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IX - Le tournant de la régence

De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants

Note de la rédaction

Neuvième volet de la série d’articles proposée par Marion Sigaut.

Reportez-vous en bas de page pour consulter la série complète.

« Voici le temps de l’aimable Régence, Temps fortuné, marqué par la licence, … Où l’on fait tout, excepté pénitence » chanta Voltaire.

La fin du règne de Louis XIV avait été tout sauf aimable. Le roi, devenu dévot sur le tard, avait vu successivement mourir tous ses enfants et petits-enfants légitimes. De graves revers militaires suivis d’années climatiques noires, un délabrement physique éprouvant, avaient fait de sa fin une période lugubre et oppressante. Ses opposants avaient été combattus, pourchassés, emprisonnés… Sa mort, le 1er septembre 1715, fut pour beaucoup un soulagement : elle lâcha la bonde à bien des rancœurs et frustrations, et ouvrit la voie à bien des revanches.

Son arrière-petit-fils et unique survivant de sa lignée légitime, Louis XV, avait cinq ans. C’est le neveu du défunt roi, Philippe d’Orléans, qui assura la régence.

Un gentilhomme de Périgord victime de vexations, vint un jour lui présenter un mémoire. L’homme, intimidé, plongea à genoux devant le prince et bredouilla sa requête en tremblant.

« Levez-vous monsieur, lui dit Philippe avec bonté. Je ne parle à personne en cet état. Remettez-vous quelques moments, puis vous parlerez. »

Incontestablement, le ton avait changé. Et pas seulement le ton.

Louis le Grand avait voulu que les fils qu’il avait eus avec Mme de Montespan, puissent accéder au trône. C’était contraire à toutes les règles que de permettre ainsi à des bâtards de prétendre à la succession. Le Régent, croyant bien faire, décida de casser le testament de son oncle.

Il fit pour cela appel au Parlement de Paris à qui, en échange, il rendit le droit de remontrance. Il fit également sortir de prison tous les opposants à Louis XIV, un souffle de liberté passa sur la France.

Bienveillant, libéral, tolérant, intelligent, Philippe résolut de s’attaquer d’abord aux problèmes financiers : en 1715, les revenus des deux années à venir étaient déjà consommés par anticipation.

Il décida, comme l’opinion le réclamait, de faire rendre gorge aux financiers, traitants et fermiers généraux, dont les fortunes étaient une insulte à la misère publique.

Il installa aux Grands-Augustins, à Paris, un tribunal spécial qu’il chargea d’examiner les comptes de tous ceux qui avaient participé aux fournitures des armées depuis 1689. On donna huit jours aux gens d’affaire pour faire, devant notaire, une déclaration de tout leur patrimoine, incluant celui de leurs épouses, avec l’état détaillé des biens acquis depuis leur entrée en affaires.

Cela donna lieu à quelques jolis scandales.

On arrêta un certain Bourvalais qui aurait pu, à lui seul, occuper la chambre de justice pour quatre ans. On trouva sous son cabinet une cache maçonnée contenant six cents mille écus, et on saisit son hôtel particulier place Vendôme, qu’on peut aujourd’hui admirer puisqu’il est devenu le ministère de la justice.

Au bout d’un mois, six mille déclarations volontaires avaient déjà révélé pour 1 200 millions de biens.

La chambre de justice faisait son travail sans états d’âme : un président de la chambre des comptes fut arrêté en pleine rue place des Victoires où il dut, devant tout le monde, descendre de sa chaise à porteur pour monter dans un fiacre qui le conduisit directement en prison.

Pour forcer des privilégiés à payer leur capitation, on envoya des soldats en garnison chez les mauvais payeurs. Un maître des Requêtes vit un jour un Suisse entrer chez lui, s’asseoir auprès du feu entre lui et sa femme, bourrer sa pipe, fumer, cracher par terre. Le lendemain, le monsieur paya ce qu’il devait.

Les noms de tous les condamnés étaient rendus publics, et leur mise au pilori était l’occasion de réjouissances populaires. Un jour qu’un homme y était emmené au cul d’une charrette, les femmes du marché arrêtèrent l’écoulement des eaux de ruisseau pour le forcer à marcher nu-pieds dans la fange.

Voir les malfrats exploiteurs du pauvre monde mettre les pieds dans la merde donnait quelque satisfaction à ceux qui peinent, mais en choquait d’autres. Un jeune poète de 23 ans dénonça ces façons de faire :

Je vais, dans l’ardeur qui m’enflamme, 
Flétrir le tribunal infâme 
Qui met le comble à nos malheurs. 
 
(…)
 
O désespoir ! Notre patrie 
N’est plus qu’une mère en furie 
Qui met en pièces ses enfants

gémit le jeune Arouet, qu’on connaîtra plus tard sous le nom de Voltaire.

Les résultats de la chambre de justice furent spectaculaires, mais insuffisants. Un Ecossais nommé John Law convainquit Philippe d’Orléans que tout le mal provenait de la sujétion de l’économie aux métaux précieux, lourds, incommodes et rares. Il proposa de faire circuler à leur place du papier-monnaie, qu’on gagerait sur la richesse engendrée par les nouveaux échanges. Philippe décida de faire l’expérience.

On créa une banque qui émit pour trois milliards de billets convertibles en espèces avec une encaisse de 500 millions de métaux seulement. Ces billets circulèrent comme une véritable monnaie avec laquelle on pouvait payer ses impôts : la confiance s’instaura.

