification. Si tel est le cas, j’ai deux remarques. La première, c’est que il est ironique de remarquer que ce principe a été ’inventé’ pour différencier les sciences dites dures, des sciences sociales. Mais bon peut-être vous appliquez le souhait de Condorcet qui espérait le paradis sur Terre en appliquant aux sciences sociales les principes des sciences dures.
      La deuxième est que ce principe, séduisant en apparence, ne résiste pas à une analyse plus fine. Tout principe, tout paradigme est attaqué et se défend avec des hypothèses dites adhoc, lisez Bernard d’espagnat (grand épistémologue contemporain) pour comprendre que finalement les points de vue différents s’affrontent, même en science.
      Quant aux doux rêveurs...Quand Denis de rougement lit l’histoire européenne, et donc la Révolution française, époque paroxystique, comme l’histoire de la passion amoureuse, fait-il oeuvre d’historien ou pas ?
      Pour terminer, je dirais que si les élites européennes lisaient un peu plus les doux réveurs ou les philosophes comme lui (lettre ouverte aux européens), on ne serait pas dans cet immense foutoir actuel. C’est ce que disait Michel Serres ce matin (bon, c’est vrai qu’il radote un peu...), à savoir que si l’Europe s’était construite au niveau de l’éducation, de la culture, et de son identité, le problème de l’Europe ne se poserait pas. Mais il est vrai, qu’elle s’est construite avec l’économisme, prétendue scientifique.
      Bon, je ne fais qu’un peu vous taquiner, je suppose que vous avez d’autres choses à faire que me répondre, ce sera donc mon dernier message.


  • #89654

    Si les jansénistes perdirent la bataille religieuse, ils gagnèrent cependant la bataille judiciaire en investissant les plus hauts postes de la magistrature...cela est determinant quand on sait que les jansénistes allaient influencer , voire carrément rédiger, la constitution civile du clérgé 30 ans plus tard..le Roi et l’Eglise remportèrent une victoire toute symbolique en somme, car au mitan du 18 ème siècle, le parti de la Banque avaient déjà investi les places fortes du royaume ; que sont le commerce( via les protestants), les parlements régionaux( largement franc-maçon) et la magistrature ( via les jansénistes) ; et n’oublions pas, chère Marion, la guerres perpétuelles au dehors, et massivement financées par l’Angleterre...cela explique peut-être la passivité de Louis XV, débordé sur plusieurs fronts...Qu’en pensez-vous, marion ?

     

    • #90509

      J’en pense que vous avez raison. Les jansénistes ont gagné et la royauté a perdu, et surtout le peuple a perdu car jamais la République ne lui a apporté la protection que le roi lui assurait. La mise au travail des enfants, la constitution civile du clergé, l’effroyable misère ouvrière qui a suivi la Révolution, tout cela montre la victoire des opposants à l’absolutisme sur le dos du peuple.
      Pour ce qui regarde les jansénistes, je pense qu’ils sont encore au pouvoir. Dans la justice, dans les services sociaux et à l’université. ça ne porte plus le même nom, mais c’est tout ça.
      Je pense en effet que Louis XV a été débordé, mais malgré ses mœurs que j’abhorre, je n’arrive pas à en faire un mauvais roi. Quand il a supprimé le parlement en 1770 il a fait une réforme de la justice admirable en la rendant pure, gratuite et prompte !
      Vous avez sans doute raison à propos des guerres extérieures. les Anglais voulaient dépecer la France, bien des salauds de l’intérieur les ont aidés. Pendant la Révolution ils ont bien failli d’ailleurs y arriver.


  • #90638

    on peut aussi expliquer la patience (infinie !) de Louis XV et de son successeur par le rôle historique de la monarchie : la recherche du consensus et de la paix civile, en tenant compte des coutumes locales et des différentes forces politiques du pays- noblesse de robe et d’épée, bourgeoisie d’affaires, corporations de métiers, église etc. Rechercher une solution qui satisfasse tout le monde ( la concorde) ne se faisait evidemment pas en un clic de souris : ne soyons pas sévères avec eux !
    cette idée d’une monarchie qui assurait l"équilibre des pouvoirs"( Montesquieu n’a rien inventé !), présente depuis le moyen-âge(?), fit son chemin bon an mal an et culmina au mitan du 18ème siècle...on comprend, dès lors, que les derniers rois de France ne purent se montrer aussi expéditifs que Richelieu : l’idée du consensus l’emportait désormais sur toute autre considération...Louis XV était prisonnier des idées et des moeurs de son temps, comme nous des nôtres...