Pour pouvoir verser des dividendes aux actionnaires, on créa la compagnie du Mississipi qui devait développer la Louisiane. La compagnie avait un capital de 200 000 actions de 500 £ chacune, elles furent allouées aux créanciers de l’Etat, qui épongea ainsi sa dette.

Le public se rua rue Quincampoix, où se négociaient les titres, pour acheter des actions dont le prix augmentait de jour en jour. La spéculation s’empara de Paris et, sur la promesse de bénéfices fabuleux à venir, on se mit à vendre du concret pour acheter du vent.

Cela mit la société sens dessus-dessous. Des fortunes inouïes se constituèrent, et les plus malins, après avoir vendu des biens pour acheter du papier, surent vendre le papier pour acheter autre chose. De simple commis purent acquérir des domaines où ils donnèrent des fêtes somptueuses, des domestiques se couvrirent de diamants… Paris faisait l’expérience d’une nouveauté : l’argent facile.

L’une des conditions du succès durable du système, était le développement, donc le peuplement de la Louisiane. La compagnie voulait sa main-d’œuvre, elle paya pour cela des archers appelés « Bandouliers du Mississipi » qu’on envoya arrêter les gens de rien que le mirage du système avait attirés dans la capitale.

En moins de huit jours les bandouliers, payés à la pièce, raflèrent plus de 5 000 personnes : vagabonds et gens sans aveu peut-être, mais également artisans, manœuvres, apprentis, ou domestiques.

La panique s’empara des familles. Dans les villages autour de Paris, des archers vinrent enlever des jeunes filles, puis bientôt des enfants de neuf ou dix ans qu’ils arrachaient des bras de leurs mères.

La révolte des parents fut sanglante [1]. Un enlèvement de trop fut le signal d’une véritable chasse au flic qui fut lancée à travers les rues de Paris. Entre avril et mai 1720, plusieurs dizaines d’archers, dont certains, terrorisés, usèrent de leurs pistolets, furent bastonnés, défenestrés, lapidés et massacrés par une foule armée de ses poings ou des bâtons ou cailloux qu’elle ramassait dans sa course.

La cupidité, l’amour de l’argent, la recherche par tous les moyens de la grosse galette semblaient avoir submergé le royaume. A Marseille, un navire en provenance du Levant vint un jour décharger une précieuse cargaison d’étoffes de prix. Pour vendre au mieux, et au meilleur moment, les marchands marseillais firent le choix de passer outre à des mesures strictes de quarantaine, alors qu’il existait un soupçon de présence de peste à bord.

Las ! Les étoffes circulèrent, des puces infectées s’en échappèrent, la peste s’abattit sur la ville ! En quelques mois Marseille perdit un tiers de ses habitants, et le fléau d’un autre âge gagna villes et villages du midi. On raconta que l’infection était telle qu’elle tuait les oiseaux en vol. Bientôt la disette fit autant de morts que la peste elle-même. Comment approvisionne-t-on une ville inapprochable ?

On tenta de faire venir du blé du Levant mais, par malheur, un navire arrivant de Turquie refusa de décharger le sien en échange de billets…

Car, inexorablement, la confiance s’effritait. Après avoir fait fureur, le papier devenait suspect.

Et d’autant plus qu’un jour de mars 1720, deux princes de sang, le duc de Bourbon et le prince de Conti avaient littéralement pillé la banque en venant échanger leurs billets contre de pleins carrosses d’or.

Quelques jours plus tard, on vit à la halle une harengère foulant au pied un billet de dix livres donné en règlement de la marée…

L’inévitable débâcle se produisit. On se rua à la banque pour se faire rembourser, et en juillet on retira quinze personnes étouffées par la presse, qu’une foule haineuse et accablée alla porter au Palais-royal où résidait le régent.

Le système s’effondra.

Tandis que les princes de sang jouissaient éhontément de leur bonne fortune, à l’automne, le bois n’entrait même plus dans Paris, faute de liquidités pour le payer. Ceux qui s’étaient enrichis payaient leur ordinaire en bradant leur surplus, ceux qui n’avaient que leur salaire tombèrent dans la misère.

Le régent avait encore d’autres soucis. Il dut venir à bout d’une conspiration menée par sa propre famille qui tenta, de façon grotesque et dilettante, de le renverser au profit de l’Espagne. Quelques seigneurs bretons s’étant malheureusement joints à ces bouffons, il fallut sévir contre eux.

Mais il y avait plus grave. L’honnête régent pouvait faire front face à une banqueroute, un complot ridicule et même une épidémie de peste. Ce qu’il n’avait pas prévu, et qui joua singulièrement sur ses nerfs pourtant solides, ce sont les conséquences du royal cadeau qu’il avait fait aux très jansénistes juges parisiens en leur rendant le droit de remontrances [2].

Le régent était indifférent aux questions religieuses. Jouisseur, noceur, goinfre et buveur jusqu’à l’ivrognerie, Philippe d’Orléans n’était partisan ni des uns ni des autres. Et s’il n’avait que faire de la pudibonderie des jansénistes, il n’avait vu aucun inconvénient, après avoir libéré les prisonniers (qui firent un triomphe), à faire entrer au gouvernement le jansénisant cardinal de Noailles.

Or, sollicité par Louis XIV de trancher dans la querelle, le pape avait rendu sa réponse en 1713 sous la forme d’une bulle, connue sous le nom de « constitution Unigenitus » qui condamnait sans appel le jansénisme. 

En janvier 1716, dix-huit évêques, soutenus par la magistrature, avaient pressé le régent de les soutenir auprès du pape auquel ils désiraient demander des explications au sujet de la bulle et, en cas de refus de sa part, que soit convoqué un concile national de l’Eglise de France pour examiner la matière à fond.

Le régent voulait que la querelle s’apaise, que la bulle soit acceptée partout et qu’on n’en parle plus : il était hors de question d’allumer une guerre par un concile. Il imposa le silence.

Un jour que ces Messieurs s’opposaient à l’enregistrement d’une de ces décisions, Philippe prit le taureau par les cornes et exila tout le monde à Pontoise. Il y envoya les lettres patentes [3] qui déclaraient nuls les appels au concile, et ordonna l’enregistrement de la constitution Unigenitus qui serait reçue dans tout le royaume.

Forts de leur droit de remontrance retrouvé, Messieurs ergotèrent, pinaillèrent, discutèrent, bref, refusèrent.

Il restait à Philippe à faire enregistrer l’accommodement par le Grand Conseil, cour de circonstance où siégeaient avec lui les princes de sang et plusieurs ducs et pairs. Il y procéda le 23 septembre 1720, mais le nonce du pape vint lui faire savoir que le Saint-Père ne voulait pas s’en contenter : c’est l’enregistrement au Parlement qui était valable.

« Que votre pape y vienne, pour voir s’il pourra mettre à raison tous ces bougres-là. Pour moi je ne peux faire mieux » répondit-il, exaspéré.

Un jour qu’il recevait des marchands venus se plaindre d’une prétendue atteinte à leur probité, il les traita de voleurs, de fripons, de bougres de gueux et leur dit d’aller se faire foutre.

« Allons Messieurs, vous aurez mal entendu » leur répondit, suave, le maréchal de Villeroi auquel les marchands avaient demandé comment ils pourraient rédiger le résultat de leur délégation dans leurs registres…

Un jour que le Premier président de Mesmes n’entrait pas dans ses vues, Philippe explosa et le traita de gros cochon et de vieux bougre. Outragé, le haut magistrat garda son calme : « Monsieur, quand le feu roi Louis XIV me faisait l’honneur de me mander à Versailles, il avait toujours la bonté de m’écouter avec sa modération ordinaire. Je suis gentilhomme et Premier président du Parlement ; ces deux titres demandent de vous quelques égards ».

« Le feu roi faisait comme il voulait, et moi je fais comme il me plaît : allez vous faire foutre, je vous saurai bien envoyer avec le Parlement hors de Paris ! » répliqua le prince, excédé.
Monsieur, vous ferez ce que vous voudrez, mais je puis vous assurer que nul officier du Parlement ne bougera de cette ville » lui répondit de Mesmes.

Quand, épuisé par ses excès de mangeaille, d’alcool et du reste, le régent mourut en décembre 1723, âgé de seulement 49 ans, il laissait les finances publiques assainies. Mais l’autorité royale était désormais assiégée par une magistrature devenue toute-puissante, et dirigée par une secte dont les visées étaient passées de théologiques à politiques.

(A suivre…)

Pour commander "La Marche rouge, les enfants perdus de l’Hôpital général" de Marion Sigaut sur KontreKulture

Sources :
- La Régence, ( 1715-1723), par Jean Buvat, écrivain de la bibliothèque du roi, Plon, 1865.
- Jean-François Solnon, La crise financière et l’expérience de Law, Université de Franche-Comté.
- Voltaire, Œuvres complètes, La Pucelle, Ode 5 : La chambre de justice.
- Duc de Saint-Simon. Mémoires sur la Régence.
- Barbier Edmond, Chronique de la régence et du règne de Louis XV,
- Marion Sigaut, La Marche rouge.

Voir aussi :

Octobre 2012
L’attentat de Damiens : Marion Sigaut invitée d’Au Coeur de l’Histoire sur Europe1
37
Janvier 2012
XVI – Turgot ou l’avènement du libéralisme : la fin de l’Ancien Régime
2ème partie, la dérégulation
40
Janvier 2012
XV – Turgot ou l’avènement du libéralisme : la fin de l’Ancien Régime
1ère partie, le pain du peuple.
33
Janvier 2012
XIV – L’humanisme des Lumières revisité : l’Encyclopédie
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
12
Décembre 2011
XIII – L’humanisme des Lumières revisité : Voltaire
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
24
Décembre 2011
XII – Le supplice de Damiens, ou le triomphe des barbares
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
45
Décembre 2011
XI - La guerre des juges contre l’Eglise
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
22
Décembre 2011
X - Le nouveau jansénisme
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
10
Novembre 2011
VIII - Le satanisme au cœur de l’Etat : l’affaire des poisons.
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
29
Novembre 2011
VII – Malheur aux pauvres ! La création de l’Hôpital général.
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
11
Novembre 2011
VI - La justice du roi : les Grands jours d’Auvergne
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
22
Novembre 2011
V - La chasse aux sorcières
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise, l’absolutisme royal et ses opposants
41
Octobre 2011
IV - Le jansénisme au Grand siècle
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise L’absolutisme royal et ses opposants
17
Octobre 2011
III - L’anti-humanisme
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise L’absolutisme royal et ses opposants
22
Octobre 2011
II L’humanisme
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise L’absolutisme royal et ses opposants
14
Octobre 2011
I. L’achèvement de la centralisation
De la centralisation monarchique à la Révolution bourgeoise L’absolutisme royal et ses opposants
31

Notes

[1] Voir mon livre La Marche rouge

[2] Les juges avaient prétendu faire précéder de remontrances l’inscription dans leurs registres des décisions royales. Louis XIV le leur avait interdit.

[3] Contrairement à la lettre de cachet, fermée, la lettre parente était la décision royale ouverte.

 
 



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35 Commentaires

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  • #70197
    le 30/11/2011 par xguerin
    IX - Le tournant de la régence

    Merci pour ces courts rappels historiques, c’est toujours un plaisir de vous lire !


  • #70471
    le 01/12/2011 par Ahmed
    IX - Le tournant de la régence

    Merci Marion.


  • #70530
    le 01/12/2011 par mouloud
    IX - Le tournant de la régence

    J’aime cette histoire : une version des évènements se fondant sur la lutte des intérêts privés et de réseaux, où chacun tire la couverture à lui. Vraie ou fausse, cette version de l’histoire est cohérente avec mon expérience de la nature humaine !!
    Au lieu d’être une suite de dates et d’oppositions binaires et manichéennes, cette histoire est fidèle à la complexité des rapports de force des êtres humains.
    On dit que la connaissance du passé éclaire le présent et l’avenir : "on" aurait du préciser qu’il fallait bien retranscrire le passé (avec les bons critères que sont la lutte pour le pouvoir et l’argent et non pas uniquement des idéologies détachées du réel ou présentées comme telles).

    Merci Marion : maintenant, j’en veux plus de votre histoire.

     

    • #70590
      le 01/12/2011 par mouloud
      IX - Le tournant de la régence

      J’en veux plus de votre histoire=j’en redemande.
      relisant mon commentaire, j’ai vu l’ambiguité.


    • #70640
      le 01/12/2011 par Marion
      IX - Le tournant de la régence

      Merci Mouloud, de ce message encourageant.
      Cette "version" de l’Histoire est vraie. Elle est tirée de textes écrits à l’époque, je ne fais que les restituer en tentant de les rendre le plus lisibles possibles. Les sources sont toujours jointes en bas du texte.
      D’aucune prétendent qu’il n’existe pas de vérité historique. je prétends que si. Il y a autant de vérités historiques qu’il existe de mensonges historiques. Et ces derniers ne manquent pas.
      La subjectivité de l’historien se trouve dans le choix qu’il fait d’un événement plutôt qu’un autre, mais son honneur consiste à rendre la réalité qu’il trouve, sans cacher, sans exagérer, sans mentir, avec respect pour ceux dont il narre l’histoire, et pour ceux qui le liront. L’historien est un journaliste du passé.
      J’ai encore quelques articles avant l’arriver à la Révolution, qui clôturera ce cycle.
      Ensuite, eh ! bien on verra.
      Amicalement
      M.


    • #70949
      le 02/12/2011 par Alexis Martinez
      IX - Le tournant de la régence

      L’objectivité historique est une chimère dont sont depuis longtemps sortis les historiens. Il n’est que de lire les publications récentes : chacun sait que sa subjectivité propre implique des choix, des biais, des points de vue, des appétences, particulières.
      L’important étant de ne pas laisser sa subjectivité orienter la recherche jusqu’à contredire les faits. D’où l’utilité de se plonger dans les travaux d’autres historiens, de s’alimenter des controverses existantes et de toujours appuyer ses travaux sur des sources. Je ne suis pas moi-même grand adepte de la lecture événementielle et institutionnelle de l’histoire (je travaille plutôt sur les dimension économique, sociale, technique et culturelle), mais je n’aurais jamais la prétention de prétendre que parce qu’il utilise d’autres biais, le travail de Marion Sigaud ne vaudrait rien.
      Au contraire : nonobstant les inévitables simplifications qu’implique la démarche de la vulgarisation (démarche fort honorable au demeurant), ces notes courtes sont extrêmement intéressantes et apportent beaucoup d’éléments pertinents pour l’appréhension de la période (même si j’avoue tiquer chaque fois que je lis dans le sous-titre de la série "la Révolution bourgeoise").
      C’est très bon !


    • #71029
      le 02/12/2011 par Marion
      IX - Le tournant de la régence

      Merci Alexis.
      Pour ce qui regarde la "révolution bourgeoise", je persiste et signe, et vous verrez quand le moment sera venu, c’est-à-dire à la fin de la série, ce que j’ai voulu dire.
      Bien à vous
      M. 


    • #71117
      le 02/12/2011 par mouloud
      IX - Le tournant de la régence

      Salut amical à Alexis.

      Pour Marion :
      j’ai lu votre message comme j’avais lu votre contreverse avec l’internaute Duc de Guise. Je ressens que vous êtes passionnée et honnête. Je voulais faire preuve de recul en parlant de "version" et non pas mettre en doute le sérieux ou la probité de votre travail.
      Si vous pouviez continuer après la révolution de 1789 : les épisodes de 1830, 1848 et 1870 sur fond de révolution industrielle, de restauration, de république, de changements sociaux avec l’apparittion des ouvriers et l’émergence de nouveaux pouvoirs (industriels, médiatiques et financiers)...enfin, c’est à vous de dire ce qu’il en est. Mais jamais je n’ai eu de l’histoire façon "Marion" sur cette période.
      Merci encore Marion. C’est bientôt Noel alors faites moi ce cadeau sauf si cela vous prive de votre Noel à vous.
      Chaleureusement.


    • #71119
      le 02/12/2011 par Marion
      IX - Le tournant de la régence

      Merci Alexis.
      Pour ce qui regarde la révolution bourgeoise, je persiste et signe. Vous comprendrez à la fin de la présente série.
      Bien à vous
      Marion


    • #71379
      le 03/12/2011 par Marion
      IX - Le tournant de la régence

      Pour Mouloud
      Hélas Mouloud je ne vais pas pouvoir répondre à votre demande pour une raison simple : je me suis spécialisée dans l’Ancien régime, et je n’ai pas étudié le 19e siècle.
      Vous comprenez que je parle de ce que j’ai étudié, cela fait à présent dix ans que, à plein temps, je suis plongée dans l’Histoire des 17e et 18e siècle.
      Je comprends bien votre désir de lire l’Histoire ouvrière avec un regard nouveau. Aussi, avec ce que je connais, je vais vous suggérer de continuer avec moi jusqu’à la Révolution, et peut-être, ensuite, durant la Révolution. Vous verrez combien cela va vous donner de clés pour comprendre la suite. Dès que va se déchirer le voile des mensonges de la bourgeoisie triomphante, tout sera beaucoup plus clair, y compris bien sûr pour comprendre où nous en sommes aujourd’hui.
      Bien à vous, amicalement
      Marion


    • #71382
      le 03/12/2011 par Marion
      IX - Le tournant de la régence

      Pour Alexis : vous allez croire que je bégaye.
      En fait, mon ordinateur m’a fait croire que mon message n’avait pas été envoyé.
      Dans le doute, je l’ai refait...


    • #71505
      le 03/12/2011 par Alexis Martinez
      IX - Le tournant de la régence

      Pas de soucis avec votre message, chère Marion, ce genre de choses est fréquent.
      J’attends évidemment avec une vive impatience la suite de votre série. Mais c’est vraiment l’usage du terme "bourgeoise" qui me fait tiquer. Peut-être mon côté médiéviste...


  • #70553
    le 01/12/2011 par Rachid
    IX - Le tournant de la régence

    Merci Marion, perso vos articles me font voyager dans le temps...

     

    • #70644
      le 01/12/2011 par Marion
      IX - Le tournant de la régence

      Merci à vous et à vous tous, de vos remerciements.
      Vous me touchez au-delà de ce que vous pouvez soupçonner.
      Et merci à E&R de m’avoir accordé cette tribune.
      M.


  • #70690
    le 01/12/2011 par spirit
    IX - Le tournant de la régence

    Eh ben...Louis XIV était un stalinien par anticipation,on dirait !!!!!...je rigole !!!
    Le régent avait quand même bien réussi son coup avec les "subprimes" du banquier Law pour liquider les dettes de l’état....la prospérité du ministère Fleury qui suivit s’explique par cela !
    Le coup du garnisaire chez les aigrefins de la haute pour les faire casquer était une pratique courante à la ferme générale pour les contribuables astreints à la gabelle !

    Je crois bien,aussi, que le pilori pour les banquiers escrocs à la golman sachs ne serait pas pour me déplaire ...si on les réinstaurait.... !!!!
    Bravo pour ce cour magistral...c’est pas dans nos écoles laiques et obligatoire
    qu’on apprendrait ça !

     

    • #71548
      le 03/12/2011 par i
      IX - Le tournant de la régence

      Le pilori serait certainement un châtiment redouté. Aujourd’hui, on fait tout pour éviter la honte, on cache les visages, on cache les noms, on pleure sur le choc psychologique des pauvres biquets qui se font gauler et sont atteints dans leur dignité.
      Rendre l’argent et passer une journée au pilori : voilà qui désengorgerait les prisons et ferait hésiter avant de mettre la main dans la caisse... ou avant de faire monter des putes dans un grand hôtel.
      Mais je m’égare...


    • #71659
      le 03/12/2011 par Marion
      IX - Le tournant de la régence

      Le message sur le pilori est de moi.
      Marion


  • #70700
    le 01/12/2011 par Arsonist (CC)
    IX - Le tournant de la régence

    Merci à vous Marion Sigaut.
    Vous savez rendre l’histoire passionnante, à l’instar du fameux Jacques Bainville.
    Je me contente de n’être qu’un simple spectateur depuis le début de cette série d’article, mais si les remerciement vous touche autant que vous le dites, alors laissez-moi vous dire avec la plus grande sincérité que, vous êtes une perle !
    « La Marche rouge » est assurément inscrit sur ma liste d’achat de livres essentiels à posséder.


  • #71223
    le 02/12/2011 par trucmachin
    IX - Le tournant de la régence

    comment on fait pour se procurer le livre de M Sigaut la Marche Rouge ?

     

    • #71380
      le 03/12/2011 par Marion
      IX - Le tournant de la régence

      En cliquant sur le lien "La Marche rouge" à la fin de l’article, dans les sources.
      Ou bien en entrant sur le site de KK.
      Bonne lecture !
      Marion


  • #71503
    le 03/12/2011 par Loïc
    IX - Le tournant de la régence

    Merci beaucoup Madame !


  • #71685
    le 03/12/2011 par Anna-elle
    IX - Le tournant de la régence

    Beaucoup mieux que les cours d’Histoire que j’ai eu à l’école, au collège et au lycée
    ...Éducation nationale à la noix...
    Merci Marion !

     

    • #71807
      le 04/12/2011 par Alexis Martinez
      IX - Le tournant de la régence

      Les cours d’histoire de premier et second cycles ne sont évidemment pas parfaits, mais dans l’ensemble, c’est faire preuve de malhonnêteté que de prétendre qu’ils sont bons à jeter. On oublie bien souvent une chose : dans le primaire puis dans le secondaire, il n’y a pas de spécialisation, et la qualification des enseignants se fait sur la pédagogie. A l’inverse, dans le supérieur, il n’y a que de la spécialisation, et la qualification des enseignants se fait sur les connaissances.
      Ce sont deux démarches différentes.

      Pour revenir au cas particulier de l’enseignement de l’histoire en France, même si la norme depuis des dizaines d’années est à l’alignement des contenus et méthodes sur ceux de nos voisins espagnols ou allemands, il reste globalement d’une grande qualité, encore l’un des meilleurs au monde (si ce n’est le meilleur), fournissant à chacun une connaissance certes forcément parcellaire, biaisée et peu approfondie, mais une connaissance bien réelle, sur l’histoire de la France.
      Le but de l’enseignement de l’histoire dans le primaire et le secondaire n’est pas la recherche de "l’exactitude historique" (une expression qui n’a aucun sens qui nous vient du XIXème siècle, quand l’histoire s’est professionnalisée sur le paradigme idiot de la scientificité) mais bien de fournir un fond culturel commun à tous les écoliers, collégiens puis lycéens français.
      En cours d’histoire, on n’apprend pas la réalité mais la vérité, ce qui n’a rien à voir. La réalité, c’est que les populations de Guyanne française sont issues de dizaines de peuples différents, dont une bonne partie ont été réduits à l’esclavage par les peuples européens. La vérité, c’est que "nos ancêtres sont les Gaulois", en Guyanne comme en Bourgogne, et que par conséquent nous sommes tous frères (le "Fraternité" de notre triptyque national).

      C’est aussi pour cela que je ne comprendrai jamais ceux qui, au nom de la réalité des faits, veulent qu’on réhabilite la mémoire de Louis XVI (déjà bien réhabilité depuis Furet, d’ailleurs...). La réalité, c’est qu’il fut attentionné et soucieux de ses peuples, globalement un meilleur roi que ses prédécesseurs depuis plus d’un siècle, même s’il fut très influençable. Mais la vérité, c’est qu’il fut le dernier tyran de la monarchie absolue, et qu’il dû périr pour que la Nation vive.
      C’est regrettable, certes, mais c’était nécessaire pour faire tomber la sacralité de la personne du roi. D’ailleurs ce fut efficace : les restaurateurs ne s’en sont pas remis.


    • #72091
      le 05/12/2011 par Jean-Marie
      IX - Le tournant de la régence

      à Alexis : je ne vois pas en quoi il faille enseigner aux guyanais que leurs ancêtres sont les gaulois pour pouvoir établir une fraternité entre eux et le reste des citoyens français. Et quand bien même, on leur enseignerait cela (que les gaulois étaient leurs ancêtres), je ne vois pas comment ils y croiraient !


    • #72092
      le 05/12/2011 par Marion
      IX - Le tournant de la régence

      Alexis bonjour,
      Je suis très mal placée pour juger de l’enseignement de l’Histoire en France.
      Mais je sens, dans la remarque d’Anna et des lecteurs qui m’écrivent, que c’est ma façon de m’attacher aux détails du quotidien de nos pères et à la complexité des rapports entre les uns et les autres qui les touche, car elle remet en question une version manichéenne des choses.
      Je crois que ce que vous appelez « La Vérité » historique relève de la croyance (« Nous sommes tous frères » ou « Le tyran Louis XVI devait mourir pour que la Nation vive » relève-t-il d’autre chose ?) et cela est parfaitement honorable, mais cela ne doit pas être transmis aux écoliers comme La Vérité.
      Il en est de la vérité comme de la liberté : l’absolue est la source de toutes les tyrannies, c’est la relative qu’il faut atteindre.
      La liberté absolue, c’est celle du renard libre dans le poulailler libre, la source de tous les maux. Je vous renvoie à la magnifique formule du prêtre Lacordaire : « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit »
      La liberté relative, c’est celle que l’esclave oppose à son maître, l’écrivain au censeur, le fils ou la fille amoureux au mariage arrangé.
      La vérité c’est pareil. L’absolue, c’est celle que les jansénistes prétendaient imposer à la Nation au nom de l’élection divine qui les avait touchés. La relative, c’est celle qui dévoile leurs crimes mis en regard de leur rigorisme affiché.
      Et concernant la Révolution, quelques questions demandent réponse : pourquoi le peuple a-t-il eu de plus en plus faim ? Est-ce à cause de l’invasion étrangère ? D’un complot ? D’autre chose ?
      C’est la recherche de ces vérités-là, qu’on s’évertue à cacher au public depuis deux siècles, qui est l’objet de toute ma démarche.
      Bien à vous
      Marion


    • #72129
      le 05/12/2011 par Alexis Martinez
      IX - Le tournant de la régence

      Jean-Marie, figurez-vous que l’exemple de la Guyanne n’est pas prit au hasard, puisqu’il s’agit, précisément, du seul département où les professeurs refusent depuis maintenant près de 40 ans de réformer le programme d’histoire dans le sens du relativisme culturel et de l’incitation au séparatisme, non sans un certain succès dans un territoire qui cumule bien des difficultés, hélas !
      Sinon, Marion, dans l’absolu, vous avez bien raison, en effet. Mais là, il est question de l’enseignement en premier et second cycle, à des âges où, d’une manière générale (la vie est néanmoins emplie d’exceptions), on n’a pas assez de maturité pour saisir que la réalité est complexe. Pour s’affranchir de normes, encore faut-il les avoir intégré. C’est à mon avis le seul avantage qu’avait la scolastique jadis.


    • #72214
      le 05/12/2011 par Marion
      IX - Le tournant de la régence

      Cher Alexis je ne disputerai pas avec vous de la scolastique, j’aime mieux me taire que dire des bêtises.
      Mais sur ce que je connais bien, permettez-moi d’insister : je ne vois pas au nom de quoi il faudrait faire croire à nos chères têtes blondes que le roi de France fut un tyran. C’est scandaleusement faux.
      Simplifier, d’accord. Mais tant qu’on y est, simplifions avec des notions justes.
      Bien à vous.


    • #72433
      le 06/12/2011 par Alexis Martinez
      IX - Le tournant de la régence

      Et bien il s’agit surtout d’expliquer que l’absolutisme fut une tyrannie, même si c’est largement discutable, et que la mort du dernier roi absolu (donc dernier tyran, du moins sous cette forme) de France de la main de la Nation trahie était nécessaire pour que la sacralité de la personne royale ne soit plus évidente. Après tout, on apprend aujourd’hui et depuis les fureteries en tous genres de la fin des années 1980 exactement l’inverse : ce bon roi Louis XVI n’attendait que de réformer son royaume pour faire le bien de ses peuples sur le modèle anglais ou américain - les seuls qui vaillent, évidemment, car ce sont les "bonnes" révolutions, tandis que la française est bien sûr la révolution violente par excellence, donc mauvaise -, et s’il a été tué, c’est parce que le méchant peuple français, mené par le terrible tyran assoiffé de sang Robespierre, voulait instaurer un régime dictatorial.
      Je caricature à peine : dans les manuels d’histoire, la Révolution se résume à la prise de la Bastille, la nuit du 4 août, les massacres de septembre, la fuite à Varennes, l’exécution du roi, la Terreur, puis thermidor, le tout accompagné de notices de Mirabeau, Danton, Desmoulins, Marie-Antoinette, parfois Louis XVI, toujours Robespierre (en général on y apprend qu’il a "imposé le culte de l’Être Suprême" et "éliminé ses ennemis pendant la Terreur"), parfois Barras. Notons que cela reste un enseignement d’une plutôt bonne qualité comparé à ce que nos voisins apprennent de leur propre histoire (pour trouver un anglais qui connaisse John "Freeborn" Lilburne, il faut se lever tôt !). Mais faut-il se contenter de "mieux que nos voisins" quand nous pouvons faire bien mieux ?
      Avec la vérité (je tiens à ce mot), on impose des modèles historiques. Ce sont aujourd’hui Mirabeau, Danton, Desmoulins et Marie-Antoinette... on a vu meilleurs modèles à proposer à nos jeunes générations !


    • #72858
      le 07/12/2011 par Marion
      IX - Le tournant de la régence

      Pourquoi nous déterminer en fonction des âneries ou des mensonges des autres ? Louis XVI ne fut ni un tyran ni un partisan d’un libéralisme à l’anglaise, l’absolutisme ne fut pas une tyrannie mais une protection des plus faibles au nom de principes supérieurs (« au-dessus des partis », aurait dit le général de Gaulle), la violence révolutionnaire s’est abattue sur le dos des petits infiniment plus que sur celui des grands et Robespierre ne fut pas ce qu’on en a dit.
      Je refuse de me positionner en fonction d’une école de pensée. La vérité émergera du tri qu’on doit faire dans tous les mensonges et les manipulations assénés par deux siècles de domination d’une caste élitiste, rapace, méprisante et inhumaine.
      Nos aïeux sont là-dessous, authentiques, humains, vivants et vibrants, comme nous le sommes.


  • #76177
    le 17/12/2011 par Matthieu
    IX - Le tournant de la régence

    Bonsoir,

    Ce portrait est un peu trop idyllique. Malgré les difficultés de la fin de son règne (qui ne lui sont pas uniquement dues), Louis XIV reste un roi dont l’héritage est immense et qui avait une certaine capacité à distinguer ce qui pouvait faire de la France un grand pays. Ce n’est pas par hasard qu’il avait voulu voir ses enfants illégitimes sur le trône : il savait très bien qui il avait formé, et qui était digne de lui succéder, en l’absence de son héritier si capable mais ayant succédé sur le trône d’Espagne Charles II, et des autres de ses descendants morts.
    Et il savait très bien que n’avoir pour seul héritier un gamin de 5 ans était une horreur pour la France.
    En cassant ce testament, le Régent a permis a un paresseux manipulé par des courtisanes (Louis XV) de régner. Il a de plus restauré les "grands" du royaume, cette bande d’enfants gâtés de la haute noblesse d’épée, que Louis XIV, pour les intérêts de la France, avait chassé du pouvoir au profit de commis qui exécutaient sa volonté et étaient souvent de bons conseillers. Ces nobles vont faire ce qu’ils savent le mieux faire : se chamailler entre ducs et pairs du royaume, pour la perte de celui-ci.

    Enfin, quand vous dites qu’il y avait une conspiration pour voir "l’Espagne" hériter du trône, je ne suis pas d’accord. L’Espagne a cette époque était dirigée par l’ancien petit-fils de Louis XIV ! L’Espagne n’est donc pas une couronne étrangère, elle est dirigée par celui qui, après la mort du Dauphin, aurait du légalement hériter de la couronne de France si Louis XIV n’avait pas décidé d’accepter le testament en faisant le roi d’Espagne ! Il ne faut pas oublier qu’à l’époque, le roi d’Espagne est un Français envoyé par Louis XIV régner sur l’Espagne !
    Dire d’un homme, Philippe V, qui était légitimement roi de France, qu’il conspire contre la France, alors même que s’il n’avait pu être roi de France, c’est parce que les puissances européennes coalisées, lui avaient interdit de prendre son royaume, c’est très étrange. Philippe V était Français avant d’être roi d’Espagne, c’était un bourbon plus légitime à la couronne de France que Louis XV, et la réunion de la France et de l’Espagne aurait permis l’hégémonie française sur l’Europe, et peut-être, qui sait, la fin des plans machiavéliques des anglais, hollandais, allemands et autrichiens pour détruire la France et l’amener au bord du gouffre.

     

    • #76201
      le 17/12/2011 par Matthieu
      IX - Le tournant de la régence

      Je tenais à pondérer la tonalité de mon message : j’aime bien vos articles tout de même et je serai ravi d’avoir votre réponse !


    • #76244
      le 18/12/2011 par Marion
      IX - Le tournant de la régence

      Merci, Mathieu, de votre contribution au débat
      Je suis d’accord avec ce que vous dites de Louis XIV qui fut un très grand roi. Il n’en reste pas moins que la fin de son règne fut vécue par ses contemporains comme oppressante, trop de calamités successives s’étant accumulées autour de son nom, qu’il en ait été la cause ou non. De plus, au bout d’un moment, les exaspérants jansénistes ont pu passer pour victimes innocentes, le public éprouve toujours une certaine compassion pour les perdants.

      Pour ce qui regarde ses enfants légitimés, ce fut bien sûr de bonne politique, mais c’était inacceptable par toute la noblesse française, et ne fut pas accepté. La princesse palatine, qui vouait à son beau-frère le roi une admiration sans borne, fut tellement offusqués que son fils ait accepté d’épouser une de ces bâtardes (comme si on pouvait résister à un telle demande du Grand roi), qu’elle administra au futur régent une gifle magistrale. Et Dieu sait si elle aimait son fils et le roi.

      Ce que je dis du complot espagnol ne consiste qu’à tourner en ridicule la tentative de soulèvement menée par quelques drôles dont le régent vint à bout en coupant quelques têtes, innocentes d’ailleurs à ce que je crois. Ce complot fut organisé par des dilettantes grotesques dont la duchesse du Maine. Aussi je ne dispute pas, en disant cela, de la légitimité, ou non, du descendant espagnol de Louis XIV à régner sur la France. Sur le plan strictement dynastique, c’est un fait. Que, sur le plan politique, l’hégémonie française ait pu être souhaitable pour la paix est un autre problème. De toute façon, ça a déclenché la guerre.
      A présent je pense, comme vous, que le Régent a mené une politique calamiteuse pour la couronne, en rendant du pouvoir à une bande de sales gosses (la polysynodie) et en ouvrant un boulevard aux juges. Sa bonne foi n’est pas en cause d’ailleurs et il a fini par comprendre, mais trop tard : il avait ouvert la boîte de Pandore.
      Pour ce qui regarde Louis XV, je crois que sa personnalité et son règne furent très complexes. Je pense, sincèrement, qu’il y eut une coalition, dont la Pompadour ne fut qu’un des rouages, pour affaiblir la royauté, la corrompre, et laisser enfin les notables élitistes et véreux confisquer le pouvoir. Le résultat en fut, à la fin du siècle, la prise de pouvoir par la bourgeoisie à l’occasion qu’on sait et qu’on connaît si mal.
      Bien à vous
      Marion


    • #76325
      le 18/12/2011 par Matthieu
      IX - Le tournant de la régence

      @ Marion :

      Bonsoir,
      Ne sachant pas bien comment faire pour répondre à votre réponse (dont je vous remercie), je réponds à mon propre message.
      Je comprends mieux votre point de vue. Pour ce qui est de Louis XV, ce que vous dites m’intéresse car je ne le connais que dans la mesure où j’ai cherché à voir ce qui se passait après le règne qui m’intéresse le plus celui de Louis XIV. Avez vous des livres ou des chapitres de livres à me conseiller qui permettraient de mieux comprendre votre avis sur la complexité de son règne ? Ou bien peut-être que vous comptez en parler par la suite de vos articles.

      Bonne soirée en tout cas. Et merci de répondre à tous les messages que nous postons.


    • #76339
      le 18/12/2011 par Marion
      IX - Le tournant de la régence

      Cher Mathieu, même si ma modestie doit en souffrir, je vous conseille mes deux livres (non pas parce que ce sont les meilleurs, mais parce qu’ils répondent précisément à votre question) :
      - La Marche rouge, les enfants perdus de l’Hôpital général ;
      - Mourir à l’ombre des Lumières, l’énigme Damiens.
      Vous aurez là ce que j’ai découvert sur les dessous abominables de ce siècle de haine qu’on a osé appeler "des Lumières".
      Croyez bien que je prends beaucoup de plaisir à répondre aux intervenants : j’écris ces articles pour communiquer avec le public, ces échanges justifient le temps que j’y passe.
      N’hésitez pas, donc.


  • #92527
    le 28/01/2012 par Youssef
    IX - Le tournant de la régence

    stupéfiant article ! on imagine mal Sarkozy agir de la sorte en France en 2012 ! Mais le régent a-t-il agi de la sorte avec tout le monde, même la noblesse ou simplement avec des bourgeois ?
    l’époque actuelle offre de troubantes similitudes avec l’époque du régent...à vouloir découpler la monnaie-papier de son équivalent métal menera toujours à la catastrophe...mais il y a toujours des "experts" pour vous affirmer le contraire !


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